CHAPITRE XL
K>RT|UIT DU PRINCE. GONCLUglOM.
Ici finit l'histoire de la yie et de la mort de Gharles-Fecdinand d'Artois, fils de France , dac de Berr j : il ne noua reste plus rien à dire de ce prince^ si ce n'est qudque chose de sa personne. U avoil la tête grosse, comme le chef des Gapets , la chevelure mêlée , le /ront ouvert, le visage col(»ë, les jeux biens et à fleur de tête, les lèvres épaisses et vermeilles. Son cou étoit court, ses épaules un peu élevées, ainsi que dans toutes les grandes races militai*res. Sa poitrine , où son cœur battoit sans dé* fiance . et sans peur, offroit une large place au pmgnard. M^ le duc de JBerrj étoit de taille moyedne, dé même que Louis xiv; car c'est une erreur de croire que Louis xiv ét^ît d'une haute stjSiture : une cuirasse qui nous reste de^ lui , et les exhumations de Saint-Denis , n'ont laissé sur ce point aucun doute* Le prince
^48 BSEMOIBES
dont nous venons d'ëcrire la vie avoit la mine brave 9 l'air de visage franc et spirituel : sa démarche ëtoit vive , son geste prompt , son regard assuré^ intelligent et bon, son sourire charmant. Il s'exprimoît avec ëlégance dans le commun discours 9 avec clarté^ dans les affaires, avec éloquence dans les passions* On retrouvoit dans M^ le duc de. Berry le prince, le soldat , l'homme qui avoit souffert, et l'on se senloit entraîné: vers lui par une certaine bonne grâce mêlée de brusqome, attachée à toute sa personne. Quant a son caractère, il se trouve peint par ses actions à chaque page de cet écrit. M^ le duc de Berrj avoit passé une vie noble, mais oubliée ^ il ne lui a fallu que quelques heures à la fin de^sa dernière journée pour acquérir une gloire que cent triomphe^ ne iui auroient pas obtenue :
récompensé à la fois sur là terre et dans le ciel de ses vertus humaines et de ses vertus chré* tiennes, le même moment lui a donné l'immortalité et l'éternité.
Tirons au moins de notre malheur une leçon
utUe , et qu'elle soit comme la morale de cet écrit.
SUR LE Dire DE BÉBRY. %^Q
U s'élève derrière nous une génération impatiente de tous les jougs, ennemie de tous les rois ; elle rêve la république , et est incapable , par ses mœurs 9 des vertus républicaines* Elle s'avance, elle nous presse, elle nous pousse : bientôt elle va prendre notre place* Buonaparte l'auroit pu dompter en l'écrasant , en l'envoyant mourir sur les champs de bataille, en pr^ntant à son ardeur le fantôme de la gloire , afin de l'èmpecher de poursuivre celui de la liberté ; mais nous , nous n'aVons que deux choses à opposer aux folies de cette jeunesse : la légitimité escortée de tous ses souve* nirs, environnée de la majesté des siècles ; la monarchie représentative assise sur les bases de la grande propriété , défendue par une vigou* reuse aristocratie , fortifiée de toutes. les puissances morales et religieuses. Quiconque ne voit pas cette vérité ne voit rien , et court à l'abîme : hors de cette vârité , tout est théorie , chimère, illusion*
Ceux donc qui ne se sentiroient pas attachés à la famille royale par tous les sentiments de respect, d'admiration et d'amour, y doivent au moins tenir par leur intérêt personnel.
