‹ Mélanges historiques [microforme]Chapitre 20 sur 21 · TT · texte numérisé non relu

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de leur morgue et de leur antipathie pour les Franco canadiens. Alors les deux races se coudoieront en paix au Canada, faisant servir l’une et l’autre, dans une lutte pacifique, leurs. qualités mutuelles au progrès commun du pays, sans que l’une cherche à opprimer l'autre.

Voilà en résumé ce que Dom Benoît a écrit. Chacun pourra le constater dans sa brochure.

Et maintenant, nous le demandons à tout homme impartial, laquelle de ces assertions est contestable ?

Est-il vrai que les Anglais ont guerroyé cent ans en Europe et lutté pour la conquête de la France, et que depuis, l’animosité entre ces deux peuples n’a cessé de régner ? .

Est-il vrai que les puritains de ia Nouvelle-Angleterre, alliés aux Iroquois, ont fait aux colons français des bords du S.-Laurent une guerre presque continuelle ?

Est-il vrai que depuis la cession du Cänada à l’Angleterre, malgré l’équitable administration dont le gouvernement de la métropole a généralement fait preuve, il y a toujours eu au Canada un parti qui a travaillé à opprimer la race française ?

Est-il vrai que ce parti a fondé dans Ontario des associations destinées à boycotter les catholiques et les Canadiens français.

Est-il vrai que ce parti porte la responsabilité et la honte du martyre de l’Acadie ?

Est-il vrai que de nos jours, -des hommes encore en chair et en os, ont supprimé l'usage officiel de la langue française et les écoles catholiques du Manitoba, afin

d’artiver à fondre la race française avec la race anglaise ? Nier ces faits équivaudrait à nier l'existence du soleil.

11 est bien permis de contester ce que Dom Benoît dit de la faiblesse de l’Empire britannique, de ne pas admettre que l'extension territoriale développée démesurément peut devenir-pour lui un-véritable péril. Soit. Mais, est-ce un crime de croire à cette faiblesse, de prédire que cette prospérité, déjà longue de trois siècles, subira un jour ou l’autre des éclipses ? Prédire ou prévoir ces éclipses n’est pas les sothaiter. Signaler 1a décroissance probable du fanatisme des angloma-

Les emportements et les dénonciations que ces assertions ont provoqués sont done inexplicables et injustifiàabl

entre les mains d’un personnage éminent en janvier 1899. Pouvait-il, sans être non seulement un petit mais un grand prophète, faire allusion à une guerre qui n'a éclaté que douse mois plus

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tard, .et applaudir à des défaites qui étaient le secret

-de Dieu ?

On l'a traité de séditieur, comme s’il avait poussé les Franco Canadiens à imiter au Canada la conduite des Boërs en Afrique !

Ilest surtout une phrase écrite à la suite de l'annonce des revers possibles de l’Angleterre, qui a été fort exploitée : “ Canadiens français, levez ln tête, car votre rédemption est proche. ”

Prise isolément, cette phrase, il faut l'avouer, prête réellement le flanc à l'attaque. Mais, pour être juste, il faut la rapprocher du contexte. Alors elle s'explique

qui, dit-on, traite la province de Québec avec générosité.

Le reproche ne serait pas immérité s'il eût nié cette bbérakté. Mais encore une fois, il n'a pas -commis cette

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pas sa faute si, douse mois plus tard, les événements sont venus confirmer ses prévisions.

L'historien qui essaie de Jire l'avenir dans le passé et suppose qu’un peuple connaîtra un jour la. mauvaise fortune, ne fait pas plus un acte d’ingratitude qu’un acte de reconnaissance. 11 est historien, et comme tel, il peut annorcer des revers à sa propre patfie aussi bien qu'aux nations étrangères. Cette liberté, très légitime, ne justifie donc pas l’accusation d’ingratitude.

s’en est réservé le droit en sanctionnant la Constitution du Manitoba. ” Un mot, avant de terminer, du parallèle de Dom

Benoit entre la race française ct la race anglaise.

