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dissertations et les développements minutieux suspendraient l'intérêt du- récit. Et pourtant, un chercheur fourrageant dans un domaine voisin de celui qu'a fréquenté l'auteur de l'étude générale, ne peut trouver réponse à ses enquête'^s. Par contre, n'est-ce pas trop que de demander à un artisan de l'histoire des éclaircissements définitifs sur telle figure, telle époque, tel événement? En histoire, chacun apporte son contingent de trouvailles et de réflexions, sam prétendre avoir donné le mot final; il publie avec l'espoir qu'un autre, plus heureux que lui, découvrira ce qui manque encore, ce qui manquera toujours. A maints égards, tout travail d'histoire représente une ou quelques mailles d'une chaîne qui ne sera jamais terminée.
Si l'histoire, telle qu'on l'entend de nos jours, approche plus souvent de la réalité que selon la conception des Anciens, c'est qu'elle a demandé le concours de diverses sciences. L'auteur des Mélanges liistoriqnes a depuis longtemps fait sienne cette vérité, en étudiant, parmi tant d'autres sciences, la stratégie et l'économie politique. M. Sidte comprend, à l'exemple de Balmès, que l'historien ne peut lien inventer et qu'il doit être en état de prouver l'exactitude des moindres traits que fixe so7i pinceau. Si l'histoire doit se résigner à n'être qu'une science conjecturale, ainsi que l'a dit Gaston Boissier, il est constant que les travaux de ce genre n'acquièrent de valeur qu'en autant qu'ils constituent un effort pour se faire de moins en moins imprécis, sur chacun des moments historiques.
Cette publication que nous nous proposons de continuer, à raison de qu/itre volumes par année, si le public lui accorde l'accueil qu'elle est en droit d'attendre, constitue en même
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temps qu'un hommage à la gloire d'un chercheur aussi laborieux que narrateur agréable, un recueil de matériaux de grande valeur, pour l'histoire de la nationalité canadiennefrançûise.
Gérard MALCHELOSSE
1er novembre, 1918.
DECOUVERTE DE L'A:MEEIQUE 13
DEOOUVEETE DE L'AMERIQUE
L'idée m'est venue d'écrire sur ce sujet en lisant un article publié dans la Revue des Deux Frances de Paris, sous la signature d'un Irledidais, Barry O'Delany, qui débite ses histoires sans être contredit par personne. Xous allons d'abord le citer en entier afin que mt.^ lecteurs puissent suivre plus facilement ce que je dirai en réponse :
" Il est presqu'universellement admis aujourd'hui que l'honneur de la découverte précolombienne de l'Amérique revient à l'Irlande. Le seul point sur lequel il semble exister quelqu'incertitude, est de savoir si la gloire de cette découverte revient à l'Irla«nde païenne ou à l'Irlande chrétienne. Dans son savant ouvrage Histoire de la découverte de V Amérique, l'auteur, Paul Gaffarel, dit, en faisant allusion aux divers voyages supposés précolombiens au Nouveau-Monde, pa»r les Irlandais : "Il y a deux parts à faire dans ces voyages ; "la première toute de tradition, mais de tradition persistante, "et marquée par des légendes, soit d'origine païenne, soit "d'origine chrétienne. La seconde repose sur des témoi- "gnages plus authentiques. Le premier de ces Irlandais, au "coeur intrépide, dont la légende a conservé le souvenir, se "nommait Condla» le Beau (1). Il était le fils de Conn Cet
1. Voir la Légende de Condla, traduite de l'irlandais par Beirne Growe, dans The Journal of Royal histzrical and archaeological Association of Ireland, .po'dr 1S74. Voir également Irishe Texte, par Ernest Windish ; et la Grande Terre de VOuest, par Beanvois.
"Cathac, roi d'Irlande de 123 à 157 de notre ère. Cette ^'légende était populaire en Irlande. On la trouve sous "diverses formes, et est modifiée par les civilisations et reli- "gions différentes : mais le fonds subsiste le même ; il s'agit "toujours d'un voyage par mer dans la direction de l'Ouest "à la recherche d'une terre merveilleuse. Dains une autre 'légende, presque aussi populaire que la précédente, celle de "Cuculain, prince de Cualaigne et Muirthenne, dans l'Ulster "(2), il est question d'un pays situé là l'Ouest, au-delà de la "grande mer. Le fils de Fionn, Oisin, bien plus connu sous "le nom d'Ossian (3), est aussi le héros d'une légende dont "le retentissement fut autrement considérable. Assurément, "toutes ces légendes païennes sont étra*nges et fabuleuses, mais "on les a trop dédaignées. Elles cachent un fonds de vérité. "Les légendes chrétiennes sont également remplies d'événe- "ments extraordinaires, mais elles confirment la réalité des "voyages entrepris par les Irlandais dans la direction de "l'Ouest."
