PATRIARCHAT DE CONSTANTINOPLE, IMPRIMERIE DIÎNONCÉE AU DIVAN P\R
LES JÉSUITES. — IMFLVBNCE DES NOBLES DU FANAS. — ^ LETTRÉS DE C0!«- STANTIIfOPLE. — NAPOLl. — ATR&NSS. COMMERCE |>B XA GRÈCE-
La prise de Candie semblait consommer l'asservissement de la race grecque, et le triomphe des Barbares dans toutes les mers du Levant. Il n est pas douteux que cette' catastrophe n'ait porté le dé- <;ouragement parmi les Grecs du continent qui, malgré leur dégradation apparente, conservaient encore la haine du joug musulman et l'espérance de le briser. Sans regretter la domination vénitienne, les Moraïtes voyaient arec effroi la puissance turque les environner de toutes parts. Pendant le siège de Candie, on avait fait assidûment des prières dans les églises grecques pour le succès des armes chrétiennes. Après la prise de l'île tout espoir fut détruit. Les Turcs parurent décidés à ne plus souffrir aucune résistance. Les Manioles, qui s'étaient conservés toujours indépendans , et dont le courage et la pauvreté tentaient peu les pachas turcs , furent attaqués dans leurs montagnes ; et quelques familles de cette peuplade la quittèrent alors , désespérant d'y rester libres. C'est à cette émigration
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que remonte 1 établissement d'une tribu grecque dans l'île de Corse.
Un Grec de Mania, Jean Stéphanopoli , qui se prétendait issu d une branche des Comnènes , et qui avait beaucoup voyagé, conduisit l'entreprise; il était allé d'abord à Gênes demander la protection du sénat, et av^it visité la Corse. Il revint , après avoir choisi le canton de Paomia ; et , de concert avec le capitaine d'un vaisseau français , il embarqua ceux de ses parens et de ses compatriotes qui voulurent s'associer à lui. Partie de Porto-Betilo, le 3 octobre 1670, la petite colonie, qui comptait sept cent soixante personnes , hommes, femmes, enfans, après avoir relâché à Zante et à Mes-sine , se rendit à Gènes , où la concession de territoire qui lui était promise fut solennellement réglée par le sénat. Le printemps suivant, elle passa daa» l'île de Corse , et s'établit à Paomia. C'est là qu'eHe a long-temps subsisté , fidèle au gouvernement génois , parmi les séditions fréquentes de l'île , et cultivant ses terres avçc une industrie fort supérieure à celle des habitana. On reconnaissait à cette marque le canton des Grecs. Quelques chants populaires des montagnes de la Morée se conservaient parmi ces Maniotes expatriés ; et ils les redisaient comme un souvenir de leur pays. C'est même un renseignement précieux sur l'ancienneté de ces poésies, rassemblées de nos jours par un savant plein d'imagination et de goût. Le beau chant d'une femme de
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la l^Iorée sur la mort de son fils est connu chez les Grecs de Corse , depuis leur émigration. Ils le répètent encore aujourd'hui à Carghèse et à Ajaccio, où se consei^vent quelques familles grecques , dernier débris de cette colonie, qui fut, en 1 730, chassée du canton qu'elle habitait par les Corses soulevés contre Tautorité de Gênes.
Le long épisode de la guerre de Candie nous a distraits du tableau général de la Grèce. En reportant les yeux sur l'état de ce beau pays , vers les coinmencemens du dix-septième siècle , on aperçoit d'abord peu de changement. Rien n'est immobile comme la servitude. Les années, les siècles même s'écoulent avec une lente uniformité. Des générations naissent et meurent sans laisser de trace. Il n'y a pas d'événemens pour elles. 11 n'y a rien de nouveau, même dans leurs souffrances ; et leur malheur est monotone comme la pitié qu'il inspire. Tel était le sort de la Grèce sous le joug abrutissant des Turcs, tandis que tous les peuples de l'Europe marchaient à grands pas vers la civilisation et la lumière.
