‹ Mélanges inédits de Montesquieu (volume 2)Chapitre 98 sur 118 · XXXVI · texte numérisé non relu

XXXVI

Je crois que le critique confond ici deux divisions, qui n'avoîent aucun rapport l'une à l'autre, quoique toutes les deux fondées sur les moyens et les facultés. La division de Servius Tullius subsista toujours et 15 comprit toujours toute la masse du peuple, et, dans cette masse, étoient compris les sénateurs et les chevaliers. Mais, les sénateurs et les chevaliers ayant augmenté leurs richesses, les chevaliers surtout faisant des grandes fortunes dans les fermes de ao la République, on les distingua par un cens particulier — ce qui n'empêchoit pas qu'ils ne fussent enrôlés dans les classes — , comme on les distingua par les places particulières au théâtre.

Ces deux ordres donnèrent, dans les occasions, as des secours particuliers à la République, parce qu'ils étoient plus en état de les donner que les autres citoyens, pour lesquels la proportion ordinaire étoit gardée. Mais je crois qu'il n'est point question de cela ici. Je crois que la loi Voconienne vouloit 30 seulement que les biens de ceux qui n'étoient point

dans le cens fussent regardés comme [de] si peu de conséquence qu'ils ne valoient pas la peine d'en exclure les femmes. C'est mon idée; c'est' l'idée la plus naturelle.

5 Le critique continue : « Le lecteur pourra deman* der pourquoi Cicéron insère une circonstance si vaine, concernant Annius Asellus, de ce qu'il n'étoit pas dans le registre des censeurs, neque census esset. Lorsque la loi Voconienne fut faite, chaque

}o citoyen étoit obligé d'être enrôlé toutes les fois que les censeurs faisoient le lustre, pour qu'il pût payer la proportion juste des taxes ; en empêchant (sic) les femmes de succéder à ceux qui étoient enregistrés dans le dernier lustre : c sanxit in posterunt : qui y post

15 » A.Posihuntium^ Q.Fulvium censores, census esset ^ » ne hœredem virginem neve tntdierem faceret t^ (Ciceroy In Verrem^ libre /, XLii). Cette gêne (ajoutet-il) où se trouvèrent les citoj^ns ne dura pas. On [Féludoit] de deux manières : l'une, en donnant son

20 bien à quelqu'un de confiance pour le rendre à son héritière, comme Cicéron (De Finibwi^ II, xvii) le dit; ou bien, en [ne] se faisant pas registrer dans le rôle des censeurs, comme il est dit ici d' Asellus. Les inconvénients qu'avoient ces deux expédients, lors-

25 que la loi fut faite, cessèrent lorsque le temps avoit été dégénéré (sic). Après la guerre de Macédoine, où les taxes cessèrent, et que l'office des censeurs fut exécuté avec nonchalance »; et lorsque Marins enrôla des gens de la plus basse classe, estimés seulement

30 par leurs têtes, dans les légions; quand l'office des

I, U Esprit des Loix^ livre XXHI, chapitre xxi.

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censeurs fut interrompu pendant seize ans, comme ça fut dans le temps de Cicéron '; lorsque les enrôlements ne prouvèrent pas qu'un homme fût un citoyen, la loi devint hors d'usage, et l'édit perpétuel du Préteur, qui fut fait tel l'an 686 de Rome, comme dit 5 Varron, l'abolit entièrement. >

Je ne sais comment l'auteur peut dire que la loi Voconienne étoit hors d'usage dans le temps de Cicéron, et qu'en 686 elle fut entièrement abolie par l'édit perpétuel du Préteur, puisqu'il paroît, même lo au lieu cité, qu'Auguste délivra certaines femmes des liens de la loi Voconienne, et que j'ai fait voir, dans le chapitre dont il est ici question, tous les degrés par lesquels on parvint à abolir la loi Voconienne ; ce qui ne fut fait que plusieurs siècles après. x5

Après avoir réfléchi sur cette loi, je dirai qu'il paroît, par Cicéron contre Verres, que tous ceux qui étoient dans le cens, qui ccftsus esset, à chaque lustre fait par les censeurs, ne pouvoient faire une femme ni une fille héritière. 20

Que veulent dire ces mots qui census esset? — L'objet de la loi même nous l'expliquera.

On sait que Servius Tullius divisa le peuple en six classes; qu'il mit dans les cinq premières ceux qui avoient des moyens, et rangea dans la dernière ceux 25 qui étoient sans fortune, et qui n'avoient pas

Cette dernière classe fut la plus nombreuse; mais elle n'avoit qu'une centurie, et elle n'étoit presque jamais appelée, comme je l'ai expliqué dans mes Romains. Cette dernière classe étoit faite plutôt pour 30

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