I. [Entre les lignes : ]... pcurra
La Constitution ayant été reçue en France, il étoit naturel de croire que la paix auroit dû suivre de là, et que les armes, de côté et d'autre, dévoient tomber des mains. Mais la malheureuse destinée de ce royaume a voulu que les deux partis allassent 5 examiner comment cette constitution avoit été reçue, et de quelle manière elle devoit être qualifiée dans l'Église et dans l'Etat: méthode qui ne pouvoit que rendre les disputes éternelles, parce qu'une qualification une fois accordée, on pouvoit toujours 10 disputer sur une autre; et cela, à l'infini.
L'auteur de ce mémoire avoue qu'il n'a point suivi avec attention toutes les choses qui se sont faites, de part et d'autre, sur cette matière; parce que tant d'intérêts personnels y ont été mêlés, ces 15 disputes ont été la source de tant de fortunes, tant de gens se sont accrédités par là, qui, sans ces disputes, n'auroient été rien dans l'État, ni dans l'Eglise, tant de gens même ont mêlé, à de très bonnes intentions, leurs préventions particulières, 20 enfin, il s'est fait tant de choses, et on a si peu avancé, qu'il semble que la sagesse a été d'ignorer même ce qui se passoit sous les yeux, et de laisser les têtes s'échaulïer, sans prendre de part à leur chaleur. 25
Tout ce qu'on peut dire, c'est que le Roi a de sages ministres dans son Conseil d'État, et sans doute bien intentionnés, et que c'est ce conseil qui doit être uniquement son Conseil de Conscience, et que les ecclésiastiques, quelque respectables qu'ils 3» soient par leur état et leur caractère, n'y doivent
MEMOIRE SUIi LA CONSTITLT[OX 233
avoir aucune influence, parce que, s'ils ont l'esprit du monde, ils ne sont pas en état de gouverner sa conscience, et que, s'ils n'ont pas cet esprit, ils sont encore moins en état de gouverner ses affaires, s Un des moyens qu'on pourroit peut-être employer seroit celui-ci : c'est que, la Constitution étant reçue en France, le Roi fît une déclaration qui porteroit que la Constitution est reçue en France et par tous les sujets du royaume, et qu'ainsi toutes les disputes
10 ont dû cesser; défense de disputer sur la qualification de la Constitution, et de soulever aucune dispute sur elle, jusques à ce qu'il ait plu au Pape de donner lui-même les qualifications; et se bien donner de garde de les lui demander, de peur que
15 cela ne renouvelle les disputes. La peine sera d'être traité comme perturbateur du repos public.
Une déclaration pareille fera nécessairement tomber les disputes, non pas en les ôtant, mais en les suspendant, et en renvoyant leur décision à un
20 temps où, les esprits étant refroidis et les cœurs a3'ant changé de passions, personne ne se souciera plus qu'elles soient décidées,
2° Tout sera réduit à des faits qui appartiendront nécessairement à la police extérieure. — Un malade
25 dira-t-il qu'il ne reçoit pas la Constitution? Le voilà, par la loi, perturbateur du repos public. — Un curé interrogera- 1- il un malade, s'il reçoit la Constitution? Le voilà déclaré perturbateur du repos public; — et même quelquefois tous les deux.
30 Mais quelle que soit la résolution qu'on prenne, il faut qu'elle soit pour toujours, et prendre garde à
ne rien faire qui puisse donner à un des deux partis occasion de renouveler les disputes.
Cette déclaration aura l'effet désiré, si l'on observe de mettre la distribution des bénéfices dans des mains impartiales, qu'on les refuse, sans retour, à 5 ceux qui auront donné dans des excès, et qu'on n'en accorde qu'à ceux qui se seront conduits avec de la sagesse et du sang-froid.
On observera, à cet égard, que les bénéfices où le Roi nomme, sont mieux entre les mains de la 10 noblesse que dans celles des petites gens, dans celles des gens éclairés que dans celles des ecclésiastiques ignorants; parce que tous les hommes aiment à se distinguer, et que les gens qui n'ont pas un certain mérite trouvent qu'il est plus aisé de se 15 distinguer par la chaleur que par les lumières et le savoir.
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