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contre toutes les forces de l'Asie esclave et barbare, il y avait un héroïsme, pour ainsi dire, collectif et vulgaire , qui se communiquait à chacun des guerriers "(fttimes d'une si noble cause. La patrie seule était giande dans le sacrifice de ses enfants; c'était son triomphe que l'on célébrait à leurs funérailles. C'était le génie d'Athènes qui remplissait l'éloge de ces héros anonymes que l'orateur enveloppait dans une commune gloire, bn conçoit, on retrouve cette nature d'enthousiasme , en lisant la tragédie des Perses d'Eschyle, qui fat l'Homère de la Grèce historique.
Le plus ancien monument qui nous reste de cette éloquende du panégyrique ne remonte pas au siècle des Miltiade, et ne se rapporte pas à d'aussi grands souvenirs. Périclès, célébrant les guerriers athéniens qui avaient péri dans une guerre contre Samos , disait : ce Ces hommes sont a devenus immortels comme les dieux eux-mêmes: « car nous ne voyons pas les dieux en réalité; mais, « par les honneurs qu'on leur rend et les biens <c dont ils jouissent, nous jugeons qu'ils sontim- « mortels. Les mêmes signes existent dans ceux a qui meurent pour la défense de la patrie. » Ce débris le plus ancien que nous ayons d'un éloge funèbre prononcé chez les Grecs appartient à une époque de civilisation déjà fort avancée. Je ne sais aussi; mais il me semble que la foi aux
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apothéoses est faiblement marquée dans ce passage , quelle que soit la beauté du mouvement, qui sert à l'exprimer. L'orateur donne une raison brillante et ingénieuse, pour expliquer une pieuse illusion qui n'existe plus, dés qu'on l'explique ainsi. On peut croire seulement, d'après ces paroles , que , dans une époque plus ancienne et plus simple , la solennité des éloges funèbres se liait à une espèce de culte idolâtrique envers les morts.
Mais , du temps de Pérîclès , et après lui , à mesure que les guerres furent inspirées par l'ambition, l'iûtérêt, la rivalité, cette pompe funéraire que la patrie décernait à ses guerriers dut être moins imposante et moins sacrée. Périclès prononça l'éloge des soldats morts au commencement de la guerre du Péloponèse. On ignore si c'était dans ce discours que , déplorant la perte de la jeunesse athénienne moissonnée dans le combat, il avait dit ces touchantes paroles rapportées par Aristote : Vannée a perdu son prin^ temps. Elles ne se trouvent pas dans la harangue que Thucydide a placée sous le nom de Périclès. Mais il semble que cette harangue est une fiction de rhistorien, et qu'elle porte l'empreinte de son style grave et sévère. Elle ne peut donc servir qu'à nous indiquer comment , à l'époque même où écrivit Thucydide , on concevait le caractère de
ces panégyriques funèbres qui furent en usage jusqu'au dernier jour de la liberté grecque. A Fartifice avec lequel ce discours est composé, aux digressions qui le remplissent , à l'espèce de sévérité philosophique et de stoïcisme réflédbi que l'on y sent, il est visible que ce genre d'éloquence conmiençait à perdre de son ènthousiasiâe, et devenait une sorte de cérémonial souvent con* fié à de médiocres orateurs, et dont le génie s'acquittait , en éludwt à moitié un texte devenu trop vulgaire.
 l'occasion de ce discours pronondé^ la première année, et pour les premières victimes de la guerre du Péloponèse , Thucydide * â rappelé toutes les pompes dès long-temps usitées dans ces circonstances. U décrit la tente dressée trois jours avant les funérailles, et où les ossements des morts étaient exposés à la vue , pour recevoir des libations et des offrandes; les chars sur lesquels on plaçait les cercueils de cyprès destinés aux guerriers des différentes tribus; le lit funèbre entièrement vide que l'on portait, en mémoire de ceux dont lsi patrie n'avait pu recueillir les dépouilles mortelles; la foule des citoyens qui suivaient , les parents en pleurs qui se pressaient autour du monument ; et l'orateur choisi
Thuryd. hist. lib. 2.
SUR l'oraison FUNÈfiRE. IQQ
entre les citoyens les plus illustres çt les pAus sages, élevant la voix, pour prononcer Téloge des morts que Ton va:iait d'ensevelir.
Bien, sans doute, de plus majestueux que cette pompe, de plus grand que cette tristesse de tout un peuple, de plus patriotique et de plus moral que ces honneurs rendus k ceux qui avaient péri pour la ^oire et la liberté comn|une« De tels usages , un tA culte pour la cendre des morts , expliquent même certaines biasarreries des mœurs antiques, etfont concevoir^ sans la justifier, cette sentence barbare des Afbèaiens condamnant dix capitaines au supplice , parce qu'ils n'avaient ^u recHieillir et rappori3er dans Athènes les corps de leurs soldats naufragés. On retrouvait , il est vrai , dans ce sentiment plutQt l'oi^eil de la lib^té démocratique et de la souveraineté populaire que l'impression générale di| respect pour la dignité hiunaine. De telles solennités , cette religion des tombeaux , cette consécration du sang versé pour la patrie n'^i devaient pas moins inspirer à l'éloquence de pathétiques et sublimes accents. Toutefois , ces spectacles souvent renouvelés s'affaibli» rept ; les idées étaient grandes , mais uniformes ; le sacrifice admirable , mais vulgaire. Il y avait d'ailleurs quelque chose de vague , et l'on peut dire , de stérile , dans ces louanges qui ne s'adressaient à personne en particulier , et ne permet-
aOO , ESSAI
talent aucun trait précis et détaillée II semble dès-lors , que , la première émotion de ce spectacle une fois passée , le spectacle revenant toujours le même, l'éloquence, qui recommençait une tâche souvent essayée, devait trouver avec peine un intérêt nouveau.
