ECHELLES
Zieties communes d» France-.
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PRÉFACE
1 ouT ce qui parle de la Grèce attire l'intérêt public. Il y a dans cette faveur générale un mouvement de curiosité, autant que d'enthousiasme et d'espérance; il est naturel de< se demander quel a été depuis tant de siècles ce peuple oublié si long-temps » et tout à coup ressuscité pour l'histoire.
Ainsi on a pu lire quelques scènes historiques du quinzième siècle , où les Grecs paraissent aussi différens de ce qu'ils sont aujourd'hui , que des cendres le sont de la vie. Nous avions essayé de les peindre en effet tels^que sont les peuples civilisés qui vont monrir , ingénieux , diserts , capables même d'enthousiasme , mais d'un enthousiasme spéculatif , qui ne fait ni l'existence d'une nation , ni le génie d'un homme. C'est de ce néant pompeux qu'est sortie la race grecque , pour reparaître à ' demi barbare , mutilée par les stigmates et les vices d'une longue servitude , mais .ayant conservé la croyance» et retrouvé le courage.
Les Grecs d'aujourd'hui sont comme ces hommes long-temps obscurs, dans la vie desquels on recherche toutes les époques , lorsqu'ils deviennent célèbres. Gomment cette nation » morte depuis trois siècles , a-t-elle T. II. a
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lentement repris la vie , et s'est-elle régénérée d'une vieille civilisation par un esclavage qui lui donnait la barbarie ? Tout prend de l'importance dans ce nouveau point de vue. Les moindres détails de mœurs , les plus tristes images de misère et d'oppression , les plus faibles indices de courage et d'esprit national , les superstitions populaires s'agrandissent par le dénouement glorieux qu'elles préparaient , et que nous voyons éclore.
Il faut le dire cependant , cette résurrection d'un peuple était naguère encore près de s'évanouir; et l'héroïque résistance de 1820 semblait menacée d'aller se perdre avec la nation elle-même dans Pabiniie de la tyrannie musulmane , et de n'être qu'un dernier épisode un peu long de ces tristes annales. L'armée égyptienne trans* portée par des vaisseaux chrétiens, servie par des officiers et des artilleurs chrétiens , conseillée , préconisée par des hommes d'État chrétiens, avait occupé le sol presque entier de là Morée, Tout périssait , ou fuyait, Ibrahim , à la tête de ses Nègres et de ses Arabes enrégimentés en lignes , et faisant un feu régulier , avait , d'après l'avis de ses conseillers diplomatiques , emprunté l'humanité comme la tactique de l'Europe; il ne brûlait pas d'abord tous les villages ; il ne massacrait pas tous les vaincus ; il avait une espèce de clémence moderne , qu'ion lui avait soigneusement recommandée , comme un moyen de victoire et de prochaine extermination. Il était de Vienne à Tneste célébré comme un vainqueur clément y et un sage politique. Enfin , soit puissance de la discipline , soit supériorité du nombre , soit influence 4e l'intrigue et de l'or , le pacha voyait tout tomber
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devant lui; mais il fut bientôt las de cette humanité apprise qui le privait du meurtre » et ne lui donnait pas un sujet de plus. Les incendies, les massacres des prêtres , leç envois de têtes coupées , recommencèrent avec une cruauté plus atroce que jamais. Ibrahim ne fit plus que des morts ou des captifs. Le fanatisme mahométan s'acharna même sur la malheureuse Grèce avec un redoublement de fureur; et Tété de iSsS parut près de devenir le terme de cette guerre , et la fin du nom chrétien dans la Grèce.
De nouveaux efforts ont enfin détourné ce péril: tandis que le plus expérimenté des anciens klephtes ramenait au combat ses bandes irrégulières , la discipline européenne a commencé de s'introduire parmi les Grecs de la Morée. Le système d'immobilité politique qui frappait de réprobation le courage de ce malheureux peuple , a été tout à coup ébranlé par un grand événement.
