‹ Mélanges historiquesChapitre 78 sur 87 · DE M. DE SAINT -MARCELLIN · texte numérisé non relu

DE M. DE SAINT -MARCELLIN

Monsieur de Saînt-Marcellln , à peine âgé de vingt'haît ans, blesse à mort le 1*^ de ce mois, a expiré le 3 entre neuf et dix heures du soir. Il avait fait l'apprentissage des armes dans la campagne de 181 2, en Russie* Il donna les premières preuves de sa valeur dans le combat qui eut pour r^ultat la prise du village de Borodino et de la grande redoute qui couvroit le centre de l'armée russe. Le rapport du prince Eugène au major-général sur cette journée se termine par cette phrase : ce Mon aide-de-camp » de Sève et le jeune Fontanes de Saint- }) Marcellîn méritent d'être cités dans ce rap-» n port. »

M.'de Saint-M arcellin s'étoit précipité dans les retranchements de l'ennemi^ et avoit eu le crâne fendu de trois coups de sabre.

Après le combat , il se présenta dans cet état à an hôpital encombré de quatre mille blessa, où il n'y avoit que trois chirurgiens dénués de linge, de médicaments et de charpie -j il ne put même obtenir d'y être reçu. Il s'en retour noît, baigné dans son sang,, lorsqu'il rencontra Buonaparte : « Je vais mourir , lui dit-il ; accordez-moi la croix d'honneur , non pour me récompenser; mais pour consoler ma famille. » Buonaparte lui donna sa propre croix.

M. de Saint-Marcellin, jeté sur les fourgons, arriva à moitié mort à Moscou; il y séjourna quelque temps, et fut assez heureux pour trouver le. moyen de revenir en France , oit nous l'avons vu , pendant plus de dix-huit mois, porter encore une large blessure à la tête.

La France ayant rappelé son roi Intime , M* de Saint-Marcellin fut fidèle aux nouveaux serments qu'il avoit faits. Il étoit aidede-camp du. général Dupont à l'époque du 10 mars. Il se trouvoit à Orléans avec son général, lorsque les soldats séduits quittèrent la cocarde blanche; M. de Saint-Marcellin osa la garder: circonstance que peut avoir connue M, le

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tnarëchal Gouvion de Saînt-Cyr^ qui fit reprendre la cocarde blanche aux troupes ëga-^ rëes. Rentré à Paris, M. de Saint-Marcellin eut une altercation politique avec un officier , se battit, blessa son adversaire , et partit du chanip clos pour aller rejoindre ceux à qui il avoit engagé sa foi.

Nommé capitaine à Gand • il sollicita l'honneur d'accompagner le général Donnadieu , chargé pour le roi d'une mission importante. Débarqué à Bordeaux , il fut arrêté et remis aux mains de deux gendarmes qui dévoient le conduire à Paris pour y être fusillé. En passant par Angoulème, il échappa à ses gardes , excita un mouvement royaliste dans la ville , et rentra dans Paris avec le roi*

M. de Saint-Marcellin fut alors envoyé comme chef de bataillon dans un régiment de ligne à Orléans. Blessé de nouveau, il fut obligé de revenir à Paris. Depuis ce moment , il consacra ses loisirs aux lettres : il avoit de qui tenir. Il donna quelques ouvrages à nos différents théâtres lyriques. Compris comme chef d'escadron dans la nouvelle organisation de l'état-major de l'armée, il avoit refusé der-

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nièrement un seirice actif qui l'eût éloigné de Paris. La Providence Touloit le rappdcr à elle. Poar des raisons faciles à deviner^ Tadministration avoit subitement^ dit-on, changé en rigueur sa bienveillance politique. On assure que M. de Saint-Marcellin alloit perdre sa place de chef d'escadron y quand la mort est venue épargner aux ennemis des royalistes une destitution de plus, et rayer elle-méine ce brave militaire du tableau d'où elle efface également et les cbefs et les soldats*

M. de Saint-Marcellin n'a point démenti , à ses derniers moments , ce courage franooîs qui porte à traiter la vie comme la chose la plus indifférente en soi , et l'affaire la moins importante de la journée. U ne dît ni à ses parents ni à ses amis qu'il devoit se battre, et il s'occupa tout le matin d'un bal qui devoit avoir lieu le soir chez M. le marquis de Fontanes. A trois heures , il se déroba aux apprêts du plaisir pour aller à la mort. Arrivé sur le champ de bataille, le sort ayant donné le premier feu à son adversaire, il se met tranquillement au blanc , reçoit le coup mortel , et tombe en disant : u Je devois pourtant dan-

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ser ce soir. » Rapporte sans connoissance chez M. de Fontanes y on -sait qu'il y rentra à la lueur des flambeaux déjà allumés pour la fête. Lorsqu'il, revint à lui^ on lui demanda le nom de son adversaire : « Cela ne se dit » pas y répondit-il en souriant y seulement )) c'est un homme qui tire bien* n M. de Saint- Marcellin ne se fit jamais d'illusion sur son état ; il sentit qu'il étoit perdu y mais il n'en convenoit pas ^ et il ne cessoit de dire à ses parents et \ ses amis en pleurs : u Soyez tranquilles, ce n'est rien. » 11 n'a fait entendre aucunes plaintes j il n'a témoigné ni regrets de la vie 9 ni haine , ni même humeur contre celui qui la lui arrachoit;il est mort avec le sang-froid d'un vieux soldat et la facilité d'un jeune homme. Ajoutons qu'il est mort en chrétien.

Les lettres et l'armée perdent, dans M. de Saint-Mareellip, une de leurs plus brillantes espérances. On remarque y dans les premiers essais échappés à sa plume, une gaîté de bon goût appuyée sur un fond de raison , et sur des sentiments nobles. Lorsqu'il parle d'honneur on voit qu'il le sent, et, quand il rit y^ on

s'aperçoit qu'il méprise* Sa destinée paroissoit devoir être heureuse dans un ordre de chose différent de celui qui existe aujourd'hui ; mais aussitôt qu'il est entré dans la ligne des devoirs légitimes > il ^ été atteint par celte fatalité qui semble s'attacher aux pas de' tout ce qui est devenu ou resté fidèle* Est-ce uoe raison pour renoncer à une cause sainte et juste ? Bien loin de là , c'est une raison pour s'y attacher : les hommes généreux sont tenté par les périls , et l'honneur est une divinité à laquelle on s'attache par les sacrifices mêmes qu'on lui fait*

Devons-nous plaindre ou féliciter M. de Saint-Maroellin ? Il n'étoit pas fait pour vivre dans ces temps d'ingratitude, et d'injustice. Le sang lui bouilloit dans les veines ; son cœur se révoltoit quand il voyoit récompenser la tnhison et punir la fidélité. Son indignation avoit l'éclat de son courage , et il ne faisoit pas plus de difficulté de montrer ses sentiments que de tirer son épée : avec une pareille disposition d'âme , . nous ne l'eussions pas guùi long*temps. D'ailleurs , nous marchons si vite , le système adopté nous prépare de tel^

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événements, queSaint-Marcellin n'a peut-être perdu que des orages : jl s'est hâte d'arriver au lieu de son repos , et du moins il n'entend plus le bruit de nos divisions.

Mille raisons nous eommandoient de payer ce tribut d'éloges à la mémoire de Saint- Marcellin y mais il y en a surtout une qu'une vieille amitié sentira. Cette amitié a été éprouvée par la bonne et la mauvaise fortune ; elle nous retrouvera toujours y et particulièrement quand il s'agira de la consoler : lUe dies ïUhunque duxU ruinant*

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SUR LA MORT

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