LA FORMATION DES GRANDS LACS
nés; on espérait que l'humble cultivateur civilisé s'en emparerait bientôt et que le commerce de Centre-Amérique «'y concentrerait. Un rêve en ce temps-là; deux siècles se sont écoulés avant sa réalisation.
De 1630 à 1830, les Européens ont formé des groupes sur le Saint-Daurent et dans l'est des Etats-Unis. Jusqu'à présent, nous avons entrepris d'envelopper les grands laics de nos établissements tant du coté du Canada que du côté des Etats-Unis.
Un jour prochain, l'Amérique du nord tournera autouj de ces océans d'eau douce, mais, de plus, la navigation encerclera la province d'Ontario qui la déjà la forme d'une île puisque en partant de Montréal, remontant l'Ottavs^a, enfilant le lac Nipissing, on vogue sur le lac Huron pour se rendre à la rivière Sainte-Claire ou passage du Détroit; de là suivre les lacs Erié, Ontario, le Saint-Laurent, le lac Saint-François, puis la descente jusqu'au lac Saint-Louis. Champlain a remarqué l'aspect géographique de cette terre plate qui était le Haut-Canada et il note que les eaux en font presque le tour. Le 'oanal de l'Ottawa complétera la circulation et mettra Montréal en rapport direct avec Chicago.
M. Emile Garnault, ancien secrétaire archiviste de la chambre de commerce de la Rochelle, a publié une brochure de soixante-dix pages concernant les rapports qui existaient au temps jadis entre cette ville et le Ca«nada. C'est un bon travail, imprimé fort à propos dans le temps puisque l'on organisait une ligne de vapeurs océaniques destinée à relier pair le commerce le fleuve Saint-Laurent avec la Rochelle (1).
Dans une série de trois volumes traitant du commerce de la Rochelle au XVIIIe siècle, M. Garnault avait déjà touché ce sujet, mais cette fois, il s'arrête sur le Canada uniquement et invoque la reprise de nos anciennes relations, comme oeuvre à la fois profitable et patriotique. Il a des pages émues en parlant de nous ; on sent le coeur d'un brave homme qui s'est donné la peine d'étudier notre histoire et qui la considère comme forma^iit partie de celle de 'la France.
Au point où en est le Canada, cherchant à étendre son commerce au delà ides mers, '^inspiration qui fait agir M.
1. Les Rochelais et le Canada, La Rochelle, 1893, in-8. — Les tableaux que l'auteur a dressés nous montrent que nous achetions peu de marchandises en France, il y a vingl-cinq ans environ, ce qui n'empêchait pas les AngHais de nous en vendre et de nous les api>orter à pleins bâtiments. Il s'agissait donc de faire en droiture ce qui s'exécutait par des détours.
Grâce aux documents mis au jour par M. Garnault, M. Suite a fait ressortir dans sa brochure publiée par la Société Eoyale du Canada, en 1906, le Commerce de France avec le Canada avant 1760, l'attitude prise par les armateurs et les manufacturiers de France en 1761, lorsque la question de céder notre pays à l'Ang-leterre se présenta comme un moyen de rétablir la paix avec cette puissance.
Garnault peut produire des résultats avantageux, même grandioses. Il serait curieux que le livre de F.-X. Garneau, qui nous a révélés à la France, fut suivi des ouvrages d'Emile Garnault qui nous fait connaître à l'importante ville commerciale dont il était un des principaux fonctionnaires. J'ajoute que, originaire du Poitou, M. Garnault doit être de la même, famille que notre historien Garneau.
■Ce n^est pas ici le lieu de signaler quelques appréciationstant soit peu erronées échappées à la plume de Fauteur — elles sont sans importance pour le moment. L'ensemble de la brochure se «soutient parfaitement et l'on voit se dérouiler les opérations du commerce rochelais avec le Canada dans unesuite très daire de documents et d'argumentations. ,,
Que l'on me permette de raconter à ma manière ce que" j'ai appris sur ces relations anciennes en feuilletant les dépôts d^archives du Canada et les livres d'histoire.
Le lecteur européen a son interprétation propre du mot ^'colonie" et j'oserais dire que ie Français est, plus que tout autre, éloigné du sens réel que nous prêtons à ce terme. Aujourd'hui encore, la France gouverne ses domaines d'outre-mer d'après un système suranné qui est le même que le pitoyable état de choses dont le Canada souffrit durant la période appelée ^^régime français'^ et qui est prolongée quelque peu sous les Anglais. Comment pouvons-nous, dans ces conditions, faire entendre la vérité à des oreilles faussées ou sourdes? Le peuple anglais, je ne dis pas l'Angleterre, est une fabrique de colonies. Son procédé est admirable: on laisse d'abord les colons s'établir sur un coin neuf du globe, plus tard on les range sous la férule d'une administration qui relève de Downing Street — c'est l'ancien régime. Ensuite, à mesure que l'opinion publique se forme dans la nouvelle
population, le gouverniement lui cède ses prérogatives si bien que, finalement, la< colonie est une puissance indépendante alliée à la Grande-Bretagne: le Canada, rAustralie, la !N ouvelle-Zélande.
Ce n^est pas l'Angleterre qui offre à ses colonies Les libertés dont je parle ici; les 'Colonies les demandent, les exigent, parfois les armes à la main, l'Angleterre les leur jconcède, l'une après l'autre, de manière que la transformation .-s^opère de gré à gré, le père résistant à l'enfant juste assez :pour voir jusqu'où vont les forças de son rejeton. Le lien •entre la maison paternelle et les fils embarqués daoïs les > entreprises coloniales ne se rompt pas — il constitue au convtraire une vigoureuse alliance commerciale — oui, commerciale avant tout, car Albion règne, par le trafic avec ses naîtionaux, sur tous les points du globe.
En France, si vous parlez de rendre indépendantes, de laisser se gouverner seules les colonies, on vous objecte que le gouvernement de la métropole ne pourra plus les exploiter! Mais c'est parce que ces colonies ne seront plus exploitées qu'elles agrandiront l'empire de la France dans le monde !
