DU TRADUCTEUR
Pour faire diversion aux souffrances, compagnes assez ordinaires de la vieillesse , et aux noirs soucis, fruits des temps les plus malheureux, j'ai consacré les heures de mon loisir à la traduction des pièces de ces Mélanges. La grande réputation de Fauteur, et les conseils de quelques amis, d'accord avec mon goût , avaient décidé mon choix : puisse-t-il se trouver d'accord avec le goût du Public éclairé ! Puisse ce Public juger avec indulgence ce travail d'une plume trop peu exercée I
Les pièces de ce recueil qui ont rapport à l'histoire moderne, dit l'auteur dans sa préface, sont destinées à développer les vues générales les plus importantes qu'offre l'histoire du système d'états de l'Europe, dans les trois siècles derniers. «Je y> sais (ajoute-t-il ) combien il reste à faire , et je y> crois pouvoir contribuer aux progrès de la » science. Quoique je convienne que ces essais » sont imparfaits, je ne crois pas qu'ils soient » superflus : car je ne connais pas de discussion
vj AVERTISSEMENT y> sur ces matières qui soit faite sur un plan pareil )) au mien, et qui embrasse son sujet tout entier. )) Je ne traite que des sujets qui ont rapport à tout y> le système d'états de l'Europe ».
La première pièce de ces Mélanges , sur la Confédération germanique dans ses rapports avec le système d? Etats de l'Europe y ne fait pas partie du recueil allemand ; je l'y ai jointe pour satisfaire les souhaits de Fauteur lui-même et ceux des éditeurs. C'est une pièce d'occasion, qui, avec l'intérêt passager de la nouveauté, réunit l'intérêt durable d'un sujet important traité d'une manière qui en relève le mérite.
Dans la Dissertation sur l'histoire de la politique continentale -de l'Angleterre, les relations nouvelles de cet état n'ont pu fournir le véritable point de vue sous lequel il convient de considérer le tout; on le trouverait encore moins dans les relations actuelles de ce pays : dans une telle discussion , il ne peut être question que du passé : Fauteur a pensé que ce n'était qu'en traitant son sujet dans ses généralités qu'il pourrait espérer de contribuer à faire porter un jugement libre et calme sur un point qui , ordinairement , ne fait porter que des jugemens partiaux ou erronés, ce Je » ne sais (dit -il) si des lecteurs calmes goûte-
DU TRADUCTEUR. vij » ront le résultat de cette discussion : Que Fin- » fluence de la politique de l'Angleterre sur le y> Continent a été, jusqu'au temps de la guerre de y> la révolution , fort bienfaisante au total, quoique y> dans les détails elle ne soit pas exempte de blâme» y> Si des lecteurs sans préventions me donnent le )) témoignage d'impartialité, j'en serai doublement » flatté ».
Le traité sur les Progrès de la spéculation politique en Europe et son influence dans la pratique , fut composé à l'occasion d'un cours d'histoire de la politique théorique et pratique, donné à des jeunes gens, pour la plupart destinés par leur naissance à la carrière de la politique. Les objets développés plus amplement dans ce cours, sont présentés ici dans une esquisse générale, offrant les caractères qui marquent les progrès delà théorie, et fixant les points ou les routes suivies par les plus importans théoristes se séparent et mènent à des buts différens. La tendance de cette discussion étant de montrer l'influence des théories sur les nouvelles constitutions et révolutions des états, l'auteur a cru devoir exclure de son plan l'examen des spéculations politiques les plus nouvelles faites en Allemagne depuis l'origine de la philosophie critique (dont Kant est Fauteur).
viij AVERTISSEMENT DU TRADUCTEUR.
Si le Public daigne accueillir favorablement ce premier volume, le traducteur s'empressera de publier la continuation des Mélanges historiques et politiques de M. Heeren , choisissant avec soin les pièces qui pourront offrir le plus d'intérêt.
Les notes du traducteur sont marquées par des chiffres.
DANS SES RAPPORTS AVEC. LE SYSTÈME d'ÉTATS DE i/ EUROPE.
Il est dans la vie de l'homme des instans où il lai est permis d'interroger le destin.
Schiller.
Ce que , dans l'épigraphe de ces feuilles ? notre grand poète dit de la vie de l'homme , s'applique, dans un sens encore plus élevé et avec la même .vérité , à la vie des peuples et des états entiers. Il est pour eux , comme pour l'homme individuel , des momens d'irrésolution , où il faut qu'ils fassent un choix , dans lesquels le bonheur ou le malheur , peut-être même l'existence ou l'anéantissement, dépend de ce choix. C'était dans de tels momens, où la sagesse humaine est insuffisante, que les peuples et les états de l'antiquité recouraient aux oracles, afin qu'une voix suprême leur apprît ce qu'ils n'osaient décider eux-mêmes. Croyant s'être conformés à la volonté des dieux, ils se tranquillisaient au moins; et en cas de mauvais succès, ils
s'imputaient la faute à eux-mêmes, par une fausse interprétation des oracles énigmatiques, plutôt qu'aux dieux qui les rendaient. Et nous aussi, nous rie sommes pas moins qu'eux dans l'irrésolution ; mais ces voix ne se font plus entendre ; nous sommes livrés à nous-mêmes , et c'est dans notre sein qu'il nous faut chercher la solution des énigmes que le destin nous donne.
Si pour l'Allemagne et pour le peuple allemand le moment actuel est un de ceux dont leur sort futur doit dépendre, c'est ce dont on ne saurait douter. Notre sort est dans nos mains ; il n'y a point de puissance qui nous empêche de le régler de la manière qui paraît conforme à notre avantage ; c'est à quoi nous ont même invités les puissances qui, en rétablissant la paix de l'Europe, ont arrêté l'établissement d'une Confédération germanique, lui laissant le soin de régler elle-même son organisation. Il n'est point de pareils momens dans nos annales ; il n'en revient pas facilement un second. Nous nous attirerions les reproches de nos contemporains et de la postérité, si nous le laissions passer sans le mettre à profit.
