‹ Mélanges historiques et religieux;Chapitre 11 sur 45 · CCLXX APPENDICE · texte numérisé non relu

CCLXX APPENDICE

a quelques mois, je terminai ce travail, je connaissais de réputation votre livre sur l'Influence de la Charité; je l'avais même dans ma bibliothèque, mais je ne l'avais pas lu encore, et j'ignorais à quel point avait été rempli, dans ce livre, le programme que j'avais la témérité d'esquisser. Je viens de le lire, et je vous dois, Monsieur, avec de nouvelles et importantes connaissances, d'avoir senti croître en moi dans une grande mesure une conviction queje croyais complète. Je vous dois surtout de croire davantage à l'utilité d'etïorts si noblement encouragés par l'exemple et le succès des vôtres, et c'est avec une véritable et bienfaisante émotion que je repasse en mon cœur vos si fermes et si pathétiques exhortations. C'est comme expression de ce sentiment que je vous prie de recevoir l'œuvre peu importante que je vous adresse. Je ne me fais aucune illusion, je vous l'assnre, sur la distance qui sépare, conune mérite et comme efficacité, des assertions presque exclusivement philosophiques de l'exposition savante et irréfutable des faits; mais, du moins, je me sens dans la même voie que vous. Et si j'éprouve une joie profonde à m'y voir devancé avec tant d'éclat, et à voir mes convictions les plus vives soutenues par de plus dignes et de plus forts que moi, je me dis que ces plus dignes ne verront peut-être pas sans intérêt que d'autres, quoique de loin, sentent et pensent comme eux, s'eflbrcenl de marcher sur leurs traces et de porter le même drapeau.

C'est dans cet espoir, Monsieur, et comme satisfaction des sentiments sous l'empire desquels m'a laissé la dernière page de votre livre, que je me permets de vous écrire, et de vous adresser la bien sincère expression de ma respectueuse admiration.

Frédéric Passv.

Genève, 27 novembre I800.

Je ne pouvais ambitionner pour mon livre un suffrage plus flatteur que celui que vous daignez en termes si obligeants m'exprimer dans votre lettre. Je suis heureux et fier de me trouver d'accord avec vous sur ces graves questions. Mais il faut rendre à chacun ce qui lui est dû, et si j'ai réussi à concilier à votre gré l'intérêt des malheureux avec les droits des classes mieux partagées, je le dois en grande partie aux généreuses inspirations de la nouvelle école économique française, dont vous êtes un des pins éclairés et des plus nobles représentants.

L'article de M. de Montégnt que j'avais lu précédemment m'avait

APPENDICE. CCLXXI

paru, je lavoue, d'un triste augure paur l'avenir de cette école. Est-il possible, me disais-je, que notre siècle en soit encore là, et qu'on ne trouve d'autres remèdes aux plaies de notre société que la contrainte et la tyrannie? Votre ouvrage m'a pleinement rassuré; j'y ai vu ces déplorables principes aussi complètement qu'éloquemment réfutés, et la sainte cause du progrès et de l'ordre par la liberté soutenue de la manière la plus victorieuse. Si j'en crois mes impressions, elle doit être gagnée auprès de tous vos lecteurs. Puisse-t-il en être de même de celle de la liberté religieuse dont, en passant, vous vous faites aussi le courageux champion !

Soutfrez, Monsieur, (jue je vous remercie des deux heures délicieuses que votre ouvrage m'a fait passer. J'aurais désiré vous olïrir en retour celui que vous avez daigné honorer de votre estime. Permettez-moi du moins de vous adresser le précédent. Veuillez l'accepter comme un faible gage de n)a reconnaissance et de mon admiration, etc.

E. (Ihastki..

Ezy. G décembre 1855.

....J'ai reçu avec bien de la joie, tout en n'acceptant qu'une partie des éloges qu'elle contient, l'apiirobation que vous voulez bien donner à ma défense de la liberté. Il n'y a pas longtemps que j'ai osé me faire un des défenseurs publics de cette sainte cause ; mais il y a longtemps que mes aiïecfions lui sont acquises.