Ce désavantage est marqué dès le début de la harangue de Périclès; et il est plus sensible encore dans Tordre de composition que suit l'orateur. , Son discours , d'une médiocre étendue , est presque tout entier rempli par une digression admirable , sans doute , mais qui ne se rapporte ni au sujet même , ni à la douleur qu'il devait exciter. Périclès fait un tableau rapide et embelli d^Athènes , de ses institutions , de ses lois , de ses fé^s, de ses mœurs douces et sociales. Il flatte l'orgueil public dans sa jalousie pour Lacédémone, dont il oppose les rudes travaux et la triste discipline aux vertus brillantes et faciles , à la magnificence et à l'industrie d'Athènes. On dirait que, profitant de cette occasion solennelle, il a voulu , dans l'éloge du patriotisme et de la vertu civique, consacrer l'apologie des nouveautés séduisantes et des vices ingénieux qu'on l'accusait lui-même d'avoir introduits dans^ sa patrie. Mais , ces agréables détours de l'éloquence, cette intention , ce langage , s'éloignent , il faut en convenir, du pathétique simple et touchant que l'on doit
SUR l'oRMSOIC fUNÈBRE. 20I
chercher dans l'éloge funèbre. Cependant, l'ora* teur revient en finissant au véritable sujet de son discours ; et ces paroles indiquent assez qu'il ne l'avait pas oiiblié. <c Yoilà donc , dit-il , la patrie « pour laquelle nos guerriers ^ résolus de ne point « se laisser ravir un bien si précieux , sont morts <c en combattant. Pour elle, il est juste que tous ce ceux qui survivent, veuillent également tout « souffrir. Je me suis long- temps arrêté sur Athè- « nés , afin de montrer que le combat n'est pas ce égal entre nous et les hommes qui n'ont pas le « bonheur de posséder ime telle patrie: je voulais ce rendre en même temps visible par des faits la ce gloire des guerriers dont je parle. £n effet, ce a que j'ai céléhré dans la gloire d'Athènes , est a l'ouvrage de la vertu de ces mêmes guerriers et « de ceux qui leur ressemblent. » *
L'orateur continue , et rappelle par des traits rapides , toutes les pensées généreuses qui , dans ces guerriers, accompagnèrent le«acrifice de la vie. a Tels ils furent , dit-il , et tels ils devaient « être pour la patrie. Nous , qui vivons encore , ce souhaitons de porter contre l'ennemi une meilc< leure fortune et le même courage, etc. »
a Qugnd Athènes vous paraîtra grande et gloc< rieuse, songez qu'une telle grandeur est due « tout entière à ces hommes qui ont bravé le pé- * ril, connu le devoir, et redouté la honte, à ces
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« hommes qui , lorsque le succès leur a manqué, « n'ont pas voulu , du moins , frustrer la patrie de « la gloire de leur vertu , et lui ont abandonné « cette noble offrande. En livrant leur vie pour <K l'État, ils ont acquis pour eux«4némes une re- < nommée qui ne vieillira pas , et la plus éclatante « sépulture : je parle moins du lieu où ik sont «c ensevelis que dé cette vaste tombe, où leur « gloire, toujours présente dans toutes les grandes « actions du courage et de l'éloquence , repose « éternellement miknorable. Car la teire entière « est le mausolée des hommes illustres ; et ce n'est (K pas seulement une colonne et une inscription « qui attestent leur vertu dans leur patrie : même a dans les contrées étrangères , leur souvenir im- « matériel , vivant au fond des âmes , se conserve (( par la pensée bien plus que par les monuments ; « vous , maintenant , à leur exemple , convaincus « que le bonheur est dans la liberté , et la liberté « dans le courage , n'hésitez pas devant les périls « de la guerre, etc. »
L'orateur, avec cette stoïque fermeté et ce dévouement sévère à la patrie qui anime son éloquence, s'adresse alors aux familles des guerriers. Dans ce mcMrceau, l'intérêt sort, pour ainsi dire, de la ^ippression du pathétique , et de cette vio« lence que l'ame se fait à elle-même , pour étouffer la plus juste douleur, et ne regarder que la
SUR L ORAIftOH FUIfÈBRK. ao3«
gloira ou l'avantage du pays. Cf est l'insensibilité lacédémonienne , c'est l'héroïque résignation des mères de Sparte ^ que Périclès semble vouloir ins* pirer aux femmes athéniennes.
a Quant aux parente de nos guwriers qui sont ce ici présents , j'ai pour eux moins de larmes que a de consolations. Ils savent que ceux qu'ils ont flc perdus étaient nés sous la loi conmiune de et l'humanité. Je leur dirai : c'est un bonheur du ce moins d'obtenir du sort , comme vos enfants , d une fin glorieuse, comme vous ^ une glorieuse « tristesse, d'avoir bien vécu, et d'être morts de « même. Je sais qu'il est difficile de vous faire a oublier des pertes dont vous retrouverez sou-' <K vent le souvenir dans les félicités des autres, et « dans l'image de ces joies qui jadis vous ont a vous-mêmes enorgueillis. La douleur n'est pas oc dana l'absence des biens que l'on n'a point <c coiftis , mais dans la privation du bien dont on « a joui. Toutefois , l'espérance d'une autre posté** « rite doit soutenir ceux qui par leur âge peuvent (c encore avoir des enfants. De nouvelles naissances « feront oublier dans les familles les fils qui ne <t sont plus , et serviront la patrie , en repeuplant a et en défendant ses murailles. Il n'est pas pos« « sible d'être inspiré par les mêmes sentiments de « justice et de patriotisme , quand on n'a pas d'en« « fants à exposer au péril pour le salut commun :
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a pour vous , dont Fâge est avancé , et qui par un « avantage désormais irrévocable, avez passé dans « le bonheur la plus grande part de votre vie , « songez que le reste sera court; et allégez votre <K douleur par la gloire de vos fils. La passion de « la gloire est la seule qui ne vieillisse pas ; et , « dans l'impuissance de l'âge, ce n'est pas l'amour « du gain , conmie on l'a dit quelquefois, qui flatte « davantage ; c'est le désir d'être honoré. Et vous « ici présents , fils et frères de nos guerriers , une « grande lutte vous est imposée ; je le vois. Tout a le monde est prêt à louer celui qui n'est plus ; a tandis que , par des prodiges de vertu , vous parce viendrez à peine à vous placer, je ne dis pas au « même niveau, mais à peu de distance. Car l'envie a s'élève contre les vivants qui la gênent ; mais la a vertu qui n'est plus devant nous est honorée a par une bienveillance exempte de rivalité.
« S'il me faut maintenant rappeler la vemi de a ces femmes qui vont demeurer veuves, je ren-» « fermerai tout dans un seul conseil; je leur dia rai : c'est une grande gloire pour vous de ne « point être inférieures à votre sexe, et de faire « en sorte que , soit pour louer votre vertu , soit « pour vous blâmer, on ne parle jamais de vous a parmi les hommes. J'ai dit dans ce discours, « selon le vœu de la loi , ce que j'ai trouvé con- « venable;les guerriers ensevelis sont eux-mêmes
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« honorés par un monument ; la patrie nourrira (( les enfants qu'ils ont laissés , depuis ce jour « jusqu'à l'époque de leur jeunesse, en leur offrant a à eux-mêmes et à ceux qui suivront la noble ce couronne de ces honneurs publics. En effet, ce aux lieux où les plus belles récompenses, sont « proposées à la vertu , là naissent les plus grands a citoyens. Maintenant, après avoir pleuré chacun ce vos parçnts , retirez-vous. »
/ On le voit , les idées d'un éternel avenir , les promesses religieuses sont étrangères à cette éloquence : elle est sublime , mais bornée dans son enthousiasme ; elle est toute patriotique , mais hu* maine et terrestre : elle n'a point de regards élancés vers le ciel, et ne compte point l'immortalité de l'ame parmi les espérances de la vertu. Faut-il s'étonner dès lors que la source de cette éloquence se soit promptement tarie , et qu'une sorte de froideur et de stérilité ait souvent glacé les orateurs que l'on chargeait dans Athènes de mêler -leur voix au spectacle des solennités funèbres ordonnées par la patrie. Les vues de la terre ne suffisent pas au cœur de l'homme. Quelque libres , quelque généreuses que soient les institutions d'un peuple , elles ne sauraient suppléer au défaut ou à incertitude du sentiment religieux. Les plus belles convictions du patriotisme ne sauraient elles-mêmes inspirer autant
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d'enthousiasme que cet espoir de rimmortalité , divin patriotisme de Famé, qui la ramène et Té* lève vers sa céleste demeure.
