‹ MélangesChapitre 199 sur 269 · XXXVI. TOUSSAINT. ^ DES SIGNES · texte numérisé non relu

XXXVI. TOUSSAINT. ^ DES SIGNES

davantage à reconnaître quelles sont les acceptions des termes communs à la langue philosophique et au langage ordinaire, que le vulgaire applique et comprend le mieux.

Si M. Toussaint nous a paru avoir trop restreint la signification du mot intelligence^ il nous a semblé, d'un autre côté, avoir donné trop d'extension à celle du mot abstractionj lorsqu'il appelle abstraction individuelle l'opération par laquelle nous connaissons les différents êtres ou objets individuels qui s'offrent à nos sens, pour l'opposer à celle par laquelle nous unissons sous un même nom les qualités communes à plusieurs individus, ou à tous ceux d'une même espèce, opération qu'il nomme abstraction collectice. Peut-être nos sens, tant que nous n'avons l'usage d'aucun signe d'institution, ne nous servent-ils qu'à faire de véritables synthèses, en nous donnant la connaissance des objets individuels ; peut-être l'abstraction proprement dite ou le langage est-il notre seul et véritable instrument d'analyse. Nous bornerons là nos observations critiques sur la première partie de l'ouvrage de M. Toussaint, et nous ajouterons qu'en les supposant fondées, nous n'en reconnaissons pas moins des vues fines et ingénieuses et un mérite très-réel dans le travail de cet écrivain sur la philosophie du langage.

Nous rendrons la même justice à ses considérations sur la morale. Seulement nous remarquerons que Vamour de soij que M. Toussaint admet comme un principe régulateur et fondamental dans cette partie de la philosophie, nous parait, du moins comme expression, n'avoir pas à beaucoup près toute la justesse désirable. Quoique, par la manière dont l'auteur s'exprime sur ce sujet, on doive reconnaître qu'il en a des idées, en général, fort justes, on voit en même temps que ce prétendu principe ne se prête ou ne s'accommode que très-difficilement à l'explication des phénomènes. L'amour de soi ne peut guère, de quelque manière qu'on s'y prenne, faire comprendre les actions les plus héroïques, les sacrifices les plus magnanimes, que les hommes véritablement vertueux sont quelquefois dans le cas de faire à l'amitié, à la patrie, à l'humanité. Nous ne

croTOiuipaB doo plus que la puissance magique attachée aux moU bn tlu devoir suffise pour opérer ces nobles et touchantes merveilles, comme le veulent les knntislos qui ont enchéri sur l'exagération m£me des stolôens. l'cut-ètrc faut-il, pour cxpliqoer plus clairement les faits de l'ordre noral, recanrir à bM observation plus BDÎvie et plus 'apjHx^oDdie de U nalw» hnmaine qne ne l'ont Ut ces diverses sectes de ^Igsophes. n parait eerlain que la ruson, la s^uibilîlé, le hiH gage, ou, pOur mieux dire, tontes les fiimltés de l'homme. j entrent chacune pour sa part ; mais c'est cette paît qn'il fatitt tâcher de déterminer,' c'est le concours de ohacooe des' benUés qu'il s'agit de montrer avec évidence, dont il faut essa]^ d's^ préder le degré avec quelque prédsion; et noos avouom qoe noos ne connûssons encore rien de complfctoBiatt fitinhisanl en ce genre.

Éléments d'idéologie, par A.-L.-C. Destctt-Tract, sénatèor.

2' édition, à Paris, chez Courcier, imprimeur libraire, quai des Augustins. [Décade, an XIII, 1" trimestre, 20 frimaire (10 décembre 1804), p. 449.)

Lors de la première publication de cet ou%Tage, nous en avons rendu compte avec empressement (t). L'importance des questions qui y sont agitées, et la manière supérieure dont l'auteur a traité ce sujet, malheureusement trop neuf pour un grand nombre do lecteurs, méritaient toute notre attention. Les auteurs d'un journal où l'on a toujours considéré, dans les ouvrages de tout genre, leur utilité directe, ou l'inQuence plus éloignée qu'ils pouvaient avoir sur les progrès de la raison,

(1) Voytt les deux extraits «ur le Projil diUmenti eTiiUolofit [ci-deMoi,

p. 281 et ïUiTantc*].

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