Le monde voyait avec étonnement , depuis cinq ans , un monarque d'une âme élevée, sensible à la religion et à la gloire , qui s'interdisait tout signe de pitié envers un peuple dont il partageait la foi, et dont ses ancêtres avaient souvent excité le zèle. Cette conduite s'expliquera peut-être par un sentiment de devoir singulièrement placé, mais concevable dans un homme qui se croyait garant de la paix de l'Europe, et sacrifiait tout au scrupule de cette mission ; elle peut aussi s'expliquer par ce besoin de repos et cette hésitation à tenter la fortune , que devait éprouver un prince jeté malgré lui dans une guerre immense , dont il était sorti vainqueur avec une dictature paisible, qu'il ne voulait pas compromettre. Enfin les
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troubles récens de la Russie peuvent indiquer un genre de péril connu du dernier empereur , et qui occupait tou» se^s soins. Mais s'il en est ainsi , on avouera que le succès n'a pas été proportionné à la grandeur du sacrifice. On conçoit difficilement qu'une guerre religieuse et nationale eût autant nourri les germes de mécontentement et de sédition 9 qu'a dû le faire le repos forcé d'un million de soldats y en présence du massacre des Grecs.
Souvent une guerre étrangère fut une diversion qui éloigna des troubles intérieurs ; et il semble que les jeunes officiers du Nord engagés contre la Turquie auraient plu» facilement oublié ces idées de révolution, qu'on les accuse d'avoir recueillies dans leurs expéditions d'Occident. Faudrait-il donc en conclure que là , comme ailleurs , la politique la plus généreuse eût été la plus habile ?
Peut-être cette pensée a-t-elle troublé les derniers momens d'un prince qui comptait sur une vie plus longue^ et qui méritait de n'emporter aucun remords dans la iombe. On dit qu'Alexandre, en voyant la résistance obstinée des Grecs , en entendant les cris de tant de victimes égorgées par les ennemis de la croix , fut souvent inquiet sur l'inaction qu'il s'était imposée , et qu'enfin il voulait en sortir, lorsque la mort le prévint. A l'époque du débordement de la Newa , il n'avait pas vu sans douleur la religieuse consternation de son peuple interprétant ce désastre comme un signe de la colère céleste , pour l'abandon des chrétiens de Grèce. Avant son départ pour la Grimée , il n'avait pas entendu sans émotion, le jour de la fête de saint Alexandre Newsky , un vénérable archevêque qui s'était écrié , en
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lui présentant la croix , au milieu de la cérémonie sainte : c Elle est foulée aux pieds par les infidèles , et elle ne » trouve pas de vengeur. » Mais la providence ne permet pas toujours aux hommes de faire le bien qu'ils ont long-temps différé; et, dans un coin de cette Grèce abandonnée et sanglante y la garnison de Missolonghi a célébré roiSce des morts pour l'autocrate Alexandre Fetrowitz.-
It semble que désormais les puissances de TEurope ont envers la mémoire d'Alexandre la même dette qu'envers l'humanité. On a peine à concevoir quels intérêts peuvent s'y opposer encore.
c L'empire des Turcs , disait un grand écrivain , au» 9 milieu du siècle dernier, subsistera long-temps;. car si, 9 quelque prince que ce fût mettait cet empire en péril », » en poursuivant ses conquêtes, les trois puissances com-^ » merçantes de l'Europe connaissent trop leurs ajDTaires » pour n'en pas prendre la défense sur-le-champ. C'est » leur félicité que Dieu ait permis qu'il j ait dans le » monde des Turcs et des Espagnols , c'est-à-dire les » hommes du monde les plus propres à posséder inuti^ 9 lement un grand empire, »
Un siècle ne s'est pas encore écoulé depuis cette prédiction; et les Espagnols ont perdu la plus riche moitié de ce grand empire qu'ils possédaient inutilement, suivant Montesquieu ; et la plus active des puissances commerciales s'est très-bien arrangée de ce changement ; et les autres attendent l'occasion d'y prendre part. La Turquie peut également perdre la Grèce , où elle n'avait^
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colonisé que la barbarie, sans que le commerce de TEurope ait à redouter ce changement, Car il gagnerait plus à TactiTité des Grecs exploitant un sol fertile , qu'il n'a pu gagner jamais à l'indolente pénurie des Turcs.