Il semblait cependant que l'influence de ce progrès universel devait se faire jour tôt ou tard à travers le cordon de barbarie tracé par les Turcs autour de leur empire , et pénétrer jusqu'à cette race ingénieuse qu'ils tenaient asservie par le sabre et par l'ignorance. Les relations de commerce devenaient plus nombreuses, les voyages plus fréquens. Des consulats européens étaient établis dans les princi-
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pales villes du Levant. Des missions chrétiennes les f arconraient ; et cet esprit de secte qui divise les chrétiens venait y chercher des combats et un théâtre. Ainsi , le contre-coup des guerres civiles et religieuses de l'Europe se fit sentir jusque parmi les Grecs de Constantinople. L'esprit de la réforme, qui remplaçait l'enthousiasme des croisades, avait été, dansson origine, défavorable aux chrétiens d'Orient ; et Luther, par le désir illimité de tout contredire daûs les opinions de l'église romaine, écrivit, en style dogmatique , pour soutenir la légitimité des Turcs, et leurs (iroits sur les nations qu'ils avaient conquises. Indépendamment de cet étrange paradoxe , les guerres nées de la réforme ne permettaient pas de songer à de lointaines expéditions contre les Turcs : c'est la plainte d'un Grec savant de Corfou *, dans une lettre qu'il adressait au. célèbre Mélanchton, vers le milieu du seizième siècle.
Plus tard le zèle du prosélytisme fit souvenir les protestans de l'existence des Grecs. Avant la prise de Candie , un Grec né dans cette île , Cyrille Lucar, ayant fait des études à Venise, voyagea chez les protestans d'Allemagne , et goûta leurs opinion» religieuses. Plusieurs docteurs de la réforme attachèrent un grand prix à trouver des disciples dans cette église grecque, séparée de" Rome depuis plusieurs siècles, et qui se vantait de remonter aux traditions apostoliques.
■* Crum TMTcihGrœcia,
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Cyrille ayant passé en Turquie , auprès de Mélèce, son parent et dignitaire de l église de Gonstantinopie , commença bientôt après à répandre les idées nouvelles qu*il avait prises dans rOccident. Il devînt célèbre dans Téglise grecque, et fut nommé patriarche d'Alexandrie. Il ambitionna le siège de CoQstantinople , que les caprices de la Porte rendaient souvent libre par la déposition et lexil du patriarche. Repoussé dans une première élection , où Timothée, évêque de Patras, obtint la préférence, il lui succéda quelques années après; mais ses doctrines nouvelles excitèrent la défiance des évêques; et le synode de Constantinople fut rempli d orages. L'ambassadeur d'Angleterre et lenvoyé de Hollande soutenaient le patriarche novateur. L ambassadeur de France travaillait contre lui. Les évêques rédigèrent des protestations et des anathèmes; et le divan, fatigué de ces querelles qu'il ne comprenait pas, relégua Cyrille dans Tîle de Rhodes.
Le patriarche, du fond de sa retraite, remua de nouveaux ressorts , et se fit rappeler. Rétabli sur son siège , il essaya de répandre un catéchisme conforme aux principes des églises protestantes. L'ambassadeur d'Andeterre fit venir secrètement pour cet osrige une presse et quelques ouvriers d'imprimerie, les premiers qu'on ait vus dans Constantinople. Quelques missionnaires jésuites, dans leur zèle contre la réforme, dénoncèrent au divan celte nouveauté, comme une conspiration. La presse fut dé-
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truite, et Cyrille exilé daûs l'île de Ténédds*. Ce qui peut étonner , et ce qui montre la ïnobilité ténale et capricieuse des ministres de la Porte , c'est que Cyrille fut une seconde! fois rappelé. Mais, sur de nouvelles plaintes et par de nouvelles intrigUds, il fut déposé , conduit sur un vâfi$seau et mis à liloi't. Le dénonciateur principal du patriarche devint sonf successeur, et peu de temps aptes périt du mèUie supplice. Le synode restait agité de querelles. Oiï eût dit que les fureurs scolastiqués qui avaient pérdo l'empire des Grecs se ranimaient au milieu dé leur esclavage; et les puissances chrétiennes, st long^ temps indifférentes sur le sort de ce n!ialheureû]t peuple , s'occupaient avec un iîèle singulier de ce qui pouvait changer sa foi, et le faire passer du «chisme à l'hérésie.