aSo MÉMOIRES
Verser le sang d'an Bourbon y c'est ouvrir les Teines de la patrie : dans l'état actuel des cho-' ses^ la légitimité est la vie même de la France. Imaginez y calculez, combinez toutes les sortes de gouvernements ill^times| en demi|Br résultat vous ne trouverez rien de possible, rien qui vous présente une apparence de durée, une existence tolérable de' quelques années , ou même de quelques mois. Les Bourbons retirés, le dn>U disparoît : alors •'ouvre l'immense carrière des faii» qui tous ont un ^al droit à vous opprimer. La Intimité est, en Europe, le sanctuaire où repose la souveraineté par qui seule les gouvernements subsistent* Violez ce sanctuaire , et la souveraineté n'est plus qu'une divinité sans asile, exposée au milieu des ruines aux outrages de toutes les ambitions* '
Aucune usurpation ne se ponrroit accomplir sans faire naître en France la guerre civile, sans fournir un prétexte aux entreprises européennes , sans exposer notre pays aux ravages et aux contentions de la politique étrangère. La nation prétendroit-elle se gouverner elle-niême? Elle l'a déjà essayé : une nouvelle
SUR LE DUC DE BERRY. a5l
dânoeratîe amèneroît on nouveau bouleversement dç propriétés , la desiniction de tous les intérêts nouveaux , puisque les anciens sont anéantis. Ah! que ceux qui se sont laissé entraîner à des exagérations populaires se repentiroient alors 1 Triomphants le premier jour , le second ils seroient conduits à l'échafaud , la tête encofe oniée des oouroimes de leur victoire*
Seroît-ce une élection militaire que l'on prétendroi^ mettre à la place de l'hérédité l^itime ? Elle eut aussi lieu à Rome cette âectiob : l'armée nommant son maître, et ne le recevant plus des lois, méprisa bientôt son ouvrage. Les Barbares, introduits peu à peu dans les légîcnis, s'accoutumèrent eux-mêmes à faire des empereurs ; et quand ilç furent las de donner le monde , ils le gardèrent.
Si tous les hommes de probité et de talents se veulent enfin réunir dans un système monarchique, non-seulement ils épargneront à la France de nouveaux malheurs, mais ils sauveront l'Europe que menace une grande *tëvolution. En examinant le fond des prinei* pes, on s'aperçoit que ce qui nous divise
sSs WgMOlIttS
réellement est peu de chose : on cherche moins, pour se combattre, à agir sur la'raismi que sur les passbns* Tantôt c'est la féodalité , détruite depuis plus de deux siècles,. dont on veut faire peur aux peuples; tantôt ce sont les missionnaires qui yoat établir la guerre en prêchant la paix. Aujourd'hui , c'est une puissance occulte qitt combat la puissance visible : triste invention, en vertu de laquelle on se oroiroit autorisé à traiter la légitimité de la douleur cooune on a traité la légitimité politique i. Mais non : il existe réellement une puissance QOCtUie qui répare les erreurs de l'incapacité, comme elle déjoue les complets du crime» Depuis trente ans, ce gouvernement secret a mardié auprès de tous les gouvernements publics qui se sont succédé dans notre malheureuse patrie. Placé au dessus de nous dans des régions inaccessibles, nos passions peuvent s'en plaindre, mais ielles ne peuvent le renverser. Cette puissance occulte, c'est l'étemelle raison des choses ; c'est cette justice du Gel qui rentre dans les affaires homaines à mesure qu'on s'efforce de l'en bannir ; c'est, en un mot, la Providence qui n'auroit besoin
que de se retirer un moment pour détruire l'ordre de l'univers ^ et replonger le monde dans le chaos.
Si la mort de M«* le duc de Berrj devoit nous laisser tels que nous sommes ; si elle ne nous enseignoit rien sur l'excellence du sang de nos rdis^ sur le danger des doctrines qui ont produit le crime de LouycI^ alors que l'on confie à notre piété les cendres de notre illus^ tre prince. Nous irons déposer sur quelques rives lointaines le germe de la légitimité : la vertu attachée à ces cendres formera bientôt une société des François qui les auront suivies f et ils échapperont à l'arrêt que le Ciel prononce enfin contre les peuples sans jugement et rebelles à l'expérience.
FIN DES BféMOIBES SVB LE DUC DE BEBBY.
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(( Avec quel plaisir nous avons appris la lettre du régiment de Berwick.M »
Lettre de Mo9%ixuK{dq>ids Louis xriii)à MMm les officiers ^ sous-^ïfficiers, grenadiers et soldats du régiment irlandais de Berwickm
A SchœnbomslaUt , le a8 juillet 1791.
