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vers 1669, Pierre-Esprit Eadisson, parti du Canada sous le coup d'un mécontentement et qui contribua beaucoup à fonder la Compagnie de la baie d'Hudson. en 1668-70. A cette dernière date, sir Louis Kertk vivait encore et prit une part active à rétablissement de la compagnie en question.
Chose curieuse, il expliqua à son gendre que le roi d'Angleterre, en l'obligeant à quitter le Can2»la (1632) alors qu'il s'attendait à y rester encore un certain temps, lui avait causé un dommage de quarante mille louis sterling. Cette réclamation reparut vers 1685 alors que les Français chassèrent les Anglais de la baie d'Hudson. Sir Louis Kertk était mort à cette époque et son gendre demeurait à Québec.
Autre affaire. On m'adresse les observations suivantes r "Vous jetez beaucoup de lumière sur toute cette époque, surtout sur les années 1628-32. J'y comprends quelque chose et vous me permettrez, j'en suis sûr, une remarque: — il me semble que vous êtes un peu trop sévère pour l'administration française. Voyez ses lettres et vous constaterez qu'elle a songé à réclamer le Canada aussitôt que la nouvelle du succès des Kertk fut arrivé en France. L'inventaire des archives du "Record Office" de Londres fait voir que les négociations se poursuivaient dès le mois de janvier 1630. Le but de Charles I (roi d'Angleterre) était de se faire payer la dot de sa femme. Je ne s?h où Charlevoix a pris ce prétendu fait qu'on discutait en France l'utilité de la restitution du Canada. Xi Louis XIII (roi de France) ni Eichelieu ne me semblent avoir eu la moindre hésitation. Une fois le Canada rendu, Eichelieu, il est vrai, ne semble plus s'occuper de nous. Etait-il trop ?«bsorbé par l'Europe ? L'organisation qu'il avait donnée à la colonie naissante demandait-elle.
permettait-elle l'intervention du souverain? Les commencements de notre histoire sont bien plus intéressants qu'on ne pense — vous le faites voir; continuez à y faire de la lumière'\
En 1889, j"ai imprimé dans les papiers de la Société royale les négociations relatives à Québec; elles s'accordent avec ce que dit mon correspondant, mais celui-ci, je crois, manque de clef pour en saisir le sens.
Le 27 octobre 1629, Champlain était à Douvres en Angleterre. Il écrivait de ce lieu à M. Jean de Lauzon, qui demeurait à Paris, lui disant combien les Anglais se trouvaient embarrassés de ce que la capture de Québec avait eu lieu après la signature de la paix.
La paix avait été signée à Suze le 24 avril 1629, et la prise de Québec était du 20 juillet suivant.
M. de Châteauneuf, ambasisadeur de France auprès de Charles I, appela Champlain à Londres vers les premiers jours de novembre, et là on leur proimit que le poste de Québec serait restitué à la France.
Peu après, M. de Châteauneuf retourna à Paris et devint garde des sceaux. M. de Fontenay-Mareuil le remplaça comme ambassadeur.
Charle I tenait en réserve deux ou trois cartes de son jeu qui allaient transformer la situation. Un diplomate habile peut encore gagner beaucoup, même lorsqu'il a été battu.
L'hiver de 1629-30, le Dr André Daniel alla négocier à Londres la reddition du Canada. Le roi d'Angleterre mentionna alors pour la première fois la capture d'une colonie écossaise du Cap Breton, par le capitaine Charles Daniel (frère d'André) survenue au mois de septembre, par conséquent quatre mois après la paix signée. Il fallut une enquête, laquelle eut lieu à Dieppe et amena un gros procès. L'évalua-
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tion (l€S doiirnipges dans cette affaire se poursuivait en même temps que ]a diplomatie française insistait pour la reddition de Québec.
Et qui poussait Louis XIIT, Richelieu, Jean de Lauzon à revendiquer le Canada? Les marchands de fourrures. C'est ce qui explique pourquoi Eichelieu et le roi ne s'occupèrent plus de Québec du moment où leurs gens rentrèrent en possesilon de cette colonie sans colons.
Le mérite de Louis XIII et de Eichelieu consista à satisfaire les commerçants de Dieppe, de Paris et de Eouen, mais pas du tout à supporter les vues de Champlain qui avait à lui seul plus de patriotisme que cent mille marcliands français ou anglais.
