‹ Mélanges historiques; études éparses et inédites de Benjamin Sulte;Chapitre 46 sur 62 · Voir Mélanges Jiistoviqiics, Vol. I, page · texte numérisé non relu

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cents lieues d'ici." On parlait 'du Mississipi dans tout le Bas-Canada. Je note que Nicolas Perrot se servait, en 1717, du terme "rivière de la Louisiane^' ,pour désigner le Mississipi.

Talon désirait savoir où aboutirait le grand fleuve. Il engagea Frontenac à s^en occuper. Comme JoUiet partait de nouveau pour continuer la traite des fourrures qu'il faisait au lac Supérieur depuis 1669, il l'engagea à profiter de son séjour dans ces régions pour pousser son voyage jusqu'au Mississipi et le descendre assez loin pour acquérir la certitude de sa direction finale. JoUiet passa l'hiver au lac .Supérieur et, le 17 mai 1673, il se mettait en route vers le fleuYe, qu'il reconnut jusqu'aujx Arkansas à sept cents milles du golfe. Rendu là, le doute n'était plus possible. Comme l'avait pensé Radisson, les eaux allaient au golfe du Mexique. JoUiet retourna à Québec avec cette nouvelle, qui fut bien accueiUie, mais le roi n'en fit aucun cas et dit que la Nouvelle-France possédait déjà assez de territoires pour ses besoins.

Le Père Hennepin, en 1682, partit des environs de Chicago, suivit la rivière IlUnois, remonta quelque peu le Mississipi, fut enlevé par les Sioux et conduit aux sources du fleuve où il rencontra Duluth qui lui fit rendre la liberté et l'amena au saut Sainte-Marie.

Lorsque LaSalle eut opéré sa descente du Mississipi jusqu'au delta, en 1682, la découverte du fleuve restait encore incomplète. Il s'agissait d'y arriver par mer et c'est ce que le persévérant explorateur tenta deux ans plus tard, mais sans y parv^enir. D'Iberville, en 1699, résolut le problème.

J^ai feuilleté avec iplaisir un voliune élégamment imprimé, portant à la première page : "Inventaire des Titres de la Maison de Billy, patr le vicomte Oscar de Poli, président du Conseil Héraldique de France/' Paris, 1894 (1).

L^auteur a déjà publié divers ouvrages de ce genre où il excelle, comme l^artteste sa renommée très répandue en Eujpope. Cette fois, ii introduit la note canadienne dans sa nouvelle étude; c'est pourquoi nous allons le suivre et fairs des commentaires sur qtrél'ques points restés obscoirs ou ioidéteim-inés.

Voyons d'abord les origines de la famille en question. M. de Poli fixe au Xle isaècle l'existence du premier seigneur de Billy, d'après Hozier qui a trouvé dans un document de 1080 "le Seigneur de Billy-suT-Ourcq, chevalier." En 1203, ii y avait Nivelon de Billy, probablement du même estoc, car il habitait la même localité. En 1129 l'endroit se noamne "BiHli super Urcum fluvium". C'est aujourd'hui la conmiime du canton d'0uilchy4e-Château, arrondissement de SoissonB, un peu au nord-est de Paris. La rivière de l'Ourcq entre à Paris par .le canal dit de TOurcq et se jette dans la Seine presque au ooeur de la ville.

Le volume que j'ai 80ua les yeux renferme plus de douze cents notices indiquant des pièces et des sources à consulter pour l'explication des faits mentionnéa par l'auteur On y

1. Oscar de Poli, né en 1838. Zouave pontifical, il prit part à la guerre de 1870 ; conférencier royaliste et auteur de nombreux ouvrages dont dix ou douze romans d'aveoitures.

rOTLConire des ^passages oomme cdui-ci : "Le 22 juillet 1329 — Jean de Biily, écuyer, et Marie, sa femme, donneiit à Saint- 'Crépin 'des terres sises k Brllynsur-Ouirlcq €lt Giromeeiiil, jouxte Mgr Aymond de Biiliy, chevalier, et reçoivent en échange des héritages sises audit Billy, mouvgtns à Mgr Simon de Billy, chevalier, qui furent à feu Jean de Billy, chevalier'^

Jean de Billy, écuyer, pris à Harfleur (Nojrmandie) par les Anglais, prêta serment de fidélité au roi d'Angleterre, en 1423, et entra au service du duc de Bedford, général']!:; sime de l'armée ansrlaise combattant en France. Les Français encore peu ou point imbus de l'idée de patriotisme, étaient divisés en cinq ou six partis militaires ou politiques,, sous différents princes, Bourguignons, Angilp^is, Français, Bretons, Gascons, qui guerro3'aient les uns contre les autres, et, à vrai dire, il n'y avait de France que Paris avec de territoire environnant, cette place alors au pouvoir des Anglais. CharQes YII était un roi sans royaiume et presque sans troupes.