Ce fut ce qu'on craignit, en voyant l'ouverture de la diète retardée au-delà de l'époque qui d'abord avait été fixée. Mais il fallait le temps de se rapprocher les uns des autres ; il fallait le temps decarterlesobstacleset d'établir la confiance mutuelle, sans laquelle ne peut subsister aucune fédération, fût-elle même déjà conclue. Il fallait particulière-
ment arrêter auparavant le règlement des limites des territoires dans toutes leurs parties principales, ce qui devait se faire, non par des décisions de la diète , mais par des arrangemens de plénipotentiaires particuliers. Il n'est point d'observateur réfléchi qui ne sente combien une telle mesure était convenable , et combien étaient nécessaires les délais qui en étaient inséparables. Un temps inouï avait tout bouleversé, non-seulement les droits et les constitutions , mais aussi les territoires des états. Tout ne pouvait se remettre sur l'ancien pied. Il fallait des négociations , qui ne pouvaient se passer sans différens; il fallait qu'elles fussent terminées, pour que la diète ne commençât pas par la discorde, ce qui eût été le pire de tout. Pour un système d'états tel que celui de l'Allemagne et de l'Europe , il n'y a de base solide que la sainteté de la possession reconnue légitime. Elle peut être violée par quelque puissance, comme les propriétés particulières le sont quelquefois par des individus, malgré la protection des lois ; mais cependant la reconnaissance du principe, comme règle, est une condition indispensable, sans laquelle il n'y a point d'état de paix assuré , ni de lien solide qui unisse les princes et leurs peuples ; sans laquelle aucun trône ne peut , pour cela même, être fermement établi.
Elles paraissent actuellement terminées dans leurs points principaux, ces négociations difficiles. Ce qu'il peut en rester encore , ne troublera pas
l'harmonie du tout. Il y aura donc de nouveau en Allemagne un état de possession ferme et constant ; les échanges de pays cesseront ; et si quelqu'un en doutait encore, nous le renverrions à l'acte de Confédération , dans lequel la garantie réciproque des possessions est prononcée (i).
Ils sont donc levés, ces obstacles qui devaient nécessairement retarder l'ouverture de la diète. Il paraît, ce jour ardemment désiré de tant de monde. Quelles espérances et quels souhaits d'un côté, quels doutes et quelles inquiétudes de l'autre s'y attache- t-il ! Loin de nous d'entretenir ces doutes, de hâter ces espérances ! Mais comment pourrionsnous le célébrer plus dignement qu'en cherchant à faire l'exposé de la destination de la Confédération , puisée dans sa nature même, et à présenter son but ? Il ne sera cependant question, dans ce discours, que de ses rapports extérieurs ; nous ne parlerons des intérieurs qu'autant qu'ils tiennent aux autres.
Les relations intérieures et les institutions de la Confédération ne sauraient être toutes fixées tout d'un coup; il faudra que le temps et les circonstances en fassent venir plusieurs à maturité. Mais il n'en est pas de même des relations externes. Quelle place l'État fédératif doit-il prendre dans
(1) Art. i i. « Les membres de la Confédération se garan- » tissent réciproquement toutes leurs possessions comprises » dans l'union ».
Je système des états de l'Europe ? Quelle est son étendue , quelles sont ses fins ? Comment celles-ci s'accordent-elles avec le système générai des états de notre partie du monde ? Comment s'accordentelles avec les principaux états pris en particulier ? Quels sont les moyens à prendre pour parvenir à ces fins ? Il faudrait que tout cela fût déterminé clairement et distinctement, quand même l'acte de Confédération, art. 10, n'imposerait pas expressément à la diète le devoir de s'en occuper dès le commencement (i).Il est également importantque nous prenions confiance en nous-mêmes, et que nous en inspirions à l'Europe. Si ces recherches font voir qu'il règne l'accord le plus parfait et le plus intime entre les intérêts de la Confédération germanique et ceux du reste de l'Europe; que cette Confédération est une partie indispensable et nécessaire de son système d'états ; si celui-ci doit subsister lui-même : combien n'aurons-nous pas déjà gagné par là ? Les craintes que cette Confédération ne dégénère en un pur jeu de formes , qu'elle n'excite la jalousie des voisins qu'elle ne retombe peut-être entièrement dans son néant, ne se dissiperont-elles pas d'elles-mêmes?
Mais pour démontrer ceci , il nous faut jeter un
(1) Art. 10. « Le premier soin de la diète, après son ouver- » ture , sera de faire les lois fondamentales de la Confédéra- » tion , et d'établir son organisation à l'égard de ses relations » externes , de ses rapport* militaires , et des intérieurs ».
regard sur le système detats de l'Europe en général et sur son caractère essentiel. L'essence de ce système, ou de cet assemblage d'états enclavés les uns dans les autres, consiste dans sa liberté; c'està-dire que c'est une société d'états qui , malgré toute l'inégalité extérieure et intérieure, se regardent mutuellement comme libres et indépendans les uns des autres , et veulent que cette liberté et cette indépendance se maintiennent. Voilà ce qu'en politique on appelait autrefois le système d'équilibre, dont tout le prix saute aux yeux aussitôt que l'on en a saisi Fessence. L'Europe a fait l'essai du système opposé, celui d'un état prédominant, ou, comme on s'exprimait autrefois, d'une monarchie universelle ; et elle ne sera sûrement plus tentée de vouloir le renouveler. Mais il n'y a point de milieu ; il est par conséquent évident que la Confédération germanique ne s'accorde avec l'essence du système d'états de FEurope en général , qu'autant qu'elle forme un état qui aide à maintenir la liberté de ce système (i).
