PORTANT DÉFENSES
DE FAIRE DES PLANTATIONS NOUVELLES EN VIGNES DANS LA GÉNÉRALITÉ DE GUYENNE
FAIT PAR M. DE MONTESQUIEU, LORS PRÉSIDENT AU MORTIER AU PARLEMENT DE BORDEAUX
Premier Principe.
Il se fait une beaucoup plus grande consommation de vins et eaux-de-vie dans les pa3^s étrangers qu'il ne s'en faisoit autrefois. Gela se prouve, d'un côté,
5 parce que le même peuple de Hollande, des Pays- Bas, d'Angleterre et du Nord, qui ne buvoit guère que de la bière, boit à présent beaucoup de vin; et, de l'autre, parce que, depuis trente ans, l'on a planté en Portugal des vignes pour vingt mille ton-
10 neaux de vin; que l'on a beaucoup augmenté les plantations en Italie, France et Allemagne, et que, cependant, on ne voit pas que les vins y soient surabondants.
D'ailleurs, les colonies de toutes les nations com-
13 merçantes d'Europe s'étant augmentées, la consommation des vins et eaux -de -vie y est augmentée
aussi, comme celle de toutes les autres denrées ou marchandises. Par exemple, nos colonies françoises consomment à présent huit à dix mille tonneaux de vin et n'en consommoient pas, il y a cinquante ans, la sixième partie. 5
Second Principe.
Les étrangers donnent aux vins de France la préférence sur ceux des autres pays.
Troisième Principe.
De tous les vins de France, ceux de la généralité 10 de Guyenne sont ceux qui conviennent le mieux aux étrangers.
Ce principe se prouve, comme l'autre, par l'expérience.
Quatrième Principe. ,5
Les étrangers tirent plus de vingt sortes de vins de la Guyenne pour différentes destinations. Il faut, pour les Anglois, des vins noirs, et qui, en même temps, aient beaucoup de force et d'agrément; il leur faut aussi des vins blancs, qui aient un feu 20 extraordinaire, et qui approchent du vin de Canarie; d'autres vins blancs, qui ne se distinguent que par une certaine sève, et moins forts. Il faut aux Hollandois des vins blancs très doux, de moins doux, et d'autres qui ne le soient point. Les peuples du Nord 25 veulent des vins rouges, noirs et rudes, et des petits