Les lignes qui suivent renferment un précis de notre histoire au point de vue du commerce, objectif qui est colni de M. Gramault; j'ai bien peur qu'il ne se trouve pas un Français pour y croire.
De 1534 à 1632, il n'y eut aucune population blanche stable sur les bords du Saint-Laurent. La famille Hébert établie à Québec en 1617 ne constitue pas une colonie.
Le commierce qui se faisait avec le C^anada ne devrait pas
être regardé comme un échange de produits car rien de tel
n'existait. Jusqu'à l'année 1600, à peu près, les Malouins
exploitèrent seuls les eaux du grand fleuve et les forêts de ses
rives. Le pois-son et les pelleteries étaient chargés sur les
LES EOCHELAIS ET LE CAXADA 15
navires de la Bretagne ; les Sanvages se contentaient de céder les fourrures précieuses contre des brimborions indignes d'entrer en ligne de compte dams un commerce régulier.
Sous Champlain, de 1600 à 1632, ii y eut plus d'une phase en ce genre d'opérations, mais c'était toujours blanc bonnet. On tira plus de morue-s et de castors du Canada^ Les Bretons disparurent. La côte normande, de Dieppe à Cherbourg, fournit tous lesi navires, sauf quelques-uns, ici et là, équipés à la Rochelle.
La compagnie des Cent- Associés, formée en 1627, est toute du nord de la France. La Rochelle et le midi s'effacent absolument.
Parmi les hommes qui, de 1608 à 1631, figurent à titred'engagés ou d'employés sur le fleuve, il n'y a que de^^ Normands, pas un seul Breton — deux ou trois autres paraissent être venus de la Saintonge.
C'est vers 1633 que les premières familles françaises? s'établirent à Québec. Je dis familles, parce que c'était des; jeunes ménages pour la plupart. Sans exception, ils étaient cultivateurs et possédaient des métiers accessoire?'. Ils venaient du Perche et de la Normandie: Mortagri'3, Tou- Touvre, Bayeux, Caen, Rouen. Petit à petit, durant les années qui suivirent, leurs parents et amis vinrent les rejoindre, et des cultures s'établirent autour du poste de Québec, à Beauport, Châtea-u-Richer, l'île d'Orléans, la pointe Lévi'S, le Cap Rouge, la banlieue de Québec. Un groupe delà même provenance commença en 1634, à habiter les Trois- Rivières, trente lieueo au-dessus de Quéhec.
Les navires de Normandie aorivaient au mois de juiOr apportant quelques émigrants avec leurs ustensiles' de travail, leurs meubles, etc., et s'en retournaient chargés de pelleteries. Je ne saurais qualifier de commerce ces sortes d'opérations.
car la petite colonie y était complètement étrangère.
Le sol du Canada est très riche; ceux qui, les premiers, y mirent la charrue étaient gens de la camipagne, n'ayaoït jamais vécu daîas les villes ; de plus, ils étaient maçons, charj>entiers, menuisiers, charrons, couvreurs, tisserands, cordiers, •cordonniers, tailleurs d'habits, forgerons, tanneurs, comme :aos archives le prouvent, et ils se passaient des marchandises de TEurope dans la proportion de huit ou neuf sur dix. Le commerce d^échaoïge avec une telle population ne pouvait pas se chiffrer bien haut. En 1640, nous ne dépassions guère deux cents âmes. Il n'y a pas de quoi tant parler de l'importance du Canada à cette époque — ^mais par exemple, si Ton fait allusion à la valeur des pelleteries que les marchands obtenaient des Sauvages, c'est différent. Il ne faut pas confondre.
En 1642, commence le petit établissement des Manceaux et des Angevins à Montréal qui prit vingt ans à devenir queilque chose.
La colonie canadienne était fondée, si l'ont veut; cependant, de 1650 à 1660, il était fortement question, chaque année, de repasser 'en France, à cause de la négligence des autorités et de la guerre des Iroquois.
En tout ce qui concernait les colons stables, l'administration était piètre, vilaine, inique. Jamais on ne le dira trop. Le Canada végétait parce que le monopole commerciail écrasait tout, parce que les émigrants ne se recrutaient que par euxmêmeis — et par surcroit nous avions la guerre sauva»ge en permanence. Ce furent pour nous les temps héroïques.
En 1662, la population blanche fixée sur les terres et dans les trois villes de Québec, Trois-Kivières, Montréal, ne dépassait pas deux mille quatre cents âmes. Songez que nous voilà rendus au delà de la moitié du XYIIe siècle et que la
plupart du temps, on parle du Canada comme ayamt été fondé un siècle auparavant. Il résulte de cette fausse impression un grossissement trompeur, et l'on se dit que '^notre empire d'Amérique'-' devait avoir atteint les proportions d'une Nouvelle-France au moment où expirait Maza^rin. Hélas ! ce n'était qu'un petit canton martyr.
Le Perche, la Normandie, la Baauce, l'Anjou, la Picardie, nommés ici par leur ordre d'importance, avaient fourni tous les colons. Eien n'était venu du sud de la Loire, sauf huit ou dix Saintongeois ou Rochelais. Tout le trafic se faisait avec le nord de la France, mais pas avec la Bretagne.
Je sais bien que la Eochelle armait des vai&seaux de pêche qui allaient aux îles de la Madeleine, au Cap-Breton, en Acadie; mais le Canada, qui commençait alors à Tadoussac pour finir à Beauhamois, n'entre pour rien dans les rapports de cette nature.
Louis XIV réunit, en 1663, les rênes de l'administration de notre colonie dams sa main, aidé de Colbert qui, décidément, nous donna la vie, car l'existence de notre peuple, depuis 1632 jusqu'à 1662, est comme un cauchemar durant lequel on souffre sans savoir si 'Fon est éveillé, plonge danis le sommeil ou mort tout à fait.