Tài reça , mesûeura , avee une vraie sensibilité , la lettre que vous m'avez écrite. Je ferai parvenir an roi ( Louis XYl) , le plus tôt que je pourrai, Texpression de vos sentiments pour lui. Je vous réponds d^avance qu^elle adoucira ses peines , et qu'il recevra avec plaisir de vous les mêmes marques de fidélité que Jacques II reçut, il y a cent ans, de vos aïeux. Cette double époque doit former à jamais la devise du régiment Berwick : on la verra désormais sur vos drapeaux', et tout ce qu'il y aura de sujets fidèles au roi, y lira son devoir, et y reconnoitra le
* Yonlant consacrer à jamais l'époqae de 1691, 0& le régimeat de Berwick sortit d'Irlande poar défendre le roi Jacques u, et l'époque de 1791, où ce même régiment
modèle qu'il doit imiter. Qaant à moi, measieun , soyez -bien penuedéa que Vactien qoeToua venez de faire restera toujours gravée dans mon âme , et que je m'estimerai heureux tontes les fois que je pourrai vous donner des preuves de ce qu'elle m'inspire pour vous.
LomarSTANKLAS-XATIEB.
Page 29.
« Ce fut dans ce combat ( de Berstheim ) que les trois Gondé y renouvelant Paveiittire de la bataille de Senef ^ déployèrent une valeur héroïque..* »
Fragment dès Mémoires de la Maison de
Condé.
La gelée, qui avoit raffermi les* chemins, permit aux républicains de faire avancer^eur grosse artillerie. Après s'en être servis pour battre les retranchements de ce village, centre de la position da prince, comme ils l'a voient déjà fait la veille, ila s'avancent avec rapidité. Les légions de Mirabeau et de Hohenlohe défendent leur position avec la plus grande valeur; mais l'acharnement des républicains
qaitu la France poor servir l'mfortoBé Louis xn, Monma ordonna que ses drapeaux porteroient cette légende :
1691. SemperetubUptefideUa» 1791* . ToDJoars et partout fidèle.
JUSTIFICATIVES. 25q
semble s^aooi^ti^ avec, leur nooitare : ils pénètrent dans le village- avec des cris affreux.
Ce premier succès pouvoit devoiir déoisif : un coup d'œtl du prince l'en avoit averti ; et déjà sa résolution est prise. G'étoit la seule qui convint au filsda grand Gondé. H saute en bas de swi cheval ^ et, tirant l'épée, il se place à la tête de ses deux bataillons gentilshommes: u Messieurs, s'écrie-t-il , » vous êtes tous des Bayards; il faut reprendre ce )i village. »
On ne lui répond que par les cris : A la baïonnette I Et l'on se précipite à travers le feu le plus terrible d'artillerie et de mousqueterie. Les baies vives, les maisons, les rues, tout est emporté en dix minutes : des cris de vwe U Roi! poussés à l'extrémité du village , annoncent de loin à la réserve que les républicains en sont chassés.
Pendant ce temps, le fils et le petit-fils semontroient dignes d'un tel père >•
*. (Test an récit de cette jmrnée qae Delille s'écria dans sa langue :
Angoolème, Berrj, soatiennent leur grand nom. Qa'on ne me Tante plus ce triple Qietjtm, Dont trois âmes mouToienf la masse époarantable. Taime à voir, snzpassaat les récits de la fable. Un même esprit mouToir trois héros à la fois. Ckmdé, Boforbon, Enghien, se font d'antres Rocrois; Et , prodignes d'nn sang chéri de la victoire , Trois générations vont ensemble à la gloire.
a6o PIEGES
A la tête de la seconde et de la tMdaième dSvinon de la cavalerie neble, le duc de Boarbon s'éianoe snr la cavalerie républicaine, et la chaMe devant lui. Un ravin profond se présente: emporté par son ardenr , le prince le franchit avec une poignée de gentilshommes. Les républicains se hâtent de profiter de leur avantage, et se flattent de les accabler : la mêlée est sanglante, le prince est grièvement blessé. Mais le reste des escadrons survient : les cavaliers républicains fuient, etiaissent deux pièces d'artillerie légère au pouvoir de leurs vainqueurs.
