‹ MélangesChapitre 234 sur 269 · III. APOLOGIE DE SOCHATE. — PRÉFACE. S · texte numérisé non relu

III. APOLOGIE DE SOCHATE. — PRÉFACE. S

ment ces significations abstraites et figurées ont toujours une analogie plus ou moins sensible avec la signification simple et primitive ; faire connaître les usages, les événements ou les personnages de l'antiquité auxquels Técrivain fait allusion ; entrer dans quelques détails de discussion sur les passages obscurs ou altérés, qui ont embarrassé les éditeurs précédents, afin de donner aux jeunes gens quelque idée de la critique littéraire, des études et des réflexions qu'elle exige de la part de ceux qui s'y livrent, et de leur faire connaître quelles obligations nous avons à Térudition, trop vantée peut-être et trop admirée autrefois, mais bien certainement trop dédaignée et surtout trop négligée aujourd'hui. Voilà ce qu'on a fait en France, dans le temps que l'étude des lettres grecques et latines y était florissante ; voilà ce qu'on fait encore de nos jours en Allemagne, en Hollande, et même en Angleterre, où cette étude a été moins négligée que chez nous ; en un mot, voilà ce que j'ai désiré qu'on trouvât à peu près dans les notes que j'ai jointes aux traités de Platon et de Xénophon, que j'offre aujourd'hui aux jeunes gens qui commencent l'étude de la langue grecque.

Sans doute, ce serait à des hommes plus habiles que moi et plus versés dans la connaissance de cette belle langue, ce serait à des hommes tels que MM. Coray, Chardon-la-Rochette, Clavier, etc., qu'il conviendrait d'enrichir notre pays par d'excellents ouvrages en ce genre, et de ranimer chez nous les bonnes études. Mais, livrés à des travaux d'un plus haut intérêt pour leur gloire et pour la science elle-même, leurs écrits s'adressent plutôt à ceux qui savent déjà beaucoup qu'à ceux qui commencent à apprendre. Cette considération et l'obligation où je me suis trouvé d'enseigner moimême la langue grecque dans Técole que je dirige, m'ont déterminé à publier cet ouvrage destiné à servir de texte à mes leçons.

J'ai choisi V Apologie de Soc?*ate et le C;v7o« de Platon, parce que, indépendamment de l'éloquence sublime qui brille dans ces deux écrits , ils respirent la morale la plus pure et la plus élevée ; ils sont remplis de sentiments nobles et généreux, ils inspirent cette fermeté d'âme, cet amour profond de la justice et de la vérité, dont on ne saurait trop souvent et trop tôt entretenir la jeunesse. J'y ai joint un fragment du Pkédon, contenant tout ce qu'il y a d'historique sur la mort de Socrate , et V Apologie de ce philosophe par Xénophon, pour compléter ce que l'antiquité nous a laissé de plus authentique sur ce jugement fameux dont l'iniquité devait retentir jusque dans la postérité la plus reculée.

Socrate périt victime de son aèle pour la vertu et pour la vérité^

APPEXDICE.

de son amour pour la sagesse, ou , comme il le dit lui-m6mc , pour la philosophie ; et, depuis ce tcinpt, cette philosophie sublime s été, pour ainsi dire, l'objet du culte de tout ce qu'il y a eu d'hom--

• éclairés et vertueux dans tous les siècles et chez toutes lesnations ; et il n'y a eu que les méchants ou les insensés qui l'aieot' pursécutée, ou qui aient alTecté de l'outra^r dans leurs discours et' dans leurs écrits {t).

En effet, pour ne parler que de Socrate, qui fut l'un des plus ardents propagateurs de la philosophie, et l'un de ses pins illustres martyrs, royeï à quel degré de délire et d'absurdité sont descendus

X qui. dans tous les temps, se sont mnntrés les ennemis et les accusateurs de ce grand homme. Voyei un Polycrale éiTÎre le paufrgj'rique de Busiris, de la même main qui avait tracé l'accusation de Socrate peu de temps après qu'il eut subi sa condamnation; voyez, mgt siècles après, Jérôme Cardan, aussi auteur d'une accusation de Socralo, faire également le panégyrique du plus horrible monstre qui ait jamais monté sur un tr6ne ; on un mot, de Néron. Comme h'iI avait été de la destinée de ceux qui se déclaraient les ennemis du Sucrate, d'étro on môme temps les défenseurs et \ei apologistes de tous les vices oL do tous les crimes !

