‹ Mélanges historiquesChapitre 51 sur 87 · MEMOIRES SUR LE DVG DE BERRY. I · texte numérisé non relu

MEMOIRES SUR LE DVG DE BERRY. I

Dans une autre course avec M'^^' la duchesse de Berrj, il fut obligé de se réfugier dans la loge d'une portière ^ qui eut liçu de remercier le ciel de lui avoir envoyé de pareils hôtes.

Lorsqu'on transporta au Pont-Neuf la statue de Henri iv ^ un accident arrêta l'appareil dans l'a^nuede Marigny^ Mg' le duc deBerry, qui se trouvoit sur k terrasse de son jardin ^ le long de cette avenue ; aperçut Monsieur et Ms' le duc d'Angoulême , au milieu du peuple^ dans leur voiture : il descend tête nue, en habit bleu^ et sans Ordres. La foule, qui ne le connoissoit pas , ne vouloit pas le laisser passer. Par hasard , quelqu'un le nomme. Aus^ sitôt la multitude ouvre ses rangs, et le prince passe en disant : « Je vous demande pardon , » mçs amis ; c'est mon père et mon frère qui 9 m'appellent. » Le peuple fui charmé de cette simplicité et de cette confiance. Ce prince étoit au milieu des François sous la protection publique , comme ces riches moissons qui re* posent dans nos champs , sans gardes et sans défenseurs.

Il alloit souvent aux incendies, travailloit ,

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portoit de l'eau , et ne se retiroit que le dernier : il se trouvpit ainsi continuellement mêlé aux aventures populaires. Il revenoit avec un aide-de-camp d'une de ses promenades accoutumées ; lorsque y remontant le long du quai au charbon , il aperçoit des charbonniers qui retenoient un de leurs camarades : celui-ci faisoit des efforts pour se débarrasser et se jeter dans la Seine. Le prince approche , entre en conversation ^ et apprend que le charbonnier qui veut se nojer est un père de famille y livré au désespoir par la perte d'une somme de 4oo francs. Le prince fend la foule , arrive à l'homme , emploie tous les raisonnements, et obtient de lui avec beaucoup de peine qu'il différera l'exécution de son dessein de quelques moments* Le traité conclu. Monseigneur confie le charbonnier à la garde de ses camarades, l'aide-de-camp court au palais, et apporte les 4oo francs. Les charbonniers apprî-* rent alors que l'inconnu avec lequel ils avoient causé si familièrement étoit le neveu du roi* Ces. braves gens, qui nepouvoient rien pour leur bienfaiteur pendant sa vie, ont fait éclater leur reconnoissance à sa mort : ils ont ac-

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compagne à sa dernière demeure le prince dont ik. n'ont pu sauver les jours , comme il avoit sauvé ceux de leur infortuné camarade*

Les artistes avoient leur bonne part des visites de M^ le duc de Berr j. Il tomboit tout à coup dans l'atelier de nos grands peintres, comme Françob i" chez Léonard de Vinci ^ il y passoit des heures entières à les voir traTailleri mêlant à sa vive admiration d'utiles et savantes critiques. Si aucune remarque finen'échappoit à la délicatesse de son goût , aucun sentiment élevé n'étoit étrangère la noblesse de son cœur. U apprit que les restes du château de Bayard étoient à vendre , il désira les acquérir , mais sous la condition que le contrat ne seroit pas fait en son nom. Après la chute, et le rétablissement de la monarchie , un Fils de France , traitant pour acheter en secret les débris du manoir du plus parflut des chevaliers , est une chose qui peint à la fois et le prince et le siècle. U y a des temps où il n'est permis ni d'honorer des ruines , ni d'être sans reproche.

Les personnes les moins bienveillantes pour le prince étoient desarmées aussitôt qu'elles l'avoient vu : il ne sortoît pas d'un musée ; d'un

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atelier^ d'une manufacture ^ sans y laisser un ami : ses moyens de succès ëtoient tirés de sa propre nature. Aperceyoit-il un enfant^ il couroit à lui , le prenoit dans ses bras , le caressoit, l'embrassoit : voilà le père et la mère séduits. Lui présentoit-on un objet d'art , il l'examinoit curieusement : yoilà le savant ou l'artiste charmé. Enfin il suivoit envers tout le monde y par bonhomie , le conseil de Nestor y qui recommande d'appeler chaque jsoldat par son nom, afin de lui prouver qu'on le connoît et qu'on estime sa race. Il y a des gens qui s'attendrissent encore aujourd'hui^ lorsqu'ils racontent que M*' le duc de Berry leur avoit demandé des nouvelles de leur santé en les appelant par leurs noms, a Comment , » disent-ils, voulez -vous qu'on résiste à » ccIa? » Pourquoi ces choses étoient-elles admirables dans M^ le duc de Berry ? parce que la simplicité est le génie dans une âme supérieure : dans une âme commune, la simplicité est le train de nature^ c'est tout juste la médiocrité.

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