Le 12 septembre 1429, trois ou quatre jours après que Jeanne d'Arc, blessée à Fasisiauit de la porte Saint-Honoré, eût abandonné temporairement le siège de Paris, Bedford disltribua des récompenses à ses officiers et l'une d'elles échut à Jean de BiUy. La confusion des choses idu temps exp'lique l'attitude des personnages qui jouaient un rôle sur cette grande scène de discorde qui durait depuis un siècle et se termina par le triomphe de Chacles VII. Adors seulement commença l'unité de la France et 'la transformation de ses habitants en "Français".

Au XVIe siècle, une branche de la famille de Bi'lly portait le nom de CourviUe, d'après une terre probablement, puisque c'était la coutume de idenner aux fils de cadets le nom d'une propriété dont ils se trouvaient possesseurs par droit d'hêri-

tage ou autrement. Un texte .de l'époque dit: "Louis de BiMy, baron de Courville." Nous retrouverons des Biily de Courville à Gentilly, en Canada, cent et quelques années plus tard.

Le 3 février 1632, à Pairis, fut passé Faete de fiançail'Las de François de Billy, de la. paroisse de Sommereux, diocèse d'Amiens, avec demoiselle Héiène Guibert. Sommereux n'est pas très éloigné de Billy-sur4'0urcq (2).

A Sommereux, le 1er décembre 1638, fut baptisée Anne Perodo; pairrain: Franç<)is de Biily. C'est le même qui vient d'être mentionné. Il était seigneur de Béhereourt. Dans les années qui suivent, on retrouve ea trace à plais d'une reprise. Il y a aussi dans les archives consultées par M. Poli et d^où il a tiré lies no-tes précédentes, diverses mentions de la famille de la, Marche qu'il ne faut pas oublier, car ce nom reparaîtra dans le présent article.

M. de Poli n'hésite pas à adopter Sommereux comme le berceau de Jean-François de Billy, qui vint en Canada avec sa femme Catherine-Marguerite de la Manche, si toutefois leur mariage a eu lieu en France selon que je le crois.

Le recensement de 1681 donne à Jean-François trentedeux ans, ce qui le fait naître en 1649. Mgr Tanguay n'avait que cette seule pièce pour .se guider sur ce point, ausisi met-il "1649" à la page 52 du premier volume de son dictionnaire. Par le même moyen, il place la naissance de la femme à 1652, ce qui s'accorde assez bien avec l'acte de sépulture de cette dernière qui lui donne ^^environ quatre-vingts ans" le

11 avril 1731.

Dans une (lettre adressée à M. de Poli, Mgr. Tanguay déolare que Jean-François était né à Paris, qu'il passa dans

2 L'imposant château de cette ancienne seigneurie est mainjtenant en rnines. Louis Grégoire prétend qu'il avait appartenu aux Montinorency.

la NouYelle-France en 1673 et s'y maria i'année suivaiiite. C'est dommage que ces trois assertions ne isoient pas appuyées d'auoxine preuve. A la page 281 du tome II du dictionnaire, Mgr Tanguay place le mariage en 1672 sans dire où il fut célébré. De plus, il met "De la Mare" et "De^lamare", au lieu de "De ll'a Marche". Il est évident que toute cette partie de son travail est à refaire, et c'est ce que je vaas tenter.

La démonstration de M. de Poli tend à choisir Sommereux comme berceau de Jean-François et de sa femme. Pour ce qui est du mariage, je le reporte à 1671, en France.

La première fois que nous voyons ce ménage en Canada, c'est ipar l'acte de baptême de François, soi registre de la paroisse de Chamiplain, le 17 octobre 1679, alors qu'il comptait trois autres enfants nés en 1672, 1675, 1677 (d'après le recensement de 1681, mais non inscrits en Canada à l'occasion de leurs naissances). Il ne s'agit pas, on le voit, d'un seul baiptême que le prêtre aurait oublié de consigner dans ses registres, mais 'de trois omissions de ce genre concernant les mêmes père et mère. J'en infère que ce ménage est venu en 1678 ou 1679 et non aupa<ravant.