Car si la race anglaise a des défauts, elle a aussi de grandes qualités. Toute race du reste, a ses défauts et ses qualités. Si on peut mettre des guerres injustes au compte de l'Angleterre, on peut également sur ce point ineriminer la France. Toutes les guerres de Louis XIV et de Napoléon Ie n’ont pas été des guerres justes. Les nations ne sont pas plus parfaites que les individus dont elles se composent. ant, nous avons compris que, dans l'intention

de Dom Benoît, ce qu’il dit s'applique plutôt aux gouvernants qu’à la race prise en bloc. Quoi qu’il en soit, cette absence de mesure accidentelle ne justifie pas les injures. dont on l’a abreuvé, et n’ébranle nullement sa thèse. ‘ Une fois de plus, les injures ne sont pas des raisons et ne démolissent jamais une argumentation sérieuse.

Il me tarde de finir. C’est pourquoi je passesous silence beaucoup d’autres accusations portées contre Dom Benoît, comme d'ignoi-r l’Histoire du Canada, de ne pas comprendre les questions actuelles de ce pays, qu’il habite depuis une quinzaine d'années, de traiter ‘es questions hors de sa compétence, etc. Toutes ces allégations ne prouvent que de la mauvaise humeur. D'ailleurs, nous n’avons pas l’honneur d’être l'avocat du docte religieux. On sait généralement qu’il est fort capable de se défendre personnellement, et que s'il n’a pas présenté de plaidoyer, ce n’est point par impuissance.

Quant à l'abbé Gosselin, la seule reproduction de quelques fragments de l'étude de Dom Benoît, faite par la Semaine religieuse de Québec, avec la plus entière bonne foi et sans la moindre intention de blesser ses compatriotes d’origine anglaise, lui a valu les mêmes dénonciations. Deux semaines durant, il a pu entendre hurler une foule, composée des éléments les plus divers et tellement grande que personne ne pouvait la compter. Il l’a contemplée avec un sentiment de profonde pitié, et ses clameurs l'ont laissé impassible.

La loyauté du directeur de la Semvine religieuse

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de Québec, comme celle de tout le clergé canadien, n’a | pas besoin d’être défendue. Elle est même de meilleure

trempe que celle de ses accusateurs, sans en excepter un seul. :

la Semaine religieuse de Québec que L Providence

français, n’est pas de nature à nous faire regretter que

rançaise Maintes fois il a parlé de l'insurrection de 1837- 1838, et toujours en la qualifiant de folie criminelle. Plusieurs panégyristes de ce mouvement sont précisé. ment ceux qui l’ont dénoncé avec le plus de violence. 11 s'est également prononcé contre l'annexion et

lement traités avec équité. En réalité, jouissons,

sous sa protection, d’une entière liberté religieuse, civile

et politique. La plus précieuse de ces libertés, la liberté loi

“en faveur du maintien du:lien colonial, parce que sa . rupture aurait l’annexion pour conséquence. inévitable.

Or; l’annexion, au point de vue

L'histoire ancienne et contemporaine de notre pays en fournit de nombreuses preuves. Mais il importe de le remarquer, nos Anglomanes ne sont pas l’Angleterre. L'abbé Gosselin n’a jamais, que nous sachions, rait semblable confusion. Æ

Ces principes, M. Gosselin les à tous énoncés dans la Semaine religieuse de Québec. Ses positions sur ce terrain sont imprenables. Plût à Dieu que tous ceux qui

libres ? Qu’ la justice ?

Ils continueront de qu’on peut être parfaitement tout sens moral. !

1. Poursuivi, à la fois, pour libelle civil et criminel, en 1891; . lapidé, en > anglo-saxonne canadienne, à

Lorsque cette tempête éclata, l'archevêque de Québec était indisposé.' Aussitôt remis, il écrivit la lettre suivante, qui fit taire l’inepte bavardage de la présse, et calma immédiatement les flots. ‘

Québec, le 15 janvier 1900.

au Herald à mon sujet. Je mets de côté les éloges bien immérités que votre excellent cœur me décerne. La tempête grondait déjà ches vous et je n’en savais rien ; vous l’aves dissipée avant qu’elle soit arrivée

jusqu’à moi.

su moins un officier avisé, peut-être même sympathique au curé de Charlesbourg, car l'incident fut clos après une causerie téléphonique de soixante secondes.

- Le récente élévation de ce dernier à la prélature a sans doute enchanté tous les “ vieux amis ” qui lui ont ér6é les ennuis que j'ai relatés plus haut.

