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et surtout éçrit^ avec un,e grâce qui semble lui ayoir été dérobée; Nous n'ayons dSns notre langue aucun traité de l'art oratoire qui renferme plus d'idées saines , ingénieuses et neuves , une impartialité plus sévère et plus hardie dans les jugements. Le style en est simple , agréable , varié , éloquent à propos, et mêlé de cet enjoûment délicat dont les anciens savaient tempérer la sévérité didactique. Cette production appartient à la jeunesse de Fénélon , et l'on y sent partout, ce goût exquis de simplicité, cet amour pour 1q beau simple, qui fait le caractère inimitable de ses écrits. La lettre sur l'éloquence , écrite vers la fin de sa «vie, ne renferme que la même «doctrine, appliquée avec plus d'étendue, ornée de développements nouveajLix , énoncée partout avec cette autorité douce et pcrsuasiye d'un homme de gé- .nie vieillissant , qtii discute p^u, quise souvient, qui juge : aucune lecture plus courte ne pi)ésenle un choix plus riche et plus heureux de souvenirs et d'exemples. Fénçlon les cite. avec éloquence, parce qu'ils sortent de son ame/plus quçde sa mémoire ; on voit que l'antiquité lui. échappe de toutes parts. Mais, parmi tant de heautéç, il revient à celles qui sont les plus douces, les plus naturelles , les plus naïves ; et alors , pour expri-, mer ce qu'il éprouve , il a des paroles d'une grâce inimitsible. ^
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Cette lettre à rAcadémie , les Dialogues sur l'éloquence , quelques lettres à La Motte sur. Homère et sur les anciens, placeraient Fénélon au premier rang parmi les critiques , et servent à expliquer la simplicité originale de ses propres écrits , et la composition si antique et si neuVe du Télémaque. Fénélon , épris des beautés de Virgile et d'Homère , y cherche ces traits d'une vérité naïve et passionnée , qu'il trouvait surtout dans Homère, et qu'il appelle lui-même cette aimable simplicité du monde naissant. Les Grecs lui paraissant plus rapprochés de cette première époque , 'il les étudie , il les imite de préférence ; Homère , Xénophon et Platoti lui inspirèrent le Télémaque. On se tromperait de croire que Fénélon n'est redevable à la Grèce que du charme des fictions d'Homère : l'idée du beau moral dans l'éducation d'un jeune prince , ces entretiens philosophiques , ces épreuves de courage , de patience , l'humanité dans la guerre , le respect des serments , toutes ces idées bienfaisantes sont empruntées à la Cyropédie. Dans les théories sur le bonheur du peuple, dans le plan d'un état réglé comme une famille , on reconnaît l'imagination et la philosophie de Platon. Mais il est permis de croire que Fénélon, corrigeant les fables d'Homère par la sagesse de Socrate , et formant cet heureux mélange des pins riantes fictions, de la philosophie la plus
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pure, et de la politique la plus humaine, peut balancer, par le charme de cette réunion , la gloire de l'invention qu'il cède à chacun de ses modèles. . Sans doute Fénélon a partagé les défauts de ceux qu'il imitait; et si les combats du Télémaque ont la grandeur et le feu des combats de l'Iliade , Mentor parle quelquefois aussi longuement qu'un héros d'Homère ; et quelquefois les détails d'une morale un peu commune rappellent les longs entretiens de la Cyropédie. En considérant le Télémaque comme une inspiration des muses grecques, il senAle que le génie de Fénélon en reçoive une force qui ne lui était pas- naturelle. La véhémence de Sophocle s'est conservée tout entière dans les sauvages imprécations de Philoctète. L'amour brûle dans le cœur d'Eucharis , comme dans les