RUE MARGAUX
Montesquieu habitait rue Margaux, au mois de novembre 17 1 5 ; il n'y resta que jusqu'au commencement de l'année 1719.
Le II janvier 1716, son oncle le président, étant malade, fait un testament en son hôtel, rue Judaïque, paroisse Saint- Projet (actuellement rue de Cheverus), aux termes duquel Montesquieu est son héritier universel; il meurt quelques jours après.
Le 3 avril 1716, sur la proposition de M. de Navarre, Montesquieu est élu membre de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux, qui était alors composée de MM. Antoine- Alexandre de Gascq, président à mortier au Parlement; J.-B. de Caupos, vicomte de Biscarosse, conseiller au Parlement; A. -J.- Hyacinthe Leberdion, président à mortier; Jean-François Melon, le célèbre économiste, inspecteur à Bordeaux des fermes du roi; Frcmçois Bellet, docteur en médecine; l'abbé Jules Bcllet; Cardoze, médecin, qui laissa sa bibliothèque à l'Académie; de César, conseiller au Parlement; Pierre-Éloi Doazan, médecin; le R. P. Fau, religieux de la Merci; Joseph de Navarre, conseiller à la Cour des Aides; l'abbé Olivier; l'abbé Sabathier, professeur de philosophie au collège de Guyenne; Isaac de Sarrau de Boynet, littérateur et amateur de musique; Sarrau de Vézis et de Pichon, frère du précédent; l'abbé Descors, chanoine de Saint- Seurin; le R. P. Rose, jésuite. Montesquieu devint le dix-huitième membre de cette Société qui rendit de si grands services à Bordeaux.
Jean -Baptiste de Secondât, lils de Montesquieu, était né à Martillac, près de La Brède, le i3 février 17 16. Le 20 mai 17 16, Montesquieu obtient des lettres de dispense d'âge pour succéder à son oncle dans la charge de président à mortier; ses lettres furent enregistrées au Parlement le 12 juillet 17 16.
RUE DU MIRAIL
Le projet d'Histoire physique de la Terre dut être lancé au début de l'année 17 19 : Montesquieu n'habitait plus rue Margaux k la fin du mois de mai. Le baron de Marcellus louait au Président, le 10 mai 1719, un grand corps de logis de sa maison sise rue du Mirail, Le bail, qui était de neuf années, partait du mois
de juin 17 19 pour finir le 31 mai 1728, moyennant le prix de neuf cent cinquante livres par an.
En 172 1 parurent les Lettres persanes.
Le 12 janvier 1723, Montesquieu dut assister au mariage de la sœur de son condisciple et ami J.-J. Bel, qui épousait le conseiller de Razens et eut pour fils le poète Saint-Marc de Razens. M. de Boucaud, conseiller au Parlement, devait, après le décès de J.-J. Bel, être le tuteur du jeune Saint- Marc, dont le père était mort.
Les lettres de dispense d"àge qu'avait pu obtenir Montesquieu en 17 16, lui permettaient de jouir du titre de président à mortier et de certaines prérogatives attachées à cette charge; mais d'après les Ordonnances, il ne pouvait présider qu'à l'âge de quarante ans. Il obtint le 3 juillet 1723 de nouvelles lettres de dispense lui permettant de présider, bien qu'il ne fût âgé que de trente- quatre ans et cinq mois.
Le Temple de Guide lut publié en 172^.
Le !':'■ mai 1725, Montesquieu lisait à l'Académie de Bordeaux un Traité général des devoirs do Vliotninc. Le 25 août, il communiquait à la même Académie un Discours sur la différence entre la Considération et la Réputation, qui va être incessamment publié en entier pour la première lois froir page $"]).
FAUBOURG DE SAINT- SEURIX AU DOYENNÉ (Allées Damour.)
Le frère de Montesquieu, Joseph- Secondât de Montesquieu, prenait possession du Doyenné de Saint-Seurin le 30 juillet 1725; deux mois après environ, le Président logeait avec lui dans la vaste maison du Do5'enné. Cette maison, située sur l'emplacement compris entre la me du Manège et la rue Ségalier, d'après les plans retrouvés par M. Lapierre, géomètre de la Vide, était sur le point placé vis-à-vis de la statue de Vercingétorix.