On m'a demandé. Monsieur, pour le Journal des économistes, un article sur votre livre de la Charité, qui, je crois, n'y a pas été apprécié encore, et je me suis proposé de satisfaire un de ces jours ce désir. Votre lettre, trop flatteuse, étant postérieure à ma réponse à cet égard, je ne craindrai jias d'être influencé par des considérations étrangères à mon premier et libre jugement. Ce n'est pas, d'ailleurs, une critique ni une censure qu'on peut attendre de moi : un tribunal supi*ême a prononcé sur vous depuis longtemps. Ce que l'on voudrait, et ce que je voudrais faire, c'est la mise en lumière, à l'aide de votre livre si plein de recherches, de la concordance des enseignements de l'économie politique, de ceux de l'histoire et de ceux de la religion. C'est un beau programme, et, même en quelques pages, on peut l'esquisser utilement. Il répond pleinement à mes sentiments. L'un de mes déplaisirs les plus vifs est de voir si souvent les économistes injustes ou exclu-

CCLXXII APPENDICE.

sifs à l'égard de la religion, et les théologiens hostiles à l'économie politique. Et c'est l'accord inaltérable de l'une et de l'autre dans votre ouvrage, ce respect de la justice et ce sentiment de la charité si bien alliés, qui m'a surtout charmé.

Recevez de nouveau. Monsieur, avec mes remercieuieiits, l'expression de ma respectueuse admiration.

Frédéric Passy.

Désert de Retz, près St-Germain en Laye, 10 septembre 1856.

Monsieur,

Vous m'avez jugé digne de lire votre Histoire de In destruction du paganisme dans l'Empire d'Orient

Je ne suis pas assez historien pour que mon approbation puisse

être de quelque prix, et je ne me hasarde pas à juger votre livre. Des témoins plus compétents m'en garantissent l'exactitude, et il porte avec lui tous les caractères de la bonne foi qui inspire la confiance. Je me suis donc borné à y cherher l'instruction et l'intérêt, et je les y ai trouvés, l'un et l'autre, au delà de ce que j'attendais.

Permettez-moi aussi de vous dire que j'ai été vivement frappé du vrai libéralisme de vos convictions religieuses. Vous me félicitiez, il y a quelques mois, d'avoir soutenu en passant la liberté de conscience : si j'osais vous louer à mon tour, je vous féliciterais aujourd'hui de la manière énergique et ferme dont vous revendiquez cette liberté. Nous n'appartenons pas à la même communion ; mais il y a une chose qui nous unit, c'est la foi dans la raison, premier fondement de toute croyance. La raison, de même que la liberté, est bien proscrite aujourd'hui ; il me semble pourtant que tout ce qu'on lui oppose n'est rien sans elle, car c'est à elle qu'appartient la prééminence; pour défendre ses opinions, comme pour attaquer celles de ses adversaires, c'est <à elle qu'il en faut app9ler. Quand est-ce, hélas ! que les hommes, avides de vérité, la chercheront en commun, plus anxieux de s'éclairer les uns les autres que de se déchirer, et .se tiendront compte les uns aux autres de leurs efforls divers, au lieu d'en faire un sujet de division et de scandale? Je n'espère pas voir ce beau résultat, même dans la sphère plus élevée où se tiennent les philosophes et les esprits vraiment religieux ; et le mot de Tertullien : non est religionis cogère reîigionem, ne semble pas près d'être appliqué en France. Mais si lents que soient les

APPENDICE. CCLXXm

progrès de la tolérance véritable, de celle qui se fonde snr le respect du droit d'autrui et non snr l'indifférence, je ne pnis m'emp**cher d'avoir confiance dans cette sainte cause. Je voudrais pouvoir la servir efficacement, et, à défaut de cette satisfaction, je me réjouis quand je la vois servie par des champions tels que vous.

Veuillez agréer

Frédéric P.\ssy

Genève, 21 octobre 18o6. Monsieur,

Vous avez bien voulu entreprendre et poursuivre jusqu'au

bout la lecture de mon ouvrage, Cest plus d'honneur que je n'avais le droit d'espérer pour lui. En vous l'adressant, je ne voulais que vous offrir un gage de ma considération et de mon respect ; je sentais qu'à part ce qu'il renferme en faveur de la liberté religieuse, le sujet qu'il traite n'a qu'un intérêt scienlifique assez spécial.