vers de Théocrite. Quoique la belle antiquité paraisse avoir été moissonnée tout entière pour composer le Télémaque , il reste à l'auteur quelque gloire d invention , sans compter ce qu'il y a de créateur dans l'imitation de beautés étrangères, inimitables avant et après Fénélon. Bien n'est plus beau que l'ordonnance du Télémaque ; et l'on ne trouve pas moins de grandeur dans Vidée générale , que dé goût et de dextérité dans la réunion et dans le contraste des épisodes. Les chastes et modestes amours d' Antiope , introduits à la fin du poème, corrigent, d'une manière sublime, les
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emportements de Calypso ; et Fintérêt de la passion se trouve deux fois reproduit, sous l'image de la fureur, et sous celle de la vertu. Mais , comme Télémaque est surtout un livre de morale politique , ce que l'auteuv peint avec le plus de force, c'est Fambition, cette maladie des rois qui fait mourir les peuples ^Tambition grande et géna^euse dans Sésostris , FambitiBn imprudente dans Idoménée , Tambition tyrannique et misérable dans Pygmalion, Fambition barbare, hypocrite, impie, dans Adraste. Ce dernier caractère, supérieur au Mézence de Virgile , est tracé avec une vigueur d'imagination qu'aurcune vérité historique ne, saurait surpasser. Cette invention des personnages n'est pas moins rare que l'invention générale d'un plan. Le caractère le plus heureux , dans cette . riche variété de portraits , c'est celui du jeune Télémaque. Plus développé , plus agissant que le Télémaque de FOdyssée , il réunit tout ce qui peut surprendre , attacher, instruire : dans l'âge des passions >. il. est sous la garde de la sagesse , qui le laisse: souvent faillir, parce que les fautes sont Féducation des hommes^; il a Porgueil du trône, Femportementde l'héroïsme, et la candeur de la première jeunesse. Ce mélange de hauteur et de naïveté, de force et de soumission, forme peut - être le caractère le plus touchant et le plus aimable qu'ait inventé la muse épique • et,
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sans doute , un grand maître dans l'art de peindre et de toucher, Rousseau , a senti ce diarnie^ prodigieux, lorsqu'il a supposé que Télémaque serait , .aux yeux de la ptjdeur et de l'innocence , le modèle idéal digne d'un preiiiier amour.
De grands critiques ont souvent répété que le héros d'un poème ou d'une tragédie ne doit pas être parfait. Us ont admiré dans l'Achille d'Homère , dans le Renaud* du Tasse , l'intérêt des fautes et des passions ; .mais ils n'ont pa3 prévu l'intérêt non moins neuf et plus moral que présenterait un caractère qui , mélangé d'abord de toutes les faiblesses humaines , paraîtrait s'en dégager insensiblement , et se développerait en s'épurant. On blâme dans Grandisson l'uniformité) de la sagesse et de la vertu , la monotonie de la perfection. Le caractère de Télémaque offre le charme de la vertu et les vicissitudes de la faiblesse; il n'en a pas moinà de mouvenxent parce qu'il tend à la perfection. Il s'anime et se perfectionne à la fois; et l'intérêt qu'on éprouve est agité comme la lutte des passions , et doux comme le triomphe de la vertu. Sans doute Fénélon , dans cette forme donnée au caractère principal , cherchait av9nt tout l'instruction de son élève ; mais il créait en même temps une des conceptions les plus intéressantes et les plus neuves de l'épopée. Pour achever de saisir dans le Télémaque , trésor
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des richesses antiques, lâ part d'invention qui appartient à l'auteur moderne , il faudrait comparer l'enfer et l'Elysée de Fénélon avec les mêmes peintures tracées par Homère et par Virgile.