Cette noble et puissante inspiration ne manque pas moihs à un autre discours prononcé dans une semblable solennité , par le célèbre Ljsias* Du reste, ce discours^ que le savant auteur de l'Essai sur les Éloges n'a cité ni désigné nulle part , Bst un précieux monument , et de l'éloge funèbre chez les Grecs, et du génie de Lysias, et de cet atticisme si difficile à définir et à imiter , qui était le bon goût de l'antiquité. On ne saurait imaginer une diction plus simple et plus pure, une suite d'idées plus régulière et j^lus naturelle ; et si le style seul £aisait l'éloquence, ou plutôt si les plus grandes beautés du style pouvaient naître sans la vive émotion de l'ame , il &udrait nommer cet ouvrage de Lysias un chef-d'œuvre oratoire.
Mais on y sept , avec le défiiut de pathétique et d'enthousiasme, la langueur qui résulte des formes convenues du panégyrique : l'occasion cependant n'était pas moins grande que celle qui avait inspiré Thucydide. Après la guerre du Pé^ loponèse , pendant les victoires d'Âgésilas en Asie, une ligue s'était formée «ntre Corinthe , Thèbes et Athènes , pour secouer le joug des Spaj tiates : ce sont les guerriers athéniens , victimes de cette
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noble aatr^rise, que Lysias avait à célébrer. La plus grande partie dé son discours est remplie par réloge des ancien» triomphes d'Athènes , en remontant jusqu'aux exploits de Thésée et à Tinyasion &buleuse des Amazones. Du reste , aucune des pensées politiques qui, sous la plume de Thu-» cydide , viennent animer les louanges données au courage, ne rachète ici la monotonie de cette gloire qui avait été si souvent célâ>rée dans Athènes. La fin seule de ce discours est éloquente, parce que iWateur y saisit un motif vrai de pathétique , en appelant la reconnaissance publique sur les familles des guerriers présentes aux funérailles. « Plus les enfants, dit-il, se sont montrés c< courageux , plus les parents qui leur survivent « ont le droit de s'afiliger. Quand pourront -ils fn oublier leur douleur? Sera-ce dans les malheurs a d'Athènes? Mais alors les autres citoyens même « se souviendront de la perte que ceux-ci -déplo- « rent. Sera-ce dans les prospérités de la patrie ? ce Mais alors il& auront plut6t à s'affliger en voyant a leurs fils morts , et les vivants profita: de la « vertu de ces braves qui ne sont plus. Sera-ce « dans les malheurs privés , alors qu'ils verront « leurs anciens amis fuir leur maison solitaire, et «c leurs ennemis s'enorgueillir, à la vue de leur « infortune et de leur délaissement? Nous n'a- « vons , ce me semble , qu'une manière d'acquit-
« ter notre reconnaissance envers . le& gu^*riers « ensevelis dans ce monument , c'est d'honorer a leurs pères comm.e eux-mêmes l'auraient fadt , <K de chérir leurs enfants comme s'ils étaient les « nôtres , et d'assurer à leurs femmes la protec* €< tion et le secours qu'elles auraient trouvés dans <c eux-mêmes. Qui pouvons-nous plus justement a . honorer que ceux qui reposent ici ? A qui , parmi a les vivants , devons-nous de plus légitimes égards c< qu'aux familles de ces héros ? Elles n'ont re- « cueilli que pour une faible part , et comme tout oc le monde, le fruit de leur courage; elles ont ce eu tout entière la douleur de leur perte. Mais a je ne pense pas qu'il faille ici des pleurs. Nous « savons que nous sommes nés mortels. Faut -il a donc , quand survient ce que nous avions prévu « dès long- temps , nous indigner contre cette loi, a et supporter avec tant de peine les malheurs de tf notre nature ? Nous savons que la mort se mon- « tre la même envers les hommes les plus vils ou <c les plus grands; elle ne dédaigne pas les lâches; <c elle ne respecte pas les braves ; elle est égale «^ pour tous. S'il, était possible qu'en échappant « aux périls de la guerre , on devint dès-lors im- «. mortel , Iqs vivants devraient porter toujours le <c deuil de ceux qui sont morts dans les combats. ce Mais notre nature est soumise aux maladies , à la c( vieillesse ; et la divinité qui dispose de nos jours
SUR l'oRMSON FUNi:BRE. aOQ
a est inexorable. Il faut donc regarder comme for- * c< tuués ceux qui , bravant le péril pour la plus a grande et la plus noble cause , ont ainsi terminé a leur vie , ne laissant plus à la fortune de prise « sur eux-mêmes , et n'attendant plus la volonté a de la mort , mais choisissant à leur gré la fin la « plus glorieuse. Aussi leur mémoire ne vieillira <c pas ; leur renomtoée sera l'envie de tous les <c hommes. Par la loi de leur nature , ils sont pieu- (K rés comme mollis ; mais , par leurs vertus , ils <c obtiennent des hymnes conmie les dieux. On « les honore d'une sépulture publique ; on ouvre « en leur gloire une lice , où combattent la force , a le génie , la richesse , afin de montrer qu'il est <c juste que ceux qui ont terminé leurs jours dans ce la guerre reçoivent les mêmes honneurs que les K immortels. Pour moi , j'admire et j'envie leur (( mort ; et je crois que la naissance n'est un bien <c que pour ceux qui, du milieu de ce corps pé- « rissable , ont laissé , par leurs vertus , un sou- « venir éternel d'eux-mêmes. Cependant il faut <c nous conformer aux coutumes antiques , et , suite vaut l'usage de nos pères, verser des larmes sur ^c ces tombeaux. »
Ce ton simple et élevé , ces accents d'une douleur patriotique suffisent pour nous donner une idée du caractère habituel qui régnait dans ces discours. Il est assez curieux maintenant de voir I. ;4