Ces fréquentes mutations du patriarcat de Byïance étaient liées presque toujours aux intrigues que formaient quelques familles établies dans le Fauar, et dont la fortune s'était augmentée par un négoce lu-* cratif , et quelquefois par la faveur des grands de la Porte. Presque toujours le patriarche était uû îns^ trument docile dans la main de quelques-uns de ces Grecs , en qui la finesse naturelle à leur nation était aiguisée par les périls d'une cour ombrageuse et sariguinaire. Ces grandes familles du Fanar composaiient une espèce d'aristocratie servile , distinguée du reste de la nation par ses vices et par ses lumières.
* Colipclanea de Cyrilto Luearç.
il*
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Daivs le dix-septième siècle, il y avait dans le Fabar vue vingtaine de ces familles , la plupart enrichies par le commerce de diamants et de soierie. C 'étaient les Juliani * , les Rosetti , les Soutzi , les Maurocordati, lesContaradi, etc. Aucun de ces noms, comme on le voit, ne rappelait les anciennes maisons de Tempire grec. Il se conservait cependant quelquesuns de leurs héritiers réels ou prétendus , qui portaient les noms de Cantacuzène et de Paléologiie. Mais presque toute la noblesse fanariote était de nouvelle date, venue de TAsie-Mineure ou de Tile de Scio , et mêlée de sang italien. Le crédit qu'avait obtenu Panajoti près du grand visir Koproli, redoubla les intrigues et lambition des Grecs du Fanar. La charge de drogman ou dlnterprète devint une haute fonction qui donnait part à tous les secrets de la Porte, et dominait son ignorante diplomatie.
Tentées par le succès de Panajoti, les principales familles du Fanar firent instruire avec soin leurs enCans dans les langues d'Europe, pour les mettre au service du divan. Dans cet avilissement de lesprît et de ladresse servant au triomphe de maîtres cruels et grossiers, les Grecs du Fanar conservaient un zèle religieux qui faisait tout leur. patriotisme : Panajoti CA avait donné l'exemple. Il avait travaillé à la destruction des chrétiens de Candie, <*t il se servit de sa faveur pour faire relever des
* Turquie chréUcnne.
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églises et pour fonder des monastères. Telle fut la conduite des principaux Fanarîotes, qui s'unirent toujours au patriarcat de Byzance, et firent à leur ambition toute espèce de sacrifices, hormis celui de leur culte.
Un autre résultat de leur influence fut de ramener quelque instruction parmi leurs concitoyens, et de préparer ainsi de loin la liberté , sans la vouloir.^ Le dix-septième siècle et Tâge suivant virent s'éleyer, parmi le haut clergé et les riches familles de la Grèce , un assez grand nombre dliom-mes instruits dans les arts et dans les langues antiques et modernes. Le célèbre Cantemir, Moldave de naissance, mais Fanariote par son éducation, son séjour à Constantinople et son mariage avec une princesse CaQtacu;Eène, a comparé les savans grecs de son temps aux plus célèbres génies de Tantiquîté *.
Cest là, sans doute, une hyperbole grecque uo peu forte ; mais il est certain qu'à cette époque parurent en Grèce des hommes que Ion aurait remarqués dans d'autres pays. Un Grec nommé Monolaki , enrichi par le commerce , fonda près de I église de Byzance une académie, où l'ancienne langue, les diverses philosophies de l'antiquité et les sciences naturelles étaient enseignées par des maîtres célèbres. Ce fut là qu'Alexandre Maurocordato , interprète et médecin du sérail , fit connaître le principe de la circulation du sang, dont la dé-
' Histoire de Cempire ottoman par Demeirius Cantemir.
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couverte récente était eacore contestée dans TEurope.
D'autres homopi^Â savant f Jean Gariophile , Scœvgpbylax, AotoniosSébastos, illustraient cette école; et Gantemir , qui suivit leurs leçons, les cite avec la mèvie recoQuaissaoce que montre Marc-Aurèle en nommant ses maîtres. Mélèce , archevêque d'Arta et ^ns^ite d'Athènc^^, Métropbane et plusieurs- autr^^ /^col^jsiastiques, ne s'adonnèrent pas aux lettres avea moins 4'ardieuFf EnfiA le siège patriarcal fut ocçppé par un homiae d une grande vertu et d une rfu:^ éloquence , Gallioicos.
Pi^rmi les Grecs célèbres de celte époque on peut encore' citer Philaras d'Athènes , qui voyagea dans l^uçope et fut en commerce de lettres avec Milton*.