Sous le nouveau régime, on recruta dans le Poitou et toute la région de la Eochelle. Nous vîmes des bâtiments nolisés dans cette dernière ville (2).
J'observe que les Normands et les Percherons étaient venus mariés. En 1663, ils formaient les sept dixièmes de
2. Il ne vint pas quinze ménagées de la Bretagne, en dépit de certains historiens qui persistent à dire que nous descendons de Bretons. (Voir: les Bretons en Canada^ par B. Suite, M.S.E. du Canada, 1910).
la population. Les Angevims et les M^aaiceaux, localises à Montréal, étaient vennis sans femmas.
Les arrivages de la Eochelle, Saintonge, Annis, Angoupniois et du Poitou débutent en 1662 par une cinquantaine de personnes et se poursuivent, jusque vers 1690, par petites escouades. La masse de ces émigrants n^était pas mariée — ils épousèrent des filles du Perche et de la Normandie — ce qui fait que leur influence n'a pas affecté le type canadien, déjà formé.
Les familles venues entre 1632 etl662 s'étaient développées, et elles avaient une seule et même manière de cultiver la terre. Or, les émigrants des Charentes et de la S-aintonge ne représentaient qu'un peu plus du nombre d'individus mâles correspondant aux filles à marier, aussi ont-ils été littéralement absorbés par les anciennes familles.
L'ordonnance de 1663 exigeait que tout nouveau venu fit un apprentissage de trois années chez un habitant ou colon établi avant que de recevoir une terre pour la cultiver à son compte. De là vient l'uniformité' étonnante de nos procédés agricoles — ^lesquels aussi sont identiques à ceux du Perche.
Pour retourner au commerce, je 'dirai que, de 1663 à 1715, il s'est fait un peu avec toutes les côtes de France — la Rochelle ayant sa part, sans toutefois tenir le premier rang. Et ce commerce n'était pas ce que l'on imagine. En 1669, l'intendant Talon écrivait que las Canadiens s'habillaient de pi„d en cap et se munissaient de leur nécessaire sans avoir jeeours à l'industrie française. You? voyez ce que peuvent faire des cultivateurs qui produisent du blé, du foin, du seigle, de l'avoine, des légumas, des animaux et qui exercent tous les métiers usuels: ils sont indépendantL^ des villes, du comjnerce, des fluctuations de l'argent. Qu'est-ce que la France devait bien nous vendre? Les archives du temps le font
voir : du vin pour les fonctionnaires, les officiers des troupes, le clergé, quelques bourgeois; de? haches, des fusils, des couteaux, des aiguilles pour tout le monde, mais, comparés aux p3l'leteries, ces articles ne valaient pas grande chose. La traite des fourrures n'étant pas le fait des colons, il est essentiel de bien saisir ce que l'on entend par le mot commerce. Nos blés, etc., expédiés aux Antilles, devaient être autrement supérieurs en monnaie que les autres articles échangés avec 'la France — pellleteries à part, — et comme nous construisions alors des navires, il est assez probable que ceux de la Bochelle ou de Eouen ne s employaient pas au transport des îles — oe devaient être les nôtres plutôt.
Si, avant 1662, le Canada avait été indignement gouverné, il en fut autrement de 1663 à 1673. Ces dix années, oeuvre de Colbert et de Talon, les seules durant lesquelles la France prit le Canada au sérieux, nous amenèrent à un total de population de sept mille âmes, anciens et nouveaux colons compris. Dix années sur deux siècles et davantage ! Vous ne ferez jamais croire cela aux lecteurs français, tant on a eoiraciné chez eux une légende propre à caresser leur orgueil national.
Le nord de la France ne nous envoya que peu de colons après 1675; les contingents de 1680 à 1700 me paraissent surtout recrutés dans les Charentes, la Gironde, la Saintonge et la Eochelle. Nous étions (dix mille âmes en 1683, dixhuit mille en 1713. On peut affirmer qu'il n'est venu personne après cette date — ^sauf des cas très isolés.
J'ai dit ailleurs que les castors du Canada ont contribué à bâtir les palais de Versailles; voici comment je m'explique. Les marchands français étaient "des Français de France" demeurant en France et, par le moyen de leurs navires, exploitant les fourrures du Canada; ils versaient au roi des
sommes d'argent pour conserver ce monopole. Jamais il n'est venu à la, 'pensée de ces marchands d'aider en quoi que ce fut la colonisation; ils restèrent toujours Français, c'està-dire étrangers à notre pays d'adoption de ce côté-ci de la mer. Si l'habitant, mû par un esprit remarquable d'économie et une initiative que peu de paysans possèdent, ne s'était' pas adonné, en de certains moments, à la recherche des fourrures pour les vendre aux commis des marchands ou n'avait pas loué seis bras aux agents de ces commis pour courir les bois avec eux, pas un rouge liard du produit de la traite ne serait resté entre ses maans. Ces légers bénéfices représentent notre part dans un commerce très étendu et, si minces qu'ils soient, nous ne les devons que très indirectement aux marchands de France. Plus que cela, si le® habitants n'avaient pas voulu se mêler de la production des fourrures, ce comonerce eut été paralysé.
Les Canadiens n'ont jamais compté parmi eux une classe riche; les personnes qui tenaient la bourse étaient des "Français de France" ; nous n'étions &ur un pied d'égalité ni avec les financiers ni -avec les administrateurs de la chose publique. Nos seigneurs n'avaient pas le sou et vivai"^nt de leurs modiques emplois dans le gouvernement.
Le roi ne gardait pas tout l'argent qu'il recevait des entrepreneurs de la traite, car il lui fallait payer les salaires des employés civils, militaires du Canada— mais on ne saura jamais dans quelle proportion ce partage avait lieu. Tous les salaires étaient au plus bas de l'échelle du temps — c'est pourquoi l'on permettait aux pauvres fonctionnaires de spéculer sur leurs charges, à commencer pa»r le gouverneur général et en descendant jusqu'aux simples gardes-magasins.
