CHAPITRE V
LE PRINCE FAIT UNE CONFESSION PUBLIQUE , ET RE- ÇOIT L^EXTRÊME-ONÇTION. DIVERSES PAROLES DU PRINCE.
Cependant on étendit le prince sur un mate?»
las à terre y tandis qu'on remuoit sa couche. Ce fut là qu'il se confessa d'abord en particulier à Ms^ l'évêque de Chartres y et qu'^ fit ensuite à haute voix un aveu public de ses fautes : on auroit cru voir saint Louis expirant sur son lit de cendre. Il demanda pardon à Dieu de ses offenses et des scandales qu'il avoit pu donner .((Mon Dieu, ajouta-t-il, pardonnezmoi , pardonnez à celui qui m'a ôté la vie! »
Il demanda ensuite à son père sa bénëdictîon.a Lors le doux père remit et pardonna au )) fils les défauts et courroux , et avec merveU' ïk Uuse ferveur de foi lui donna sa hènédicr » tlon, et entre ses saints baisers le salua et
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» à Dieu le recommanda\» Ces princes |rouvoient tous les exemples d^ns leur famille.
Le mourant étant remis sur son lit , M^'' le duc d'Angoulême se replaça à genoux à ses cotés, cf Ah y mon frère I dit le Machabée » chrétien , vous êtes un ange sur terre , cro jea^ p vous que Dieu me pardonne? » — « Vous » pardonner ! répondît Ms^ le duc d'Angou- » lême y il fait de vous un martyr U Un rayon de joie parut sur le front du prince mourant ^ il ne douta point qu'un frère si pieux ne connût les desseins de la Providence; et il se reposa de son bonheur sur la foi du juste.
Alors le curé de Saint-Roch , que M. le comte de Glermont avoit été chercher , arriva avec les saintes huiles : partout oh l'on trouve une douleur , on rencontre un prêtre chrétien é M 8^ le duc de Berry demanda le Viatique :
i'évêque de Chartres lui dit avec un vif regret qtie les vomissements s'y opposoient. Le prince se résigna ; fît un signe de croix, et attendit l'Extrême-Onctibn. U commença son Confiteor, et frappa comme un coupable d'une main pénitente ce sein que le poignard sem-
' Renaud, dans la Vie de Philippe-le-Bel.
SVR LE DUC DE BEBRY. ai5
bloît n'avoir ouvert que pour en faire sortir les innocents secrets, et d'où il ne s'^ouloît que des vertus avec le sang de saint Louis.
Le prince voyoit s'approcher sa dernière heure.; iiressentoit des douleurs cruelles, et tomboit à tout moment en défaillance. On l'entendoit répéter à voix basse : « Que je )» souffre! que cette nuit est longue ! le roi » vient-il? » U appeloit souvent son père; et son père, étouffant ses sanglots, lui disoit : « Je suis là , mon ami. » On lui apprit que les Maréchaux étoient arrivés, a J'espérois , » répondit-il, verser mon sang au milieu » d'eux pour la France. » Dévoré d'une soif ardente , ilne buvoit qu'à regret ; et seulement pour se soutenir jusqu'à l'arrivée du roi. On lui annonça M. de Nantouillet. « Viens, ]> mon bon Nantouillet, mon vieil ami , s'é- » cria-t-il en faisant un effort , que je t'em- » brasse encore une fois ! » Le vieil ami se précipita sur la main du prince, et sentit amèrement l'impuissance de l'homme à racheter de ses jours les jours qu'il voudroit sauver.
Les compagnons de M. de Nantouillet ,
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M. le comte de Chaboî^ M. le marqaîs de G>igny^ M* le comte de Brissac y M. le vicomte de MoQtélégier , M. le prince de Beaufremont , M. le comte Ëagène d'Astorg^ étoient accourus : ils se pressoient autour de leur prince expirant , comme ils Tauroient environne au champ d'honneur. Leur douleur ëtoit partage par les autres loyaux serviteurs attachés au reste de la famille royale* M. le marquis de Latour-Maubourg se tint constamment debout au pied du lit de Ms' le duc de Berry :
ce guerrier , qui avoit laissé une partie de son corps sur les champs de bataille , étoit là comme un noble témoin envoyé par l'apmée j pour assister au dernier combat d'un héros.
Nuit d'épouvante et de plaisir I nuit de vertus et de crimes ! Lorsque le Fils de France blessé avoit été porté dans le cabinet de sa loge, le spectacle duroit encore. D'un, coté on entendoit les sons de la musique , de l'autre les soupirs du prince expirant ; un rideau séparoit les folies du monde de la destruction d'un empire. Le prêtre qui apporta les saintes huiles traversa une troupe de masques. Soldat du
Cbrist , arme pour ainsi dire de Dieu , il emporta d'assaut l'asile dont l'Eglise lui interdisoit l'entrée y et vint, le crucifix à la main, délivrer un captif dans la prison de l'en* nemi*
Une autre scène se passoit près de là , on interrogeoit l'assassin* Il dëclaroit son nom, s'applaudissoit de son crime ; il dëclaroit qu'il a voit frappé Ms' le duc de Berry pour tuer en lui toute sa race; que si lui, meurtrier, s'étoit échappé , il seroit allé se coucher , et que le lendemain il eût renouvelé son attentat sur la personne de M^' le duc d'Angoulême.
Se coucher! Pour dormir ! Malheureux ! votre bienveillante victime avoit-clle jamais troublé votre sommeil ? Dans la suite de son interrogatoire, cette brute féroce, sans attachement même sur la terre , a déclaré que Dieu n'étoit qu'un mot 'j qu'elle n'avoit d'autre regret que de n'avoir pas sacrifié toute la famille royale. Et le prince expirant , plein de tendresse et d'amour, n'a d'autre regret que de ne pouvoir sauver la vie de son meurtrier , et il n'accuse personne , et sa rigueur ne tombe que sur luimême. Ce prince j qui sait que Dieu n'est pas
2l8 MÉMOIRES SUR LE DUC DE BERRY*
un mot , tremble de comparoîlre au tribunal suprême ; le martyre lui ouvre les portes du ciel, et il ne se croit pas assez pur pour aller rejpindre le saint roi et le roi martyr : il ne peut trouver dans son innocence l'assurance que l'assassin trouve dans son crime. Voilà les bommes tels que la révolution les a faits , et tels que la religion les faisoit autrefois*