Quelle que soit la sublimité du silence d'Ajax, quelle que soit la grandeur et la perfection du sixième livre de l'Enéide , on sentirait tout ce que Fénélon a créé de nouveau, ou plutôt tout ce qu'il a puisé dans les mystères chrétiens , par un art admirable , ou par un souvenir involontaire. La plus grande de ces beautés inconnues à l'antiquité , c'est l'invention de douleurs et de joies purement spirituelles, substituées à la peinture faible ou bizarre de maux et de félicités physiques. C'est là que Fénélon est sublime , et saisit mieux que le Dante le secours si neuf et si grand du christianisme. Rien n'est plus philosophique et plus terrible que les tortures morales qu'il place dans le cœur des coupables : et , pour rendre ces inexprimables douleurs, son style acquiert un degré d'énergie que l'on n'attendrait pas de lui , et que l'on trouverait difficilement ailleurs. Mais lorsque , délivré de ces affreuses peintures , il peut reposer sa douce et bienfaisante imagination sur la demeure des justes, alors on entend des sons que la voix humaine n'a jamais égalés, et quelque chose de céleste s'échappe de son ame enivrée de la joie qu'elle décrit. Ces idées-là sont
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absolument étrangères au génie antique; c'est l'extase de la charité chrétienne ; c'est une religion toute d'amour, interprétée par l'ame douce et tendre de Fénélon ; c'est le pur amour donné pour récompense aux justes, dans l'Elysée mythologique. Aussi, lorsque de nos jours un écrivain célèbre a voulu retracer le paradis chrétien , il a du sentir plus d'une fois qu'il était devancé par l'anachronisme de Fénélon ; et , malgré les efforts dHme riche imagination , et l'emploi plus facile et plus libre des idées chrétiennes , il a été obligé de se rejeter sur des images moins heureuses , et il n'a mérité que le second rang. L'Elysée de Fénélon est une des créations du génie nioderne; nulle part la langue française ne paraU plus flexi«ble et plus mélodieuse. Le style de Télémaque a éprouvé beaucoup de critiques; Voltaire en a donné l'exemple avec goût. Il est certain que cette diction si naturelle , si doucement animée , quelquefois si énergique et si hardie , est entremêlée de détails faibles et languissants ; mais ilfs disparaissent dans l'heureuse facilité du style. L'intérêt du poëme conduit le lecteur; et de grandes beautés le raniment et le transportent. Quant à ceux qui s'offensent de quelques mots répétés^ de quelques constructions négligées, qu'ils sachent que la beauté du langage n'est pas dans une correction sévère et calculée , mais dans
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un choix de paroles simples , heureuses , expressives , dans une harmonie libre et variée qui accompagne le style , et le soutient comme Taccènt soutient la voix, enfin dans une douce chaleur partout répandue , comme l'ame et la vie du discours.
Les aventures d'Aristonoûs respirent ce charme attendrissant qui n'est donné qu*à quelques hommes, à Virgile, à Racine, à Fénélon. Dans ce morceau de quelques pages on devinerait l'auteur du Télémaque , comme dans le dialogue d'Eucrate et de Sylla on reconnaît Montesquieu. Il n'appartient qu'aux hommes véritablement supérieurs de pouvoir renfermer ainsi , dans un cadre trèsétroit, l'essai de tout leur génie. Après le Télémaque , l'ouvrage le plus important de Fénélon par le sujet et l'étendue , c*est le Traité de Fexistence de Dieu, On n'y trouve pas la profondeur et la logique de Clarke. Fénélon procède par l'argument des causes finales , ce qui est très-favorable à l'imagination descriptive ; il répand des trésors d'élégance , il peint la nature , il en égale les richesses et les couleurs par l'éclat de son style; souvent il laisse échapper cette abondance de sentiments tendres et passionnés , langage naturel de son cœur. Quelques endroits sont animés de cette logique lumineuse et pressante dont il donna tant d'exemples dans ses débats avec Bossuet. Elle
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se trouve peut-être â un plus haut degré , et plus dégasjée d'ornements dans les Lettres sur la religion-, modèle d'unte discussion sincère et convaincante: enfin, comme le style, suivant l'ex- , pression d'un ancien , est la physionomie de Tame , tous les ouvrages de Fénélon , marqués d'une telle empreinte , oht qiielque' chose de rare et de touchant.
Son style a toujours un caractère reconnaissâble de simplicité , de grâce et de douceur , soit dans les élans passionnés , dans le langage éloquemment mystique de ses entretiens affectifs ^ soit dans la gravité de ses directions pour la conscience d'un roi y soit dans la prodigieuse fécondité , dans la subtilité , dans la noble élégance de sa théologie polémique. Ce style n'est jamais celui d'un homme qui veut écrire ; c'est celui d'un homme possédé de la vérité, qui l'exprime, comme il la sent , du fond de son ame. Et , quoique dans notre siècle on admire de préférence une composition soignée , où le travail est plus sensible, où les phrases, faites avec plus d'efforts, paraissent enfermer plus de pensées , quoique la diction savante, énergique , de Rousseau , paraisse à bien des juges le plus parfait modèle , il est permis de croire que le style de Fénélon , plus rapproché du caractère de notre langue , suppose un génie plus rare et plus heureux.
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Fénélpn a trouvé un historien digne de lui.
M. de Bausset s'est livré aux plus curieuses recherches pour écrire la vie d'un évçque dqnt il sentait profondément les vertus ; et ^ ce qui est le plus grand des éloges , il a conservé dans la candeur noble et touchante de sa narration quelque chose du goût et du style de Frelon.