CHAPITRE III
MOIHSEIGNEUB LE DUC DE BEBHY ARRIVE A LON- DRES. SES FOniLESSES. ADMIRABLE DÉCLARATION DU ROI ET DES PRINCES DE LA MAISON DE FRANCE.
U 5 prince qui ne règne plus , un * banni sans patrie^ un soldat qui ne fait plus la guerre, est le plus indépendant des hommes : il arrive souvent qu'il cherche dans les affections du cœur de quoi remplir le vide de ses journées. Il seroit inutile de taire ce que la mort chrétienne et héroïque du prince a révélé. Le duc de Berry faillit comme François i*' et Ba jarJ , Henri iv et Grillon , Louis xiv et Turenne : le roi Jean vint reprendre en Angleterre des fers qu'il préféroit à la liberté. Il y a deux espèces de fautes qui , toutes graves qu'elles doivent être aux yeux de la religion , sont traitées avec indulgence dans la patrie d'Agnès et de Gabriel le. En condamnant trop sévèrement dans ses rois les foiblesses de l'amour et le
penchant h la gloire , la France craindroit de se condamner elte-même.
Ms' le duc de Berrj eut une de ces joies si pures que produit l'honneur ^ en donnant (aTec tous les princes <le la famille rèjale qui se trouToient en Angleterre ) son adhésion à la note du roi , en réponse à la proposition que lui fit faire Bnonaparte de renoncer au trône de France , moyennant des indemnités; cette note est un des plus beaux documents de notre histoire. Tandis que de puissants monarques étoient forcés d'abandonner leurs trônes au conquérant , un roi de France proscrit refusoit le sien à l'usurpateur qui l'occupoit : le sénat romain ne fit pas acte de propriété plus magnanime^ en vendant le camp oii campoit Ânnibal.
Varsovie, Qa février i8o3.
fc Je ne confonds pas M. Buonapàrte avec » ceux qui l'ont précédé j j'estime sa valeur , > tes talents militaires : je lui sais gré de plu- B sieurs actes d'administration^ car le bien » que l'on fera à mon peuple me sera toujours » cher. Mais il se trompe s'il croit m'engager
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» à tramigçr sur.p^es (iroîts: loin de là , il les n ëtabliroit lui-même , s'ils pouvoîent être li- 1) tigieus^t par la démarche qu'il f^it en ce » moipçDtp
» J'igppre qqe]s sopt les desseins dç Dien » ^ sur vaa^ race et sur moi, i^^ais \q çpni^ois le$ » obligations qu'il m'a imposée pa^ le rang u où il lui a plu de me faire ];iaitre. Chrétien , » )e remplirai ces obligations jusqu'à mon der- » nier soupir ; fils de saint Louis, je saurai à » son exefpple me respecter jusque dans les » fers 'f successeur de François i^'' , je yeux du u D^oin^ pouvoir dire comme lui : Nous avons » ioiU perdu, i fors r honneur^
» iSigrié LOUIS, »
El au bas :
« Avec la permission du roi mon oncle y )) j'adhère de cceur et d'âme au contenu de » cette npte*
» Signé LoiTIS-AlCTOINE. »
M^ le duc d'Angoulême résidoit alors iiuprès du roi à Varsovie.
MovsiBua , M^ Je duc de Berr j , Ms^ le duc d'Orléans et les deux princes ses frères alors
SUR LE mrc Dt berhy. 97
^▼ants , M^ le prince de Cotidc, Mi* le duc de Bourbon y tous exilés dans la Grande- Bretagne , enVojetent au roi Tadhësion suî- Tante :
11 Pénétrés des mêmes sentiments dont Sa » Majesté Louis xviii, roi de France et de » Navarre , notre seigneur et roi , se montre » si glorieusement animé dans sa noble ré- B ponse à la proposition qui lui a été faite de » renoncer au trône de France , et d'exi- » ger de tous les princes de la Maison de B Bourbon une renonciation à leurs impres- » criptibles droits de succession à ce même B trône 9
» Déclarons
» Que notre attacbement à nos devoirs et » notre bonneur ne pourront jamais nous s permettre de transiger sur nos principes et » nos droits , et que nous adhérons de cœur » et d'âme à la réponse de notre roi ;
Q Qu'à son illustre exemple , nous ne nous » prêterons jamais à la moindre démarche n qui pût avilir la Maison de Bourbon , et » lui faire manquer à ce qu'elle se doit à
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» elle-même, à ses ancêtres, à ses descen- » dants;
» £t que si l'injuste emploi d'une force » majeure parvenoit (ce qu'à Dieu ne plaise !) » à placer de fait , et jamais de droit , sur le » trône de France tout autre que notre roi » légitime , nous suivrons avec autant de con- ' » fiance que de fidélité la voix de l'honneur )) qui nous prescrit d'en appeler jusqu'à notre » dernier soupir , à Dieu , aux François , €l à n notre épée. »
Ms' le duc d'Enghicn envoja de son cotc^ au roi , son adhésion particulière.
« Sire ,
)) La lettre du 5 mars , dont Votre Majesté » a daigné m'honorer , m'est exactement par- » venue. Votre Majesté connoît trop bien le u sang qui coule dans mes veines, pour avoir ' » pu conserver un instant de doute sur le sens )> de la réponse qu'elle me demande. Je suis u François , Sire , et François resté fidèle à » son Dieu , à son roi et à ses serments d'hon- » neur : bien d'autres m'envieront peut-être » un jour ce triple avantage. Que Votre Ma-
> jesté daigne donc me permettre de joindre » ma signature à celle de Ms' le duc d'An- » goulême^ adhérant comme lui de cœur et » d'âme au contenu de la note de mon » roi, » Signé, Loitis-Antoine-Henbi de Bottrbon. «>
Ettenheim , ce as mars i8o3.
Quels sentiments! quelle signature! et quelle date ! Lorsqu'on lit à cette époque l'histoire des deux France , ancienne et nouvelle , qui existoient en même temps , on ne sait de laquelle on doit être plus fier : les succès héroïques sont pour la France nouvelle , les malheurs héroïques pour l'ancienne ^ nos princes avoient tout emporté des grandeurs de notre patrie , ils n'y avoient laissé que la victoire.