Où s'établit- il ? J'opine pour Grentil'ly, de préférence à 'Champlain. Les terres de Gentilly avaient été concédées en deux fiefs, l'année 1647, à Pierre Lefebvre, mon ancêtre maternel, et à Nieolatô Marsolet, l'interprète bien conna. Lefebvre vendit à Michel Pelletier, sieur de la Prade, en 1669. Pelletier était alors marié à la veuve de Jean Poisson; il s'établit sur le fief en 1670 ou 1671. Cette dernière année, Ma.rsdlet vendit à Pelletier qui se trouva proT>riétaire 'de toute la seigneurie. Bon nombre des terres faisant face au fleuve étaient occmpées en 1676.

Rectifions encore une erreur du dictionnaire Tanguay. A la page 492 du tome I, il est dit que Jean Poisson fut sel-

LA FA:MILLE de BILLY 67

gneur de GentiMy, ce qui est incorrect, et il n'y a rien pour indiquer son décès, bien que la date en soit connue dans l'histoire. Cet homme était arrivé de France avec sa femme, Jacqueline Chambois ou Chamois, en 1639 ou peu après, et s'était fixé aux Trois-Eivières, où il fut tué par les Iroquois en 1652. Trois ans plus tard, la veuve épousait Michel Pelletier, sieur de la Prade, lequel mourut en 1707 et laissa tous ses biens à François âgé alors de cinquante-huit ans, fils de Jean Poisson et de Jacqueline Chamois.

Je viens de dire que, en 1676, le front de la seigneurie était déjà occupé par des colons. Les prêtres des Trois- Eivières desservaient cette paroisse en germe. Le 12 octobre 1679, on ouvrit dans l'église de Champkin un registre appe'lé "Batiscan et Champlain". C'est là que fut inscrit, cinq jours plus tard, le baptême de François, fils de Jean-François de BiMy et de Catherine-Marguerite de 'la Marche, mais cela n'implique nullement Champlain comme lieu de résidence de la famillle Billy, puisque Oentiily venait d'être compris dans la nouvelle pairoisse de Batiscan- Champlain, desservie par un prêtre français du nom de François Dupré qui allait en 'mission à Gentilly et à Batiscan, baptisait ies enfants puis retournait chez lui à Champlain où il consignait ces faits dans le registre. Mgr Tanguay, en disant que Jean- François de BiMy fut baptisé à Champbin donne à croire que la famille résidait en ce lieu^ mais il n'y a rien dans le registre pour soutenir cette prétention. Je dois aussi avertir le lecteur que M. François Dupré ne fut pas "premier curé ide la paroisse de Champlain en 1684", comme le dit le Répertoire du clergé canadien, de Mgr Tanguay, puisque dès 1679, il

commençait sœ fonctions curialles dans cette paroisse, où il resta jusqu'à 1685 (3).

Le recensement de la seigneurie de "La Prade", (ne pas confondre avec Sainte- Anne de 'la Pérade,) en 1681, nous montre : "Jea4n de Billy, 32 ans, Catherine Lamarche, 29 ans, sa femme; enfants: Michel, 9 ans, Marie, 6 ans, Thérèse, 4 ans, Erançois, 2 ans. Deux hêtes à cornes. Douze arpents de terre en valeur.''

Comment supposer que cette famille demeurait ou avait demeuré à Cha«m'plain depuis son apparition parmi nous, dix-huit ou vingt mois avant la date du recensement? Billy était le troisième des habitants de GentiPy par 'l'étendue de te-rre défrichée et le nombre des bestiaiux.

Levîrard ou Samt-Pierre-'les-Beoquets n'avait encore aucun colon. A :1a rivière Bé'cancour, on comptait quinze haibitants ayant chacun de cinq à vingt arpents de terre en valeur.

Les trois enfants: Michel, Marie, Thérèse, que le recensement 'de 1681 fait naître en 1672, 1675, 1677, ne sont mennés nullement aux registres du Canada, qui renferment les actes de baptême ; ils ont dû venir au monde en Erance et, en ce cas, la famille n'a émigré qu'en 1678 ou 1679 et s'est tout de suite établie à La Prade, appelée -plus tard G-enti'lly.. Le Tecensement de Champlain, comme ausisi de il a côte du nord, depuis Trois-Eivières jusqu'à Québec, en 1681, ne contient ni le nom de Billy ni celui de Courvi'lle.