Le commerce de la Eochelle ne s'accentue chez nous qu'après la banqueroute survenue à la mort de Louis XIV
(1715). La colonie, toujours mal gouvernée, s'était améliorée néanmoins, et offradt des ressources à Tesprit d'entreprise. Jusque vers 1755, les Eochelais surent en tirer parti. Xon pas que les éch-anges fussent égaux de part et d'autres, mais enfin, il y avait de quoi alimenter certaines opérations et c'est au cours de ces quaramte années que nous avons eu des rapports suivis avec la Rochelle (3).
,Si je rencontre bien la pensée de M. Gamault, il infère du mouvement en question que nombre de familles de la Rochelle s'établirent alors au Canada. Telle n'est point ma croyance. Je me propose d'examiner un jour ce sujet, car les pièces ne manquent pas pour l'étudier, et je serais grandement surpris d'avoir à me réfuter moi-même sur ce point.
En 1760, nous étions soixante mille âmes; les colonies anglaises en avaient trente fois plus ; l'armée qui nous envahit comptait soixante mille soldats dans ses rangs.
La Franee a constamment eu le tort de ne pas nous envoyer des colons, de centraliser à outrance son administration et de nous tenir sous le joug des monopoles qui n'ont profité qu'aux agioteurs. Le seul mot "commerce avec la
3. Dans la correspondance échangée entre les ministres et le gouTernement du Canada, vers 1718, nons remarquons que les fusils et les munitdons que l'on procurait aux Sauvages, venaient de la Eoclielle ou d'une petite ville avoisinante ayant la Roclielle pour port de mer.
Lorsqu'il fut question d'abandonner le Canada â l'Angleterre, lia chambre de commerce de la Eochelle écrivit, le 10 novembre 1761, aux différentes chambres commerciales des grands ports de mer fraaçads, leur demandant d'intervenir auprès du gouver- ^nement pour tâcher de conserver le Canada. Cette démarche démontre que la Eochelle, plus que toute autre, comprenait l'importance de notre pays et les funestes conséquences qui suivraient son abandon. L'auteur de ce mémoire était J.-B. Gustumeau, alors directeur de la chambre de commerce de la Eochalle. Hélas ! peu de représentations commerciales furent disposées à répandre favorablement à cet appel.
France'' suffit pour réveiller chez nous des souvenirs pénibles.
Aujourd'hui encore, les journaux et las revues nous font voir que les Français cherchent avant tout à exploiter leurs colonies — je dis exploiter dans le sens raipace et égoïste du mot. Autrefois, la France agissait de manière à tenir le Canada en tutelle et s'arrangeait pour le perdre à la première occasion. Les Canadiens répara»ient ses fautes et maintenaient leur position en Amériqu'e. L'Angleterre y allait p^veuglement, mais ne gênait pas trop ses colons.
Sur divens détails, on peut soutenir que les deux couronnes ont eu, alternativement, l'honneur de bonnes conceptions et le désavantage de fa^ux calculs extraordinaires. A tout prendre, l'Angleterre soignait ses intérêts mieux que sa rivale — le résultat l'a démontré car tout n'est pas hasard ou accident, et la guerre qui nous a séparés de la Fraace pouvait tourner à notre bénéfice en Amérique isi le Canada eut été autre chose qu'une petite colonie pauvre à côté de vastes colonies riches.
Il est asS'ez curieux de voir que la» France, qui avait si intelligemment commencé ses colonies (sur le papier) les ait perdues par inertie et par l'aipplication de fausses doctrines administratives, tandis que l'Angleterre, incapable de rien comprendre aux débuts des entreprises de ses nationaux, finit par en sa»i'sir les conséquences — et saisir aussi les possessions françaises.
Les Anglais fondaient des colonies. Plus tard le gouvernement venait à leur aide. Les Français ne fondaient rien. Alors leur gouvernement inventait des fondations quelconques et les tenait dans l'état d'enfance.
Centralisation, ah ! que tu es française ! Ne voir partout, toujours, en haut, en bas, alentour, que le gouvernement, le
liES EOCHELAIS ET LE CANADA 23
gouTemeanent et encore le gouYernemerut, c'est l'histoire du Canada avant 1763.
Malgré la France, le Canada français a pu subsister. Malgré l'Angleterre, il a continué de vivre.
Sous une forme qui paraîtra hardie ou paradoxale, je dirai que si les colons qui s'étaient choisis eux-mêmes pour venir au Canada cultiver la terre et vivre à leur mode n'eussent pas été affligés d'un gouvernement écraseur et irréfléchi, leur recrutement eut pu se quintupler, car le pays était invitant; nous n'aurions pas épousé les querelles des rois; les colonies anglaises se iseraiient bien gardées de sortir de chez elles ; iDious aurions conservé toutes nos découvertes — et nous aurions eu uji grand commerce avec la Eochelle ainsi que tous les ports de France. Mais non ! il fallait nous livrer sans défense aux Iroquois, nous enrégimenter pour faire des razzias chez les Angtlais, nous priver du droit naturel du commerce et des industries. A la fin, c'en était trop, aussi le traité' de 1763 est-il le couronnement de cette inqualifiable série de bé^n^es administratives.
Notre rôle consistait en ceci : 1 ° payer un impôt du sang hors de toute proportion: 2° payer les banqueroutes de Louis XIV et de Louis XV. Du commerce, jamais ! Cela n'était pas fait pour nous.
Personne, je crois, n'a écrit cette observation que, au lendemain de la conquête, les Canadiens se voyant seuls — les Français venaient de partir — ils acceptèrent bénévolement le nouveau régime. Ils se sentaient débarrassés (4).
Oui, ces sortes de choses se 'Sont vues dans le monde. Les soldats ii^landais sont ia force principale de l'armée anglaise, mais qui déteste l'Angleterre plus qu'un Irlaaidais?