Mon aimalile correspondant sait que Eiche^Jeu avait mis sur le papier, en 1G27, un plan de colonisation et qu'il s'imaginait naïvement avoir par là fondé une nouvelle France. Le plan n'était qu'un lêve presqu'irréalisable et pour en tirer partie il fallait tout d'abord s'armer contr-e les rapacités et les fraudes des marchands. Que fit le premier ministre? En 1630, engagé dans une guerre en Italie, faisant de la politique de palais en France, combinant des alliances avec divers princes et souverains, il remit la direction du Canada. .'. à iMie compagnie de marchanids . . aussi, il faut voir la douileur de Champlain.
Vous demandez si les affaires ^de cette colonie à pein-e existante exigeaient l'intervention du monarque ; eh ! oui, car autrement la classe des commerçants qui avait pour chef Jean de Lauizon s^emparait de tout, empêchait la colonisation, éternisait le Canada sauvage, ne faisait rien pour la France ou la religion — mais tout dans l'intérêt du trafic des pelleteries.
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Et Chaimî])]ain voyait cela, s'en plaignaitj indiquait ce qu'il y avait à faire, mais on ne l'écoutait pas. Vous com- ])ren€z maintenant pourquoi je suis sévère à J'égare! de Richelieu.
Poursuivons l'exposé du débat diplomatique.
Après avoir réglé plus ou moins le cas du capitaine D'aniel, on s'attendait à voir clore les difficultés. Charles I ne ile voulait pas ainsi.
— Je rendrai Québec, Port-Royal et toutes ces régions, dit-il, lorsque l'on aura payé la balance qui reste due sur la dot de ma femme..
Il avait épousé, en 1625, Henriette-Marie de Bourbon, soeur de Louis XIII.
Ce nouveau débat fit traîner la conclusion des choses jusqu'au printemps de 1632.
Reste à savoir si Charlevoix était justifiable d'écrire ('Cent ans plus tard), que du temps de Richelieu (1630), on disputait en France pour savoir s'il fallait reprendre le Canada ou le laisser aux Anglais.
Si Ton considère la question au point de vue d'une colonie agricole et ind'ustrielle il n'y a pas de doute que Charlevoix tombe juste: mais du moment où le prétendu patriotisme de Louis XIII, de Richelieu et de Jean de Lauzon se concentre sur les peaux de castor et la dépouille des orignaux, soyez eertain qu'il y avait un parti ])our redemander le Canada à grands cris.
Charlevoix écrivait cent ans après, révéucment dont il parle et, si vous le suivez attentivement, vous voyez très bien qu^l a utilisé abondamment les Relations des Pères Jésuites, aloi^ très peu connues dos hommes d'études. Je vais vous
mettre sous les yeux un passage de la longue lettre que le Père Paul Le Jeune écrivait de Québec, en 1636, et dont l'importance n'a pas échappé à CharleYoix puisqu'il la mentionne comme une source de renseignements précieux. Cette lettre est divisée en chapitres, afin de mieux classer les matières qu'elle renferme. Voici en quels termes s'ouvre le chapitre VIII:
"Il me semble qu'en contemplant le progrès des affaires de la ISTouvelle-France je vois sortir une aurore des profondes ténèbres de la nuit."
Ceci demande inter])rétation. Le Père Le Jeune était arrivé en 1632, et durant trois années n'avait vu à Québec que misère et désolation. Au moment où il écrivait, les chevaliers de ]\ralte venaient d'^annoncer qii''il allaient coloniser le Canada. En même temps débarquaient à Beauport quelques familles de cultivateurs venues du Perche. La population blanche se trouvait portée à quatre-vingt-dix âmes, ce dont le digne Père s'émerveillait. Il espérait voir compléter la centaine.
Il ajoute : "Les grandes pertes qu'ont faites les Cent- Associés en la première naissance de leur compagnie sont justement comme une nuit très épaisse qui couvrait d'horreur toutes les contrées. On n'y pensait que pour les rebuter; on ne les regardait que pour les fuir; on débattait en France la juste possession de ces terres; pendant que la famine et l'Anglais les partageaient et les affligeaient l'un après l'autre. Les lys y mouraient en leur naissance; le peu de Français qui les habitaient étaient étrangers dans leur propre pays."
Voilà qui est bien suffisant pour justifier le texte de Charlevoix si je ne me trompe, et, de plus, les lamentations de Champlain à ce sujet, les observations de Sagard, tout nous imontre que le groupe des marchands de fourrures était
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le seul qui voulait reprendre le Canada en 1629-1632, mais pour le trafic du castor et de l'orignal seulement.
"Ces grandes provinces ne pouvaient aspirer à une plus grande fortune que d'être faites en magasin de peaux de bêtes mortes", dit encore le Père Le Jeune. Un peu plus loin il fait allusion au temps où il arrivait de France et s'exprime très clairement: "Entrant dans le pays, nous y trouvâmes une seule famille qui eherehait passage en France pour y vivre sous les lois de la Traie religion."'
