LE PRINCE AVOUE UNE FAUTE
Un moment de calme saivit l'élargissement de la plaie : les mourants près d'expirer éprouvent presque toujoqrs un soulagement qui leur laisse le temps de jeter un dernier regard sur la Yiej c'est le voyageur qui s'assied un instant pour contempler le pays qu'il a parcouru, avant de descendre le revers de la montagne.
Le prince tenoit la main de M. Dupuytren , et le prioit de Tavertir lorsqu'il sentiroit le pouls remonter ou s'affaisser: vigilant capitaine, il posoit une sentinelle expérimentée pour n'être pas surpris par la mort , et pour s'avancer courageusement au devant de ce grand ennemi : Mors, uJbi est Victoria tua ?
Dans cet intervalle de repos , il adressa ces
MEMOIRES Sin& LE DUC DE BEBBY. ^ÙQ
paroles à M">« la duchesse de Berry. « Mon » amie^ ne vous laissez pas accahler par la » douleur f mënagez-yons pour l'enfant que » TOUS portez dans votre sein. » Ce peu de mots fit un effet surprenant sur rassemblée : en présence de la douleur on sent naître malgré soi un ro'ouYement de joie ; Fattendrissement redouble en même temps pour le prince qui laisse à la fKitrie^ pour dernier bienfait, cette dernière espérance. Il s'en va ce prince ; il semble emporter avec lui tonte une monar»
chie , et à l'instant même il en annonce une antre. O Dieul feriez-vous sortir notre salut de notre perte même ? La mort cruelle d'un Fils de France a-t-elle été résolue dans votre colère ou dans votre miséricorde ? est-elle une dernière restauration du trône l^itime y ou la cbute de l'empire de Clovis ? Le prince a-t-il fui l'avenir, ou est-il allé en solliciter un plus favorable pour nous auprès de celui qui laisse quelquefois désarmer sa colère ?
Partout oîï hU^ le duc de Berry toumoit ses yeux à demi éteints ^ c'étoit pour donner une marque de bonté ou de reconnoissance : tandis que M* Blancheton lui pressoit la tête pour
aïO . . MEMOIRES
coïkiprîmer rhorrîble douleur qa'il y ëproavoit, il aperçut à quelque dbtance au pied de son lit des domestiques fondant en larmes :
u Mon père, dit-il à Monsibue, je vous re- » .commande ces braves gens et tonte ma maî«^ M son. »
Des vomissements survinrent. Le prince répéta plusieurs fois que le poignard ëtoit empoisonne. Quelque, temps auparavant il avoit demandé à voir son assassin* : ce Qtt'ai;^îe » fait à cet homme? répétoit-îl^ c'est peut- » être un homme que j'ai offensé sans le voa- » loir. ))«—.« Non, mon fils, lui répondit )> MoNSiBua : vous n'avez jamais vu, tous n n'avez jamais offensé cet homme ; iln^avoit » contre vous aucune haine personnelle. » — n C'est donc un insensé ? » repartit le prince. O digne enfant de l'Évangile , vous mettiez en pratique le dernier conseil du saint roi de France à son fils: a Si Dieu t'envoie adversité^ » recois-la bénignement *. »
Il s'informoit souvent de l'arrivée du roi.
« Je n'aurai pas le temps , disoît-il , de de- » mander grâce pour la vie de l'homme. » Il
* JoiiiTille.
ajoutoit après y en s'adressant tour à. tour à son père et à son frère : a Promettez-moi , » mon père ; promettez-moi , mon frère , de » demander au roi la grâce de la vie de » Phomme. »
On a déjà raconté que Ms' le duc de Berry , libre eh Angleterre , avoit eu une de ces liaisons que la religion réprouve , et que la fragilité humaine excuse. On peut dire de lui ce qu'un historien . a dit d'Henri iv : <( // éioiû » aouverUfoibU y mais toujours fidèle y et Von » ne 8^ aperçut jamais que ses passions eus-* » sent (xffoibli sa religion* ^ » Ms^^ le duc de Beny cherchant en vain y dans sa conscience y quelque chose de bien coupable^ et n'y trouvant que quelques foiblesses^ vouloit pour ainsi dire les rassembler autour de son lit de mort pour justifier au monde la grandeur de son repentir, et la rudesse de sa pénitence.
U jugea assez bien de la vertu de sa femme pour lui avouer ses torts , et pour lui témoigner le désir d'embrasser les deux innocentes créatures, filles de son long exil, ce Qu'on les u fasse venir, s'écria la jeune princesse, ce
' Fiftfcitf P. (7of^, par le P. d'Orléans.
n sont aussi mes enfants. » Les deux petites étrangères arrivèrent au boat de trois quarts d'heure ; elles se mirent à genoux en sanglotant au bord du lit de leur seigneur , les joues baignées de larmes et les mains jointes* Le prince leur adressa quelques mots tendres en angloîs pour leur annoncer sa fin procbaine , leur ordonner d'aimer Dieu , d'être bonnes et de se souvenir de leur malheureux père.
Il les bénit , les fit se relever , les embrassa ^ et , adressant la parole à M^^^ la duchesse de Berry : c( Serez*vous assez bonne , lui dit-il , » pour prendre soin de ces orphelines ? » La princesse ouvrit ses bras , où les petites filles se réfugièrent ; eUe les pressa contre son sein , et leur faisant présenter Mademoiselle ^ elle leur dit : n Embrassez votre sœur. » •— <( Pau- » vre Louise^ s'écria alors Ms' le duc de » Berr j , en s'adressant à la plus jeune , vous i> ne verrez plus votre père ! » On étoit ^>artagé entre l'attendrissement pour le prince et l'admiration* pour la princesse. M™« la vicomtesse de Gontauty qui n'étoit pas prévenuci paroissoit étonnée. Madame s'en aperçut^ et lui dit : « Elle sait tout; elle a été sublime. »
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