4. Voir le Pays lanrentien, le année (1916), page 232, \m article de M, .Suite, sur ce sujet.
Nous de mêmes — nos miliciens faisaient des merveilles sous les drapeaux de la France, mais comme peuple, ils étaient dégoûtés d'une administration sans équilibre et toute arbitraire. A la conquête, ils donnèrent une main fraternelle au vainqueur.
Sous le régime français, il n'y avait au Canada qu'un homme digne de ce nom: c'étaiit l'habitant, le cultivatoar, trop fier pour se laisser appeler paysan. C'est dans la tête de cet homme-là que nous avons trouvé le moyen de nous maintenir, alors que la situation semblait perdue avec toutes nos espérances.
A l'heure actuelle, nous ne pesons guère, comme valeur commerciale, mais il y a la population de langue anglaise plus nombreuse et plus riche, qui forme la base de tout dans la confédération. Nous sommes libres de nos agissements, personne ne peut nous commander l'abstention. Soyez certains, pourtant, que les armateurs, les industriels, les commerçants anglais mettront des bâtons dans les roues du commerce français que l'on projette — parce qu'ils ne veulent pas de concurrents. Leur habileté en ce genre de stratégie est extrême; nous en avons vu ides preuves répétées. Alors, garde à vous !
Que la Eochelle ouvre des correspondances avec le Canada français pour commercer, puisqu'il est le premier sur sa route, et si la prudence inspire ses actions, il sera possible de réussir, de faire de l'inédit. Autrefois nous étions sous le régime du bon plaisir, ce qui n'est pas un plaisir du tout; avec la liberté, peut-être parviendra-t-on à de meilleurs résultats. Parlant par comparaison, je dirai que de tout temps, le Saint-Laurent a été un lieu de naufrages. Lorsque les navires de la Rochelle entreront dans le port de Québec, ils n'y rencontreront plus les '^fermiers" de 1730, mais bien plutôt
des tusiness men plus dangereux pour le commerce français que las tempêtes du golfe et les rapineries de Paneien régime (5).
NOTE. — (En écrivant cet article je me souvenais de la tentative faite huit années auparavant pour établir une ligne de bateaux à vapeur entre la France et le Canada. Mes lecteurs de 1893 ont dû y penser comme moi car mes allusions étaient alors comprises — l'affaire avait été pitoyable, pour les causes que j^indiquais sans trop les préciser).
6. Cet article, écrit le 31 août 1893, était alors très-à-propos. Maintenant que notre commerce avec la France a pris des proportions considérables, il n'a plus la même portée, mais nous le publions quand même sous sa forme originale.
Pour complément au livre déjà cité de M. Garnault, les intéressés iK)urront lire du même auteur, le Commerce rochelais au dix-huitième siècle, publié à la Kocbelle, in-8, XX-352 pages.
26 JEAN VERRAZANO
JEAN VEERAZANO.
Les amateurs de l'histoire du Canada savent que tout le monde n'est pas d'accord sur les voyages et découvertes de Verrazano, non plus que sur l'origine du nom de "Nouvelle- France" appliqué à cette partie de l'Amérique du Nord que nous habitons; hien plus, on a fait de Verrazano un corsaire croisé d'un pirate, qui aurait terminé son existence au bout d'une corde, avec l'aide des autorités judiciaires.
Ces trois pointsi viennent d'être (1899) élucidés et réglés à jamais par M. Gabriel Gravier, de Rouen, membre correspondant de la Société Royale du Canada, qui imprime une étude à ce sujet dans le bulletin de la Société Normande de Géographie. Celle-ci est une publication de grande valeur scientifique, déjà âgée de vingt-deux ans, éditée avec un goût et un art tout français. M. Gravier en est le fondateur.
*Le3 'Canadiens aimeront à connaître ce que le savant auteur expose aujourd'hui à l'examen du public lettré, vu que sa démonstration se rapporte directement à cette Nouvelle- France, dont nous sommes le siang, la moelle et les os.
J'analyse et copie siouvent les textes de M. Gravier : —
Giovanni da Verrazano était né vers 1485, à Val di Grève, près de Florence, d'une famille déjà distinguée et qui s'est éteinte en 1819, à Florence, dans la personne du chevalier Andréa da Verrazano.
Il dut entrer jeune au service des armateurs de Dieppe, puisque Desmarquets, dans ses Mémoires Chronologiques (1),
1. .Jean- Antoine Desmarquets, Mémoires Chronologiques pour servir à vnistoire de Dieppe. Dieppe, Honfileiir, Saint-Malo et la Rochelle étaient à cette époque les plus grands ports de France.
JEAN VERRAZANO 27
lui fait faire, en 1508, le voyage de Terreneuve avec Thomas Aubert, qui remonta le Saint- Laurent quatre-vingts lieues et mena en France un Sauvage de ces régions (2). N'éanmoins, Jean Denis, de Honfleur, qui dressa la carte de Terreneuve et des environs, en 1506 (3), avait connu le golfe avant Aubert. M l^un ni l'autre ne soupçonnaient l'existence du fleuve car partout ils trouvèrent l'eau 'saumâtre et, en fait de courant, ne purent distinguer que celui de la marée.
Jean Vérassen, comme Tappelle Desmarquets, séjourna ensfuite au Caire et en Syrie. Lorsque, en 1522, on apprit le succès du voyage de Magellan (4), notre Florentin se dit qu'il devait y avoir, au nord comme au sud, un détroit mettant en
2. Le E. P. Biard, dans sa Relation de la Nouvelle France^ etc., iii-12, 16 pages, publiée en 1616, dit que Thomas Aubert, pilote dieppois, avait amené en France un Sauvage qu'il fit voir "avec admiration et appilaudissement à toute la France". Verrazano, d'après quelques écrivains, commandait un des deux vaisseaux de Thomas Aubert; celui-ci était à l'emploi de Jean Ango.
3. La carte attribuée à Jean Denis, de Honfleur, est une des plus anciennes que l'on connaisse. Elile a été reproduite sur feuille, en 1608, d'après da copie originale faite par Denis sur une écoree de bois de bouleau ; elle mesure vingt -cinq centinûètres dans les deux sens. Harri&se dit que les légendes y sont die date plus récente miais, néanmoins, demeurent apocryphes.