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eomment un homme de génie , sans monter à la tribune publique , et sans être animé par l'intérêt d'un sujet présent et d'une solennité réelle, sut, dans l'antiquité même , surpasser cette éloquence. On sait le cadre singulier dans lequel Platon a placé un éloge semblable. Socrate récite au jeune Menexène une improvisation d'Aspasie. On avait parlé devant cette femme célèbre du choix à faire d'un orateur pour la prochaine solennité des funérailles publiques. Platon si^^pose qu'aussitôt, et comme pour essayer ce sujet d'éloquence, Aspasie .avait prononcé, devant quelques auditeurs, une harangue qui méritait d'être retenue par Socrate. J'imagine que par ce détour Platon voulait tout à la fois exercer librement sa belle imagination , et railler le talent apprêté des orateurs en titre, en les accablant sous un jeu d'esprit delà belle Milésienne,
Quoi qu'il en soit , malgré la forme peu sérieuse dont il a fait usage , il n'a pas négligé les sources de hautes vérités que lui ouvrait la philosophie. L'éloge d'Athènes, qui semblait un épisode obligé de ces sortes de discours , remplit une partie de la harangue récitée par Socrate ; mais la fin est animée par cette vue de l'avenir et ce noble spiritualisme que l'on cherche dans un tel sujet. L'orateur , retraçant les derniers, moments des guerriers qui ont péri sur le champ de ba-
SUR l'oraison funèbre. 3tII
faille , rapporte leurs par<^es comme recueillies de leurs bouches mourantes , et les adresse , en leur nom 9 à leurs familles désoléte :
« Enfants ^ ce jour vous montre que vous êtes <c sortis de généreux parents. Il nous était permis « de vivre sans gloire ; nous avons oioisi la mort , « plutôt que de livrer au mépris nous et nos des- <c cendants ; plutôt que de faire remonter l'infar <ic mie sur nos pères et nos aïeux. Nous avons a pensé ^ qu'avoir déshonoré les siens ce n'est <c pas vivre , et que l'homme coupable aune telle « faute ne peut espérer faveur, ni des hommes, <c ni des dieux , ni sur la terre^ ni dans un autre tf monde , quand il a quitté la vie. Animés par le « souvenir de nos discours , vous ferez avec vertu « tout ce que vous aurez à faire , -sachant bien « que , sans la vertu , tous les avantages et tous m les talents n'apportent que honte et faiblesse. ce La richesse n'ajoute pas d'éclat à celui qui la ce possède sans courage; il est riche pour être la c( proie d'un autre, îîi ia beauté, ni la force n'ont <( bonne grâce , placées dans un lâche et dans un « pervers ; elles lui siéent mal , en rendant sa bas^ <€ sesse plus visible* Toute science séparée de la « justice et des autres vertus, n'est qu'une indus^ <c trie malfaisante, et non pas une sagesse. Ainsi, « pour premier, pcfur dernier effort, toujours « mettez votre ardeur à vous élever par la gloire
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« au-dessus de nous^et de ceux qui nous ont « précédés. Sachez que pour nous , si nous vous « surpassions A vertu , cette victoire aurait de la « honte ; que si nous sommes vaincus par vous , « cette défaite est un bonheur. Eh bien , nous se- « rons vaincus; vous serez supérieurs à nous , si « vous voulez ne point abuser deja gloire de vos « aïeux, et ne point la dissiper comme un héric( tage ; convaincus que, dans un homme qui se « croit quelque chose, il n'est rien de plus hon- « teux que de se faire honorer, non pour lui- « même, mais pour la renommée de ses aïeux. La <c gloire des ancêtres est pour leurs descendants « un riche et majestueux trésor : consumer soi- « même ce dépôt de fortune et de renommée , ne a point le transmettre à d'autres héritiers , faute « d'une possession et d'une gloire personnelle, « c'est un déshonneur indigne d'un homme. Rem* « plissez ces devoirs, et, fils chéris, vous vien- « drez vers nous , quand la destinée vous amè* ce nera. Si vous êtes au contraire oisifs et lâches , « vous ne serez point reçus avec faveur. Voilà le ce langage qui s'adresse à nos fils.
a II faut maintenant console^ nos pères et nos « mjères , pour leur apprendre à supporter plus c( aisément leur malheur, au lieu de nous afiliger « avec eux : car ils ne manquent pas de douleur ; « notre perte leur en donne assez. Il faut guérir
SUR L ORAISON FUNÈBRE. 2l3
c( et calmer cette blessure , en leur rappelant que a les dieux propices leur ont accordé le plus cher tt de leurs vœux. Car ils n'ont pas demandé que « leurs enfants fussent immortels *, mais vertueux « et. illustres ; et ils ont obtenu ce bien , le plus « grand de tous. Il n'est pas facile pour l'homme a mortel, que , dans la vie , toute chose arrive sui- « vaut ses vœux. En souffrant ce malheur avec a fermeté , ils se montrent les pères d'enfants gé- (( néreux auxquels Us ressemblent.
« Nous supplions nos pères et nos mères de a partager de tels sentiments pour le rçste de leur <c vie, et de croire que ce n'est point par le dé- « sespoir et les larmes qu'ils satisferont nos mânes. c< S'il reste à ceux qui ne sont plus un sentiment « de ce que font les vivants , ils nous afiQigeront a en se rendsint malheureux , et en souf&ant de ^ a notre perte. La modération de leur douleur se- « rait au contraire une^joie pour nous. Ainsi notre (c destinée aura la plus heureuse issue que peu- « vent espérer les hommes. Il faut la célébrer, « plutôt que la pleurer. Pour eux , s'ils prennent tt soin de nos femmes et de nos enfants , s'ils met- « tent là toute leur pensée, ils oublieront leur « malheur, et vivront plus heureusement que
* Non quisquam parens liheris , ut œterni forent , optauit mngis quam liti boni hoiiestique vitam exigèrent. Sall.