Sur un antre point, le duc d'Ënghien condnisoit au combat les chevaliers de la couronne. Presque seul , il court enlever une pièce de canon ; ses habits sont criblés de balles et de coups de baïonnette ^ il est entouré, il se défend en héros jusqu^à ce que l'on vienne le dégager : il ramène la pièce.
Le résultat de cette brillante, mais sanglante joumée, ne fut que la gloire d*avoir conservé une mauvaise position, que, quelques jours plus tard, il fallut abandonner.
Le maréchal de Wurmser et plusieurs généraux autrichiens , malgré la froideur qui régnait entr'eux et l'armée royale, vinrent, le soir même, féliciter le prince de Gondé et ses compagnons d'armes. « Eh » bien, M. le maréchal, lui dit le prince, comment M trouves- vous ma petite infanterie?» — « Mon- » seigneur! elle grandit au feu, » répondit le maréchal. Les Autrichiens furent' peu étonnés d^p^
JVSTIFIGAIiyES* 261
prendre qae deft chevalier9 françoiB s'étoieot battus avec on ooorage héroïque ; mais ils ne purent refuser des larmes d'admiration à des traits comme celui-ci :
Un soldat de la légion de Mirabeau, blessé, jetoit les hauts cris à côté d^im chevalier de Saint-Louis qui avoit une jambe emportée > : « Songez , mon » ami , lui dit cet intrépide o£âcîer , que votre Dieu M est mort sur la croix , et votre roi sur l'échafandl M nous devons nous trouver heureux de mourir pour » leur cause. »
Trois jours après, les républicains attaquèrent de nouveau Berstheim , et de nouveau ils furent repoussés avec une perte considérable. Désespérante forcer le corps de Gondé dans cette position , ils essayèrent de se faire jour sur un point de la ligne autrichienne, et furent plus heureux. Le comte de Wunnser fit entrer son armée dans les redoutes qu'il avoit élevées en avant d'Haguenau , depuis le Rhin jusqu'aux montagnes.
MoNfliBnfl( depuis Louis xvin}, qui était alors à Turin, n'eut pas plus tôt appris la nouvelle de^ ce combat , qu'il écrivit au prince de 0>ndé :
À. Tarin , ce 98 décembre 1793.
Ce n*est qu'en arrivant ici , mon cher cousin, que • j'ai reçu avec quelque certitude la nouvelle de la
> Cétoit M. de Barras, officier de marine » frère da Directeur.
36a PIÈGES
gbrieuM affaire da a de oe mois dont on bruit vagae m'avoit entretenu jus mon chemin. Il me serait difficile de vous exprimer la joie qu'elle m'a causée. Ce n'est pas assurément que je doutasse de ce que peut là valeur' de la noblesse firançoise; mais il étoit temps que les rebeUes sussent ce qu'elle peut toute seule, et l'affaire même de Berstheim ne le leur avoit appris qu'imparfaitement. Cette joie seroit crueliement empoisonnée , s'il me restoit la moindre inquiétude sur la blessure de votre fils : mais, tranquille i cet ég^rd , je vous félicite , et de cette blessure même , et de la conduite que son fils et lui ont tenue. Jouissez, mon diier cousin , de cette belle journée , comme bon François, comme vaillant chevalier , et comme père. Pour moi , indépendamment de ma tendre amitié pour vous, et du bien de l'État, je dois vous avouer que mon amour»propre jouit de voir trois héros de mon sang, où jusqu'à présent je n'étois sûr d'en trouver qu'un. Mais mon sentiment pour vous ne doit pas me faire oubUer cette brave noblesse qui s'est si fort distinguée sous vos ordres : parlez-loi bien du double sentiment que je ressens de sa conduite, et comme gentilhomme françois, et comme régent du royaume. Adieu , mon cher cousin : vous connoissez bien toute mon amitié pour vous.
. Signé Loui8-Stani8LAS-Xavibb.
JUSTIFICATIVES. a63
£/eUre de Mohsieuk ( Régent cbs, royaume ) cai
duc de Bourbon,
Torm, le 38 décemlire 1793.