(i) « Outre ces confédérations publiques , il s'en peut former * tacitement d'autres , moins apparentes et non moins réelles , » par l'union des intérêts , par le rapport des maximes , par la » conformité des coutumes , ou par d'autres circonstances qui » laissent subsister des relations communes entre des peuples » divisés. C'est ainsi que toutes les puissances de l'Europe » forment entre elles une sorte de système qui les unit par une » même religion , par un même droit des gens , par les mœurs , » par les lettres , par le commerce , et par une sorte d'équilibre
La situation géographique de la Confédération germanique en fait le centre de ce système. Elle est totalement ou presque entièrement eontigué aux principaux états de l'Ouest et de l'Est ; et il ne peut facilement se passer dans l'une ou l'autre partie de l'Europe quelque chose qui pût lui être indifférent. Mais en vérité la ferme de constitution de l'état central de l'Europe ne saurait être indifférente aux puissances étrangères. Si c'était une grande monarchie , ayant avec l'unité rigoureuse politique toutes les forces matérielles que l'Allemagne possède , quelle possibilité y aurait-il que l'état de tranquillité restât assuré pour elles ? Quand même elle ne serait pas par elle-même assez puissante pour conquérir , que faudrait-il de plus que son alliance avec une des principales puissances soit de l'Occident soit de l'Orient , pour la rendre redoutablepourlesautres puissances, etpourouvrir le chemin de Moscou ou celui de Paris dans chaque guerre qui viendrait à éclater ? Une telle puissance pourrait-elle résister long-temps à la tentation de s'arroger sur le reste de l'Europe la prépondérance à laquelle sa situation et sa puissance sembleraient l'autoriser ? cela est aisé à sentir ; quiconque con-
* qui est l'effet nécessaire de tout cela , et qui , sans que per- » sonne songe en effet à le conserver , ne serait pourtant pas si » facile à rompre que le pensent beaucoup de gens ». (Extrait du projet de paix perpétuelle de l'abbé de Saint-Pierre } par /.-</. Rousseau.^
naît l'histoire n'en doutera pas : l'établissement d'une monarchie unique et illimitée en Allemagne , serait bientôt le tombeau de la liberté de l'Europe.
Ce que nous venons de montrer clairement , on le sentait depuis long-temps en pratique dans la politique ; et c'est pour cela que depuis la paix de Westphaliele maintien de la liberté de l'Allemagne était, selon l'expression usitée, le problème , nonseulement pour l'Allemagne , mais même pour l'Europe. Tout le monde connaît ce que Gustave- Adolphe et même l'astucieux Richelieu firent pour elle. L'ancien empire germanique, malgré tous ses défauts dont il n'a que trop porté la peine, subvenait par sa forme, quant à l'objet principal, au besoin d'un état central dans le système de l'Europe; et l'on ne prétendra pas sans doute que ce système eût jamais pu se former , s'il n'y avait pas eu un tel état au milieu (i).
(j ) « Ce qui fait le vrai soutien du système de l'Europe , c'est » bien en partie le jeu des négociations , qui presque toujours » se balancent mutuellement; mais ce système a un autre appui » plus solide encore , et cet appui , c'est le corps germanique , » placé presque au centre de l'Europe , lequel en tient toutes » les autres parties en respect , et sert peut-être encore plus au » maintien de ses voisins qu'à celui de ses propres membres : » corps redoutable aux étrangers par son étendue, par le nombre » et la valeur de ses peuples ; mais utile à tous par sa constitu- » tion, qui, lui ôtant les moyens et la volonté de rien cont> quérir , en fait l'écueil des conquérans. Malgré les défauts de » cette constitution de l'Empire, il est certain que tant qu'elle » subsistera , jamais l'équilibre de l'Europe ne sera rompu ,
C'est ce qu'ont bien senti dans leur sagesse les puissances alliées, en relevant, par le traité deParis, l'édifice écroulé du système d'états de l'Europe. Elles jugèrent fort juste qu'il ne fallait pas précisément pour cela un empire germanique avec ses anciennes formes , mais bien un corps politique qui en eût le caractère essentiel , celui d'un état f'édératif. En conséquence, il fut prononcé clairement qu'il serait formé une Confédération germanique , à laquelle on laissait cependant le soin d'établir son organisation (1).
Une confédération ou un état fécîératif forme donc de nouveau le centre du système d'états de l'Europe ; et sa liberté est non-seulement prononcée, mais aussi fondée dans le sens expliqué ci-dessus,
Un état fédératif ne peut pas de sa nature vouloir faire des conquêtes, parce qu'il n'y a point d'intérêt. Quels avantages pourrait-il en tirer, et au profit de qui tourneraient-elles ? Les autres membres ne combattront pas pour l'avantage d'un seul, et des conquêtes faites pour la totalité de la Confédération ne seraient imaginables , qu'autant qu'on
» qu'aucun potentat n'aura à craindre d'être détrôné par un » autre , et que le traité de Westphalie sera peut-être à jamais » parmi nous la base du système politique ». (Extrait du projet de paix perpétuelle de l'abbé de Saint-Pierre , par /.-/. Rous-> seau. )
(1) Traité de Paris , du 3o mars 1814 , art. vi : « Les états de » l'Allemagne seront indépendans , et unis par un lien fédén> ratif ».
voudrait forcer un état étranger à accéder à la Confédération : un tel cas est tellement hors des bornes de toute vraisemblance , qu'il serait superflu de s'y arrêter. Supposé même qu'elle voulût faire des conquêtes , il lui en manque les moyens. Il est aisé de sentir qu'il est dans le caractère d'un état fédératif d'être faible pour la guerre offensive , quelque fort qu'il soit pour la défensive, particulièrement si, comme c'est ici le cas, il est enfermé de deux côtés par des monarchies puissantes.