Au Parlement, Montesquieu prononce le 12 novembi-e 1725 un discours, resté célèbre, Sur l'équité qui doit régler les jugoner.ts et Vcxéciition des lois. A l'Académie, il disait, trois jours après, un Discours sur les motifs qui doivent nous encourager aî/.v sciencjs.
Montesquieu aimait les vo^-ages; il allait presque tous les ans à Paris passer quelques mois, qu'il employait à faire des obser- \ations, à servir les intérêt? du Parlement et plus particulièrement
ceux de l'Académie. Afin de suivre plus librement ses goûts, il vendit sa charge de président à mortier à M. d'Albessard, le 8 juillet 1726, à la condition que cette charge reviendrait à son fils, à la mo t de l'acquéreur, qui avait alors cinquante et un ans.
Marie -Josèphe- Denise de Secondât, fille cadette de Montesquieu, naquit à Bordeaux le 23 février 1727. On sait qu'elle aida son père dans ses travaux, en lui lisant les livres que sa mauvaise vue ne lui permettait plus de lire lui-même sans fatigue ; il l'appelait son cher secrétaire et eut pour elle une vive affection.
Le 24 janvier 1728, Montesquieu est élu membre de l'Académie française; la même année il commença sesvoj'ages en Allemagne, en Hongrie, en Italie, en Hollande et en Angleterre. Il a laissé la relation d'une grande partie de ses vo5-ages, dont le manuscrit remplit six cent trois pages petit in-40. Cette précieuse relation sera prochainement publiée par M. le baron Albert de xMontesquieu.
Les Considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence des Romains parurent en 1733. Montesquieu avait déjà lu à l'Académie de Bordeaux, en 1716, ime dissertation sur la Politique des Romains dans la religion.
Le 30 janvier 1737, le fils de Montesquieu, J.-B. de Secondât, est reçu conseiller au Parlem.ent de Bordeaux. Il n'avait aucun goût pour les fonctions judiciaires. Il refusa de prendre la charge de président à mortier à la mort du président d'Albessard. Montes;.quieu, qui lui avait réservé cette charge, lut sur le point de la reprendre lui-même; il le déclarait à son ami l'abbé de Guasco, le 28 mars 1748: < Je souhaite ardemment de vous trouver de retour à Bordeaux quand jy arriverai, lui écrit-il, d'autant plus que je veux que vous me donniez votre avis sur quelque chose qui me regarde personnellement. Mon fils ne veut pas de la charge de président à mortier que je comptais lui donner. Il ne me reste donc que de la vendre ou de la reprendre moi-même. C'est sur cette alternative que nous conférerons avant que je me décide; vous me direz ce que vous pensez <i]>rès que je vous aurai expliqué le pour et le contre des deux partis à prendre; tâchez donc de ne pas vous faire attendre longtemps. > Il ne put se résoudre à aliéner de nouveau sa liberté; il vendit sa charge à M. le président Le Berthon, pour la somme de cent trente mille livres, et il continua à séjourner tour à tour à La Brcde, à Bordeaux et à Paris.
Marie de Secondât, fille aînée de Montesquieu^ épouse, le ig novembre 1738, Vincent de Guichaner d'Annajan, chevalier d'honneur de la Cour des Aides de Bordeaux. Joseph de Montesquieu, le do3'en de Saint- Seurin et abbé de Faize, célébra le mai'inge de sa nièce dans la chapelle du château de La Brède.
APPENDICE 7j
S ou
<• Je SUIS a Bordeaux depuis un mois et j\- dois rcstcf froi^ u» quatre mois encore, > écrivait Montesquieu ù l'abbé Nicolini le 6 mars 1740. Il dut rester longtemps eu ville cette année-U. ' le 24 août 1740, il signait dans riiOtel de M. de Mons le contrat de mcinage de son lils qui, six jours après, épousait Marie-Catherine. Iherese Je Mons. Le frère de Montesquieu célébra cette union assiste de M. O. Sullivan, prêtre irlandais attaché à la paroisse Samt-Christoly.