Cependant ce vieux colosse de l'empire ottoman ne pourrait encore tomber du consentement de toutes les puissances; car il est plus difficile à partager qu'à détruire. Mais du moins qu'on ne lui rende pas ce qu'il a perdu , ce qu'il ne peut reprendre que par la destruction de tout un peuple ; que l'on ne ranime pas la barbarie turque expirante; qu'on laisse vivre les chrétiens échappés à cinq ans de guerre et de massacres ! Voilà ce que demandent le bon sens , l'humanité , la politique. Que la Grèce soit enlevée aux bêtes féroces qui la déchirent : ce n'est pas là une question de théorie sociale , c'est un vœu de religion et d'humanité. Nous avons rappelé à cet égard ce qu'avaient entrepris plusieurs pontifes dan» le quinzième siècle et le siècle suivant. Pourquoi la même autorité sainte n'a-t-elle pas parlé de nos jours? Que n'eût-elle pas fait dans une semblable cause? et qu'il eût été beau de voir , dans une occasion solennelle 9 le pontife de Rome appelant , sur les malheurs de la Grèce et la désolation de ses temples , la pitié de tous les chrétiens d^Occident ! Il y a trois ans^ lorsque la mort du vénérable Pie VII fut annoncée dans la Grèce , tous les vaisseaux grecs se couvrirent de drapeaux noirs. Portera-t-on le deuil de la Grèce dans l'Europe chrétienne ?
Depuis cinq ans^ rien de décisif pour la Grèce, excepté son héroïsme. Aucun signe de salut ne s'est levé
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sur rhorizon chrétien. Le Nord est immobile : la diplomatie voyage et délibère ; cependant le sang coule , le sacrifice s'achève ; la faim » la misère , le sabre des Turcs moissonnent cette nation , coupable d'avoir osé revivre au christianisme et à la liberté,
La Grèce meurt long- temps. Une de ses villes attire les yeux de toute l'Europe , par son intrépide résistance , et l'incertitude de sa destinée. Missolonghi^ sous les feux qui l'écrasent , sous les assauts redoublés des barbares , est enveloppé pour nous d'un sombre nuage. Il semble par momens qu'il se dissipe , et que nous pouvons encore apercevoir sur des débris quelques hommes qui combattent au pied d'une croix. L'admiration publique les suit de ses vœux; elle tremble; elle espère; elle annonce leur victoire.
Ils ne peuvent avoir d'autre salut; l'empirer ottoman ne veut plus même d'esclaves. Dans le sanguinaire orgueil de sa puissance au déclin, il aime mieux multiplier les cordons de têtes humaines attachées aux portes du sérail : c'est la réponse qu'auront les ambassadeurs chrétiens.
Et toutefois , peut-on songer sans frémir, que jamais plus affreux abus de la guerre ne fut plus facile à réprimer ? La barbarie n'égorge en ce moment que sous la tolérance des États civilisés. Un conseil, une menace expressive feraient rentrer la Turquie dans le néant de son impuissance. Mais il faut pour cela l'accord de plusieurs gouvernemens ; il y a des intérêts difficiles à rigier , des troubles dangereux à prévenir^ Ah I croyez-
Yll) PKEÏAGB.
Touft qu^aucun des grands hommes dont s'honore l'histoire» eût été 9 dans de pareilles circonstances , arrêté par de tels obstacles? Est-il un autre exemple d'une si longue atrocité soujDTerte en pleine civilisation , à la lumière du christianisme ? Veut-on donc promulguer hautement que la religion , la justice , l'humanité ne sont que de vains mots ? Veut-on décréditer les solennités du culte interrompues par les cris lointains des martyrs de la Croix ? Que sont en eJDTetles pratiques d'une piété facile et quelquefois ambitieuse , à côté de la communion vraiment sainte de ces guerriers quittant l'autel pour aller mourir , dévoués à leur Dieu et à leur pays ?