« nous. Voilà ce qu'il faut rapporter à nos pa a rents , au nom de leurs fils. Nous recommana dons à la République d'avoir soin de nos en* « fants et de nos pères ; d'élever les uns pour la « vertu, de nourrir honorablement la vieillesse i< des autres. »
A cette fiction oratoire de Platon , il serait curieux d'opposer l'éloquence de Démosthènes appliquée dans une occasion réelle à un sujet semblable. Démosthènes nous apprend lui-même qu'il fut choisi par le peuple d'Athènes pour célébrer la mémoire des guerriers morts à Chéronée ; et il tire une noble apologie de cette circonstance que son rival Eschine lui avait éloquçmment reprochée. Mais l'éloge funèbre qui nous reste sous le nom de Démosthènes , ne paraissait point authentique à Denis d'Halicarnasse et à Libanius.^Le discours que ce grand orateur avait certainement prononcé était -il assez indigne de son génie pour qu'on eût négligé de le conserver ? Un autre discours fiit - il substitué dans la suite par quelque sophiste ? Quoi qu'il en soit , il semble que l'éloquence mâle et vigoureuse de Démosthènes s si bien assortie aux luttes violentes de la tribune et du barreau , n'avait pas dû se plier heureusement aux formes du panégyrique. Démosthènes,* on le sait, en dépit des parallèles , ne ressemble pas à notre Bossuet ; l'enthou-
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siasme de l'un se prend au ciel, et se nourrit d'images et de poésie; l'autre ne quitte pas la terre, et fait sortir toute son éloquence des intérêts et. des passions humaines. L'un est inspiré par Hqmère, l'autre formé par Thucydide. L'un est un prophète, l'autre un citoyen. Bossuet, simple aussi ( un grand homme peut - il ne pas l'être?) prodigue cependant les pompes du langage et de l'harmonie. Son imagination émue s'enchante eire-méme de la sublime magnificence de ses paroles. Démosthènes , plus simple , a besoin , avant tout , d'avoir quelque chose à réfuter, quelqu'un à combattre , ou à convaincre. Son génie plus sérieux ne s'anime que par le raisonnement et la passion. Ce n'est donc pas chez lui que l'on pouvait attendre des modèles du genre d'éloquence que Bossuet a porté dans l'oraison funèbre , et qu'il doit tout ensemble à son culte et à son génie. Au reste , cet éloge des guerriers morts à Ghéronée , soit qu'on le donne ou qu'on l'ôte à Démosthènes dont il porte le nom , renferme encore des traits remarquables. Il me paraît difficile que ce soit l'ouvrage d'un rhéteur. On y sent cette élévation des beaux temps de la Grèce. Je croirais même reconnaître Démosthènes dans le passage où l'orateur , en célébrant le courage des guerriers, fait ressortir l'utilité véritable de leur sacrifice , en dépit des revers qui le suivirent : « 11
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« faut , dit-il , <}uand le combat s'engage , que les c( uns soient vaincus , les autres vainqueurs. Mais a je n'hésite pas à dire que , des deux côtés , ceux « qui meurent au champ de bataille ne sont pas ce compris dans la défaite , et ont tous égsjement a la victoire. Pour ceux qui survivent, l'honneur a du combat se décide comme le veulent les « dieux; mais ce qu'il importait de faire pour « l'obtenir, tout homme mort à son rang l'a fait ; « et , si les ennemis n'ont pas envahi notre terri- « toire , la cause en fut dans la vertu de ces guer- « riers. Après les avoir éprouvés corps à corps, ce l'ennemi ne voulut point entreprendre une lutte « nouvelle contre les concitoyens de ces mcm^ <c hommes , sentant bien qu'il allait trouver des « courages semblables , et qu'il n'était pas sûr de « rencontrer la même fortune! »
Les dernières paroles de ce discours ne sont pas d'un ton moins fier et moins élevé ; elles s'adressent aux parents des morts , suivant la forme un peu monotone de ces éloges funèbres. « Il est a douloureux pour un père, pour une mère, de se « voir enlever leurs enfants, etdej^erdre les nour- « riciers de leur vieillesse. Mais il est beau de voir a ces mêmes fils obtenant de la patrie d'inunortels « hommages , un glorieux souvenir , et honorés « par des sacrifices et des fêtes, comme les dieux. a II est cruel pour les fils de perdre l'appui de
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a leur père ; mais il est beau pour eux d'hériter « de la gloire paternelle. Dans ce partage , ce qui a est affligeant vient de la Divinité, à laquelle <c nous devons céder par la loi de notre nature: a mais ^e qui est honorable et beau vient du choix a des hommes qui ont voulu noblement mourir.
« En rappelant ces pensées , je n'ai point»cherché « à parler beaucoup, mais à dire des choses vraies. « Pour vous, après avoir pleuré, et rempli le dece voir de la justice et de la loi, retirez-vous. »
Pour ne point laisser incomplète cette revue de l'éloquence grecque dans un genre où ses formes furent trop peu variées , nous ne pouvons oublier un discours de l'orateur Hypéride, ce célèbre avocat de Phryné , qui montra , dans sa vie politique, le même courage* que Démosthènes, et mourut comme lui. Quinze ans après la défaite de Chéronée , les Athéniens , animés par le zèle de leurs orateurs , ayant essayé de délivrer la Grèce, tombée du joug d'Alexandre dans les mains d'Antipater, le général et beaucoup de citoyens d'Athènes furent tués dès le commencement de cette guerre. Hypéride prononça leur éloge dans la cérémonie accoutumée des funérailles publiques. Oo conçoit combien ce dernier effort de la Grèce pour revivre à la liberté, cette dernière libation du sang athénien pour la patrie commune, devaient inspirer le généreux orateur. Mais que
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nous reste-t-il de ces sentiment$ et de cette éloquence ? un fragment recueilli au hasard par un scholiaste du moyen âge. Il semble une répétition des idées que nous avons déjà traduites ; mais il est peu connu , et porte cette empreinte d'antique simplicité , que Ton ne saurait trop étudier.
« Il e^t difficile, disait en terminant Torateur, « de consoler ceux qui sont frappés de telles af- (c flictions. La douleur ne s'apaise ni par la raison, « ni par la loi. Le naturel de chacun et son degré a d'attachement pour celui qui n'est plus , voilà « les bornes de la tristesse. Toutefois il faut pren- « dre courage , modérer son deuil autant qu'on « le peut , et penser non-seulement à la mort de « ceux que l'on a perdus , mais à la vertu dont « ils nous ont transmis l'exemple; leur sort est « moins digne de regrets que leurs actions ne sont a dignes de louanges. S'ils n'ont pas joui d'une « vieillesse toujours soumise à la mort, ïh ont « acquis une gloire sans mélange et un inaltérable « bonheur. Parmi ces guerriers , les uns sont <c morts sans postérité ; leur gloire répandue dans «c la Grèce sera pour eux comme une immortelle <c famille ; les autres ont laissé des enfants : la « bienveillance de la patrie servira de tutrice et a de gardienne à ces orphelins. Du reste, si la « mort est un néant comme celui qui a précédé la « nabsance, ils sont tous désormais affranchis des
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^ maladies, de la douleur et des autres mbères « qui assiègent la vie humaine. Si , au contraire ^ a et comme nous le croyons, après la mort le « sentiment subsiste , ainsi que la justice divine , et sans doute ceux qui ont travaillé pour la gloire a des dieux , obtiendront de la divinité le plus ce heureux partage. »
Cette coutume de célébrer par un hommage public les guerriers morts dans chaque bataille ne fut point connue des beaux siècles de Rome. Cicéron essaya d'en donner l'exemple à une époque où les soldats , détachés de la patrie , n'étaient plus que des instruments passagers d'oppression , que se disputaient quelques chefs ambitieux. Dans la dernière de ses Philippiques il fait une espèce d'éloge funèbre des guerriers de la légion de Mars qui avaient péri dans un combat contre Antoine, On voit qu'il ^sayait d'encourager par l'admiration et la louange un patriotisme devenu trop rare, et qui bientôt allait disparaître sous le triumvirat. Mais un tel discours prononcé dans le sénat n'avait rien du caractère de ces fêtes funèbres qui devaient être si puissantes sur l'imagination des Grecs.
Rome, anciennement aristocratique, avait de tout temps réservé la solennité de l'éloge funèbre pour les grands, pour les hommes fameux et même pour les femmes d'une illustre naissance.