Nous serions donc bien fondés à appeler la Confédération germanique l'état pacifique d'Europe; non dans le sens qu'une neutralité perpétuelle , telle qu'elle a été accordée à la Suisse, fût notre fait. Notre Confédération et celle de cet état s'accordent bien en quelques points } mais non en tous ; notre rôle est différent : il peut s'isoler s'il le préfère : nous ne le pouvons pas ; il a pu faire reconnaître sa neutralité : c'est ce que nous ne saurions faire pour la nôtre. Nous sommes atterrés si nous ne sommes pas entièrement sur nos pieds. La Confédération germanique est un état pacifique dans un sens beaucoup plus sublime. Sa. paix est celle qui résulte de l'état de droit; elle dure autant que celui-ci, et cesse avec lui. Sa propre existence tient particulièrement à la sûreté de l'état de possession de ses propres membres. Le maintien des dynasties légitimes n'est précisément pas non plus hors de sa sphère. Ce n'est pas qu'à chaque contestation qui s'élève , elle doive vouloir s'en
rendre l'arbitre ; mais elle ne peut rester indifférente à une violation manifeste du droit : car tout ce qu'on appelle révolution lui est en horreur. Il faut qu'elle soit l'appui des dynasties légitimes , parce qu'elle sait que leur renversement mène à des révolutions ; il faut qu'elle défende le principe de la possession légitime , parce que sans ce principe il n'y aurait bientôt plus de sûreté pour ellemême.
C'est à cette destination honorable que la Confédération germanique est appelée par sa situation jointe à son étendue; c'est à quoi la rend propre surtout le caractère du peuple. Loin des Allemands toute jactance de vouloir s'attribuer une supériorité d'héroïsme ; de lumières, de moeurs! Nous ne nous donnons pas le titre de grande nation , de première nation; nous ne voulons en reconnaître aucune au-dessus de la nôtre , tout comme nous ne prétendonspoint qu'aucunesoit au-dessous. Mais la nation allemande a , aussi-bien que chaque autre , des traits principaux qui la caractérisent ; et le premier de ces traits, c'est le sentiment du juste. Le peuple allemand a quelquefois souffert des injustices comme d'autres , mais aucun peuple ne les a senties plus profondément ; aucun n'a eu pour ces injustices une haine plus inextinguible. De quoi les Allemands eurent-ils le cœur blessé le plus profondément , dans les temps de l'oppression ? de l'impudence de cette autorité arbitraire qui fut mise à la place du droit. L'assassinat d'un duc à' En-
ghien, d'un Palm; lesemprisonnemens et lesbannissemens d'hommes innocens ne furent pas moins nuisibles à l'oppresseur que la perte d'une bataille. Ils excitèrent la terreur dans l ame de quelques individus , et dans tous les cœurs une haine implacable. Quel est le but auquel tendent actuellement tous les états de l'Allemagne , que leur offre même l'acte de Confédération , si ce n'est le maintien de la possession légitime dans l'intérieur ? Nous pouvons donc demander de quel peuple doiton attendre au dehors, avec plus de confiance et une plus juste assurance , la conservation de la possession légitime ?
Que la Confédération germanique prenne donc place dans le rang des puissances, comme protectrice du droit , comme conservatrice de la paix, dans ce sens plus sublime ! Qu'elle prenne parmi elles le rang qui lui appartient : ce n'est pas à vouloir fonder une paix perpétuelle en Europe qu'elle a des prétentions ; ce n'est qu'à ceux qui voudraient troubler cette paix qu'elle doit être redoutable. Qu elle s'annonce donc comme l'appui des trônes , comme l'adversaire des perturbateurs du repos, de ceux qui bouleversent les états ! Qu'elle paraisse comme un nouveau pilier boutant, pour le maintien de Tordre rétabli que les puissances alliées ont fondé par le traité de Paris; comme un membre de leur union , comme accédant à cette sainte alliance qui immortalise le nom à' Alexandre , à laquelle les plus puissans de ses membres ont
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déjà accédé chacun séparément , et dont les principes sont précisément les plus importans pour elle à cause de la différence de religion. La conservation des dynasties légitimes , le maintien de la paix et de Tordre des choses rétabli , voilà le pivot sur lequel tourne actuellement la politique des cabinets. Quelle belle harmonie ne règne- 1- il pas entre la Confédération germanique et les desseins de ces cabinets? Qui est-ce qui a un plus grand intérêt qu'elle à seconder de si nobles desseins ? Si la flamme des révolutions et des guerres venait à éclater de nouveau dans le pays qu'elle a désolé , et à se répandre au-delà de ses limites , quel état en serait plus tôt atteint que la Confédération germanique ? Pétersbourg et Moscou en sont bien éloignées; la Grande- Bretagne en est séparée par la mer, l'Espagne par les Pyrénées ; qui est-ce qui nous protégera , si nous ne nous protégeons pas nous-mêmes? Nous pouvons laisser au lecteur le soin de peser les intérêts de chacun de ces états et des princes qui les gouvernent, ainsi que ceux de la France et des Bourbons* L'accord intime de leurs avantages avec les nôtres se fait sentir facilement ; et si le maintien de l'Empire germanique et de sa liberté fut autrefois le but de la politique des puissances de notre partie du monde, à combien plus forte raison la conservation de la Confédération germanique ne doit-elle pas l'être dès à présent?
Il s'établit donc de soi-même, le point de vue sous lequel la politique doit regarder notre Confé-
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dération. Ce n'est pas un surcroît accidentel qu'on pût ajouter et retrancher à volonté; c'est un complément nécessaire du système d'états de l'Europe. Si les craintes de ceux qui, du retardement de l'ouverture de la diète voulaient inférer la dissolution de la Confédération elle-même, se réalisaient, quelles suites faudrait-il qu'il en résultât pour l'Europe? Tous ces états du second ordre et du troisième , dans le cœur de cette partie du monde , seraient-ils assez forts , étant isolés , pour se conserver eux-mêmes ? y aurait-il ici de possession assurée? ne seraient-ils pas le but continuel de la manie de l'agrandissement, jusqu'à ce qu'un plus heureux ou plus puissant parvînt à les engloutir ? De telles luttes pourraient - elles finir autrement que par l'extinction de la liberté de l'Europe ? L'état qui voudrait douter de tout ceci ou croire pouvoir se maintenir seul , n'a qu'à se ressouvenir de tous ceux qui ne sont plus, ou plutôt de la vicissitude de son propre sort , pendant les vingt dernières années. Les annales de l'histoire ne sont sans doute pas écrites pour quiconque cela ne pourrait convaincre !