Jacqueline, Gui^'laume et Marie-Benée, dont les actes de baptême sont inscrits en 1684, 1687, 1692 à Champlain, ne pouvaient figurer au registre de Genti'lly puisqu'il n'en existait paiS à cette époque. Pour la même cause, Marie et

3. L'abbé J.-L.-A. Allaire (Dictionnaire hiographique du clergé canadien-français) rectifie, lui aussi, cette erreur.

Thécrèse ont eu 'leura mariages enregistrés à Champlain en 1688 et 1696.

Le 27 avril 1705, Michel, fils de Jean-François de BilHy et de Catherine-Margnerite de ?.s. Maoxîhe, épouse Anne- Céleste Dizy (4), de la paroisse de Champ'lain, et le registre les qualifie tous deux "d'habitants de cette «paroisse. . . djemeurant à Champlain." De fait, 'le marié était de la patroisse de Champûain, vu que Gentilly formait la région sud de cette paroisse, mais j'ai peine à croire qu'il demeuradt au nord.

Notons que Michel Pelletier, sieur de la Prade, seigneur de Gentilly, fut inhumé à Champlain le 4 mai 1707, parce qu'ifli était bien et dûment paroissien de Champlain, comme tous ses censitaires.

Par devant Daniel Normandin, notaire à Champlain, le 15 juillet 1707, François Poisson, nouveau seigneur de Genti'lly, concède à Jean Peipin et à Michel de Billy, beauxfrères, une terre de six arpents. Il est dit dans l'acte que Michel de Billy demeure à Champlain. Est-ce là simple formule ou réalité? Il est possible que Mich-al eut sa résidence à Champlain, à cause de &a femme, mais je ne vois pas que la famille de son père fut ailleurs qu'à Gentilly.

La carte cadastrale de 1709 ne montre pas de terre sous }.e nom de Biïly à la côte nord. Par contre, il y en a deux marquées "Billy" à Gentilly.

Jean-François de Billy fut inhumé à Champlain le 1er février 1716, qu cliques jours avant l'ouverture du registre de la paroisse de Bécancour. Le 20 de ce mois de février est

4. Veuve de François Aubuchon ; elle décéda le 17 mai 1718. Michel de Billy épouse en secondes noces, le 14 juillet 1719, à Sadnte-Anne de la Pérade, Margnerite-Renée BreiLlac dit Laroche, et, en troisiêanes nooes, le 1er mars 1729, Marie- Jeanne Rouillard.

inscrit à Champlain, '^je baptême de Joseph, fils de Jean- François de Billy dit ConrvilLe et de Marguerite Vien. Ce Jean-François était fils de Jean-François qui venait de mourir. Le surnom de Courville qui figure ici, appliqué pour la première fois en Canada à la famille de Billy, était d-'ancienne date chez des Billy de France. Il y avait aussi à Québec depuis 1654 au moins, une famille Cadieux dit Courville, totalement étramgère aux Billy. A Québec, un autre BiHy dit Léveillé, était venu du Poitou vers 1712, 'peut-être avant 1700.

Les actes de baptême, mariage et sépulture des Billy de Gentilly, continuent à prendre plaice au registre de Champlain jusque vers la fin du siècle, sauf que, en 1740, une branche ( 5 ) commença à se faire enregistrer à Bécancour. Le nom de Courville est parfois œu!! mentionné. Dans un acte du notaire Trottain, en 1718, il est dit que Michel de Biliy demeure à Gentilly.

Catherine-Marguerite de la Marche, veuve de Jean- François de Billy, fut inhumée à Champlain en 1731. Dans Taveu et dénombrement du fief de Gentilly, en 1731, il y a deux censitaires répondant aux noms de Jean et Michel Billy.

Le registre de iSaint-Pierre4es-Becquetg fut ouvert en 1735; celui de Gentilly en 1784, seulement. H y avait donc cent cinq ou cent six ans que la famille Billy était obligée de dre&ser -ses actes religieux dans un autre endroit que celui de 6a résidence.

En 1781, dans la seigneurie de Champlain, on rencontra trois propriétaires de terrains portant les noms de Jean, René et un autre Jean Bailli. C'est plutôt Billy, car Bailli est inconnu dans Fhistoire du district des Trois-Rivière®

5. Celle de Joseph, fils de Jeian-Baptiste ; aussi son frère François.

La lignée que je vais indiquer en que-Iques mots a toujours yécu à Gentilly, diaprés ma conviction: Michel, né en 1672, eut un fils appelé aussi Michel, né en 1726, lequel épousa Charlotte Perrot dit Turbal et en eut un fils, Michel, né le 24 mars 1747. Ce troisième Michel marié à Marie- Louise Duclos dit Carignan, fut le père d'Antoine, qui naquit le 5 septembre 1780. Du mariage de ce dernier avec Angèle Auger, le 8 janvier 1805, est né Salomon, le 16 février 1807, et le fils de celui-ci, né en 1834, fut l'honorabde Louis-Adolphe de Billy, ancien juge de la Cour Supérieure de la province de Québec.

