DISCOURS
PBOMONCÉPARM. DE F0NTAME8 DEVANT L'INSTITUT, AUX FUMÉRAIIXES DE M. DE LA HAHPE.
Les Lettres et la France regrettent aujoard^hni
un poète, nn orateur, un critique illuâtre La
Harpe avoit à peine vingt-cinq ans , et son premier essai dramatique l'annonça comme le plus digne élève des grands maîtres de la scène française. L'héritage de lear gloire n'a point dégénéré dans ses mains, car il nous a transmis fidèlement leurs préceptes et leurs exemples. Il loua les grands hommes des plus beaux siècles de l'éloquence et de la poésie,
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et leur esprit comme leur langage ae retroava toajoara dana celui d^nn diaciple quHla avoient formé ; c'est en leur nom qu'il attaqua , jusqu'au dernier moment, les fausses doctrines Uttéraires; et, dans ce genre de combat, sa vie entière ne fut qu'an long dévouement au triomphe des vraia principes. Mais si ce dévouement -courageux fit sa glmre , il n'a pas fait son bonheur. Je ne puis dissimuler que la franchise de son caractère et la rigueur impartiale de ses censures éloignèrent trop souvent , de son nom et de ses travaux , la bienveillance et même Téquité; il n'arrachoit que l'estime où tant d^autres auroient obtenu l'enthoustasme. Souvent les damenrs de ses. ennemis parlèrent plus haut que le bruit de ses succès et de sa renommée : mais, à l'aspect de ce tombeau, tons les ennemis sont désarmés. Ici les liaines finissent , et la vérité seule demeure. Les talents de La Harpe ne seront plus enfin contestés ; tous les amis des lettres , quelles que soient leurs opinions, partagent maintenant notre deuil et nos regrets. Les circonstances où la mort le frappe rendent sa perte encore plus douloureuse ; il expire dans un âge où la pensée n'a rien perdu de sa vigueur, et lorsque son talent s'étoit agrandi dans un autre ordre d'idées qu'il devoit aux spectacles extraordinaires dont le monde est témoin depuis douÊe ans. Il laisse malheureusement imparfaits quelques ouvrages dont il attendoit sa plus solide gldre, et qui seroient devenus ses preniiers titres
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datis la postérité. Ses mains mourantes se sont détachées aveo peine da dernier monument qu^il éle- Yoit ; ceux qui en connoissent qoelqaes parties aTonent que le talent poétique de Taoteur, grâce aux inspirations religieuses , n^eut jamais autant d'éclat , de force et d'originalité. On sait qu'il avoit embrassé I avec toute l'énergie de son caractère , ces opinions utiles et consolantes sur lesquelles repose tout le système social ; elles ont enrichi non-seulement ses pensées et son style de beautés nouvelles , jnais elles ont encore adouci les souffrances de ses derniers jours. Le Dieu qu'adoroient Fénélon et Racines consolé, sur le lit de mort, leur éloquent panégyriste et l'héritier de leurs leçons. Les amis qui l'ont vu, dans ce moment où Thomme ne déguise plus rien, savent quelle étoit la vérité de ses sentiments; ils ont pu juger aussi combien son cœur , malgré la calomnie, renfermoit de droiture et de bonté. Déjà même des sentiments plus doux étoient entrés dans ce cœur trop méconnu et si souvent abreuvé d'amertumes : les injustices se réparoient; nous étions prêts à le revoir dans ce sanctuaire des lettres et du goût, dont il étoit le plus ferme soutien; lui-même se félicitoit, naguère encore, de cette réunion si désirée : mais la mort a trompé nos vœux et les siens; puissent au moins se conserver i jamais les traditions des grands modèles qu'il sut interpréter avec une raison si éloquente ! Puissent-elles, mes cbers collègues , en formant de bons écrivains
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qui le remplacent, donner un nouvel éclat i cette Académie françoiie qu'illustrèrent tant de noms fameux depuis cent cinquante ans, et que vient de rétablir un grand homme si supérieur à celui qui l*a fondée.
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