Mais quoique la Confédération germanique soit appelée avec raison Vétat pacificateur de l'Europe , il résulte cependant clairement de ce qui précède, qu'il faudra, non qu'elle se tienne passive , mais bien plutôt qu'elle prenne un rôle actif sur la scène de la politique ; ceci mène de soi-même à la question : sa forme et son organisation , son étendue et ses
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forces la mettent-elles en état déjouer un tel rôle? Ces différens points méritent d'être considérés chacun en particulier.
La forme est plutôt esquissée qu'elle n'est achevée. L'acte de Confédération charge la diète de s'occuper de ses lois organiques (ci). Son essence est son caractère fédératif : ce nouvel état est appelé Confédération; et c'en est une en effet, mais d'une espèce particulière • il a des caractères qui lui sont propres, ainsi que des droits qui, pour la plupart, découlent naturellement de l'idée d'un état fédératif.
Le premier de ces caractères se trouve dans la grande différence de ses membres, non-seulement quant à leur puissance et à la grandeur de leur territoire,, mais aussi à l'égard de leurs constitutions. Le seul point que l'acte de Confédération prescrive par rapport à celle-ci, c'est qu'il y aura partout des états provinciaux (b) ; il ne fixe pas plus particulièrement leur organisation ; il laisse à chaque membre le droit de législation et d'administration dans son intérieur. Il y a une belle harmonie entre la Confédération germanique et le système générai d'états de l'Europe, en ce que dans celle-là comme dans celui-ci , le caractère monarchique est prédominant ; mais dans l'une comme dans l'autre ce
[a) Acte de Confédération , art. 10.
(6) Acte de Conféd. art. 1 3 : « II y aura dans tous les états de v la Confédération , une constitution d'états provinciaux ».
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n'est pas le seul. Dans la chaîne fédérative germanique , les quatre villes libres brillent comme autant de pierres précieuses, sans être obscurcies par l'éclat des plus grandes. Puisse-t-on sentir généralement tous les avantages de cet accroissement , non-seulement sous le rapport du commerce, mais aussi sous celui de la politique ! La culture politique tient à la variété pratique des constitutions , non à la classification que les théoristes en font sur le papier. Le despotisme tend à l'uniformité : si du Tage jusqu'au Niémen on n'eût trouvé que des départemens et des communes avec leurs préfets et leurs maires , on aurait bientôt vu s'éteindre toute culture politique y comme jadis sous la monarchie romaine. Quoique les Allemands, de tout temps accoutumés aux constitutions monarchiques , soient attachés à leurs princes avec une fidélité si souvent mise à de si rudes épreuves , il est cependant de la plus grande importance qu'ils voient au milieu d'eux un ordre de choses différent : s'imaginer que tout doit être comme chez nous , ce serait montrer des vues bien bornées et le manque de culture politique ! C'est ainsi que ces villes entretiennent parmi nous le sentiment pour le républicanisme, sans nuire le moins du monde aux institutions monarchiques. Mais même dans nos constitutions monarchiques nous n'avons pas à craindre une uniformité délétère : la différence dans l'étendue des états, l'ancienneté d'usages respectée y la diversité dans l'organisation des états
provinciaux , quand même il y en aurait partout; la différence dans l'esprit et la forme de l'administration, voilà bien de quoi nous garantir de cette uniformité ! Quand nous aurons avec tout cela la liberté de la presse, qui , dans l'acte de Confédération (a) , a été mise au nombre des objets des délibérations, et pour laquelle notre nation est plus mûre que d'autres, nous n'aurons pas à craindre que l'esprit politique ne prospère parmi nous.
Nous trouvons un second caractère propre à la Confédération germanique , et plus important encore que le premier, dans la grande liberté que les membres se sont réservée dans l'intérieur même de la Confédération. Leur souveraineté leur est assurée ; cette souveraineté , renfermant en soi l'indépendance de toute puissance étrangère, se trouve déjà dans la nature de l'état fédératif, et l'acte de Confédération la proclame expressément en leur faveur (b). Quant aux rapports avec la Confédération, nous y remarquons deux points: que dans les affaires qui ne regardent pas la Confédération , ou sur lesquelles il n'a été rien décidé dans l'acte de Confédération , ou ne l'aura été dans la suite (par la diète), chaque état peut agir en
(a) Acte de Conféd. , art. 18 : « La diète s'occupera dans sa » première session de l'établissement de règlemens uniformes » sur la liberté de la presse , et sur la sûreté des droits des au- » teurs et des éditeurs contre la contrefaction ».
{b) Acte de Conféd., art. 1 : « Les princes souverains, etc. ».
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particulier. Secondement, qu'à l'égard des affaires de la Confédération on doit agir , non selon la volonté arbitraire de quelques membres en particulier , mais seulement en conséquence d'une délibération et d'un accord commun, selon les décrets de la majorité prescrite. Il n'y a donc point dans l'intérieur de la Confédération de soumission à îa volontéarbitraired'un autre; on ne fait que se conformer aux résolutions communes , auxquelles on a donné soi-même son suffrage selon des formes convenues et fixées en commun.
