L EUROPE
promoteur de la fortune de Ferdinand , prépara la puissance de Cbarles^Quint , et dans l'intervalle de ces deux règnes^ chargé de quatre-vingts ans, il redoubla tout à* coup de vigueur et de génie pour régner enfin lui-même 9 avant «de mourir. Mais cet homme alluma les flammes de l'inquisition , qui furent si long-temps à s'éteindre.
Isabelle semble avoir pa^rtagé cette politique austère qui animait les hommes de sa nation et de son siècle. La piété ne lui donna pas les vertus douces de son sexe. Elle eut celles d'un roi , et resta toujours l'égale de son époux.. L'histoire n'oubliera jamais qu elle «seule permit à Colomb de trouver l'Amérique. Quoique les princes profitent eux-mêmes de leur justice , et gagnent tout à protéger les grands hommes , la postérité reconnaissante les en remercie comme d'une faveur.
Que de tableaux particuliers , quelles peintures des caractères et des mœurs offrirait cette époque ! Avec quel intérêt nous pouvons y recueillir les nombreuses traces du moyen âge , les mœurs intermédiaires, et les premiers germes des siècles qui vont éclore [Jamais l'espèce humaine n'a plus changé dans un si court espace ; c'est que jamais elle n'employa tant d'instrumens nouveaux à la fois : l'artillerie , l'imprimerie , ce qui fait la force et l'opinion dans l'Europe; la boussole , ce qui livre à l'Europe le reste du monde. Dans le même
siècle, il se formait une politique adroite, profonde , laborieuse, bien imparfaite cependant , puisqu'elle ignorait qu'il faut aussi calculer dans l'intérêt de l'honneur , et qu'il n*y a pas de diplomatie plu& savante que la franchise des intentions et la foi des promesses.
Dans cette revue générale , pourrait-on oublier les lettres ? Nous ne les verrons pas , il est vrai , dans leur éclat. Les vers du Dante, répétés depuis le treizième siècle , n'avaient pas encore éveillé le génie des arts. Par un destin plus heureux pour le goût , c'était l'imitation des <ûassique$ de l'antiquité qui bientôt allait produire dans l'Italie , refuge de la Grèce , son immortel seizième siècle. Accueillie dans le palais de Médicis , l'érudition s'occupait à recevoir les trésors de Constantinople, et cherchait sous les ruines du Latium le génie des Romains, On avait déjà retrouvé les dieux; on attendait encore l'inspiration de leur présence. Devant les restes mutilés de l'antiquité , on n'osait hasarder aucune création nouvelle ; et pour la première fois , l'enthousiasme nuisait au talent.
Mais il fallait cette ardeur, cette superstition, pour rassembler , pour enlever au temps qui détruisait chaque jour , pour entendre , pour deviner , pour rétablir les frêles monuments du génie littéraire, désormais impérissables : on voit ces pieux conservateurs de l'antiquité porter dans
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rémulation de leurs rechercbes , clans la joie de leurs découvertes y dans l'idolâtrie de leurs com^ meutaires , la même ferveur d enthousiasme que plus tard les hoijnmes de génie jetteront dans leurs ouvrages. Ils n ont pas , comme on l'a dit, arrêté le génie moderne , ces réfugiés de la Grèce, ces savants de l'Italie qui , dans le quinzième siècle , agitèrent les âmes par le plus salutaire de tous les sentimens , l'admiration du vrai sublime. Quand Tétourdissement de la surprise aura cessé y il sortira de cette école des hommes dont l'admiration sera puissante et créatrice : le génie modernequi s'égarait viendra rejoindrel'antiquité,et les siècles de Périclès , d'Auguste y de Léon X, et de Louis-le-Grand , se soutieiidront l'un l'autre pour la gloire éternelle de l'esprit humain.