CHAPITRE VIII
LtCENCIBMRNT DE l'ABMÉE DE CONDé.
La [>aix de rAUemagne amena la dissolution da corps de Condé \ Quand on licencie une armée , elle retourne dans ses foyers : mais les soldats de Condé avolent*ils àe$ foyers? Où les devoit guider le balon qu'on leur permettoit à peine de couper dans les bois de F Allemagne f après avoir de'posé le mousquet qu'ils aroîent pris pour la défense de leur loi ? Les chasser de leur camp , c'étoit les condamner à un second exil. Ce camp étoit devenu pour eax une petite France; ils y a voient transporté leurs pénates : l'épée héréditaire,. le .drapeau blanc , l'autel de l'honneur. Ils ne pouvoient s'arracher à leur dernière patrie : ceux-ci s'arretoient tristement devant les faisceaux d'armes y ceux-là pleuroient assis sur des ca* oons 'y d'autres erroientdans les rues du camp,
' iGarril 1801.
8o SfE^IOlRES
auxquelles ils avoîent donné des noms empruntés de leur cher pays* Quel pm tant de braves gentilshommes recevoient-ils de leur loyauté ? Leur sang versé pour une cause sacrée , tous les genres de sacrifices faits à leur devoir ; rien n'étoît compté : le résultat de leur vertu étoit l'abandon et la misère. On leur disputoit jusqu'au chétif secours qu'une certaine pudeur ne permettoit pas de leur refiiser : on les obligeoit de montrer leurs Jblessures à des commissaires étrangers , afin de rabattre quelques deniers sur celles qui ne paroissoient pas trop graves , et de faii^e un petit profit sur le sang de la fidélité Le cœur navré du coup qui frappoit ses compagnons d'infortune , Ms* le duc de Berry surmontoit sa douleur pour les consoler : on les voyoit courir de tous côtés , encourageant les uns , embrassant les autres , partageant avec tous le peu d'argent qui lui restoit. Il ordonna de distribuer aux soldats du r^iment noble à cheval le produit de la vente des chevaux :
mais les escadrons le supplièrent de faire remettre cette somme aux cent vétérans gardes du corps placés près du roi à Mittau* Il fallut
enfin se séparer. Les frères d'armes se dirent un dernier adieu , et prirent divers chemins sar la terre , sans savoir où ils reposeroient leur tête. Tous allèrent, avant de partir, saluer ]eur père et leur capitaine , le vieux Gondc en cheveux blancs : le patriarche de la gloire donna sa bénédiction à ses enfants , pleura sur sa tribu dispersée , et vit tomber les ten* tes de son camp avec la douleur d'un homme qui voit s'écrouler les toits paternels.