‹ Mélanges historiquesChapitre 31 sur 87 · EMBABRAS DR MONSEIGNEUR LE DUC DE BERBY EN ALLEMAGNE. SES LETTRES · texte numérisé non relu

EMBABRAS DR MONSEIGNEUR LE DUC DE BERBY EN ALLEMAGNE. SES LETTRES

MoNSEiGNBUE le duc de Berry se trouya laimême dans un extrême embarras après le iiëenciement de Tarmee. Le jeune prince passa une année tantôt h Wildenwarth , tantôt à Vienne , le plus souvent à Clagenfurth , an-* près de sa mère. Il cherchoit à renouer à Na* pies an mariage que traversoit le ministre Acton ; homme qui n'étoil propre aux affaires humaines que par leur côté commun.

Rien n'est plus intéressant que les lettres écrites par Ms' le duc de Berry à cette époque : ses malheurs répandent sur son style et dans ses sentiments quelque chose de touchant et

de triste. Parlant de la descente que l'armëe de G)ndé aToit dû faire sur les' côtes de la Provence : « Je suis désespéré , dit-il , que » cette expédition n'ait pas eu lieu ; non que » je crusse au succès , mais parce que j'y au- » rois acquis de la -gloire-, ou que j'y aurois » été tué , ce qui est notre seule ressource » si Buonaparte règne sur la France '• » Dans une autre lettre il refuse d'aller en Italie sous nn nom supposé, il ajoute : « Je veux être )> ce que je suis , et marcher toujours la tête )> haute partout où je serai ^. » Il nianquoit de tout , et on le voyoit sans cesse venir au secours de ses malheureux amis. Tandis que son mariage ne pouvoit être renoué, que l'adversité l'isoloit de plus en plus sur la terre, il songeoit à donner aux autres un bonheur qu'il n'avoît pas , à unir des familles qu'il aimoit, « Ma bien véritable amitié pour vous , dit- M il au comte de Ghastellux , m'engage à )i vous parler d'une idée qui m'est venue en » tête. Vous avez vu à Venise M»« de Mont- » soreaa et ses filles : l'aînée est un ange ,

* Lettres à M. le comte d'Hantefort.

> Lcttim à M. le codIq de €!hwcelliix.

SUR LE DUC DÉ fiERRY. 65

B c'est la personne la plus accomplie que je » connoisse \ Elle a toutes les vertus et tous » les charmes : la douceur, l'esprit et la n figure. Ses parents , qui sont bien décides » à ne jamais quitter notre déplorable ban- » nière , voudroient l'unir à quelqu'un qui » réunît à la naissance une conduite et des » mœurs fort rares à rencontrer. Ils m'ont » souvent entendu faire l'éloge de Totre fils , » et j'ai lieu de croire qu'ils seroient charmés ode lui donner leur fille. Ils désirent la » marier promptement, voulant même marier » la cadette au comte de la Ferronnajs , qui n joint à un caractère propre à faire le bon- » heur de sa femme, un peu de bien hors » de France , et une très-grande fortune à » Saint-Domingue. Montsereau a l'espérance B de retirer quelque chose des débris de sa B fortune. Mandez-moi franchement si cette B idée vous plaît, ou si vous avez d'à uti^s vues » sur son compte. »

Et c'est le même prince , occupé du l>onheor des autres d'une manière si affectueuse, qai écrivoit au même comte de Châstcllux :

' Aojoard'luii M°^* la dncbesse de Blacas.

a Qu'iroîft-je faire à Naples? Je ne peux » pas vivre poar rien dans un pays d'une » cherté affreuse. Pourquoi M. Acton ne me » parle-t-il pas franchement ? qu'a-t-il besoin » d'user de réserve envers moi? Je ne suis point )> une puissance politique : je suis un homme » malheureux, qui ne peut porter ombrage » à personne.' )>

Son admirable lettre à M. Acton mérite surtout d'être conservée : u Je vous écris, Mon* )> sieur, avec la franchise d'un Bourbon , qui u parle au ministre d'un Roi-Bourbon , d'un » rôi qui n'a cessé de montrer un attache- » ment généreux à la partie de sa famille si » cruellement traitée par la fortune.

» J'ai appris avec une vive douleur que le » roi avoit désapprouvé la démarche que j'a- » vois faîte de quitter Rome pour aller join- » dre l'armée de G)ndé. La noblesse fidèle » avec laquelle j'ai fait huit campagnes n'a- » voit jamais vu tirer un coup de fusil sans » que je fusse à sa tête. Au moment où mon » frère venpit de la joindre, il me mandoit : . » Noua attaquons le' i5 septembre. Si j'avois » attendu les ordres du roi, je perdois le

» temps : je suis donc parti sur-le-champ ; je » suis arrivé le i5^ et le 16 nous ëlious au n bivouac / devant attaquer le lendemain. Je » n'aurois jamais quitté l'armée napolitaine , » si elle avoit été devant l'ennemi j mais tout B paroissoit indiquer de ce côté la plus grande » tranquillité. D'ailleurs^ volontaire sous M. de i> Nazelli, ou sous M. de Damas, que j'ai vu » si long-temps colonel à l'armée de Gondé, » ce n'ctoit pas une position bien agréable » pour moi , et je n'j pouvois être d'aucune » utilité au service du roi. Depuis que la paix a a été faite, je vous ai écrit trois fois sans ren cevoir jamais de réponse de vous* Cette in- » oertitudc-là est cruelle : pourquoi ne pas » me dire franchement les volontés du roi à » mon égard ? J'aurois été ai^ssi heureux qu'il » est possible , lorsqu'on n'est pas dans son » jiaySj d'être uni à la famille de Naples et » de tout devoir à des parents aussi bons.

» Mais les circonstances empêchent-elles cette A union ? Ma présence seroit-elle incommode ? » Le traitement qu'on a bien voulu m'accor- » der est-il une gêne dans un mom^t où les » finances du roi sont si cruellement obérées?

88 MÉMOIBES SUR LE DUC DE BERRT.

» Je mets le tout à ses pieds , avec la mêrbe u reconnoîssance : je vous supplie seulement )> de vouloir bien faire continuer de payer lès » 5ooo ducats que le roi a eu l'extrême bonté i» d'accorder aux officiers de ma maison. Ces » gentilshommes , invariables dans leur devoir Ht et leurs principes , ne fléchiront jatiiaîs la )i tête SOU& le joug d'un usurpateur y et tous » ont abandonné leurs fortunes pour tne suîn vre* Je ne réclame donc rien pour moi que » le passé. Je n'ai eu jusqu'ici d'autres res- * m sources que la générosité du roi ; mais Vous » savez sûrement les retards que j'ai éprouvés. » Cela me met dans le plus grand embarras.

» N'ayant rien à moi , je regarderais comnle )> unis infamie de faire une dette.

» Je suis bien sûr que vous sentirez les rai- » sons de mon empressement à connoître mon t> sort quand vous saurez que, dans an mois, » je n'aurai , en vendant mes équipages , que » de quoi rejoindre mon père. »

La réponse de M. Acton n'arriva point ■ , et M«^ le duc de Berry partit pour l'Angleterre.

* M. le chevalier de Yernègaes parvint dans la luite à faire connottre la vérité aa roi , et obtint sur l'arriére de la pension une somme de 80,000 ducats.

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