Il était sans doute indispensable que les membres de la Confédération se soumissent eux-mêmes à certaines restrictions de ce droit de souveraineté, sans lesquelles aucun état fédératif ne peut subsister , parce qu'elles découlent immédiatement de sa nature. Elles sont en partie fixées par l'article 1 1 de l'acte de Confédération ; le temps et les circonstances amèneront les autres. Il y est clairement fixé qu'aucune contestation entre les membres de la Confédération ne sera décidée, à l'avenir, par la voie des armes, mais par celle du droit et par des conventions amicables. Quiconque connaît notre histoire , saura apprécier cette disposition : n'y eût-il que cette seule condition d'accomplie, l'Aile magne serait assurée d'un avenir prochain plus heureux. Il y a été aussi expressément arrêté qu'en cas de guerre de la Confédération , il n'y aura point de négociations partielles, point de traités de paix partiels ; que les membres particuliers de laConfé-
dération ne doivent s'engager dans aucunes liaisons avec des puissances étrangères , contre la sûreté de la Confédération ou de ses membres en particulier. Qui ne voit pas que sans ces conditions la Confédération ne serait qu'un vain nom ? Mais l'acte de Confédération ne contient point d'autre restriction du droit de conclure toutes sortes d'alliances; au contraire, les membres se le sont réservé (a). Nous ne nous dissimulons pas que c'est ici l'écueil le plus dangereux pour le vaisseau de la Confédération ; mais on n'échoue pas contre chaque écueii ; et le temps réparera certains points sur lesquels l'acte de Confédération ne prononce pas. Quand l'état fédératif se sera affermi lui-même , que la confiance réciproque se sera établie, de même que la conviction que ce n'est que dans la Confédération et par elle qu'on est le plus fermement établi , qu'au contraire, hors d'elle tout est chancelant ; quel attrait des alliances partielles avec des puissances étrangères pourraient-elles avoir même pour l'ambition ? Il se présenterait bien ici quelques questions , mais au lieu de donner des solutions prématurées , nous aimons mieux nous en rapporter à l'avenir , à la sagesse de la diète, et surtout au patriotisme de ses membres.
(a) Acte de Conféd., art. 2 : « Les membres de la Confédé- » ration conservent le droit de faire toute sorte d'alliances; ils » s'obligent cependant à ne point contracter d'engagemens qui » fussent dirigés contre la sûreté de la Confédération ou de quel- » ques-uns de ses membres ».
tsO CONFEDERATION GERMANIQUE.
Les droits de la Confédération sont en partie exprimés par l'acte; ils découlent en partie d'euxmêmes de son idée.
L'inviolabilité de son territoire est un droit que chaque état peut prétendre de l'autre , et l'acte de Confédération s'exprime clairement là-dessus dans l'article 2 (a). La Confédération germanique a plus de raisons que d'autres états d'insister sur ce point. Depuis trois siècles , depuis qu'il s'est formé un système d'états dans notre partie du monde, l'Allemagne a été le grand champ de bataille de l'Europe. Non-seulement les affaires de l'Allemagne , mais encore la succession au trône d'Espagne et à celui de Pologne, en partie même la querelle sur les Deux-Indes , furent décidées sur son territoire. L'ancienne faiblesse, ou plutôt la lourdeur de l'Em pire germanique ne se montra autant en rien, et ne fut si préjudiciable à aucun autre égard. Dans les querelles qui pourront s'élever dans l'étranger , notre situation géographique nous exposera perpétuellement aux mêmes dangers. Nous nous trouvons au milieu de l'Europe; dans de tels cas, on ne pourra manquer de nous demander de permettre le passage de troupes étrangères. Mais personne ne peut échapper aux dangers qu'entraînent de pareilles permissions. Ce sera en vain que nous
(a) « Le but de la Confédération est le maintien de la sûreté » intérieure et extérieure de l'Allemagne , de l'indépendance et » de l'inviolabilité de chacun de ses états en particulier ».
voudrons rester neutres; ce sera en vain que nou^ chercherons à empêcher que le sol cle nos pères ne soit de nouveau l'arène des étrangers , si nous sommes trop faciles à accorder de telles permissions. Les autres états les accordent-ils ? La France laisserait-elle passer nos armées , s'il nous prenait envie d'aller faire la guerre en Espagne ; ou la Hongrie nous permettrait-eiie ce passage-, si nous voulions aller attaquer la Porte? Nous nous en rapportons a la sagesse delà diète, qui ne manquera pas d'arrêter à temps les mesures nécessaires à cet égard , non-seulement pour éviter les dangers, mais aussi pour prévenir les embarras à venir. Elle décidera s'il suffit de statuer simplement que des troupes étrangères ne pourront traverser le territoire de la Confédération , sans le consentement de la diète , ce qui, d'ailleurs, s'entend bien de soi-même. L'importance des résolutions que cette auguste assemblée doit prendre à ce sujet, ne lui échappera pas; ce sont, disons- le franchement, la grande Chartre de F état de paix du continent de l'Europe.
Le droit de la Confédération de faire des négociations , des traités et des alliances avec des états étrangers , n'est pas , il est vrai , fixé en termes exprès dans l'acte de Confédération ; mais la diète ayant été chargée des affaires de la Confédération qui concernent les relations extérieures aussi-bien que les intérieures, les guerres de la Confédération devant se terminer non par des traités de paix par-
tiels, mais parceux de la Confédération en corps (a), ce droit se trouve nécessairement compris dans ces dispositions, quand même il ne le serait pas dans l'idée d'un état fédératif. De là s'ensuit aussi tout naturellement la solution de la question : la diète peut-elle recevoir des ambassadeurs étrangers ? Nonseulement ce droit dérive bien clairement de l'idée d'un état fédératif, mais encore le besoin parle si haut en faveur de la chose , qu'il est difficile de sentir comment on pourrait élever un doute làdessus. Croit-on sérieusement que l'état central de l'Europe puisse s'isoler ? qu'il n'ait point de négociations avec les voisins ? Faudrait-il , pour rendre la marche des affaires encore plus lente qu'elle ne l'était autrefois à Ratisbon ne, que ces négociations se fissent en particulier dans les cours ? Et que pour» rait-on objecter? Serait-ce que l'influence étrangère pourrait avoir lieu ? Mais cette influence serait-elle moins possible et moins réelle sans ambassadeurs? Elle n'en est que d'autant plusdangereuse, comme il est connu à tout homme versé dans la diplomatie, si elle est exercée par des agens secrets, qu'aucune loi ne peut exclure. Ou (loin de nous cette pensée ! ) serait-ce la jalousie de quelques cabinets, la crainte que les négociations ne leur échappent des mains? Mais n'ont-elles pas à la diète leurs ministres, qui sont tenus d'agir selon leurs instructions ? Non , ce n'est pas seulement le
(a) Acte de Conféd. , art. à.
besoin et la destination de la diète, mais encore sa dignité qui exige qu'elle reçoive des ambassadeurs.
