‹ Mélanges historiques; études éparses et inédites de Benjamin Sulte;Chapitre 14 sur 62 · CHOUART ET EADISSON A LONDRES · texte numérisé non relu

CHOUART ET EADISSON A LONDRES

Durant ce chômage forcé, l'été de 1666, eut lieu l'incendia de presque toute la ville de Londres et nos Canadiens ont dû assister à ce spectacle lamentable, quoiqu'ils n'en parlent point dans leurs mémoires. Nous savons qu'ils ne s'éloignèrent ni de Londres ni de Windsor durant toute cette année, ni même en 1667.

Leur voyage à la Baie d'Hudson, en 1668-1670, eut un retentissement immense (5), en Angleterre, à Paris, à Québec. La Comjpagnie de la baie d'Hudson était fondée.

La Mère de l'Incarnation écrivait en 1670 qu'on avait ^^fait une gazette" sur Chouart et Eadisson, ce qui, de nos jours, a eu lieu pour Nansen, Stanley et autres explorateurs à grands succès.

Les journaux n'étaient pas à cette époque bourrés de nouvelles en tous genres. La cour et la noblesse seules obtenaient l'honneur de l'impression. Il fallait un événement de .première importance pour sortir de ce cercle étroit et envisager autre chose. Faire une gazette, sur tel ou tel sujet, voulait dire en parler dans la gazette, mais alors il s'agissait de l'extraordinaire. La Mère de l'Incarnation ajoute que Chouart fut décoré de la Jarretière mais cela m'étonne (6) . L'Ordre n'a jamais été axxîordé à d'au-ssi petits

5. Chouart, à bord du Nonsuchy atteignit seul la baie d'Hudson, Radisson s'était embarqué sur un autre vaisseau, mais une itempête terrible sépara les deux navires qui fureoit désemparés. Le Eagle, qui portait Radisson, fut poussé à quatre cents lieues de l'Irlande et il dut retourner sur ses pas auprès trois mois de vaine navigation. Le Nonsuch continua sa route sans autre incident, et nos deux hommes ne se retrouyèrent qu'après le retour de Chouart à Londres. Us .passèrent tous deux à Paris peu après.

6. L'ordre de chevalerie de la Jarretière se comoosait do, vincft-cinq chevaliers ou membres appartenant à la haute noblesse britajinique, du roi, grand maître de l'ordre, des princes de sang et des princes étrang-ers appelés à en faire partie. Il paraîtrait

68 CHOUAET ET KADISSON A LONDEES

compagnons que l'étaient Chouart et son .beau-frère. Il est vrai qu'on les combla d'honneurs, mais dans la mesure des choses, des hommes et des idées du temps. La femme de Chouart vivait assez pauvrement aux Trois-Eivières, cependant tout indique que notre aventurier n'était pas indifférent à la situation de sa famille et s'il eut été riche je crois qu'elle s'en serait ressentie. Quant à Eadisson, il épousa une fille de la famille Kertk, fort bien notée dans le haut commerce et les entreprises de mer, mais je serais incapable de dire ce que cette alliance lui valut, à part les désagréments.

Le spectacle des trois quarts de la ville de Londres brûlant toute une semaine, me paraît avoir été le plus clair de leur bénéfice.

A présent, je demande pourquoi les écrivains de nos Jours ont-ils adopté le nom de DesGroseilliers (7) au lieu de Chouart? Jamais vous ne trouverez cette signature, qui est UR sobriquet, mais j'jai vu Médar Chouar de la main du

donc ridicule que Chouart ait été admis dans cette institution des grands.

L'ordre de ia Jarretière a été fondé par Edouard III, roi d'Angleterre, en 1348 ou 1349, à Windsor, en souvenir de la victoire de Crécy. Il lui donna, entr'autres insignes, une jarretière bleue, qui se porte à la jambe gauche, (la reine la porte au bras), parce qu'il avait donné pour mot de ralliement, dit-on, garter (jarretière). Suivant une tradition populaire, il aurait aussi donné ce nom à l'institution, en l'honneur de la comtesse de Salisbury, qu'il aimait, et quâ, dans un bal, avait laissé tomber une jarretière bleue de sa jambe gauche ; le roi s'empressa de la ramasser pour la rendre à la comtesse humiliée des sourires que cet incident avait provoquéis. Le roi, indigné, aurait répondu: "Honni soit qui mal y pense."

Voilà comment fut créé l'ordre de la Jarretière qui fut placé sous la protection de saint Georges, et dont Henri VIII réforma les statuts le 23 avril 1522. (Larousse, Bouillety Grégoire).

7. N.-E. Dionne (Chouart et Radisson) dit que les historiens ont presque tous torturé l'orthographe de ce nom : tantôt on lit Groiseliez, Groselliers, Grozetders, Groiziliers ou Grosillers. Le Père Charlevoix écrit Groseilliers.

Page 1