A M vérité eçfli lumières et cette éruxlîtion de quelques hommes n'avaient nul rapport avec l'état général de la nation. Au commencement du dixseptième siècle l$i pc^ulation grecque du continent et du Péloponèse formait un peuple nouveau qui semblait repasser par les degrés successifs de la barbarie. Gâchés sous le nom de Ramaiot qu'ils se donia^aient eux-mêmes , les Grecs n'avaient sur leurs antiquités qu'une notion très-vague. Ils croyaient que|leur patrie avait été jadis habitée par des géans païens. Ils conservaient mieux les traditions du christianisme y mais entremêlées de fables et de coutumes bizarres : comma tous les peuples simples ,.
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ils avaient beaucoup de fêtes religieuses, Oa sait aujourd'hui 9 par un recueil célèbre , quel' instlaei poétique se conservait parmi les Grecs; et 9 quoique la plupart des chants populaires rassemblés pur M, Fauriel ne remontept pas au-delà du deroier siècle 9 on peut présumer que des traditions sem-* blables appartiennent à des époques plus anciennes 9 et que les Grecs eurent toujours dans leur ignorance cette même nature poétique et musicale.
Les voyageurs qui, dans le di^-septième siècle, ont décrit la Turquie d'Europe , étaient des érudits plus attentifs aux monumens et aux inscriptions de lantiquité qu aux débris vivans de la Grèce. Ils soat cependant frappés de cette vivacité d'esprit , de ce feu du Midi qui brillait souvent dans un pauvre pâtre ou dans un paysan grec. Mais ils s'accordent à montrer la population toute entière comme abattue par l'oppression des Turcs.
Vers le milieu du dix-septième siècle une charge odieuse cesfia cependant de peser sur les familles grecques; depuis l'année i656 on ne leva plus le tribut du cinquième des enfans mâles. La Porte , moins heureuse dans ses expéditions militaires , avait abandonné son ancien usager de former les ortas de janissaires avec les enfans chrétiens enlevés dans le sac des villes d'Europe. Elle renonça également à les recruter avec la population grecque , et ne mit plus dans leurs raog$ que des Turcs asiatiques.
Cet impôt du sang avait été surtout insupportable
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aux Grecs 5 parce qu'il entraînait Tapostasie de leurif enfans« On avait vu souvent des mères poignarder leurs fils dans tes bras des commissaires turcs , et se tuer ensuite elles-mêmes. Ce courage se retrouvait particulièrement chez les femmes de la Zaconie^ canton de l'ancienne Lacédémone. La suppression de cette dîme odieuse fut pour les Grecs un grand allégement à leur servitude , et la population s'aug> menta dans la Morée.
Quelques villes avaient obtenu d'ailleurs des espèces de privilèges dont profitaient les Grecs. Napoli , habitée en partie par des Turcs, avait le droit de ne recevoir le Pacha dans ses murs, que pendant trois jours chaque année. C'étaient autant de rapines et de concussions évitées pour le reste du temps. Aussi cette ville , heureusement située , était-elle enrichie par le commerce. On y rassemblait des productions de toute la Grèce; et il s'y faisait un grand trafic de blé, de vin, d*huile , de soie, de coton et de tabac. Le port était vivant et fréquenté. Il y venait des vaisseaux de Constantinople , du Caire, de Venise, de Livourne. Sur lé rivage, on voyait beaucoup de femmes zaconites, d'une stature haute et vigoureuse , occupées incessamment à transporter des fardeaux. Les hommes naviguaient sur de petites sarcolèves au pavillon turc, et allaient trafiquer dans les îles voisines.
Il y avait dans la ville quelques négocians grecs fort riches, et à qui cette richesse donnait, comme
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il arrive partout, «ne sorte de pouvoir. Les Turcs mêmes de Napoli paraissaient plus humains que les autres, et un peu civilisés par l'abord fréquent des étrangers. Dans les autres villes de la Morée nul commerce, nulle industrie. La vie des Grecs était à peu près la même que celle des Turcs. Les femmes des primats et des riches ne sortaient que voilées et entourées de suivantes , comme les femmes tur- . ques. A réglise, elles se tenaient dans un lieu séparé, qu'on appelait Gynecetis.
