‹ Mélanges historiques et littérairesChapitre 16 sur 37 · I 8^ REPONSE · texte numérisé non relu

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dues sur le champ de bataille. On a vu les bornes antiques des états tomber sous le niveau de la conquête ; des peuples ont perdu, jusqu'à leurs noms; des races de souverains éphémères ont pasjsé ; et la victoire , illimitée dans chacune de ses vicissitudes 9 a parcouru successivement les capitales de tous les empires. Alors les états , soulevés jusque dans leprs fondements, ont eu l^urs populations entières pour soldats ; leurs rois pour généraux et pour ambasIPeurs. La guerre avait été le péril de tous les droits et de tous les trônes : la paix semblait devenir le rétablissement de la société même ; et les destinées de l'Europe paraissaient comprises dans l'accomplissement et les conséquences d'un traité.

Sans doute, messieurs, si la France survécut à ses malheurs , si elle reprit sa dignité , si elle effaça l'injure de son territoire, c'est à elle-même, c'est à son roi qu'elle doit en rendre grâces. C'est à son roi surtout qu'elle doit reporter le premier honneur de sa délivrance anticipée ; et certes , messieurs , dans un tel bienfait , nous ne voudrions pas accepter un autre bienfaiteur que le fondateur même des libertés nationales , que ce monarque dont l'Europe vénérait les vertus et les droits comme une publique sauvegarde, que ce digne héritier d'Henri IV et de saint Louis , qui , en remontant sur le trône de ses pères , aux ac-

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clamations de son peuple , ayait par sa seule préfteiice , rafienni les trônes de tous les rois.

Mais M. de Richelieu , par son zèle et par ses efforts , n'eût'^il que de quelques jours hâté la fin de l'occupation étrangère et du deuil public , tout cœur français lui devrait un hommage ; et , sans lui attribuer ici plus de part qu'un seul homme n'avait le droit d'en avoir dans un événement rendu nécessaire par tant de causes , disons qu'au milieu d(i sénat des rois il fut un incorruptible témoin , un ardent zélateur^ un habile interprète des vœux de la patrie et de la dignité du trône. Ut, sans doute 9 il avait à combattre plus d'un in-^ térét exigeant, plus d'une crainte spécieuse. Là,

siégeait cette puissance circonspecte et persévérante qui, depuis trente ans, s'est agrandie au milieu des fortunes les plus diverses , toujours attentive à profiter de ses succès , et quelquefois même de ses revers. Là, paraissait ce vaillant hé* ritier de Frédéric , dont les états avaient supporté tsmt le poids de la conquête, et qui pouvait être armé contre nous du souvenir de 3es pertes et de $es mal^urs- Près de lui , l'habile An^terre était représentée par ce ministre , à qui son génie ar* dent ft laborieux et sa longue pratique des mou* vements de l'Europe donnaient tant de crédit sur les conseils des rois, Gastlereagh , qu'une mort si cruelle et si récente ne soumet pas encore au ju-

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gement de l'histoire. Là, enfin, M. de Richelieu revoyait ce monarque dont il avait autrefois mérité Tauguste amitié , et secondé les premières vertus dans le soin d'un vaste empire; ce monarque , dont la grande ame servait seule de contrepoids à sa propre puissance et à l'ambition de tous , Alexandre , que la religion et l'humanité voudraient proclamer le pacificateur de l'Orient, comme il fut celui de l'Europe.

Sur cet imposant théâtre de la politique moderne, M. de Richelieu était puissant par l'élévation et la pureté de son ame. En lui , l'honnête homme soutenait et agrandissait l'homme d'état. La véracité de sa parole , l'énergie de sa conviction écartaient les ruses subalternes de la politique , et frappaient droit au cœur des souverains dignes de l'entendre. 11 réussit; il devait réussir: et sa loyauté toute française éprouva, dans le sentiment du bien qu'il faisait à son pays , une de ces joies vertueuses qui se servent de prix à ellesmêmes , et auprès desquelles la gloire n'est qu'une seconde récompense.

Le noble caractère de M. le duc de Richelieu , appliqué au gouvernement intérieur de la France, ne devait pas , ce semble , obtenir une influence moins heureuse. Des études variées , une attention vive et pénétrante , exercée par de longs voyages , par le spectacle des révolutions , et par

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les épreuves du malheur , avaient étendu son esprit. Son ame , naturellement haute et modérée , était étrangère aux passions communes, et n'admettait que la justice et le devoir. Un dévouement inaltérable à la monarchie , une ferme confiance dans ses propres intentions , et cette heureuse sécurité d'une vertu toujours la même , lui inspiraient des pensées calmes et conciliatrices. Il ne se précipitait pas vers le bien ; il savait le préparer et l'attendre. Il avait beaucoup de lumières sur les diverses parties du gouvernement , une prompte intelligence de toutes les idées d'ordre , d'industrie , de prospérité sociale. Il souhaitait, il cherchait pour- les peuples towt le bonheur dont les institutions les plus libres ne sont que l'instrument et la garantie. Tant de précieux avantages et des vœux si purs suffisaient-ils pour achever le grand ouvrage du rétablissement du trône légitime sur la base nouvelle et nécessaire des libertés publiques ? Le développement des institutions généreuses que la France doit- à son roi , leur application forte et paisible , loyale et populaire , pouvait-elle être le résultat d'un seul effort et d'une seule époque ? On jugera plus tard ces questions. Pour les hommes d'état , le tombeau ne commence pas encore l'avenir. Heureux cependant le sage dépositaire du pouvoir, dont il faut estimer les lumières et la vertu , avant même

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