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Ces éloges se prononçaient sur la place publique, du haut de la tribune aux harangues. Cicéron parle avec peu d'estinae de ces premiers monuments, dont rien ne s'est conservé jusqu'à nous. César, étant questeur , prononça devant le peuple romain les éloges funèbres de sa tante Julia , et de sa femme Cornélie. Dans le premier de ces discours , il avait rappelé l'illustration de sa famille par des expressions remarquables , que Suétone nous a transmises. « Julia ma tante , disait- « il , descend des rois par sa mère ; du côté pa- « ternel sa^ naissance remonte jusqu'aux dieux. « Les Marcius auxquels appartenait sa mère tirent « leur origine et leur surnom du roi Ancus, et ' « les Jules , dont notre famille fait partie , descen- « dent de Vénus. Il y a donc dans notre sang et « la sainteté des rois qui sont le premier pouvoir a parmi les hommes, et la majest% religieuse des « dieux qui commandent aux rois. »
Un tel langage semble indiquer assez que ces éloges , surtout lorsqu'ils s'adressaient à de grands noms plutôt qu'à des vertus et à des services , étaient devenus dans Rome une sorte d'étiquette pompeuse assez voisine du caractère que l'oraison funèbre a pris quelquefois dans nos temps modernes. Mais ces éloges pouvaient avoir une bien autre importance , lorsqu'il s'agissait d'honorer la mémoire d'un citoyen dont le» actions répon-
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daient à quelque sentiment populaire. César, généreux dictateur, aussi sûr et aussi fier peut-être de son éloquence que de son pouvoir, réfuta, par des écrits, les éloges funèbres que Cicéron et Brutus avaient consacrés à la gloire de Caton. Mais, sans doute, il n'aurait pas permis aux deux orateurs de prononcer ces éloges à la tribune, devant le peuple romain. Suivant les occasions, en effet, cette éloquence du panégyrique, séparée de tout sentiment religieux et toute pleine de passions , pouvait devenir une arme puissante et terrible. En prononçant l'éloge funèbre de César, Antoine recommença l'esclavage de Rome.
Ces grands effets de l'éloquence cessèrent avec la liberté, dont ils avaient préparé la ruine. L'usage des éloges funèbres toujours conservé dans Rome ne fut plus qu'une vaine pompe soumise aux précautions du pouvoir absolu. Le droit de prononcer de tels discours était réservé à certains magistrats. L'empereur lui-même faisait ordinairement l'éloge public de son prédécesseur. Ainsi, Néron fut le panégyriste de Claude. Cependant les empereurs trouvèrent plus sûr de se faire louer de leur vivant. On sait quelle profusion de panégyriques marqua la décadence de la littérature grecque et romaine , et comment la philosophie vint quelquefois ennoblir un genre d'éloquence avili par la bassesse et la servilité. Thomas,
Saa ESSAI
dans un ouvrage riche d'érudition et tf élégance littéraire, a fait connaître le caractère de ces écrits , et les mœurs , le g^ie de cette époque. Mais on regrette que , dans se^ curieuses recherches, il ait oublié les noms de Grégoire de Nazianze, de saint Ambroise et des autres orateurs du christianisme naissant, qui presque tous ont prononcé des éloges funèbres , souvent imités par Bossuet, et non moins dignes d'être analysés que les harangues de libanius et de Thémiste.
Le caractère religieux imprimé à ces panégyriques paraît une des causes de leur supériorité: et je ne m'adresse pas ici seulement à la piété, mais au bon goût. L'éloge d'un homme qui n'est plus a besoin d'être soutenu par les espérances d'une autre vie. Tout finit-il à la mort? N'avez^ vous rien à nous apprendre et à nous promettre sur les destinées futures de celui que vous pleurez ? A quoi bon tant de vertus , pour arriver au néant? Ah! disait l'prateur romain, si l'ame n'apercevait rien dans l'avenir , si elle bornait à la courte durée de la vie toute l'étendue de ses pensées ; elle ne voudrait jamais se Bsitiguer de tant de soins. Cicéron ne parlait que de l'avenir de son nom , que de cette immortalité qui reste sur la terre. Combien l'immortalité de l'ame né doitelle^ pas offrir aux vertus de l'homme un plus sublima encouragement, un terme plus glorieux?
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Voulez- vous donc que les éloges funèbres ne servent pas seulement à honorer les morts , et qu'ils puissent offrir une instruction salutaire à tous les hommes, parlez) au nom de la religion. Alors votre sujet prend un intérêt ijniversel : Torateur devient un. moraliste sacré , qui dans une seule mort fait voir la mort et . le néant de toutes les grandeurs humaines. Un écrivain de nos jours "^9 qui honorait de grandes places par de grands talents , a fait sentir avec beaucoup de force et de goût cette prééminence nécessaire de l'oraison funèbre chrétienne , sur les panégyriques et les éloges ordinaires. Nous citerons ses paroles d'autant plus volontiers , que c'est pour nous la plus facile et la plus digne manière de lui rendre hommage.
(c Quand Fléchier, quand Bossuet montaient « dans la chaire pour louer Turenne ou Condé, « la patrie eii deuil déplorait la perte récente de a ces d^x héros. Les éloges de tout un peuple « répondaient à ceux de l'orateur. Et par combien ce de spectacles l'orateur lui-même était enflammé! ce Ses premiers regards tombaient sur les restes a d'un grand homme dont la mémoire lui était ce confiée par la reconnaissance publique. Les pa* a ren^y les amis de l'illustre mort , ses plus fi-
* M. de Fontanc».