Montesquieu rassemblait depuis plusieurs années les matériaux qui devaient lui servir à composer V Esprit des Lois. Ses lectures ses conversations, les obser^•ations faites pendant ses voya-es avaient préparé ù rédiger son œuvre. Il écrivit de La B^èdc à laobc de (juasco: «Je serai en ville après-demain. Ne vous engagez pas à dîner, mon cher abbé, pour vendredi; vous Êtes invite chez le président Barbot. Il faudra v être arrivé ù dix heures précises du matin, pour commencer la lecture du "-rand ouvrage que vous savez. On lira aussi après dîner; il n'v^aura que vous, avec le président et mon fils. Vous v aurez pleine liberté de juger et de critiquer. >
Le II mars 1745, Montesquieu marie sa fille cadette, Denise avec Goclelroy de Secondât, qui devint baron de Montesquieu a la suite de la cession que lui fît J.-B. de Secondât en 1756 en lui remettant, selon la volonté de son père, la baronnie de Montesquieu, en échange d'une partie de la dot de Denise. De ce manage est né Joseph- Cyrille de Secondât de Montesquieu grand -pire des descendants actuels du Président. '
Montesuuieu préparait toujours la publication de VEsprit des Lois; il écrivait à l'abbé Nicolini : <: Depuis deux ans que je suis ici, j"ai continuellement travaillé à la chose dont vous me parlez mais ma vie avance et l'ouvrage recule, à cause de son immensité ; vous pouvez être bien sxlr que vous en aurez d'abord des nouvelles. *
En 1748 parut cnfiji VEsprii des Lois.
Le doyen de Saint- Seurin avait fait d'excellentes études au coUoge de Juilly. Montesquieu, logeant avec lui au Dovenné, dut lire a son frère, dès qnil les composait, les pages de VEsprit des Lois, avant même de les communiquer à son ami Barbot et à l'abbé de Guasco. Le président de Gascq, membre de l'Académie, dont le jardin touchait celui du Doyenné, dut aussi Être consulte; on en trouverait peut-être la preuve dans les papiers que sa famille a pu conserver.
Un bail de location passé, le 15 janvier 1749. par Montesquieu avec un chanoine de Saint- Seurin, Jean de Lachausse, pour un appartement situé rue xMargaux, pourrait faire croire que Montesquieu était revenu loger rue Margaux. La modicité du prix de
location, Texiguïté du local décrit dans l'acte et surtout plusieurs actes de même date et postérieurs, indiquant que Montesquieu habitait toujours avec son frère, permettent d'admettre qu'il avait loué ces appartements pour offrir l'hospitalité hors du Doyenné soit à de Guasco, soit à Venuti ou à d'autres étrangers dont il recevait fréquemment la visite à Bordeaux et à La Brède.
Le 22 novembre 1749, naît à Bordeaux le petit -fils de Montesquieu, qui embrassa la carrière militaire, servit dans la guerre de l'Indépendance américaine, comme aide de camp du chevalier de Chastellux, et fut colonel des régiments de la Couronne et de Cambrésis, émigra en Angleterre pendant la Révolution, s'y maria avec miss Marie -Anne Mac Geoghegan O'Neil, d'une ancienne famille irlandaise, etmoun.it sans enfant le 29 juillet 1824 au château de Bridge Hill, près la ville de Cantorbér}-.
Le 26 novembre 1750, Montesquieu fait son testament à Paris avec la préoccupation d'avoir des héritiers de son nom; c'est de cette même préoccupation qu'était venu l'engagement pris envers le mari de sa fille Denise au sujet de la baronnie de Montesquieu.
En 1754, Joseph de Montesquieu, le doyen de Saint-Seurin, meurt à Barèges. Son frère dut chercher de nouveau un logement; il le choisit rue Porte-Dijeaux, près de l'ancien Manège appartenant aux Carmélites. M. Lapierre, géomètre de la Ville, a pu retrouver exactement la place occupée autrefois par cette dernière habitation du président de Montesquieu. Le bail passé avec les Carmélites le fut le 18 décembre 1754, pour neuf années. — On sait que Montesquieu mourut moins de deux mois après, le 10 février 1755, à Paris, dans son logement de la rue Saint- Dominique.
Le cadre de cette rapide biographie de Montesquieu ne permettait pas de faire ressortir le bien que l'illustre auteur de VEsprit des Lois a fait à son pays et plus particulièrement à Bordeaux. Au moment où un nouvel hommage d'admiration va rappeler son souvenir à nos mémoires, nous croj-ons devoir ajouter ici im rapide exposé des titres qu'il a à notre reconnaissance, enfaisant comiaître les senùces rendus par lui à l'Académie, services dont nous profitons encore, au commerce bordelais et à l'acrriculture.