Je reçob en arrivant id , mon cher oousin , la non- Telle certaine de la gloire que vous venez d'aoqnérir et de la blessure que vous avez reçue. Cette- dernière anroit empoisûnné toute la joie de la première, ai je n'avob «u en même temps qu^elIe n^est pas dangereuse. Je vous avoue que je vous l'envie : cependant je vous aime trop sincèrement pour ne pas TOUS en féliciter de tout mon coeur , en souhaitant cependant que pareille chose ne vous arrive plus. CSe n'est ni comme parent ni comme ami que je vous parle ainsi ; c'est comme régent du royaume , c'est parce que je sais mieux que personne la perte que l'État feroit en vous perdant.
Adieu y mon cher cousin. Puissiez-voùs être bientôt guéri, et voler a de nouvelles victoires! Vous connaissez mon amitié pour vous.
LoVIS-STANISIiAS-XAyiER.
léCttre de MoNsiEun ( Régent du royaume ) à Monseigneur le duc d^Enghien.
A Turin, ce a8 décembre 1793.
Pai appris, mon cher cousin, avec un plaisir que mon amour pour mon sang , et l'amitié que vous me connoissez pour vous, vous expliqueront facilement,
a64 PIÈGES
la gloire qae vous avec aoquîae à la {oornéé du a de ce mois. Vous êtes à l'âge et vous portez le nom da vainqueur de Rocroy ; son sang coule dans vos veines; vous venez de retracer sa valeur; vous avez devant les yeux l'exonide àhm père et d'un grandpère au dessus de tous les éloges : que de motifii d'espérer que vous serez un jour la glotte et l'appui de l'État! Vous pouvez croire, vous aimant comme je le fiiis, que je jouis bien sincèrement de ces heureux présages. Adieu , mon cher cousin. Soyez bien persuadé de toute mon amitié pour vous.
Signé Lovis-Stanislas-Xatier.
Paob 34*
<f Dans les campagnes de i*]^, 1796 et 1 797 y Monseigneur le duc de Beny se trouva présent à tous les combats. »
Lettre de Monsieue, Comte éP Artois, à Monseigneur le Prince de Condé»
ÉdimlxMirg, ay noTembre ijgS.
Vous avez bien justement apprécié, mon cher cousin, tous les sentiments que j'ai éprouvés en lisant votre lettre du 3 novembre et les pièces qui y étoient jointes, puisque vous êtes content de mon fils * : je jouis de sa conduite. Je partage au fond de
Monseigneur le duc de Beny.
JUSTIFlCàTlVES. 265
VàuÈ» la gloire et Thoimeui* dont TO0 oompagnon» de fidélité se eont coaverts; maift les nouvelles pu<bliqaes n'ayant pas été aussi discrètes que vous, sur -un objet dont tous ne pariez point, permettez-moi de TOUS dire que, comme parent, comme ami, et comme dévoué à la cause que nous défendons, je trouve une jouissance aussi douce que solide à entendre juger votre conduite comme elle mérite de l'être, et à vous voir augmenter tous les jours une conaidération si flatteuse pour ceux qui vous aiment, si honorable pour ceux qui vous sont liés par le sang, et si importante pour les intérêts de notre roi. Ceci n'est point un compliment , c'est l'expression simple de mon cœur et de ma raison.
Je joins ici ma lettre , que je vous prie de remettre de ma part au duc d'Engbien. Je ne lui parle que de mon amitié; mais c'est le roi, c'est la France entière, que je félicite de ce qu'il est, et.de ce qu'il sera un jour , en suivant la glorieuse route que vous lui avez tracée.
Vous sentirez mieux qu'un autre , mon cher cousin, que celui qui remplit son devoir trouve, dans sa propre ocmduite , une compensation aux saorifioes les plus pénibles. Mais je dois vous avouer que depuis le mois de juin j'éprouve un supplice difficile à exprimer , de ma douloureuse inaction, et d'être privé de partager les dangers, les fatigues et la gloire de voa intrépides compagnons d'armes. Soyez du moins mon interprète auprès d'eux ; parlez*ieur de mes
r^rato , de mes sentimenti , de mon admirttioit pour lenr oonstanoe , autant que ponr leur valenr , et ajoQtez-lear, qu^aniqoement occapé de nos intérêts communs , f espère qae le ciel finira par protéger mes efforts , et par rendre heoreox les fidèles François qai ont toujours suivi le chemin de rhonnenr.