4. Fernand de Magellan, navigateur portugais, né à Porto (?) vers 1470. Entré au service de Charles-Quint en 1512, il lui exposa son projet de chercher au sud de l'Amérique un passage vers l'ouest. Parti d'Espagne en 1519 avec cinq vaisseaux, Magellan longea la côte de l'Amérique du Sud et, après avoir évité une révolte d'une partie de son équipage, il pénétra dans le détroit auquel il donna son nom. Il passa ainsi dans l'océan Pacifique qu'il traversa en diagonale et aborda aux Iles Philippines le 15 mars 1521, après quatre mois de navigation. Magellan périt durant une guerre qu'il faisait contre une peuplade voisine de celle du roi de Zébu, en 1521. Son lieutenant, Sébastien del Cano, ramena le reste de son équipage sur le Vittoria. C'est le premier voyage connu autour du globe.
28 JEAN VEREAZANO
commiinication l'Atlantique avec la mer du Cathay (la Chine) et il s'adressa à François 1er dans ces termes, d'après le texte de Eamusio: "Discorso sopra la terra forma." "Je pense bien trouver l'obstacle des terres nouvelles, mais je pense arriver à quelque passage qui m'ouvrira l'océan à l'extrémité de l'Asie."
Dans ses lettres des 27 naars et 28 avril 1523, Jean de Silveira, ambassadeur du Portugal auprès du roi de France, écrit à son souverain que "Maître Jean Yerrazano va en découverte vers le Cathay, mais on ignore la date de son départ à cause de différends, je crois, entre lui et ses hommes."
Vers le même temps, Jean III, roi de Portugal, fut informé par des Portugais qui trafiquaient en France, qu'un "certain Jean Verrazano, florentin de nation, s'offrait au roi François pour découvrir en Orient (par la voie de l'Occident) des royaumes que les Portugais n'ont pas vus et, que dans les ports de (Normandie, des navires se préparent, avec l'appui ouvert des amiraux des côtes de France et l'appui dissimulé du roi François pour aller occuper la terre de Sainte-Croix, appelée Brésil." Ceci est tiré de la Chronique, de Francisco d'Andrada. D''ailleurs, M. Gravier cite copieusement ses autorités et j'y réfère le lecteur.
Le 8 juillet 1524, Verrazano écrit à François 1er qu'il a quitté Dieppe en 1523 pour le voyage de découverte qu'il lui avait commandé; qu-*une tempête l'a séparé de deux de ses navires (5) ; qu'il s'est réfugié, avec les deux autres, pour les réparer, dans un port de Bretagne; qu'il est définitivement parti le 17 janvier 1524 avec un seul vaisseau, le Dauphin (6),
5. Le sort de ces deux navires n'a pas été connu. (Ferland, Cours d'histoire du Canada).
6. Le Dauphin portait cinquante hommes et avait des munitions pour huit ou dix mois. Il mit pied en Amérique après cinquante jours de navigation. (Ferland, Cours d^histoire du Canada).
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d^un rocher désert voisin de l'île de Madère. Il raconte son voyage (7).
Ramusio explique que "Fan 1524, un grand capitaine du roi très chrétien François, nommé Giovanni (Jean) de Verrazzano, florentin, a navigué le long de toute la côte jusqu'à la Floride."
Le 24 août 1524, Fernando Carié, de Florence, se trouvait à Lyon où François 1er était attendu. Il informa son père, connne d'une nouvelle qui devait intéresser tout Florence, du retour à Dieppe (8) de Giovanni Yerrazano que tous connaissaient et joignit à sa lettre copie de la communication du découvreur du 8 du mois précédent. Ces lettres, prêtées, copiées, recopiées, traduites, ont eu une grande circulation. Dès 1556, Eamusio les imprimait. M. Ferland en a copié les parties importantes.
Jean Ribaut n'avait qu'une vingtaine d'années en 1524 (9) ;
7. Le manusorit du voyage de Verrazano paraît avoir été conservé par l'historien anglais HaMuyt. La première édition italienne connue date de 1563 ; il en fut imprimé une autre en 1769 ; la version anglaise parut en 1582. Une narration peu intéressante se trouve dans le troisième volume de J,-B. Ramusio, Recueil des Navigations et Voyages (en italien), Venise, 1550, et traduit en français, en 1566, par le professeur J. Temporal.
La plupart des auteurs s'accordent à placer le voyage de Verrazano en 15t24. Le Père Ctarlevoix dans son Histoire de la Nouvelle-France, mentionne ce voyage en 1523 et un second en 1524 ; ceci est certainement une erreur car les documents authentiques prouvent tout le contraire.
8. Dieppe, à cette époque, comptait les pilus riches armateurs de l'Europe et les meilleurs pilotes qui illustrèrent la France aux XVe et XVIe siècles.
9. D'après VEncyclopédie universelle de Pierre Larousse, il paraîtrait plus certain que Ribaut naquit vers 152-0, donc la date ci-haut indiquée ne serait pas juste. Ce calviniste dieppois, pour ménager un refuge aux coreligionnaires de Coligny, fut chargé de chercher en Amérique un lieu propre à établir une
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à Dieppe il vit le départ ainsi que le retour de Verrazano. Plus tard, il écrivait • "La terre qui est vers le pôle arctique ou septentrion est nommé la Nouvelle^France, pour autant que l'an mil cinq cent vingt-quatre, Jean Verrazano, florentin, fut envoyé par le roi François premier et par madame la régente, sa mère, aux terres neuves, auxquelles il prit terre et découvrit toute la côte qui est depuis le tropique du Cancer, à savoir depuis le vingt-huitième degré jusqu'au cinquantième (de la Floride à Ter reneuve) — et encore plus devers le nord. Il planta en ce pays les enseignes et armoiries du roi de France, de sorte que les Espagnols mêmes, qui y furent depuis, ont nommé ce pays terre Francesque" (10).