Si le roi ou Eichelieu voulaient 'coloniser, il faut avouer que nous sommes bien ignorants de ce qu'ils ont accompli dans ce but. Je pense que Charlevoix n'a pas exagéré et qu'il avait lu le Père Le Jeune, Sagard, Champlain, tous les papiers diplomatiques dont j'ai parlé.
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L'esprit qui régnait en France à FégcM-d des colonies lorsque fut commencé rétablissement du Canada, doit être étudié avec soin si l'on veut &e rendre compte de ce qui s'est ])assé autour de Québec, il y a trois i-ents ans.
En France, comme dans l'Espagne, le Portugal, la Hollande et l'Angleterre, ceux qui s'occupaient du Xouvet'va- Monde n'y voyaient que des mines à exploiter : l'Espagne, For et l'argent, le Portugal, les épi ces, la Hollande et l' Angloterre, la pêche, la France, les fourrures. Chaque nation se partageait ainsi les portions nouvelles du globe, d'après ses instincts. Il est hien entendu que l'idée de trsinsplanter dansées pays éloignés des groupes xle population qui y formeraient, avec le temps, un "•'duplicata" de la mère-patrie — une ^*Xouvelle-France" autrement que sur le papier — il est bien compris que cette idée n'avait aucun poids dans les Classes dominantes. Montaigne, en 1580, exprimaiit le désir de voir adopter une telle politique, mais il se trouvait seul, ou à }x?u près, avec le conseiller Jeamiin (1) pour saisir l'importance de la question.
Dès que la paix fut rétablie en France, après une guerre intestine de quarante p»ns, quelques navigateurs firent connaître aux gens de la cour l'existence du Canada au point de vue du commerce des pelleteries. En 1598-9, une expédition se rendit sur le Saint-Laurent pour tâter le terrain. Les sieuns
1. Voir le Bulletin (Us Recherches historiques, janvier 1918, un article de M. Suite, intitulé: le Président Jeannln.
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de Monts et Oliamplain y allèrent dans le même but en 1603. Vers 1607, le projet prit de la consistance et le roi Henri IV autorisa de Monts à trafiquer seul le long du Saint-Laurent durant l'espace d'une année. Voilà comment et pourquoi fut construite la première maison de Québec, du 3 juillet à rautomne de 1608.
'Ce n'est pas là une fondation de colonie bien solennelle; co n'était même pas une colonie, mais un simple comptoir de traite aux allures incertaines, jouissant d'un privilège limité et précaire — la plus pauvre chose en un mot. Trente ans plus tard, ou mieux cinquante ans après, la cour, qui était toute la nation à cette époque, n'avait pas encore conçu l'idée d'un établissement agricole.
Le roi, reconnu propriétaire des domaines découverts par les aventuriers français était la " fontaine des privilèges"' selon les termes alors adoptés, et il conférait, moyennant rétribution à sa cassette, le droit d'exploiter tout ou partie de ces terres. Il se formait donc une compagnie de marchands, mêlés de gentilshommes, à qui cette permi^-'sion était accordée, mais le roi phvait entre lui et la compagnie un personnage de grande maison, avec le titre pompeux de viœ-roi, comme s'il y eut vraiment des populations a gouverner sur les bords du Saint-Laurent. 'C'est ainsi que l'on trouve le duc de Montmorency, le prince de Condé et le duc ide Ventadour, l'un après l'autre, à la tête des aff rares du Canada — traite de pelleteries et rien davantage. Oliamplain était Je principal employé sur les lieux; on l'appelait gouverneur, à la façon dos gouverneurs des postes de la Compagnie de la baie d'Hudson. Sous ce régime, une maison assez spacieuse pour loger les quinze ou vingt hommes de la traite et contenir le n\agasin, suffisait amplement; c'est jxnirquoi
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il ne fut jamais question d'augmenter cette prétendue coloni-e.
Cliamplain voulait ouvrir des cultures, tout au moins un jardin potager pour se procurer des légumes. Il planta quelques pommiers. La compagnie trouvant à redire à celc\ il fallut se contenter du moins possible et vivre de salaisons envoyées de France une fois par année. Lorsque les vaisseaux manquaient ou que les provisions se gâtaient, adieu lard^ farine, pois et fèves ! on tombait d?«ns la famine noire, aussi le scorbut ravageait-il ces pauvres gens abandonnés à quinzecents lieues de tout secours. Il en mourait un quart, un tiers, la moitié, même un plus grand nombre encore, chaque hiver- L'établissement était stable, à condition de renouveler son personnel. Xous sommes loin de la 'cré-ation d'une Nonvelle- Fraince !