Partout , il est vrai , dans l'Europe , la pitié publique se manifeste; des aumônes sont réunies » des secours sont envoyés. En France , d'éloquentes protestations sont consacrées par les suffrages de l'un des grands corps de l'État. On voit à Paris les femmes les plus distinguées à tous les titres faire de pieuses quêtes pour les combattans et les blessés de la Grèce : tous les arts rivalisent de zèle et de générosité; le même sentiment éclate , le même exemple se renouvelle dans toutes nos villes. La Suisse , la Belgique , une partie de l'Allemagne , quelques hommes de l'Angleterre , ne montrent pas moins d'humanité; mais que seront tous ces secours, si la pitié ne vient pas encore de plus haut?
II est à croire que l'empire turc , aidé , recruté , dirigé par les secours de la civilisation moderne , pourrait , dans peu d'années , beaucoup avancer la destruction de la race grecque. Ces familles errantes, ces populations de vieillards et de femmes, réfugiées sur des ilôts dé-
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serts, s'éteindraient promptement; les bandes irrégulières ou disciplinées qui résistent encore succomberaient à leur tour. Alors, des hordes nouvelles seraient transplantées dans la Grèce; une nouvelle avant-garde de peste et de barbarie viendrait border ce côté de l'empire turc; Hydra y le dernier espoir de la Grèce , périrait assiégé par quelques - uns de ces vaisseaux turcs construits dans nos ports; une race chrétienne aurait disparu lentement, difficilement, par une glorieuse agonie; quelques malheureux restes échappés au massacre se répandraient dans l'Europe , comme ces Grecs réfugiés de Byzance , il y a trois siècles. Celte fois , ce ne seraient pas des théologiens et des lettrés, débris d'un peuple vieilli ; mais quelques enfans de ces héros , gloire im* mortelle d'un peuple rajeuni. Nous fonderions apparemment des hospices pour eux. Mais peut-on dire assez quel serait le sentiment de honte et de douleur , le sinistre malaise qui suivrait ce spectacle d'un peuple exterminé tout entier , pour avoir voulu conserver son culte et son indépendance ! Ah ! pour l'honneur de la religion , pour la paix des empires, qu'un si grand malheur ne s'accomplisse jamais !
Et si , comme tout l'annonce , ce dénouement funeste est retardé à force de courage, si d'affreux désastres laissent encore quelque espérance , puisse la politique européenne profiter de cette trêve qui lui est laissée pour s'absoudre elle-même, et pour sauver un peuple dont la destruction achevée flétrirait à janials notre époque ! Puisse le sacerdoce faire entendre sa voix , et se rappeler ces belles paroles de Ghrysostome conseillant un
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acte de justice et d'humanité : // ne s'agit pas sentement ici du sort d'une ville, mais de l'honneur du Chi'istianisme tout entier : et cependant que les efforts de la charité publique ne se lassent pas ! que ce zèle si ingénfeux à secourir le malheur s'anime et se multiplie ! que partout il parle ^ ÎT agisse I la civilisation à elle seule peut sauver la Grèce.
P. 5. Enfin TindifFérence flegmatique des hommes d'Etat s'est lassée; le temps a marché. Les effroyables spectacles que nous déplorions sont devenus des souvenirs. Missolonghi a péri dans le sang et la flamme! Quelques centaines de guerriers traînant , au milieu d'eux, des enfans et des femmes, ont traversé , entre des batteries , par vfùe route jonchée de leurs morts, le camp d'Ibrahim. Ces restes de la Grèce nouvelle sont allés mourir devant la citadelle d'Athènes , assiégée par les Turcs.