Eamusio explique comment Verrazano vit le Labrador, la contrée des morues (Cap-Breton) et la Nouvelle- France, laquelle va de la Nouvelle-Ecosse à la Floride.
Jean Parmentier (11), capitaine au service de Jean Ango
colonie protestante. Parti de Havne-de-Grâce îe 18 février 1562, avec deux navires, Rlbaut choisit la Caroline où il construisit le Fort-Charles, en l'honneur de Charles IX. René de Goulaine de Laudonnière, gientilhomine du Poitou, l'aocompagnait. De retour en France (à Dieppe), île 20 juillet 1563, il repartit en 1565 ; mais à peine débarqué, il fut assailli par le® Espag-nols de Ménendez ; ses hommes furent pendus "non comme Français, mais comme hérétiques". Ribaut, lui, fut poignardé.
10. Les historiens anciens écrivent francesque, frcmçoise ou f rancis; d'autres, franciscane ou franciscaine.
11. Les frères Jean .et Raoul Parmentier furent deux des plus célèbres pilotes de Jean Ango. Le premier naquit vers 1494 et l'autre en 1498 ou 1499. Un autre frère, remarque Crig-non, aurait aussi été pilote. Ces trois navigateurs appartenaient à une famille bourgeoise de Dieppe ; ils avaient de l'instruction, beaucoup de science astronomique, géographique et cosmographique. En 1520 et 1529, ils firent deux voyages à Sumatra et, à leur retour, produisirent plusieurs cartes d'une g-rande utilité à plusieurs points de vue. A bord de leurs navires (1529), le Sacre et la Pensée, étaient le poète Pierre Crignon et Pierre Mauclerc, astrologue ; plusieurs savants de Dieppe étaient aussi de l'expédition.
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(12), dit, dans la relation de son voyage à Sumatra, en 1529 : "En allant an delà (au sud) du cap des Bretons se trouve une terre contigiie dont la côte s'étend à l'ouest et un quart sud-ouest jusqu'à la Floride, sur une longueur d'environ 500 lieues. Cette côte fut découverte, il y a cinq ans, par messire Giovanni Verrazano, au nom du roi François et de madame la régente et la contrée est appelée Franciscane, même par les Portugais."
En 1526, Verrazano était à Rouen avec son frère Jérôme et tous deux dressaient une carte sur laquelle on lit : "Nova G-allia" pour titre, suivi de la légende : "Verrazano sua Gallia Nova quale discopri 5 anni fa Giovanni di Verrazano fiorentino per ordine e commendamento del Christianissimo Re di Francia." La carte ne parut qu'en 1529, c'est pourquoi elle porte "5 anni" (13).
Parmi les noms de lieux on relève ceux de "Dieppa, Lu^ngavilla, Normanvilla, Sangermano, Angolesme, Vendomo,
13. Jean Ango, sieur de la Eivière, né vers 1485, appartenait à une famille de marchands ; dès l'époque des découvertes, il envoya annuellement de quinze à vingii vaisseaux aux Indes et en Afrique. Il devint le plus riche marchand de l'Europe. Il fut nommé gouverneur de Dieppe par François 1er qu'il avait reçu avec une magnificence éolatante durant un séjour du roi en Normandie. Les Portugais ayant pris un de ses vaisseaux en pleine paix, Ango arma pour son propre compte dix-sept navires contre le port de Lisbonne, répandit la terreur sur les côtes du Portugal et obligea le roi de ce pays à faire des excuses à François Ter, et à payer une indemnité aux armateurs de Dieppe Celui qui dirigea cette guerre "privée" avec une audace insurpassable fut Johanes Florin dont il est parlé plus loin. Jean Ango fournit des armements eontre d'Angleterre, fit des prêts considérables au roi François 1er, et mourut presque ruiné, en 1551, après avoir dépensé près de quarante millions i)Our l'Etat. Il avait été nommé, en 1508, amiral de France.
13. Cette carte disparut vers le milieu du XVIe siècle mais fut retrouvée à Kome, en 1852, par un nommé Thomassy, numismate.
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Nayarra, C. de San Luis, Orlean, Bonivetto, 0. -de Bretton, Loisa", qui marquent un attachement à Dieppe, au petit pays de Longueville, près cette ville, à la province de Normandie, à Saint-Grermain, résidence du roi, aux provinces on pays d'Angoulême, Vendômois, Navarre, Orléans, transportés ainsi dans cette Nouvelle-France. Les caps Saint-Lonis et Breton s'accordent avec le sentiment français. L'amiral Bonnivet (14), le chef de Verrazano, a aussi sa part, de même que Louise de Savoie, mère de François 1er.
En 1525, à la fin de septembre, "messire Jehan de Verrazano" eut un procès à Dieppe, mais on ne dit pas s'il était alors dans cette ville. Un peu plus tard, en 1526 (?) Verrazano fait un arrangement avec Philippe de Chabot (15), amiral de France et de Bretagne, Guillaume Prudhomme, général de Normandie, Pierre d'EspinoUes, Jean Ango et Jacques Boursier, pour envoyer aux Indes deux gallions appartenant à l'amiral et une nef de Jean Ango sous le commandement de Verrazano. Le 11 mai 1526, "noble homme Jehan Verrassenne, capitaine des navires équipés pour un voyage aux Indes", nomme pour son procureur Jérôme de Verrassenne "son frère et héritier", avec lanobis de Eousselay, l'un des associés en ce voyage. Cette pièce est signée: "Janus Verrazanns."
îLe lendemain, il donne une procuration à Adam Godefroy, bourgeois de Rouen.
14. Guillaume Gouffier, seigneur de Bonnivet, né en 14i88, tué le 2^4 février, 1525, â la bataille de Pavie dans laquelle François 1er fut fait prisonnier; la captivité de oe prince dura jusqu'en 1526, ce qui empêclia Verrazano de s'occuper de ses découvertes en Amérique,
15. Seigneur de Brion, comte de Charny, marquis de Mirebeau ; compagnon d'enfanoe de François 1er, l'amitié du prince lui valut de grands honneurs à Qa cour. Philippe de Chabot était très porté x>our Verrazano.
