DE L'EMPEREUR JULIEN
DE L'EMPEREUR JUUEN.
Une société peut long^temps exister sans arts , et sans littérature. Quelques chants populaires font toute sa poésie; quelques traditions , ses annales : elle n'a pas d'autres philosophes que ses prêtres. Mais lor3qu'un peuple favorisé par le climat , et développé par les institutions, s'est adonné aux lettres, elles deviennent une partie de sa vie , et de sa puissance ; elles ne peuvent s'affaiblir ou disparaître, sans que l'esprit de la nation elle*mème ne semble baisser et s'éteindre. Liées au culte , aux traditions , aux mœurs de l'État, les lettres en suivent les progrès, le déclin et la chute. Elles vivent et meurent avec lui. Considérées, sous ce dernier point de vue , elles deviennent, dans leur stérilité même, une curieuse instruction , et l'image la plus fidèle des derniers momens dune société. Quand on les voit, pauvres d'imagination, ^t faibles de raison, commenter de vieux faits, reprendre de vieilles disputes, s'obstiner pour des opinions détruites , c'est que la société est devenue comme ces vieillards qui redisent le passé , et n'ont plus ni sensation , ni mémoire