"Le principal héros de la» découverte de 1" Amérique par l'Irlande chrétienne, est saint Brandan, évêque de Olonfert, dans le Galway (4). La plupart des autorités placent 'sa naissance en 460, mais quelques-uns soutiennent
2. Voir un article de M. Curry, dans The Ptlantis, le 11 juillet 1858.
3. D'après certains savantis, il paraîtrait plus probable qu'O.ssian fut l'auteur de cette légende, mais qu'il n'en fut nullement le héros. Les chants d'Gssian sont écrits en langue herse, »inon apocryphes et presqu'indéchiffrables ; c'est sans doute à cause de cela que les traducteurs du barde Ossian, qui vivait au Ille siècle, l'ont pri.s pour le liéros même. La tradition noua rapporte qu'il était fils de Finpcal, iroi de Morven, et non de Fionn comme l'indique l'appellation ci-haut employée, et qu'il devint aveug-le après la mort de son fils Oscar.
4. Lyfe of fiaynt Brandon dans le Clolden Lcgcnd, publiée par Wyukyn de Worde, en 1843.
qu'elle n'a eu lieu qu'environ vingt années plus tard. On raconte que, dans l'année 545, avec quelques fidèles compagnons, saint Brandan s'emba»rqua sur la côte de Kerry, dans la baie qui porte encore son nom. Gaffarel, dans son Histoire de la découverte de V Amérique, décrit ainsi le voyage du saint irlandais : — ^* Après plusieurs aventures, ils finissent "par trouver une terre inconnue, un immense continent où "se rencontrent les productions les plus variées. Pendant "quarante jours, les moines essayent de faire le tour de cette "terre, qu'ils prenaient pour une île, mais ils arrivent à "l'embouchure d'un fleuve immense qui leur prouve, comme "plus tard l'Orénoque à Christophe Colomb, que l'île est un "continent'".
"Paulo Toscanelli, qui prépara pour Colomb les cartes dont il se servit dans son premier voyage, donna» le nom d? "Terre de saint Brandan" à la contrée appelée maintenant Amérique (5).
"L'Amérique était connue des Scandinaves sous le nom de "Irland it Mikla", ou "Grande Irlande". Leurs annales parlent de trois voyages après celui de saint Brandan, et avant l'arrivée de Christophe Colomb. Le plus connu de ces voyages est peut-être celui d'Ari Marson, parent d'Eric le Eouge, qui dans l'année 983, fut poussé par une tempête à "Huitmamnaland" ou "Terre des Hommes blancs", ^i\zû appelée "Irland it Mikla". On nous raconte que Marson s'était converti au christianisme pendant son séjour en "la Grande Irlande", où les semences de la foi, semées par saint Brandan, avaient porté fruit et où on parlait encore la langue irlandaise.
"En faisant allusion aux annales Scandinaves, Gaffarel écrit :
5. Greater Ireland or The Iris Race in America, par E. O'Elleaorlier Cordon.
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*"D6 ces trois documents, il semble donc résulter que les *Œrlandais avaient découvert à FOuest un pa<ys auquel ils ''avaient donné leur nom, "Irland it Mikla", ou "La Grande '^Irlande" ; que cet autre nom de "Huitmamnaland'^, ou "Terre "des Hommes blancs/' ou vêtus de blanc, rappelle le costume "des papas (6) ; qu'ils avaient conservé l'usage de la langne "irlandaise; qu'ils étaient restés fidèles au christianisme". "Pour conclure, l'auteur ajoute : "Il ne nous reste plus qu'à "déterminer l'emplacement de cette Irla^nd it Mikla. La "plupart des savants se sont contentés de reproduire une "assertion de Rafn (Cari- Christian) (7), qui plaçait l'Irland "it Mikla dans la partie méridionale des Eta.ts-Unis. Mais "Beau vois (8) a démontré par une étude attentive des textes "et une rigoureuse argumentation, que la véritable position de "l'Irland it Mikla doit être reportée beaucoup plus a«u nord, "soit dans l'île de. Terre Neuve, soit sur la rive méridionale "du Saint-Laurent. L'authenticité de cette nouvelle théorie "est confirmée par des notions très précises sur les traces "persistantes du christianisme dans cette région que recueil - "lirent quelques missionnaires françaiis en Canada".
"Le temps et l'énergie dépensés dans la suite par les Irlandais, pour combattre chez eux l'invaision étrangère, les empêchèrent de poursuivre leur découverte par la formation d'autres colonies, ou même de garder une communication avec l'Irland it Mikla.
"Mais les Irlandais d'aujourd'hui, exilés dans le Neuveau- Monde, dont l'influence et le nombre sont la cause que cette contrée est souvent appelée "la Grande Irlande", n'ont pas
6. Les prêtres furent quelquefois appelés papae (du grec), dans les premiers temps.
7. Archéologue danois (1795-1864), auteur des Antiquitatcs americanac.