« dèles serviteurs , tous ceux qui avaient recueilli « ses dernières paroles étaient présents à ses fu- « nérailles. Non loin , de vieux soldats , compact gnons de ses victoires , pleuraient, appuyés sur « les mêmes armes .qui triomphèrent de TEurope. « Au bruit dç la cérémonie funèbre, le monde « avait suspendu ses spectacles et ses jeux; les c( hommes du siècle étaient accourus sous ces « voûtes religieuses ; le riche et le pauvre , le « sujet et le prince, instruits ensemble à cette « école de la mort qui égale toutes les conditions, « offraient les mêmes vœux , s'hu|iailiaient dans « la même poussière; et, partageant les mêmes a craintes et les mêmes espérances , pressaient de c< leurs genoux les* pavés de ce temple , couvert « d'antiques épitaphes et des promesses d'une vie « nouvelle. Les arts avaient orné de toute leur <c pompe le mausolée qui renfermait les augustes « dépouilles. Au-dessus , on croyait voir planer oc encore l'ame du héros attentive aux hcAamages « de la France. De cette scène imposante , Bos- « suet , chargé de gloire et d'années , élevait ses ce accents pathétiques , et tous les coeurs étaient « ébranlés. A peine avait-il fait entendre sa voix, « que ce temple , environné de crêpes , semblait « devenir plus sombre. Cette voix sublime redouc< blait la majesté du sanctuaire et des terreurs a du tombeau. Tantôt l'homme inspiré contem-
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« plait> avec un sombrç abattement, le cercueil <K où tant de gloire était renfermée ; tantôt il se a tournait avec confiance vers l'autel de celui qui « promet l'immortalité. Toutes les tristesses de la « terre et toutes les joies du ciel se peignaient « tour à tour sur son front, dans ses regards, dans a sa voix , dans ses gestes et dans tous ses mouce vements. En arrachant des larmes au specta*- <c teur, il pleurait luv-méme ; et sans cesse ému de <c sentiments contraires , s'enfonçant dans les proce fondeurs de la mort et dans celles de l'éternité, fc mêlant les consolations à l'épouvante , il pro*- «c clamait à la fois le néant et la grandeur de <c l'homme , entre un tombeau prêt à l'engloutir, <c et le sein d'un Dieu prêt à le recevoir. »
Tel est , en effet , le spectacle imposant que présente l'oraison funèbre chez les chrétiens. Telles sont les puissantes inspirations que Forat^ir trouve dans la religion de ses auditeurs et dans la sienne. Toutes les fois que ces ressorts de pathétique ont été maniés par un homme supé" rieur, l'éloquence soutenue d'un semblable secours a dû produire de grands effets. On doit cependant avouer que tous les sujets ne prêtent pas luie égale force au développement de ces idées religieuses. La puissance de la mort et l'horreur du tombeau , si frappantes quand il s'agit de la mort et du tombeau d'un roi , semblent s'affaiblir I. i5
dans les raags inférieurs, et les coups qui tombent sur de moindres victimes paraissent moins effrayants. L'orateur qîii ne déplore pas la perte d'un roi ou d'un capitaine n'a plus le pouvoir d'effrayer l'imagination par ces contrastes de grandeur et de faiblesse , de gloire et de néant. Mais il reste d'autres sources de pathétique. La foi chrétienne, qui, dans l'éloge des grands de la terre , aurait rendu l'orateur sublime , lui donne une onction douce et tendre pour animer l'éloge funèbre du plus humble chrétien , et rendre intéressante la vertu la plus simple et la plus. ignorée. Une partie des oraisons funèbres prononcées par les pères de l'Église est consacrée à des noms inconnus. Cette circonstance a contribué , sans doute , à leur donner moins de lecteurs. La postérité, qui n'est curieuse que de noms célèbres, cherche dans le panégyrique d'un prince quelques traits de sa vie, et se plaît à découvrir quelques vérités historiques sous un amas de louanges otA^ toires. Il est naturel^ d'ailleurs , que ceux qui ont long*temps occupé la scène du monde, conservent une place dans le souvenir des hommes ; et c'est avec justice que l'oraison funèbre n'a été, en général 9 attribuée qu'à la grandeur et à la puissance, puisque c'est ainsi seulement qu'elle présente un intérêt durable. Mais cette remarque ne suffit pas pour blâmer le choix que les orateurs du chris- '
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tiaaisxne on fait souvent de héros igiK>rés , et qui devaient l'être. Dans les premiers jours de la religton , les hommes qui y par la sainteté de leurs mœurs, autorisaient leur croyance , étaient des modèles utiles ef puissants 9 dont la vertu méritait le grand jour , et qu'il importait de montrer au peuple. Plus leur vie était obscure , plus leur mort devait être célébrée ; et cette obscurité même^ qui semble éloigner de la tombe d'un homme inconnu la publicité de l'éloge funèbre, la .rendait ici plus nécessaire et plus légitime.
Le premier éloge que nous présentent les Œuvres de saint Grégoire, est consacré à la mémoire de son frère Césarius, qui, distingué dans les sciences, devint médecin des empereurs,, vécut long-temp» à la cour^ et fut honoré de plusieurs emplois considérables. Le titre annonce que son père et sa mère vivaient encore; §t le discours ramène souvent les louanges d^s deux époux chrétiens. L'orateur s'attache d'abord à donner une haute idée des talents de son frère : il le représente perfectionnant les dons de la nature par une éducation forte et savante, se rendant illustre dès sa jeunesse , et bientôt conduit par sa réputation à la cour des empereurs. Julien, par politique et par superstition , rétablissait alors le culte des dieux, et leur cherchait des sectateurs avec tout le zèle et toute l'intolérance du fana-
•IàS £SSAI
tisme. Exposé aux regards du prince , réduit à lutter sans cesse contre l'autorité, et même contre l'amitié, puissance à laquelle on résiste si peu, quand les rois veulent en faire^ usage, Césarius osa donner un ex^nple mal suivi des courtisans. Il fut inflexible , et professa le christianisme dans le palais de Julien. Le tableau de sa résistance est tracé avec énergie.
« Cet odieux monarque *, dit l'orateur, était
«<c déchaîné contre nous; et, s'étant d'abord perdu
« lui-même par sa renonciation à Jésus-Christ,
« il commençait aussi à tourmenter les autres,
a non pas avec audace, comme ont fait les pre-
« miers adversaires de la foi, en s'inscrivant inso*
« lemment au nombre des impies, mais en cachant a la persécution sous le voile de l'humanité. Voici « quel était son premier artifice; pour nous en* <c lever la gloire du martyre ( car il nous enviait a même cet honneur), tous ceux qui soufiraient a comme chrétiens étaient exécutés sous le nom ce de malfaiteurs. Par tin autre artifice , il affectait (c d'employer toujours la persuasion au lieu de la a violence, présentant ainsi plus de déshonneur a que de péril à ceux qui passaient du côté de a l'impiété. Après dcvoif attiré les uns par l'appât « des richesses , d'autres par ses promesses , tous
* s. Geig. Naziak. , Op. gr. lat. t. i.
SUR l'oRAISOBT FVNÉBIIK. a^Q
(c par la séduction de ses discours et l'autorité de « son exemple, il attaque enfin Césarius, L'în- « sensé ! s'il a espéré de trouver line proie facile « dans Césarius, dans mon frère, dans le fils de « tels parents !»
L'orateur représente cette lutte de la vertu contre le pouvoir armé de tous les prestiges de l'éloquence. « N'avez-vous pas craint, s'écrie-pt-il , c< que Césarius ne fît quelque chose iiidigne de ce son courage? Rassurez-vous, la victoire est avec « Jésus^Christ, qui a vaincu le monde. » L'empe* reur ne s'irrita pas de cette généreuse fermeté, liasse de combattre, il s'écria, désignant les deux frères par une allusion honorable et menaçante: « Heureux père! infortunés enfants! Car il vou- « hit, ajoute saint Grégoire, m'associer aussi à « cette glorieuse insulte. »
Peut-être saint Grégoire est-il plus frappé de l'intrépidité de son frère que de la noble patience de Julien. L'empereur, qui souffrait à sa cour un ennemi de sa religion , et ne le combattait que par le raisoniiement et l'éloquence, avait dans l'ame quelque générosité. Sans doute , il la devait à la culture des lettres, qu'il aima toujours avec passion , et qu'il respectait dans Césarius.