Les recherches de M. Oscar de Poli ne parviennent paâ à relier d^une manière indiscutable les Billy de POurcq aux Billy du Canada, mais elles donnent lieu à des présomptions assez plausibles, par exemple les noms de Billy, Courville, De la Marche, qui se rencontrent à Gentilly. La particule nobiliaire, parfois accolée au nom de la famille canadienne dans nos archives est digne de remarque. A tout prendre Jean-François de Billy devait être un cadet peu avantagé sous le rapport de la fortune, qui voulut se créer une existence en Canada au lieu de végéter dans son pays natal. C'est Phistoire de bien des braves gens auxquels nous devons l'établissement et le maintien de cette colonie car elle est fille des "habitants" et ne doit à peu près îrien aux maîtres de la France. J'éprouve autant de plaisir à retracer les origines des hommes de cette classe que d'autres comme M. Oscar de Poli, qui nagent dans les parchemins armoriés et remettent au jour des titres pompeux ensevelis sous la poussière du temps. Grâce aux travaux de Mgr Tanguay, chacun de nous possède la connaissance de sa généalogie et peut remonter à deux cents ans pour le moio», tout ainsi que la noblesse d'autrefois, car il était rare de

voir une famille de premier rang qui fut en état de prouYer sept ou huit générations de sa lignée directe. Etudier nos origines, c'est faire oeuvre nationale sans caresser aucunement de sot orgueil des individus. Celui qui remonte la chaîne de ■ses ancêtres retrempe à la fois ison courage et son patriotisme; il lui semble qu'il a sa place dan® les anna/les du passé; un souvenir agréable se mêle à ses méditations et, fier de tout cela, il lutte avec plus de vigueur contre les embarras de la vie. Conservons la mémoire de ceux qui ont fait pour nous plus que nous n'accompilirons peut- être pour la postérité. Un bon fils n'oublie jamais ses parents et les nôtres valent toute notre eonsidération ; c'est pourquoi il y a double motif à parler d'eux.

Plue on étudiera ce qui concerne en particulier une famille d'habitant — ^n'importe Hiaquelle — iplus on comprendra notre histoire. C'est la connaissance des miettes qui nous manque pour juger les choses et les voir. Les écrivains de France et d'Angleterre sont aujourd'hui largement adonnés à ces "minuties" dont l'étude fait surgir mille révélations dont la "grande histoire" n'u pas daigné nous entretenir.

POMPE A FEU AUX TEOIS-EIVIERES 73

POMPE A FEU AUX TEOIS-EIVIERES

Dernièrement, aux Trois-Eivières, je me suis égaré dans la saUe des archives de la municipalité. Il y avait une semaine toute entière que personne ne m^ avait coudoyé sur les trottoirs et, comme l^on ignorait très généralement ce que j^étais devenu, l'émoi était grand — je vous prie de le croire — parmi les six mille habitants de toutes tailles qui composent ma ville natale. Seule ma famille, qui me faisait passer clandestinement mes rations de solide et de liquide, persistait à ne pas vouloir s'alarmer, ce qui fut cause que lors de ma rentrée en plein air, il n'y eut probablement aucune démonstration publique à mon sujet, du moins je m'en rapporte aux journaux de la localité qui sont restés sourds-muets sur ce point.

La chose, pourtant, en eut valu la peine. N'importe î mon sort est celui de plus d'un découvreur, et cette pensée m'a suffi. Je vais analyser un petit vieux cahier, jauni, racorni, tombant en loques, mais parfaitement rédigé, que j'ai exhumé de dessous un amas de paperasses indescriptibles.. Depuis si longtemps qu'il 'était ainsi relégué aux limbes de ce monde, personne autre que M. le secrétaire Frigon, gardien des archives, n'a dû le voir, et encore moins le lire. Il est donc nouveau à force de vieil- -lesse. Ah ! par exemple, si vous vous attendez à des révélations extraordinaires, vous n'y êtes plus, lecteurs. '^Le vieux peut quelquefois n'être pas vraisemblable," cependant TOUS n'y trouverez rien qui soit de nature à vous causer des émotions bien vives. Mon récit brillera surtout par la naïveté du sujet et la vérité de l'ensemble historique.

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