Avec Louis Hébert, qui arriva à Québec en 1617, on est convenu de dire que la colonisation commença. C'est une erreur; il ne fit pas plus que Marsolet et 'Couillard qui l'avaient précédé, ou Godefroy et LeTardif qui le suivirent- Louis Hébert était mort lorsque, en 1629, sa veuve entreprit un Jardinage à la bêche. Précisément, eette année, les provisions de bouche firent défaut et tout le monde se nourrit miséraiblement de racines déterrées dans la forêt. 'Ces crises revenaient de deux en trois ans depuis 1608.
An milieu de cette désolation, Kertk survint, s'empara du magasin, transporta Champlain et ses engagés en France, ne gardant autour de lui que huit ou dix hommes disposés à suivre sa fortune. Le trafic des pelleteries restai entre les mains des Anglais à peu près trois ans.
L'été de 1632, le poste fut rendu aux Français qui reprirent leur ancien système, totalement en dehors de la colonisation. 'Champlain, revenu au pays en 1633, mourut à-
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Québec en 1635, laissant la» place comme il l'avait faite d'après les ordres de la compagnie, c'est-à-dire que l'élément cultivateur ne s'y trouvait pas. M. de Montmagny, d'Ailleboust, de Lauzon et les autres gouverneurs jusqu'à 1663, furent également empêchés de faire des défrichements. De toute manière, Québec ne s'occupa que de la traite des fourrures.
Mais aittendez ! nous allons tourner nos yeux sur Beauport et la côte de Beaupré. C'est là que fut le berceau du Canada, le nid d'éclosion des cultivateurs, la terre promise des "habitants". Celui qui Joua dans cette occasion le rôle de Moïse et qui eut le bonheur de vivre de longues années avec le peuple qu'il ava»it tiré de la France, se nommait Eoibert Giffard. Il était du Perche et amena des familles de son voisinage, parfaitement choisies pour la tâche qu'il leur réservait. Son Josué se nommait Jean Jucheroaai, de la Beauce, pays limitrophe du Perche; il recruta dans la Beauce des gens pareils à ceux de Robert Giffard. Quoiqu'on petit nombre, ces familles se mirent résolument à défricher et à labourer, deux opérations qui leur convenaient en tous points, à cause de leurs antécédents. Dès le premier automne (1634), elles récoltaient presque tout ce dont elles avaient hesoin pour passer l'hiver et attendre la fin de l'été suivent. Et point de maladie ! le scorbut ne se montra point à Beauport ! Tout dépend des gens en ces rencontres, — et 'aussi de la liberté qu'on leur donne de se <^onduire d'après leurs lumières.
On leur laissait donc la liberté d'agir? mais oiii ! et par suite de la plus étrange situation: la Compagnie des Cent- Associés, formée en 1627, annonçait à grand renfort de trompette, qu'elle adoptait l'idée d'une colonisation par le moyen des cultivateurs. Elle n'en fit rien pour une bonne raison, c'est qu'elle se ruina dès le début. Je dirai même qu'elle n'avait pas tant à coeur qu'on le disait de s'occuper
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du peuplement du Cajiada. Elle aussi en voulait aux castors et aux orignaux, sans compter les martres, les renards et les ours. La colonisation, chose lente, qui ne devait pas rapporter de gros bénéfices aux actionnaires de la compagnie, était un grand mot mis en avant pour masquer tout le reste. Sans l'initiative de Eohert Giffard et de Jean Juchere?ju, c|ui se mirent à Foeuvre pour accomplir ce que les Cent- As-sociés ne faisaient pas, le poste de traite de Québec eût continué à végéter et n'aurait pas pu nourrir ses gens mieux qu'autrefois.
'Q'est de Beauport qu'est venue la vie du 'Canadgi. Nous devons au Perche, à la Beauce et aux régions de la Xormandie qui avoisinent ces deux petites provinces, le commencement sérieux de notre peuple. Sept ou huit Normands (2) qui se trouvaient d'ancienne date dans le pa3's à la mort de Chaimplain, se joignirent à ce groupe courageux et contribuèrent à son développement.
