‹ Mélanges inédits de MontesquieuChapitre 86 sur 150 · LETTRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LETTRE TROISIEME

Les Dieux irrités contre Sicyone envoyèrent, une 15 nuit, un songe à Alcamène. Il crut qu'il étoit le maître de tous les trésors de l'Univers. Ce songfe fut la cause de la misère publique.

Cependant Thémis ôta son bandeau et vit que, de tous côtés, on élevoit, dans Sicyone, des temples à io Plutus : « Mortels, s'écria-t-elle, méfiez-vous du Dieu que vous servez. » Mais elle fut elle-même chassée de son temple; elle se tut et ne rendit plus ses oracles. Dans une nuit, tous les autels de Plutus furent renversés, ses prêtres prirent la fuite, et tous ceux 25 qui avoient suivi son culte furent livrés en proie aux quatre Titans.

Apollon, irrité contre Alcamène, lança contre lui mille traits empoisonnés. Couvert d'une espèce

d'égide, il rioit de l'impuissance de ce Dieu. Les traits qui venoient jusqu'à lui s'émoussoient et tomboient à terre. « Dieu téméraire, dit-il, je ne t'apaiserai point par des présents; je ne t'irriterai point par ma colère. On ne te conjure que par les mépris. » 5

Un homme d'une naissance obscure fut reçu dans la maison d'Alcamène. Il en fut regardé, d'abord, avec mépris, et ensuite, sans avoir passé par la considération, il obtint la confiance. Fier d'avoir eu part à ses secrets, il fit des demandes téméraires et les 10 obtint. Bientôt Alcamène, lassé du commandement, remit dans ses mains la souveraine puissance. L'ambition de ce favori de la Fortune croissoit par l'excès du bonheur. Mais une Déesse à qui il n'avoit jamais rendu qu'un culte profane lui envoya une maladie is qui fit évanouir tous ses projets.

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