Mais ici, je ne sais par quel motif, notre Europe a eu plus de pitié pour des ruines que pour des héros. On n'a pas voulu peut-être que le Parthénon pérît dans une explosion dernière. On s'est interposé en faveur de la garnison d'Athènes ; et, grâces en soient rendues h un noble sentiment ! On a voulu'sauver ce généreux Français , éprouvé par tant de fortunes diverses , et qui serait mort avec ceux qu'il avait défendus. Là commence , il faut le croire, une conduite nouvelle et décisive pour le salut de la Grèce. Le traité du 20 juin 1827 est venu promettre, par
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la signature de trois grandes puissances , un secours qui ne saurait être inutile, sans une dérision flétrissante. Vainement on remarque les expressions timides ou am^ biguës de ce traité y le soin de garder un^ sorte de neutralité entre les bourreaux et les victimçs , la menace éventuelle en réserve contre les malheureux Grecs; il faut admettre ces précautions , en partie dictées par la pudeur du passé , et par les difficultés même qui sont nées d'une fausse et cruelle politique. On ne peut pas renier tout à coup le langage , que Ton a tenu si longtemps; on ne peut pas dire anathéme à sa propre conduite. Que la cause de rhumanité soit sauvée , quoique bien tard; c'est encore un sujet d'éloge et de ]o\v..
On sent ici la puissance de la justice et de la vérité. II n'y a pas long-temps encore , la tribune de France a retenti de sophismes et d'invectives contre les Grecs. Une réponse éloquente et simple (i) justifia les victimes, et montra ce que le zèle de quelques Français , et la générosité publique avait fait pour soulager un peuple malheureux. Ces secours , fruit de tant d'efforts , étaient bien faibles sans doute , si on les compare aux maux effroyables, dont six ans de guerre et de ravage ont affligé la Grèce. Mais l'exemple avait été plus salutaire
(i) DiscourH de M. le général Sébastiani.
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encore que le bienfait. Tant de voix qui se sont élevées de toutes {>arts , et surtout de la France , pour accuser une apathie barbare , ont agi sur ceux même qui semblaient les dédaigner. La supplique des Grecs avait été durement repoussée du congrès de Laybacb ; mais le cri de l'Europe , émue d'horreur , a lentement pénétré dans les conseils des princes. L'indignation des peuples a réveillé la conscience des* politiques. C'est un des services qu'a rendus au monde cette liberté de la presse, tant accusée, mais accusée surtout du bien qu'elle afait.
La France a vu le succès de ses vœux , au moment où elle venait de perdre la liberté, qui lui avait servi si noblement à les exprimer. Et l'on peut dire que l'opinion a joui de sa plus belle victoire , le jour même où elle subissait l'affront d'une chaîne nouvelle. Depuis cette époque, a paru la réponse du divan écrite avec cette bonne foi d'un despotisme ignorant que l'on inquiète dans ses massacres. Aucune ironie de publiciste n'aurait sans doute été plus amère que la prétention de ces barbares à séparer le monde en souverainetés absolues, parmi lesquelles ils réclament leur part de droit divin , et d'oppression inviolable. Certes , la liberté de la presse n'aurait pas trouvé, contre les abus du pouvoir arbitraire, un plus piquant sarcasme, que ce naïf et injurieux parai-
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lète allégué par la chancellerie de Gonstantinople. Il semble nous prédire que le vœu des trois puissances d^Europe va trouver des obstacles. Quand cesseront-ils? quand la destruction s^arrétera-t^IIe pour la Grèce ? La face du monde est si changeante, et la mort si prompte, que l'homme d'état auquel arrire la pensée du bien, doit se hâter de l'accomplir , et d'honorer son nom.
Déjà l'un des auteurs du traité du 20 juin, le ministre qui, promettant partout l'émancipation et la justice, avait fondé son pouvoir sur l'attente de toutes les âmes généreuses , Ganning a cessé de vivre. Interprète éclatant , plutôt que soutien nécessaire du vœu public, il laisse après lui des hommes qui n'abandonneront pas son ouvrage; et, quoique le salut de la Grèce soit une question secondaire dans lés vœux de la philantrople anglaise, l'esprit de liberté doit la soutenir; et sans doute la politique saura bien y gagner quelque chose.
De grands motifs d'ambition rappellent aussi sur la Grèce l'ancienne protection de la Russie. La France arrive la dernière; elle semble traînée vers le but où l'opinion nationale l'aurait portée dès long-temps. Puisse du moins cette coalition être sincère dans le vœu de conserver ce qui reste du peuple grec I puissent enfin ses flottes ne pas arriver , pour ensevelir des morts I II est manifeste que tous les conseils des souverains hésitent