FUNÉIUILLES DE MONSEIGNEUR LE DUC DE BEBRT
LES ENTRAILLES DU PRINCE SONT K>RTÉES A LILLE. SON COEUR SERA DÉPOSÉ A ROSNY.
Les obsèques du prince eurent lieu à Saint- Denis* Il n'y avoit pas encore deux mois que l'on a voit vu ce prince , plein de rie , assis ^ le ai janvier, en face du catafalque de Louis xYi : on le cherchoit en vain sur le banc auprès de M^ le duc d'Angoulême son frère, et on ne le trouvoit que sous ce même catafalque , devant lequel son frère pleunnt. Les yeux se pofr toient avec attendrissement sur la famille royale , déjà si peu nombreuse, et encore diminuée ; sur le roi , qui sembloit méditer au milieu des ruines de la monarchie ; sur Madame, enveloppée dans un long crêpe, comme dans sa parure accoutumée; sur M^ le duc d'Angoulême, chargé de mener le deuil ,
MÉMOIBES sua LE DUC DE BEBRY. ^^l
et qui , saluant tour à tour et l'autel et le cercueil , sembloit' demander au premier la force de regarder le second. On eût dit que ces paroles de l'évangile du jour avoient été particulièrement clioisies pour lui : Domine , si fuisses hic ff rater meus nonfuissetmortuusm M^ le duc d'Orléans et M^ le duc de Bourbon menoient aussi le deuil, avec M^ le duc d' Angoulême.
M^ le coadjuteur de Paris prononça une oraison funèbre remarquable dans ce vieux; sanctuaire de nos chartes et de notre religion y qui entendit déjà tant d'oraisons funèbres : la première de toutes fut celle de Duguesclin, faite en 1493 , par l'évêque d'Auxerre. Un poète go-» thique nous a transmis l'histoire de cette cérémo. nie : ce qu'il dit si naïvement du bon connétable et du discours du prélat , s'applique de la manière la plus touchante à M^*^ le due de Berry,
Tous leB prinoes fondoient en larmeB Aux moU.qae Pévéqae moBlroit, Car il disoit : «i Pleurex , gendarmes , » Bertrand qui très tant tous ai moi t.
i> On doit regretter les faits d^armes » QuMl 6t au temps que il Tivoit.
M Dieu ait pitié , sur toutes âmes , 1» De la sienne , car bonne étoit. o
%^^ • MÉMOIBËS
Les honneurs qiiî avoient fâi M^ le dac de Berry pendant sa TÎe l'accablèrent aprà sa inorL La liasilitjue de Saint-Denis , tendue de noir dans la longueur de la Yoûfee ; ressembloit à un Taste tombeau. Des cordons de lumières se dessinoîent sur les draperies funèbres :
des lampadaires , des candélabres d'argent , des colonnes qui semhloiènt porter jusqu'au cid, comme dit Bossuet, lemagnifi' que' témoignage de nôtre néant, une large etûix de feu dans le sanctuaire y tout enfin surpasisoit l'idëe qu'on avoît pu se faire de cette pompe. Un clergé nombreux ^ la Cour, l'armée, leis ambassadeurs étrangers , les deux Chambres, les tribunaux de justice, remplissoient le chœur, la nef,- les chapelles et les galeries* On chantoit; on agitoit les cloches; on tiroît le canon autour d'un cercueil muet : il y avoit tantde grandeur dans cette pompe, qu'onadroit cru assister -aux funérailles de la monarchie.
£t que dé sentiments divers dans cette foule!
