DES PRINCES
Les princes les moins belliqueux ont été les plus politiques. Je trouve que nous avons perdu de (sic) ce que les princes ne vont plus à la guerre. Il s'est formé de là un autre talent pour les princes, qu'ils
10 ont mis en usage, chacun voulant se signaler dans son état : c'est une politique raffinée qui consiste à se tromper les uns les autres. L'expérience nous ayant fait connoître que les princes qui ont le plus gardé leur cabinet ont été les plus fourbes, parce
15 qu'ils ont fait consister leur mérite personnel en une politique raffinée, au lieu de la mettre en franchise et courage.
Je trouve, dans notre histoire, deux actions d'une grande probité : celle de Louis-le-Jeune, qui, répu- 20 diant Aliénor, lui rendit sa duché de Guyenne; celle de saint Louis, qui rendit la même duché aux Anglois, de son propre mouvement, dès qu'il fut persuadé qu'il la détenoit injustement. On a peu loué ces deux actions, quoiqu'elles soient dignes d'une gloire immortelle.