Les villages et les campagnes de la Morée offraient, un aspect assez riant. La guerre ne les avait pas ravagés depuis près d un demi-siècle ; il y passait peu de troupes. Il n'y avait donc à supporter que les vexations habituelles des pachas ^ des mousselims y des cadis et des naëbs, les insolences de quelques agas, et ce dur mépris de la race victorieuse pour la race vaincue, Danfs quelques lieux même, ce sentiment s'était adouci par l'habitude de vivre ensemble. Il se trouvait beaucoup de paisibles hameaux, nommés x«p'« P^^ ^^^ Grecs , peuplés de familles turques et chrétiennes, ayant chacune également leur petite maison * fermée avec une serrure de bois, surmontée d'une petite terrasse, où l'on passait la nuit sous le doux ciel de la Grèce, et entourée d'un Jardin rempli de mûriers, de térébinthes et d'oliviers. Ce qui ne manquait nulle part, c'était une église chrétienne, quelquefois creusée dans le
* Lu Guiitetiéro en l'année 1676,
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rocher, une image de la vierge, et quelques prêtres pour absoudre le peuple de ses péchés*
Les anciennes habitudes , celles qui naisseûl du génie même des lieux, se retrouvaient dans les diverses parties de la Morée. LeshabitansderArcadie étaient toujours pasteurs ; ceux de la Messénie, laboureurs et adonnés à la chasse ; ceux de TArgolide, industrieux et commercans. Mais ces traits distinctifs étaient affaiblis par l'oppression. Il est certain cependant, que , vers le milieu du dix-septième siècle, il restait parmi les raias de la Morée , Tespoir d'être délivrés par le grand duc de Moscovie , et même la croyance que quelque jour un vaillant capitaine * s'élèverait du milieu -de leur nation, et reprendrait toutes les mosquées , pour en faire des églises chrétiennes.
Le sort d'Athènes avait été long-temps le même que celui des villes de la Morée. Malgré son beau port , elle avait moins de commerce que Napoli , et elle était exposée aux fréquentes rapines du pacha de Négrepont. Ce fut un bonheur pour elle d'être donnée en apanage au chef des eunuques noirs, par le crédit d'une belle Athénienne qui était entrée dans le sérail. Cette juridiction lointaine fut une espèce d'affranchissement pour Athènes. Les Grecs de cette ville se gouvernaient par un conseil de vingtquatre vieillards|, appelés V écchesiadoi ; et ils se servirent quelquefois avec assez d'adresse de la protec-
* La GuUlelUre.
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Uon qu'i1$ avaient daos le sérail» pour obtenir le renvoi du gouveroeur ou de Taga» Le» plu& instruits d entre eui: * se vantaient de ces petites résistances comme d un esprit de liberté qu'ils avaient hérité de leurs ancêtres. . Avec ce secours, ils échappèrent souvent à des avanies que voulait leur faire subir le pacha de Négrepont , par un ancien droit de sa charge.
Athènes, bien que remplie de ruines, conservait encore beaucoup de monumens qui furent mutilés dans la suite par les armes ou la curiosité des peuples civilisés. Les Grecs qui Thabitaient, indifférens pour ces souvenirs, se rapprochaient assez des mœurs turques; et les enfans des deux nations jouaient ensemble sur les débris des chefs-dœuvre antiques.
Le peuple d'Athènes était ignorant , comme celui du reste de la Grèce; mais cet esprit subtil, que les anciens attribuaient à Tinfluence d» climat de TAttique , se remarquait dans la population moderne. Une chose fort singulière , c'est, que la méthode ingénieuse de renseignement mutuel était pratiquée vers le milieu du dix - septième siècle dans la ville d'Athènes, où le didascalos instruisait une trentaine d'enfans. Athènes avait alors pour archevêque Anthime, homme savant, qui cherchait à répandre quelque instruction parmi ses compatriotes. La religion était fort en honneur dans la ville. On y comptait plus de cinquante églises des^-
• Spon et Wheter^
1^2 ESSAI HISTOKIQLE
servies par des prêtres grecs ; et là, comme ailleurs, le zèle religieux conservait la nation vaincue, malgré le mélange des races et la longue durée de l'oppression musulmane.
scR l'étaï des grecs. l^S