La résolution avoît convoqué et rassemblé en
présence de son dernier crime, comme pour la
juger, les générations que trente années avoient
produites : tout ce qui avoît triomphé ou souf-
sua LE DUC DE BEBEY. ^4^
fert se renoontroit en ce moment à Saint*Denis. Et cette église de l'apôtre de la France , que ne disoit-elle pas elle-même! Elle étaloit extérieurement les richesses de la mort; mais on avoit arraché de ses entrailles ses trésors fimèbres/
La messe ouïe^ on ôta le cercueil du catafal^pie pour le descendre dans le caveau. Alors l'HénHne du Temple fut vaincue pour la première fois : à la Tue du cercueil , elle se sentit prête à défaillir , et fut (^ligée de se retirer de la tribune où elle étoit placée à la droite du roi. Le roi lui-même, à genoux^ laissa tomber sa tête vénérable sur ses deux mains jointes : la France entière sembla courber sa tête avec lui. Il parbissoit rouler dans son esprit les pensées qui se présentèrent à son aïeul Henri iv , lorsque celui-ci assistoit dans la même église de Saint-Denis, au couronnement de la reine.
« Savez-vous , dit le vainqueur dlvry à son » confesseur, ce que je pensois tout à l'heure » en voyant cette grande assemblée? Je pen- )) sois au jugement dernier, et au compte que » nous y devons rendre à Dieu K »
^44 MÉMOIBES
Les gardes de Monsieur portoient le corps de son fils ; leurs casques rapprochés formoient une espèce de Toute mouvante . au dessus' du cercueil* M^'^ le duc d'Angoulême descendit le premier dans le souterrain où il alloit laisser son frère* Ensuite > selon l'antique usage , les bërauts d'armes appelèrent les serviteurs du {mnce. « Celui qui est dedans la fosse appelle » l'un après l'autre lesdits écujers qui appor- » tent les éperons , gantelets, escus y cotte » d'armes* Lors ledit hérault estant dans la- » dite voûte > crie par trois fois, le prince est » mort, et que l'on prie Dieu pour son
» âme % j)
Les entrailles du prince ont été portées à Lille*, comme pour accomplir les paroles de Henri iv, rappelées aux Lillois par Me le duc de Berry lui-même : Désormais , -avoit dit le Béamois aux habitants de Lille, entre nous , c'est à la vie, à la mort.
Le cœur de S. A. R* fut d'abord déposé à Saint-Denis par M. de Bombelles , évêque d'Amiens, premier aumônier de M"^ la duchesse de Berry, Ce prélat, avant de recevoir
' Da Tillet , Recueil des Rois de France,
SUR LE DUC DE fiERRY» 2^5
les ordres sacrés^ combattit auprès du prince ; depuis long-temps il connoissoit le trésor qu'il étoit chai^ de présenter aux gardiens de la sépulture royale , et il avoit plus de droit qu'un autre de leur dire : « Le cœur que tous avez n devant les yeux fut le plus noble et le plus *» généreux qui existât jamais* )>
j^me i^ duchesse de Berry a depuis réclamé ce cœur comme son bien. Une lettre de M. le duc de Lévis nous fait connoître les dispositions de la princesse. <( La douleur de M™" la duchesse » de Berry est profonde^ mais calme ; sa rési- M gnatioU; soutenue par la piété et la force de » son caractère^ n'est plus troublée par ce qui » lui rappelle de cruels souvenirs. J'ai eu der- » nièrement la bien triste commission de lui j> demander où elle vouloit que fût déposé le » cœur du prince. Voici sa réponse : Mes in- M tentions sont arrêtées. Je vais faire con- » struire à Rosny un bâtiment composé éPun » pavillon et de deux ailes; dans Vune on 7» soignera les malades, dans l'autre on élè- » vera de pauvres enfants : le milieu sera » une chapelle où, Von priera pour mon « man^ »
a46 MÉMOUES SUR LE BUG DE BERET.
Ce que le prince chériasoit dayantage, c'ëtoit en effet les eûfants et les pauvres : on ne pouvoit mieux placer son cœur qu'entre deux monuments consacrés à ce qu'il aimoit* C'est encore une heureuse ciroonstance qui fait d'un château, de Sullj le sanctuaire où reposera le cœur du petit-fils de Henri iv*
<*lt^f%mM»*»»M»^t%^^ft»Mi» m»»»mimmm mma mmm.m.^m ^^i^ ■>WlfWTVMtA».\%l.