Je n'avoîs paa attendu votre lettre pour solliciter auprès du gouvernement britannique les . moyens qui nous sont nécessaires ponr profiter utilement du succès des Âutricliiens et de ceux de notre armée. La négociation entamée a Paris ne facilitoit pas mes démarches : cependant , le départ de M. de Précy vous aura prouvé qu'elle n'avoit pas été totalement infructueuse. Je viens de les renouveler encore avec plus de vivacité que jamais : j'espère que les ministres seront frappés de la nécessité de vous procurer des secours extraordinaires; et je me flatte que tous en recevrez de suffisants, si vos tristes pressentiments ne viennent pas à se réaliser. Je n'entrerai pas dans plus de détails sur la situation des choses et des esprits ;• mais je compte envoyer, le mois prochain, un courrier au roi , et je le prierai de vous communiquer des détaib intéressants , et peut-être favorables.
Avant de terminer cette lettre , il ùmï que je vous parle d'un objet qui tient à mon cœur : il paroit que mon fib s^est conduit en joli garçon, et qu'il a du goût pour les coups de ^osil. C'est toujours bon en
jusnncA'nYEs* 267
soi-même, mais cela ne suffit pas ; dans sa position , [ il fant qu'il se mette promptement en état de bien 1' servir son roi ; et c'est à vous que je m'adresse avec \ confiance , mon cher cousin , pour que vous employiez toute votre autorité de général , et tonte celle que mon amitié a remise entre vos mains , à exiger qu'il occupe tout son hiver à travailler bien sérieusement au métier de la guerre, à se rendre digne de conunencer l'année prochaine à conduire des troupes. Je ne vous indiquerai aucuns moyens à cet égard 3 personne ne saura mieux que vous exciter son émulation , et lui inspirer le désir de l'instruction : mais vous jugerez facilement combien je serai sensible à cette nou^^lle preuve de votre amitié.
Adieu , mon cher cousin , je ne veux rien changer an rendez-vous que je vous ai donné ; et c'est vers ce but que tendent tous mes efforts. Je vous renouvelle , du fond du cœur , l'assurance de l'amitié bien tendre et bien constante qui m'attache à vous pour la vie.
Signé Gharles-Philifpe.
P. S. Je dois vous dire que vous trouverez mon fils tout prévenu sur ce que je vous demande pour lui.
a68 Piàci»
Page 38.
« On apprit au cantonnement de Steînstadt la mort de Louis xvii... »
Lettre du roi Lauia xrin à Monaeiffieur le Prince de Condé.
Mon cousin , je suis touché , comme je dois Tétre , des sentiments que vous m^exprimez au sujet de la perte irréparable que je viens de faire en la personne du foi, mon seigneur et neveu. Si quelque chose peut adoucir ma juste douleur, c^est de la voir partagée par ceux qui me sont chers à tant de titres. La France perd un roi dont les heureuses qualités que j'avois vues se développer dès sa plus tendre enfance, annonçoient qu'il seroit le digne successeur du meilleur des rois ^ il ne me reste plus qu''à implorer le secours de la divine providence pour qu^elle me rende digne de dédommager mes sujets d'un si grand malheur. Leur amour est le premier objet de mes désirs, et j'espère qu'un jour viendra, où , après avoir, comme Henri rv, reconquis mon royaume, je pourrai , comme Louis xn , mériter le titre de père de mon peuple. Dites aux braves gentilshommes et aux fidèles troupes dont je vous ai confié le commandement, que l'attachement qu'ils m'expriment par votre organe est déjà pour moi l'aurore de ce beau jour ; et que je compte principalement sur vous et sur eux pour achever de le faire éclore. Je vous
renouvelle avec plaisir rassuranee de tous les sentitnents avec lesquels je suis ,
Mon cousin , Votre très-affeotionné cousin ,
Louis.
Page 4o*
« Ce monarque ( Louis xvin ) ëtoit attendu à Farmëe; il y vint en effet j^aycaUphu <f o- 81^ (comme il le dit lai-même dans son ordre du jour) hors celui de Phonneur*%» »