‹ Mélanges historiquesChapitre 62 sur 87 · CHAPELLES ARDENTES AU LOUVRE ET A SAINT- DENIS · texte numérisé non relu

CHAPELLES ARDENTES AU LOUVRE ET A SAINT- DENIS

Fatigué de danses et de joie, Paris étoît plongé dans le sommeil. A mesure ijue ses habitants se rëyeillent, ils apprennent la nouvelle fatale* Le peuple fut instruit d'abord : sorti de sa demeure au lever du jour pour recommencer le cercle de ses misères, le premier malheur qu'il rencontra fut la mort d'un prince, père des pauvres , soutien des infortunés. On ne peut comparer la consternation qui se répandit dans Paris , et de là dans toute la. France , qu'à celle que l'on remarqua le jour de l'assassinat du duc d'Enghien, avec cette différence qu'à la première époque la douleur publique étoit comprimée. Le cQrps de M^ le duc de Beny, porté chez M. le marquis d'Autîchamp, gouverneur du Louvre , fut ensuite transféré dans

MEMOIBES SUR. LE DUC DE BERRT. ^tSl

une cbapiéllé ardente , sous les Toutes de la même saUe oîi le corps de Henri iv avoit été dépose. C'était aussi dans cette sàllé que l'industrie françoise offiroit naguère à l'admiration pnblicpié ses chefs-^l'œuTre , et c'est de là que la révolution Tenoit à son tour jétàler un de ses plus brillants ouvrages.

Plusieurs personnes moururent subitement en apprenant l'asrassinat de Mv^ le duc de Berry • Des prêtres* tombèrent à l'autel ; et , jusque dans les pays étrangers , ces morts sur^ naturelles se renouvelèrent aux services funè* bres du prince. Les rois pleurèrent sur leurs trônes , et se crurent euiL->mémes frappés. De grandes princesses ^ connues par leur Lienfaîsanoe inépuisable, exjprimèrent des regrets que l'histoire doit consacrer :

17 mars 1821.

f( Vous me dites avoir pensé à moi dès les 9 premiers moments du douloureux saisisse- » 'ment que vous a causé la mort de Mfi' le duc » de Berry* Je vous assure qu'à peine cette » horrible nouvelle étoit venue me boulevér- » ser, que ma pensée vous cherchoît. On

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» éprouve dans ce moment-là le besoin de » s'adresser à toas ceux dont les sentiments » et les opinions sont conformes aux nôtres.

» Cet horrible attentat, accompagne de toutes )> les circonstances qui le rendent si j}ëclii- » rant , auroit ému toute âme sensible de la » plus vive douleur , quand même il auroit » été commis sur un homme obscur et indiffén rent ^ mais ici tout se réunit pour rendre ce », malheur personnel à ceux qui aiment et » désirent l'ordre et le bien» Il paroît du » moins que , pour le moment , les suites )} n'en sont pas aussi funestes qu'il y avoit » lieu de le craindre. 11 paroît que la ihasse » de la nation a senti comme elle le devoit* n Si ce moment pouvoit ouvrir les yeux, » ébranler assez les cœurs pour inspirer l'horn reur de ces opinions qui ont porté le mons- » tre à commettre son crime, ce seroit un )) ' bien dans le mal* Espérons en Dieu , qui » fait quelquefois naître le bien de ce qui n nous paroît être sans espoir. Qu'il protège » cette intéressante duchesse de Berry , et la )) fasse heureusement accoucher d'un (ils. U » y a plus de quinze jours que nous avons

SUR LE DUC DE BERRY. a33

» reçu cette nouvelle : mon imagination est » à peine calmée sur l'horreur qu'elle m'a » inspirée ; mais mon intérêt pour la famille » royale n'est pas refroidi. Je voudrois en j> avoir des nouvelles tous les jours; je re- 1) cueille avec avidité tout ce que je puis en » apprendre ; et les détails , quoique naturel- » lement un peu confus , que vous me donr » nez dans votre lettre^ n'en ont pas été » moins précieux pour moi. Profitez de toutes » les occasions pour m'écrire , et donnez-moi ]> tous lès détails que vous pourrez rassembler » sur cette famille si malheureuse et si inté- » ressante. »

Noble et généreuse sollicitude ! Par une circonstance touchante , celui qui s'est trouvé chargé d'annoncer le malheur de la famille royale sur ces bords lointains étoit l'ami , le compagnon de Mgr le duc de Berry : il n'aura eu besoin que de laisser éclater sa propre douleur pour exprimer celle de la France.

Dans Paris , les regrets ' du peuple ne se 4»ilmoîent pas : il racontoit mille traits de )a bonté du prince; il adressoit au Ciel des vœux pour lui. Une pauvre femme mit en gage sa

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robe f afin de faire dire une mesae pour le repos de l'âme du fils des rois. La foule ne ce»soit d'assiéger le Louvre y de prier ^ de jeter de J'eau bénite sur le cercueil, de se plaindre qu'on eût si tôt recouvert le visage du prince : die auroit surtout voulu voir la blessure* L'assassin seul la regarda sans émotion : lorsqu'on . le confronta aux restes sanglants de sa victime^ il ne fit aucune réponse , ni par les yeux , nipar la bouche, au cadavre qui. l'interrogeoit» L'athée, sachant qu'il alloit mourir , espéroit dormir en paix avec son crime r le néant est quelque chose à celui pour qui Dieu n'est rien.

La dépouille mortelle de l'héritier de nos monarques étant portée à Saint-Denis , les classes du peuple les plus pauvres , des hommes et des femmes , dans les lambeaux de la misère , se mêlèrent au cortège. La confrérie des charbonniers marchoit au milieu des officiers et des soldats, ce qui mérita à ces représentants de la douleur populaire l'honneur d'une place marquée aux funérailles. Dans les villages ou passa le convoi, les chemins avoient été balayés , les murs des chaumières tapissés

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de ce qae les habitants possédoient de plus précieux. Tout le temps que dura la chapelle ardente à Saint-Denis^ on vît accourir des députes des villes et des hameaux voisins , pour rqndre hommage au Fils de France décédé.»

L'église étoit incessamment remplie de paysans et de gens du peuple , des enfants y vinrent avec leurs maîtres; on y vit même de grands criminels : autour de ce cercueil , l'innocence pleuroit comme le repentir. Toutes les provinces du royaume exprimèrent leurs regrets dans des adresses. Il n'y avoit rien de prévu , rien de préparé , rien de coi^certé dans ce deuil gàiéral : c'étoit la France entière qui gémissoit.

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