Le ton de cette éloquence est d'ailleurs noble et fier. On y reconnaît l'accent d'une ame élevée. Cependant la finesse des tours et des pensées
ferme le caractère habituel de l'orateur. Otte élégance ingénieuse se mêle aux idées les plus toachaates. a Une consolation, ^dit^ il, que Ton ce présente en pteurant soinsseme est bien puis- « santé sur ceux qui pleurent ; et l'on est plus ca- K pable d'apaiser la douleur des affligés, quand « on souffre comme eux. !» Mais il s'élève , il tiiomphe dans ces idées toujours si effi'ayajites de la faiblesse de l'honune et de la brièveté de la vie. On croit presque entendre Bossuet. « De. cornac bien Césarîxis nous a-.t*il devancés? Combien A auroffô-fious de temps encore pour pleiirer sa ce perte ? Ne marcbons-nous pas vers la même de- « meure? N'allons-nous pas -caitrer tout à l'heure €c sous la même pierre ? Ne serons-nous pas bien*^ <i tôt une même <^endre ? Que .gagnerons-nous à a ce surcroît de peu de jours ? quelques maux de « pkts à voir, à souffrir, et peutnétre à faire , pour oc payer ensuite à la nature la dette commune et a inévitable , suivre ceux-ci , précéder ceux-là , « pleurer les uns, être pleuré par les autres, et « recevoir de nos successeurs Je tribut de larmes ce que nous avions apporté k nos devamcîers. Telle « est la vie de nous autres mortels ; tel est le jeu <c de la scène du monde. Nous soiricms du néant a pour vivre ; vivants , nous sommes détruits, «c Que sommes- nous ? un songe inconstant, ua « fantôme qu'on ne peut saisir, le vol de Toi-
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ce seÂd qui passe, le vaisseau qui fuit sur la mer ce et ne laisse point de trace , la poussière , une ce vapeur, la rosée du matin, la fleur aujourd'hui ce naissante , aujourd'hui desséchée. »
Cette peinture énergique de notre misère amène le tableau de nôtre grandeur, par une de ces oppositions singulièrement oratoires, dont Bossuet a fait un si fréquent et si admirable usage. L'homme abattu dans sa faiblesse et dans sa mortalité se relève par les espérances et les promesses de la re-^ ligion. C'est le morceau le plus éloquent du discours. L'orateur, par un mouvement très-heureux, se rendant personnelle l'application d'une vérité de la foi , «e transporte au jour de la résurrection et de la justice céleste, pour contempler son frère. « Alors, dit-il , je verrai Césarius , non plus <c exilé, non phis enseveli , non plus objet de lar- <c mes et de pitié, mais triomphant, glorieux et ic couronné, tel que souvent, ô le plus tendre et « le plus chéri de tous les frères , tu m'as apparu « en songe , soit par une illusion de mes désirs , <t soit dans la réalité mane. Mais aujourd'hui lais- <c sant les regrets, je m'examinerai moi-même; je a chercherai si je ne porte pas en moi, sans le a savoir, quelque grand sujet de douleur. Fils des <c hommes^ car il est temps de vous adresser la a parole, jusques à quand aurez- vous des cœurs c< insensibles et des esprits grossiers , etc. , etc. ?"
« Ne saurons-nous jamais connaître et dédaigner ce les objets qui frappent les yeux, et ne regarder ce que les grandeurs visibles à rintelligence ? £t , ce s'il faut nous affliger, ne nous plaindrons-nous ce pas plutôt que nptre exil se prolonge ici - bas , ce que nous sommes retenus trop long-temps dans c( ces tombeaux vivants que nous portons avec « avec nous ? Pour moi , voilà ma douleur, voilà cf le soin qui me tourmente jour et nuit^ et ne ce me laisse point respirer en paix, p •
Sçiint Grégoire , qui semblait réservé au triste ministère d'honorer par son éloquence les fiinérailles de tous ceux qu'il aimait , prononça , quelque temps après , l'éloge de sa soeur Gorgonia. Dans l'exorde , il s'excuse d'avoir à louer des ver-» tus qui le touchent de si près. Cette apologie est pleine d'élégance et de noblesse.
ce Si nous croyons que l'on est coupable de déee pouiller ses proches , de leur faire outrage , de ce les accuser, de leur nuire, enfin; si même l'in-^ ce justice envers des parents est la plus criminelle ce de toutes, ne serait-il pas bizarre et déplacé de ce leur enlever les honneurs de l'éloge , hommage ç: particulier que l'on doit à la vertu, et par le- <i quel nous pouvons consacrer à jamais leur mé* ec njoire ? Croirons-nousî avoir été justes en cela ? ce Ferons-nous plus de compte des méchants qui ce nous accuseraient de complaisance, que de&
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a bons qui nous redemandent la vérité ; et , tandis « que nous ne refusons pas de louer des étran- «( gers y dont la vertu nous est moins connue et a moins attestée , le scrupule de l'amitié et la a crainte des envieux nous empêchera- t-elle de ce louer ceux que nous connaissons, surtout quand a ils ont quitté la vie , et qu'il est trop tard pour les a flatter, maintenant qu'ils sont enlevés aux pané- <c gyristes et auibcenseurs , comme à tout le reste. » , L'éloge d'une femme pieuse , dont la vie n'offre qu'une seule pensée , le zèle de la foi , qu'un seul événement , une mort douce et chrétienne , semblait peu favorable à l'éloquence. Mais tel est l'intérêt attaché à la vertu : on ne peut lire sans attendrissement le récit des saintes austérités de cette femme obscure et ignorée ; et les plus simples détails paraissent ennoblis par la religion. Peut-être l'ingénieuse élégance de l'orateur ne s'accorde-t-elle pas assez avec la simplicité d'un semblable sujet. Quoiqu'il ait promis, en commençant, de négliger les grâces dû langage, il conserve le style travaillé , les tours polis , les antithèses brillantes d'un imitateur d'Isocrate. Mais ces recherches mêmes ne sont pas sans agrément, et plaisent encore , quand un goût sévère peut les blâmer. D'ailleurs, l'orateur sait quelquefois être simple et naturel ; et jamais il ne se montre plus éloquent
a Ame vertueuse , qui soutenez seule un corps a presque entièrement privé de nourriture > ou oc plutôt , restes mortels anéantis avant la mort , a pour que Ymx^ possède sa liberté , et ne trouve a point d'obstacle dans, les sens ! nuits consacrées ce aux veilles et aux prières ! O D^vid ! que tes a chants paraissent courts aux âmes pieuse !
tt membres délicats couchés sur une terre froide, « et tourmentés par des sou£frauces au-delà des <f farces de la nature ; gémissements qui pénétrez. « les cieux et montes jusqu'au Seigneur, com- « ment puis- je tout raconter et tout décrire ? »
£l'efit avec la même simplicité qu'il retrace les derniers moments de cette femme vertueuse, a Autour d'elle des larmes muettes , ime douleur a inconsolable , mais silencieuse : car ou se fais»t « scrupule d'honorer par des gémissemeitts le «c départ si paisible de cette chrétienne ; sa mort « semblait une solennitié sainte, d