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Le 24 décembre 1527, Silveira (16), ambassadeur du Portugal, écrivait à son souTerain que Verrazano devait partir en février ou mars, avec cinq navires dont il était Pamiral, pour une rivière du Brésil où se trouve un fort — probablement un fort portugais.
André Thevet dit que ^^Jehan Yerazze" partit de Dieppe le 17 mars 1528, par Tordre de François 1er, qu'il parcourut toute la côte de la Floride et qu'il fut tué par les Sauvages de cette contrée. Thevet écrivait en 1550 (17).
Que disent nos historiens sur Yerrazano? Je ne citerai que les trois derniers:
Garneau parle du voyage de 1523-24 et d'un autre dans lequel le navigateur serait allé vers le 34e degré de latitude.
Ferland donne beaucoup de détails et s'accorde en tout avec M. Gravier, sauf qu'il mentionne la fin tragique du découvreur en disant qu'elle dut arriver longtemps après 1524.
Faillon place en 1520 le voyage de 1524, cite la lettre du 8 juillet 1524, et c'est tout. Mais, dans les N'otes, à la fin de son premier volume, il incline à croire que le Père Pierre Biard, écrivant en 1611, avait raison de penser que le nom de N'ouvelle-France venait de Yerrazano (18).
Les connaissances géographiques résultant des explorations de Yerrazano- peuvent se résumer comme suit:
16. On compte sept ou liiiit ambassaydenrs dans cette famille Silveira.
17. Les Singularités de la France antarctique et la Cosmographie universelle. André Thevet, natif d'Angoulême, qui fut l'historiograplie du roi de France à partir de 1559, fut un historien peu consciencieux. Cependant, ses livres contiennent une foule de renseigTiements précieux sur les premières découvertes en Amérique. Il écrivit son premier volume en 1558 et non en 1550 tel que ci-haut indiqué.
18. Le dictionnaire Larousse attribue à Verrazano la dénom.ination de "Nouvelle-France".
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De la Floride au Maine, il ne se rencontre pas de fleuve assez considérable pour indiquer une grande profondeur de terre. Donc, à cent lieues de Pooéan, il doit y avoir des montagnes ou autres élévations naturelles d'où partent, pour se diriger à Touest et tomber dans le Pacifique des cours d'eau plus ou moins longs. Ces -derniers n'existent peut-être pas, car les Sauvages font comprendre que, au-delà de l'endroit d'où sortent les rivières qui débouchent à l'Atlantique, règne une sorte de mer qui pourrait bien être une vaste baie du Pacifique. Ce sont nos grands lacs.
Verrazano croyait, comme Colomb, que les terres de l'Amérique du Nord n'étaient qu'une mince lisière séparant les deux océans. Dans leurs calculs, ces deux hommes omettaient à peu .près le tiers du volume du globe.
Cartier, en 1534 et 1535, cherchait tout bonnement la "mer de Verrazano." Sa découverte commença le jour où il s'aperçut qu'il entrait dans un fleuve dont le débit indiquait l'existence d'un vaste continent. L'été de 1536, il annonça au monde européen le renversement de la théorie de Verrazano et l'étonnante nouvelle que la terre se continuait sans fin à l'ouest du Saint-Laurent. Deux cents huit ans plus tard, La Vérendrye revenait des Montagnes-Eocheuses dévoilant enfin le "mystère des terres neuves."
Je ne sais si aucun écrivain du Canada fait mention de Verrazano pirate. Il nous reste à voir cette accusation.
En 1875, M. Henry Murphy, de New- York, a publié contre Verrazano (19) un livre qui fit beaucoup de bruit. Il
19. Henry Cruse Murphy, journaliste de talent, liistoriein. d'occasion, né à Brooklyn, N.-Y. le 15 juillet 1810, mort le 1er décembre 1882. Avocat, ministre (1857-61); il a écrit: Henry ffudson in Holland (1859), Antholopy of the New Nethcrlands, (1865), the Voyage of Verrazano (1875), etc., oi"i la vérité historique n'y est jamais poussée plus loin que la lég-ende.
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prétend qu'à Tépoque des voyages dont il est parlé ci-dessus, Verrazano piratait sous le nom de Giovanni Florin, autour des côtes d'Espagne et du Portugal, et il produit naturellement une foule de "preuves" dont la principale est celle-ci:
"La verdad es, que en este tiempo, infestaba neustros mares, Juan Florentin pirata Frances. (Gonzalez Barcia, ou\Tage sur la Floride qui parut en 1728).
Ce qui veut dire : "La vérité est qu'en ce temps-là nos mers étaient infestées par Jean Florentin, pirate français."
M. Murphy a lu: "Jean Verrazano, Florentin, pirate français."' Cependant, Barcia parle de Verrazano séparément de cet homme, qu'il mentionne une seule fois en passant, comme on vient de le voir.
M. Gravier répond de la manière suivante:
En 1523, Giovanni Florin a capturé un navire portugais qui revenait des Indes avec un chargement évalué à 180,000 ducats.
En mars 1524, Johanes Florin, capitaine d'une flotte de Jean Ango (20), s'est emparé, sur la route des Canaries, d'un navire chargé de diverses marchandises et appartenant à Vincente Fernando.
En août, même année, Johanes Florin, capitaine d'une flotte d'Ango, capture et pille, au cap Saint-Vincent, à la côte d'Afrique, plusieurs na\ires appartenant à Fernando Vallascie.
En septembre, même année, Johanes Florin, capitaine d'une flotte d'Ango, pille et coule à fond, aux îles du cap Vert, près la côte d'Afrique, un navire commandé par Johan«s Viegas.
Au mois d'avril 1525, Johanes Florin, commandant une