On n'en peut dire autant, Monsieur, de vos publications. C'est mieux que des articles d'économie politique, ce sont des considérations de morale sociale de l'intérêt le plus actuel et de l'ordre le plus élevé, présentées dans un style saisissant de clarté et de force persuasive. Un de mes jeunes compatriotes, qui ignorait nies relations avec vous, mais qui avait lu ces articles dans le Journal des Économistes, m'en parlait dernièrement avec une admiration que je sais partagée par bien d'autres. Ainsi l'influence de vos ouvrages se fait sentir plus loin peut-être que vous ne le supposiez. Quel bien ne doivent-ils pas produire en France, et quelle autorité n'y aurait pas aussi, sortant d'une plume comme la vôtre, la défense de la cause qui nous est chère à tous deux !

Vous touchez à la fin de votre lettre une idée qui m'occupe souvent, et sur laquelle je désire insister à mon tour. Oui, Monsieur, nous appartenons à des communions différentes, et, dit-on, ennemies ; et pourtant il me semble que sur le grand chapitre de la religion nous sommes bien près de nous entendre. Serions-nous les seuls dans ce cas? Pour le moment l'âpreté de certaines prétentions sacerdotales, en excitant les justes défiances des protestants, a réveillé Tantagonisme entre les deux cultes. Mais ni ces prétentions ni cet antagonisme ne sauraient s'éterniser. Pour être protestant ou catholique à la manière des exclusifs des deux partis, il faudrait rétrograder de deux siècles ou aller vivre au fond d'nn désert. Si je ne me trompe, nous tou-

xvm

CCLXXIV APPENDICE.

chons aux cleniières pliases d'un combat qui n'a que trop duré, et qui lie tardera pas h se vider ou tout au moins à changer de nature. Un jour viendra, je l'espère, où l'on ne parlera plus ni de catholiques ni de protestants, mais où une phalange de chrétiens progressifs recrutés dans les deux camps, et unissant aux lumières transmises par le christianisme les vérités acquises par la réflexion et la science, luttera avec un succès toujours croissant contre tout parti ennemi de la religion, de la liberté, et du progrès. Tel est l'avenir, encore lointain peut-être, auquel, ainsi que vous, j'ai foi, par cela mt'^me que j'ai une foi entière en la Providence. Quant à l'inditférence où un trop grand nombre de nos contemporains restent plongés, soit par tempérament, soit par système, se complaisant dans un état qui ne résout rien, qui laisse tout en question, c'est avec joie que je la vois, dans votre lettre, stigmatisée comme elle le mérite, et il n'es! pas à mes yeux de meilleur augure pour l'avenir de la France, que de voir dans ses revues et ses journaux les plus accrédités, les questions religieuses abordées à la fois avec indépendance et avec cet intérêt sérieux qui leur convient.

Vous êtes. Monsieur, au nombre de ces excellents esprits sur lesquels tous les amis du progrès ont les yeux fixés etdontl'intluence sur l'opinion peut être immense. C'est ce qui m'engage à vous confier de si graves intérêts, et m'excusera, je l'espère, auprès de vous, de vous avoir si longtemps entretenu d'idées qui me sont chères.

Agréez, etc.

E. CIhastel.

Désert de Retz, près St-Germain, 12 juillet 1867.

Monsieur, En ce moment même, nous dit-on, à la suite du Tir fédéral, se doit faire en Suisse une énergique démonstration de sentiments pacifiques. Je souhaite que cette démonstration ait lieu en effet, et qu'elle soit aussi sage que vigoureuse. Je souhaite surtout qu'elle ne soit pas purement passagère, mais qu'elle devienne le point de départ d'une action constante et soutenue en faveur de la cause de la paix générale. C'est dans ce but que je prends la liberté de m'adresser à vous, pour vous recommander, et vous prier instamment de recommander à vos compatriotes, la Ligue internationale de la Paix, dont je vous adresse les circulaires. Déjà plusieurs de vos compatriotes sont avec nous, mais ce n'est pas assez. Il nous

Page 1