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“© tempora ! o mores ! ” suis-je tenté de m'’écrier

avec l’orateur romain, en constatant la désolante

facilité avec laquelle on formule contre le clergé et f

140 MÉLANGES HISTORIQUES leur en ont rendu le plus solennel et le plus cordial témoignage.

Rappelerai-je ici un Monseigneur Briand, qui, occupant le siège de Québec, au tournant de l’histoire de la Nouvelle-France, vivant tour à tour sous le drapeau fleurdelysé et sous l’étendard britannique, loyal d’abord au premier jusqu’à ce que sur les plaines d'Abraham tout fût perdu fors l’honneur, et puis transférant généreusement au second l'hommage de sa loyauté entière, usa de toute son influence sacrée, aux jours terribles de 1775, pour garder le Canada français fidèle à ses houveaux maîtres ? Et pourtant Dieu sait combien grande devait être la tentation pour les enfants de l4 France en Amérique d’unir leur. sort à cesenfants d’Albion moins serupuleux, moins loyaux qu'eux, —et ne pourrait-on pas ajouter ? — moins vilipendés et plus facilement pardonnés pour une révolte réelle et efficace que nous le sommes aujourd’hui pour une déloyauté chimérique. Bi les émisnires catholiques des Etats-Unis, si l'appel chaleureux des officiers français qui servaient la cause de l'indépendance américaine ne purent triompher des dernières résistances du peuple Canadien, c’est que la grande voix du chef de l’Egiise de Québec, invoquant les principes sacrés du respact dû à l’autorité régnante et stigmatisant du nom de ‘“ rebelles ” ceux qui se laissaient entraîner opposa à la révolution une barrière infranchissable. Et l'Angleterre, déjà spoliée de la plus riehe portion de son héritage en Amérique, dut à un évêque français la conservation . de ce, pays du Canada, l’un

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MÉLANGES HISTORIQUES 141 des plus précieux joyaux de la Couronne Impériale.

Que ne pourrais-je dire — si je: ne voulais être bref — d’un Monseigneur Denaut dent le dévouement à générosité, et d’un Monseigneur Plessis rappelant à ses diocésians, en 1807, ‘“ qu’il est impossible d’être

bon chrétien sans être sujet loyal et fidèle, ” et ‘ qu'ils :

seraient indignes de nom de catholiques et de Canadiens, s’ils montraient de la déloyauté ou même de l'indifférence, quand il s’agit de remplir leurs devoirs de sujets aux intérêts de leur souverain ou à la défense

du pays. ” C'est cet illustre prélat qui, en 1812, s’em- Canadiens

; ploya tout entier et réussit à maintenir les

fidèles à l’allégeance britannique. La même attitude

Puis aux jours i regrettables de . 1837-1838, c'est

Et si j’osais me citer moi-même, je pourrais répéter ce’ que j'ai dit en pleine France, en pleine- cathédrale

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de Reims — aux grandes solennités du 14ème centenaire du baptême de Clovis et des ses Francs — que, tout

contrées les plus libres de la terre.

Comme il est facile de le voir, l'histoire s’est répétée depuis la cession du Canada jusqu'à nos jours et elle se répètera ainsi tant qu’il Y aura un évêque catholique dans notre Canada. Nos bons amis semblent parfois l'oublier, la loyauté pour les enfants de l'Eglise du Christ, ce n’est pas une affaire de sentiment ou d'intérêt personnel, c’est un grave et rigoureux devoir-de conscience, découlant d’un principe sacré, immuable, éternel comme le divin Légisiateur. Qu'ils se rassurent

Parce que nos principes catholiques ne changent pas.

Comme question de fait, je n'hésite pas à dire qu’on ne saurait trouver, même dans la plus haute aristocratie anglaise, une série d'hommes qui aient été plus loyaux que les évêques, que le clergé de Québec, à la Couronne Britannique. Cela devrait suffire, ce me semble, pour nous mettre à l'abri d’imputations dénuées

Si jamais, — ce qu’à Dieu ne plaise — la question de l'annexion aux Etats-Unis

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en face de cette éventualité. J'aime à croire que nous n'aurions pas à rougir des nôtres en pareille occurence, : parte qu'ils sauraient encore une fois remplir leur devoir de loyaux sujets de Sa Majesté Veuilles agréer, Monseigneur, l'expression à ma vive gratitude et de mes sentiments les plus affectueusement dévoués en N.S

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