‹ Mélanges inédits de MontesquieuChapitre 147 sur 150 · MONTESQUIEU A L'ACADÉMIE DE BORDEAUX · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU A L'ACADÉMIE DE BORDEAUX

Le jour de sa réception à l'Académie, le i^r mai 1716, Montesquieu disait dans son discours : « Lié avec plusieurs d'entre vous par les charmes de l'amitié, j'espérais qu'un jour je pourrais entrer avec eux dans un nouvel engagement, et leur être uni par le

yÔ APPENDICE

commerce des lettres, puisque je l'étais déjà par le lien le plus fort qui fût parmi les hommes. » Il resta fidèle à cet engagement jusqu'à la fin de sa vie; les preuves de ce fait sont nombreuses.

Paris l'attirait assez souvent, mais il n'en aimait pas moins sa province: «Qu'on se défasse surtout, disait-il en 1717, de ce préjugé que la province n'est point en état de perfectionner les sciences et que ce n'est que dans les capitales que les Académies peuvent fleurir. > Il fait connaître le but qu'il a poursuivi toute sa vie, dans son Discoitt-s sur les motifs qui doivent nous cucotcrager aux sciences : <-. Le commerce, la navigation, l'astronomie, la géographie, la médecine, la physique ont reçu mille avantages des travaux de ceux qui nous ont précédés : n'est-ce pas un beau dessein que de travailler à laisser après nous les hommes plus heureux que nous ne l'avons été?.>

Il encourage ceux qui désirent travailler en fondant un prix d'anatomie en 17 17, et donne pour cela une médaille d'or de ti'ois cents livres. — Il recrute des membres distingués pour l'Académie; ce fut lui qui présenta son ami, le président Barhot, qu'il déterminait en 1750 à enrichir la bibliothèque de l'Académie par e don de bons et nombreux livres qu'il possédait et que la Bibliothèque de la Ville conserve. — Ce fut lui qui engagea J.-J. Bel à entrer à l'Académ.ie et plus tard à léguer à cette Société ses livres et l'hôtel qui appartient encore à la Ville. Il assistait régulièrement aux séances quand il était à Bordeaux; à Paris, il servait les intérêts de l'Académie auprès des ministres et des protecteurs.

En 1720, le duc de La Force charge le président de Montesquieu, avec MM. de Caupos et de Sarrau de Boynct, de choisir une maison ou un emplacement convenable atin d'y bâtir un logement pour l'Académie ; il donne pour cela soixante mille livres en billets de la banque royale. La débâcle de Law empêcha cette acquisition.

L'intendant et les jurats de Bordeaux projetaient de construire un quai à maisons uniformes, de la porte Bourgogne à la porte du Chapeau-Rouge, et une place royale. Montesquieu apprend, à Paris, que des démarches sont faites pour obtenir l'appui des ininistres pour l'exécution de ce projet; il s'empresse d'écrire à l'Académie, lui indique comment elle doit agir auprès du protecteur, M. de Morvilie, afin qu'il réclame, sur les terrains à construire, une maison convenable pour ses réunions. Grâce à l'intervention de Montesquieu auprès du ministre, la demande fut sur le point d'aboutir : un mémoire et un plan transmis par le duc d'Anlin à Tarchitecte de Cottes montrent comme étant destinée à l'Académie la maison située en face de la fontaine des Trois -Grâces

— le belvcJer devant servir aux observations astronomiques. Mais si ce projet cclioua, Montesquieu obtint, par Tintermédiairt; de M. de Morvillc et de l'intendant, un logement convenable dans l'Hôtel de Ville en 1731. — L'Académie quitta ce logement en 1739 pour prendre possession de l'hôtel de Jean -Jacques Bel. Aujourd'hui, en quittant l'hôtel Bel, elle recevra' encore une généreuse hospitalité dans l'Athénée, que la Ville a fait édifier pour le service des Sociétés bordelaises, bien plus nombreuses qu'en 1 73 1 .

C'est à Montesquieu que la ville de Bordeaux doit d'avoir sur

terrain vacant devant cet hôtel, — et prétendait bâtir sur ce terrain en ne laissant qu'un passage sous un arceau. — Montesquieu va à Paris, agit et fait agir ses amis, et il obtient du Conseil du roi le don à l'Académie de toute la façade actuelle, qui donne à l'immeuble une valeur autrement grande que cel e qu'il aurait eue s'il avait été réduit à l'hôtel Bel caché dans l'intérieur.

L'intérêt de la science, celui du public ne cessent d'occuper Montesquieu; tantôt il cherche à Paris un astronome pour l'envoyer à Bordeaux enseigner à faire les obser\'ations astronomiques, — tantôt il engage l'Académie (en 1741) à faire des cours publics et gratuits de mécanique et de phj-sique. — Il la met en rapport avec des Sociétés étrangères et attire à elle des correspondants utiles.

En 1742, il écrit au président de la Société r05'ale de Londres : «Je suis actuellement à Bordeaux, où je jouis des douceurs do mes amis et de ma patrie. M. le président Barbot, secrétaire de notre Académie, est un des hommes du monde que j'aime le plus. » <; Notre Académie de Bordeaux ne laisse pas que de commencer à fleurir, soit par un grand nombre de personnes distinguées qui en sont, soit par les bienfaits et les dons que quelques membres de cette Société lui ont faits, qui la mettent en état d'encourager les sciences. J'}- ai presque tous les amis que j'ai dans ce pa^-s-ci, et il me semble que je serais charmé si je vous voyais en augmenter le nombre. >

Venuti, qui a écrit un intéressant volume sur les anciens monuments de la ville, avait été attiré à Bordeaux par Montesquieu. Les questions qu'il lit mettre au concours, celles qu'il traita luimême prouvent combien il se préoccupait de répandre le goût des choses utiles.

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