‹ Mélanges historiques et littérairesChapitre 23 sur 33 · TIB£R · texte numérisé non relu

TIB£R

un licteur à ses côtés, recevant le salut de chaque convive qu'il appelait par son nom.

Averti cependant par sa faiblesse , et mécontent d'apprendre que le sénat avait renvoyé quelques accusés^ même sans les entendre , il voulait retourner dans son île , afin d'être cruel en sûreté ; il fut retenu , par le mauvais temps et par la violence du mal, dans la maison de LucuUus.

Macron, sur les avis de G hariclès, attendait 1 evénement , et avait tout préparé pour faire régner Gaîus. Le vieux tyran tomba dans une défaillance que Ton prit pour la mort; déjà Gaïus sortait avec un grand appareil pour se montrer au peuple ; tout à coup Tibère se ranime , appelle ses esclaves , et demande quelque nourriture. La terreur saisit toute sa cour : Cmus précipité de son espérance reste immobile^ n'envisageant plus que sa dernière heure.

M acron , sans se troubler, fait étouffer le. vieil empereur sous des amas de couvertures , et ordonne que tout le monde se retire. Selon d'autres récits,. la mort de Tibère fut naturelle; et, au moment, où après avoir inutilement appelé ses esclaves, il faisait effort pour se lever, il expira le 16 mar/s de lan 37 de notre ère , dans la soixante-dix-huitième année de son âge.

A Rome , cette nouvelle excita de tels transports de joie , que Ion courait en foule , les uns disant qu'il fallait le jeter dans le Tibre, les autres suppliant la terre et les dieux mânes de ne donner asile

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à son ombre que parmi les impies, les autres demandant le croc et les gémonies pour son cadayre. Toutefois on n'osa pas suspendre Texécution de quelques cond^tmnés. Leurs gardes, pour ne rien faire contre Tordre établi , les étranglèrent dans la prison ; horrible exactitude des bourreaux ^ qui , dans notre révolution, s est reproduite à la morl du plus vil des tyrans démagogues.

Le corps de Tibère fut apporté à Rome par des soldats, et brûlé publiquement Son testament, écrit deux ans avant sa mort, se trouva en double copie 9 Tune de sa main, et l'autre de celle d'uu affranchi. Il y avait fait apposer lé sceau même de ses derniers esclaves. Il instituait se» petits -fils Caîus et Gemellus ses héritiers pour moitié, en les substituant l'un à l'autre. Il faisait aussi des legs aux vestales, à tous les soldats, à chaque citoyen, et aux magistrats de chaque quartier^ Il laissa un trésor de plus de cinq cents millions qui furent promplement dissipés par l'insensé Caligula. Tibère avait régné vingt-trois ans.

Tacite résume ainsi, son caractère et son règne : « Une vie et une réputation honorable , tant qu'il » fut homme privé, ou qu'il commanda sous Au- » guste ; du secret et de la ruse pour contrefaire » des vertus, tant que Germanicus etDrusus vivaient » encore. Mêlé de bien et de mal jusqu'à la mort de » sa mère; détestable par sa cruauté, mais caché » dans ses débauches, tant qu'il aima Séjan, ou qu'il

» en eut peur ; enfin il se précipita tout ensemble » dans les crimes et dans les infamies, depuis que , » libre de honte et de crainte , il n'agissait plus que » par son propre génie. » Tibère avait écrit , sur sa vie, des Mémoires fort abrégés, et pleins de la même hypocrisie que ses discours. Il y disait que la haine de Séjan pour les fils de Germ^nicus avait été la seule cause de la perte de ce favori. Domitien n'avait pas d'autre lecture que les Mémoires et les actes de Tibère.

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