XXXVII. TRACY. — ÉLÉMENTS D'IDÉOLOGIE
pouvaient-ils rester indifférents pour ceux dont le but est d'indiquer les moyens de nous diriger plus sûrement dans nos recherches, et où Ton puise ces moyens dans la seule source qui puisse les fournir, dans la connaissance approfondie des procédés de Fentendement humain? S'il est une étude intéressante pour l'homme qui ne veut pas traverser la vie sans se faire une idée juste de ce qui s'y passe sous ses yeux, c'est indubitablement celle-là.
La science qu'elle a pour objet, porte encore le nom d' idéologie j qu'elle a reçu à l'Institut national, en l'an IV de la république. Ce nom passera peut-être comme beaucoup d'autres. Mais le nom ne fait rien à la chose ; et la science ellemême n'en paraîtra pas moins indispensable à quiconque voudra se rendre compte du mécanisme des langues et de celui du raisonnement : ou plutôt elle embrasse à la fois, comme l'établit le sénateur Tracy, la connaissance de la formation des idées, celle de leur expression et celle de leur déduction ; c'est-à-dire que Y idéologie n'est complète que lorsqu'on y joint la grammaire et la logique, dont la première partie, ou la connaissance de la formation des idées, peut seule éclairer les procédés, et par conséquent tracer les lois.
Il est aisé de voir que l'idéologie n'est point la métaphysique ancienne ; elle en montre au contraire la futilité : elle ne se nourrit point de vaines abstractions, car elle a fait disparaître au contraire toutes celles sur lesquelles on raisonnait comme sur des êtres réels ; en les ramenant aux êtres individuels ou aux phénomènes dont elles ne sont que l'expression générale, elle a démontré qu'il n'y avait rien de plus futile que tant do profondes recherches sur leur nature ou leur essence, puisqu'elles n'ont d'existence que dans notre esprit : enfin elle n'enfante point de systèmes chimériques, elle n'est point ellemême un pur système, comme quelques personnes croient encore pouvoir l'affirmer ; puisqu'elle les bannit tous indistinctement, qu'elle se fonde, comme les autres sciences naturelles, sur l'observation et l'expérience, et qu'elle n'adopte dans
MÉLANGES DK VEV FHANÇOIS THUHOT.
»a ihéorie que les résultats direcls et nécessairos des fait» ; comme elle ne reconnaît pour vnii dans les théories de toutes les sciences quelconques et de tous les arts, que ce qui s'y trouve déduit d'après les mêmes règles de raisonuemeiit.
Le sénateur de Tracy oi;cupe un rang distingué parmi les philosophes qui, dans ces derniers temps, ont le plus contribué aux progrès de celte science ; c'est mèmt- lui qui a proposé, à la seconde classe de l'Institut national, le nom qu'elle porte maintenant (1). Plusieurs mémoires qui se trouvent dans les premiers recueils de cette société savante l'ont fait connaître pour un exocllenl esprit et pour uu analyste plein do sagncilé. Mais il y a loin, quelque importance qu'aient d'ailleurs les questions, do ces disserlatious isolées et partielles, à un ouvrage élémentaire dans lequel lo cercle entier d'une science est embrassé. Avant les É/émenls rTidéo/oyie du sénateur Tracy, beaucoup de bonnes idées sur l'élude do renloadement avaient été exposées par des écrivains du premier mérite ; mais il n'existait pas de corps d'ouvrage où ces idées fussent coordonnées dans un ensemble complet: il est le premier qui ait tracé ce grand tableau; il l'a fail en profitant des vues de ses devanciers, soit pour les adopter, soit pour les combattre ; et il en a proposé un grand nombre entiëremenl neuves, et qui, s'enchatuant d'une manière naturelle avec celles qui sont reconnues pour les plus incontestables, portent un grand caractère de vérité.
Peu de temps après la publication des Élémetits d'idéologie proprement dite, c'est-à-dire de cette partie qui traite de la formation des idées, le sénateur Tracy Ri paraître %& Gratnmaire, qui forme, comme nous l'avons déjà dit, la seconde partie de l'ouvrage total. Ce nouvel écrit, plein d'idées plus neuvesencore et d'analyses plus profondes que le premier, quoique toujours
(1) [Sciences momlea et poliliqtiet 11 es( singulier qae, dans nn article sur ud own.gt publié en'ISOt, Tburot ail «cril que \b. teeonde elaut de l'inalilut portait maintenant le nom de ctanse des tciennes moralet et fioliti^uei. Un décret du 1 pluviôse an XI (£3 janvier 1803) avait ilivisê l'Institut en quatre classes, dont la seconde portail le titre de classe de la langue et de la HtHrature françaâe, tl •upprimé la elcute des seienees morales et poliliquei.]