A cette question se joint tout naturellement une autre considération. L'Europe unie actuellement plus que jamais en un système d'états, a besoin d'un point central pour les délibérations communes. Ce besoin doit devenir si sensible (il n'y a eu jusqu'à présent que les entrevues des monarques qui aient empêché de le sentir), que ce point se formerait de soi-même quelque part, quand même on ne voudrait pas y coopérer. Ce besoin se fit sentir déjà dans l'ancien système, et La Haye devint ce centre ; mais elle ne peut plus l'être, parce que la constitution de cet état n'est plus la même. Et quel point y aurait-il dans toute l'Europe qui fût plus propre à cette destination que la ville choisie pour la tenue de la diète ? La capitale d une monarchie ne peut l'être; celle d'une grande monarchie le peut bien moins encore, parce que l'étiquette de la cour est une entrave. Dans un système d'états, libre comme celui de l'Europe, le lieu des délibérations communes ne peut être que dans un état libre ,ou dans une ville libre. Que Paris dût devenir la capitale de l'Europe dans le sens politique, ce fût un symptôme de la ruine de la liberté. Mais enfin , quelle ville serait à tous égards plus propre à cela que la ville libre de la Confédération germanique? elle se trouve au centre , entre Lisbonne et Pétersbourg, entre Stockholm etNaples. Sa constitution libre laisse aussi toute liberté à l'activité
des ministres des cours. Elle ne prend pas paie elle-même aux grandes affaires politiques de l'Europe ; son étendue, sa richesse, offrent tout ce qu'il faut à l'éclat de la vie diplomatique ; il ne faudrait pas d'abord pour cela une convention expresse des cours ; de leurs ambassadeurs auprès de la diète et des membres de celle-ci se formerait de soi-même ce congrès , qui deviendrait en quelque sorte le sénat de l'Europe , sans avoir la prétention de l'être. Faudrait-il un plus long développement des avantages qui, sans aucun inconvénient apparent et sans de nouvelles dépenses, en résulteraient tant pour la diète germanique que pour le système d'états de l'Europe? Celle-là en recevrait plus d'éclat, et peut-être aussi une sphère bienfaisante, dans les cas particuliers où l'on aurait recours à son intervention ; la marche des négociations en serait facilitée et accélérée, et peut-être que maint différend , qui sans cela aurait dégénéré en querelle sanglante, se viderait à l'amiable.
L'étendue de l'État fédératif se trouve tracée en gros par l'article premier de l'acte de Confédération ; elle aura cependant besoin d'être fixée plus exactement quant au détail. La fixation principale se trouve bien déjà dans le nom de Confédération germanique , qui exprime assez clairement qu'il n'y a que les peuples d'origine allemande et parlant la langue allemande, qui puissent y appartenir. Mais ces peuples n'y appartiendront pas tous : l'Autriche et la Prusse ne sont entrées dans la Confédération
que pour celles de leurs possessions qui faisaient autrefois partie de l'empire germanique (a). Mais comment l'Autriche fera-t-elle à l'égard du royaume d'Illyrie nouvellement établi , et composé en partie de pays du ci-devant empire d'Allemagne ? Comment la Prusse fera-t-elle par rapport à la Silésie et à Saarlouis ? Ces puissances n'ont certainement pas voulu se lier les mains pour l'avenir par cette fixation , si elles venaient à trouver convenable à leur avantage d'agrandir l'État fédératif de quelques autres de leurs possessions. La Prusse est actuellement une puissance tout-à-fait allemande, à l'exception de ce qui lui est resté encore de la Pologne; et quoique le pays dont la monarchie porte le nom , sans que ce soit proprement le principal pays , reste à présent séparé de la Confédération germanique, qui est-ce qui voudrait nier que le changement des rapports ne puisse l'y ajouter encore un jour ? Du côté de l'occident les destinées de la Prusse et de la Confédération germanique sont actuellement unies ensemble par le lien le plus étroit ; ne pourraient-elles pas l'être aussi un jour du côté de l'orient ?
Le Danemarck appartient à la Confédération par leHolstein. C'est avec un intérêt général qu'on a reçu l'acte de Confédération qui nous ramène nos frères du Holstein , qui avoient été séparés de nous. Le Danemarck et la Confédération y ont ga-
(a) Acte de Conféd., art. 1.
gné : celle-ci, eh ce que ses intérêts ont été liés à ceux du Danemarck par ces nouveaux confédérés; celui-là, en ce que le Holstein est devenu son rempart du côté du continent, d'où il ne peut plus être attaqué sans que la Confédération germanique ne le soit en même temps.
Le royaume des Pays-Bas n'appartient à notre Confédération que parle Luxembourg. Nous respectons les motifs qui peuvent lavoir empêché de s'unir à nous pour la totalité,; mais ne sommes-nous pas des rejetons d'une même souche ? Nos intérêts politiques ne sont-ils pas les mêmes ? Ne faut-il pas que la chu te de l'un entraîne celle de l'autre ? L'histoire la plus récente en fournit les preuves. Il eût d'ailleurs été bien à souhai ter pour la Confédération germanique de compter au nombre de ses membres unétat maritime, ayant une marine, non pour faire des prétentions à l'empire des mers, ce que nous ne pouvons ni ne voulons ; mais pour proté» ger contre les insultes de faibles ennemis la navigation du commerce du nord de l'Allemagne, qui est si important. Si cette accession eût eu lieu , le pavillon des villes anséatiques flotterait peut-être déjà actuellement dans la Méditerranée, respecté et même redouté des Barbaresques.