'Comment Eobert Giffard s'est-il inspiré du désir de fonder une colonie agricole? Il n'est pas difficile de s'en rendre compte. En 1627, étant médecin des gens de la traite, il avait construit un cabanage à la iCanardière et y faisait la chasse pour se distraire. L'endroit lui parut convenable à la culture, d'autant mieux que les Sauvages y avaient fait un "' désert " dont ils ne se servaient plus. Lorsque, en 1631-32, il fut décidé que les Français rentreraient en possession de Québec, il n'hésita point à réaliser son plan et se fit donner ces terres en seigneoirie. Les marchés cjuMl passa avec les cultivateurs du Perche qui se décidaient à le suivre font voir que ces derniers entreprenaient d'émigrer à leurs frais et nous ne voyons rien qui montrait que le seigneur se
Jeunes interprètes instruits.
-42 lU'Lvrpoirj' \s (,)n:nEC
-chargeait, par exemple du transport ou de la nourriture. La même chose dut avoir lieu à l'égard de Jean Juchereau. Celui-ci avait un frère, Noël (3), employé par les Cent- Associa?, qui l'a probablement induit à accompagner Kobert
-Giffard. Quoiqu'il en soit, les colons de ces deux seigneuries
-étaient d'une trempe exceptionnelle et calculaient sur leurs propres ressources pour se tirer d'affaire; eVst \h te qui les
.rend remarquables.
En arrivant, Giffard fit avec eux im contrat par lequel il se borna 'à leur donner des terres (qui ne lui coûtaient rien), mais à condition qu'on lui bâtirait une résidence, et, de plus, que les colons cultiveraient sa résene en divisant avec lui le revenu cle ce domaine, à titre de métayers. Sa transaction était ainsi la plus forte de beaucoup et l'on ne ■saurait en inférer qu'il "ét?i)lissait" ses censitaires, car c'étaient eux qui facilitaient son installation. Vers 1636, plusieurs l'abandonnèrent pour passer sur la seigneurie de la côte de Beaupré appartenant à Cheffault, Eosé, cIt., tous membres des Cent-Associés.
'Ces hommes du Perche, de la Be?«uce et de la Normandie,
'étaient débrouillards, exerçant tous des métiers, bons cultivateurs, entendant la manière de se gouverner et ne deman-
-dant de secours qu'à leur travail. Giffard et Juchereau ne pouvaient faire un meilleur choix.
Il suffit de citer leurs noms pour rappeler aux lecteurs
'les plus be?<ux types des familles canadiennes et les plus
-nombreuses: Amyot, Aubuchon, x\uber, Ayotte, Bacon, Badeau, Banoe, Boucher, Bellanger, Brassard, Bourguignon, Bonhomme, Caron, 'Cloutier, Côté, Cauchon, Couture, Drouin,
3. ^fort durant un voyage en France, en 1640, sans laisser (le })astérité. Jl était licencié en loi. \'oir : hi FumUlv Juchereau f)iichrfii)n!i, ]>ar Pierre-Georg-es Tîoy, Lévis, 1903.
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Drouet, Diiquet, Daraien, Giroux, Guy on, Gagnon, Gadois, Godet, Langlois, Larchevêque, Lemoine, Leblanc, Maheu, Mézerai, Morin, Pelletier, Pingnet, Poulin, Poisson, Parpidis, Eainville, Tavernier.
Les descendants de ces familles qui sont à présent d^âge à porter les armes, formeraient plusieurs régiments. Leurs titres de noblesse sur le sol canadien remonte à deux cent" soixante ans. Il n'y a pas de colonie, dans le monde entier,, qui puLsse se comparer à ce groupe.
L^initiative personnelle, et non pas les compagnies de' traite, a fondé le Canada. C^est tellement vrai que le recrutement a eu lieu par parenté après la mort de Cliamplain\ On s^écrivait, on s'invitait à suivre les pionniers et, bien que les arrivages fussent très restreints chaque année, le nombre des habitants augmentait petit à petit. Il eut été plus considéraible si Québec, a.près 1645, eut fourni quelques soldats pour protéger la campagne contre les courses des Iroquois, mais Québec n'ayant pas de troupes pour lui-même, n'en pouvait donner à Beauport. Pourtant, les Cent-Associés s'étaient solennellement engagés à entretenir des militaires à cette fin qui avait été prévue; ils ne s'en occupèrent en aucun temps.
Pour comprendre l'histoire des habitg»nts à l'origine de la colonie, il faut analyser ainsi la part des éléments qui opéraient dans Québec et aux environs. Il ressort de cet examen que l'initiative individuelle a tout fait, et comme le mérite appartient à qui s'en est montré digne, ne confondons plus Beauport aivec Québec.
L'Evénement, Québec, 21 sept. 1898.
44 l^V ( OMPAGXIE DKS HABITANTS