De semblables motifs, presque plus importans encore, parlent en faveur de l'union de la Suisse avec nous. La principale souche de ses habitans est aussi allemande. Ils appartenaient autrefois à l'empire d'Allemagne, aussi-bien que les habitons-
des Pays-Bas. S'ils se fussent unis à nous, leurs Alpes seraient devenues nos boulevarts, leurs bras eussent été pour nous un puissant secours. Il a fallu qu'il en fût autrement ! Mais nous ne saurions nous empêcher de le dire avec un sentiment de douleur, elle peut venir, la journée où les fils de Tell ^ à la solde étrangère , paraîtront sur les rangs contre leurs frères allemands. Mais le temps a détaché de nous ces deux états (ils l'étaient déjà depuis long-temps lorsque la paix de Westphalie rompit le dernier fil) ; le temps (et lui seul en est capable) peut nous les ramener. Nous n'avons à leur égard qu'un vœu à exprimer : qu'on leur laisse la place libre !
Que ces espérances soient remplies ou non, que l'étendue de l'État fédératif en général s'agrandisse encore un peu , ou qu'elle reste telle qu'elle est , il est toujours assez fort pour remplir sa destination , il est toujours en état d'en imposer , pourvu seulement qu'il veuille faire usage de ses forces. 11 lui faut pour cela une puissante armée ; il faut que ce soit, sinon le fondement, du moins le pilier boutant de l'édifice. Aussi l'acte de Confédération a-t-il décidé ce point, en mettant la constitution militaire de la Confédération au nombre des premiers objets dont la diète devait s'occuper (a). Nous pouvons nous sentir animés d'un sentiment de fierté à la vue des moyens qui sont à notre dispo-
(a) Acte de Conféd, , art. 10.
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sition,J>es inquiétudes fondées s'élèvent sitôt qu'il est question de l'emploi de ces moyens. Nous avons vu le noble comme le bourgeois et le paysan courir aux armes ; nous les voyons prêts à les reprendre, si le bien de la patrie le demande. Si toute notre landwehr (nos milices), ou quelque nom qu'on lui donne dans quelques états, formait la masse de l'armée de la Confédération, qu'aurionsnous encore à redouter ? En partant de cette idée principale, et répartissant les contingens sur la proportion de la population , les autres arrangemens se présenteraient peut-être en partie d'euxmêmes; mais il n'appartient pas à celui qui n'est pas initié dans l'art de la guerre, de faire des propositions; il ne lui reste qu'à faire des voeux. Que l'uniformité d'habits et d'armes, que du moins des drapeaux communs retracent le souvenir de la patrie commune; que les charges des chefs ne dégénèrent jamais en prébendes , ne soient données qu'aux plus dignes, et d'un commun accord ; que toute petite jalousie reste éloignée , lorsqu'il s'agit du bien de la patrie commune. L'ancien Empire germanique nous a laissé de grandes leçons sur ce que la constitution militaire ne doit pas être : l'armée de la Confédération ne sera point une armée de l'Empire.
Des lecteurs plus froids nous font peut-être, sur ce point et sur d'autres, le reproche d'avoir vu l'avenir dans un trop beau jour. Mais nous n'avons fait que développer les espérances que concevaient
les augustes fondateurs de la Confédération, en déclarant au commencement de lacté d'union qu'ils étaient convaincus que « cette Confédération main- » tiendra non-seulement la sûreté et Findépen- » dance de l'Allemagne , mais aussi la tranquillité » et la balance de l'Europe ». Peut-elle le faire avec moins que ce que nous avons supposé ? Et si nous ne nous déguisons pas les difficultés qui se présentent, si nous convenons qu'elles feront échouer plus d'une belle espérance ; si nous prévoyons assez clairement que la Confédération germanique aura ses défauts et son côté faible, comme chaque institution humaine : les lecteurs les plus circonspects nous avoueront aussi que nous n'espérons rien dont nous n'ayons les moyens entre les mains. L'espérance que ces moyens ne resteront pas inutiles, se fonde sur l'esprit public, qui s'est réveillé, et sur la voix de notre peuple, qui se fait entendre de tous les côtés, sur la déclaration de la volonté de nos princes et sur la parole qu'ils nous ont donnée; enfin sur les noms et les sentimens de leurs représentans à la diète. C'est à eux aussi qu'est assurée la reconnaissance de la postérité : les noms des Ferdinand et des Gustave n'ont pas fait oublier ceux des Trautmansdorf et des Oxenstierna.
Non , ce n'est pas en vain que vous , pères des peuples, arborâtes la bannière de la liberté de l'Europe, marchant vous-mêmes devant elle ! Ce n'est pas en vain que tu portas l'étendard de la victoire jusque dans le palais du tyran , général en chef des
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armées de l'Autriche et de celles des alliés ! Ce n'est pas en vain que tu eus sous les pieds des chevaux ta tète chenue, vieux héros animé de l'ardeur de la jeunesse! Ce n'est pas en vain que tu es descendu dans l'empire des morts avec cet auguste cortège , ô Brunswick ! Ce n'est pas en vain que vous avez répandu votre sang, Orange, TFrede et Alten, et avec vous des milliers î Elle germa, la semence répandue dans les champs de Leipzig et de Hanau , de Ligny et de Waterloo! Ses fleurs se sont épanouies pour nous à l'ouverture de la diète : puissent les générations futures en recueillir les fruits pendant des siècles !