11 faut pourtant l'avouer, la conduite et les opinions do ce sage Athénien ont donné lieu îi des objections qui ne paraissent pas tout h fait dénuées de fondement : pent-eire lui a-t-on reproché avec justice l'espèce d'affectation qu'il mettait ftnégligerou à dédaigner les différents genres de connaissances qui lui étaient peu familières, parce qu'il s'était plus spécialement livré à l'étude de la morale. 11 nevitpasqueles vérités de tous les genres ont, dans l'esprit humain, un lien commun, une sorte d'affinité , si l'on peut s'exprimer ainsi,

(I) J'entenda Ici, par le mot de philosophie, la rechercha des vérilàa de touU espèce qui peuvent résulter de l'eianien altenlif et de l'obaerv&tîon approfondie

genre de ci , ne tend qu'i perfeclion- Utnt qu'il est possible, la idivlduB. Cette explication i«t devenue l'obj et de beauitrocee ; car je crois qu'il J il me semble détestant lei

erreurs des sophisles, comme on continue d'honorer la patrie et la religion, quelque juste horreur qu'on ait pour le» fureurs du fanatisme, ou pour les cthmités de quelques monstres qui se disaient patriotes.

u plus grand nombre possible de faits et d'opii sance et d'arts. La philosophie, telle que je la coan ner la morale publique et privée, qu'à accroître, somme de bonheur dont jouissent les nations et lei m'a paru nécessaire dans unmoment où la philoeophi coup de déclamations violentes, ou'méme d'accusations atrocei a quelque inconvénient à dénaturer la véritable acception des 1 pourrait continuer d'honorer la philosophi

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les unes pour les autres; et que, s*il n*est jamais donné au même individu de les saisir ou de les embrasser toutes, elles ont toutes, néanmoins, une influence plus ou moins directe sur le perfectionnement de la raison humaine, et, par conséquent, sur Taccroissement du bonheur des sociétés, qui en dépend immédiatement. On peut encore reprocher à Socrate d'avoir quelquefois donné luimême l'exemple de ces abus de mots dans le raisonnement, de ces subtilités futiles et captieuses qu'il blâmait avec tant de raison dans les sophistes de son temps ; et ce défaut ne paraît pas seulement dans Texposition de sa doctrine par Platon, qui, lui-même, peut légitimement être accusé de n'avoir été souvent qu'un sophiste très-ingénieux et très-éloquent (1) ; mais on le remarque même dans les écrits de Xénophon, qui a toujours été regardé comme le plus fidèle interprète, et l'historien le plus exact et le plus véridique do la doctrine et des actions de son maître.

Enfin, quoique Socrate fût parmi les philosophes de la Grèce un de ceux qui s'étaient fait les idées les plus saines et les plus sublimes de la divinité, on voit avec peine qu'il conservât encore quelques préjugés superstitieux auxquels il affectait même d'attacher une très-haute importance. Cette prétention d'avoir un génie ou démon familier qui l'inspirait dans toutes les circonstances de sa vie, qui le détournait tout à coup de certaines entreprises, lorsqu'elles ne devaient pas avoir une heureuse issue; cette prétention, dis-je, rabaisse un peu aux yeux des hommes sensés la noble et imposante majesté de son caractère, l'un des plus beaux, sans doute, de l'antiquité. En effet, si, comme on ne saurait en douter, il arriva plusieurs fois que Socrate semblât inspiré par un génie particulier qui lui révélait, en quelque sorte, ce qui devait résulter de telle ou telle détermination, pourquoi ne pas rapporter cet effet à sa véritable cause ? à cette prudence consommée, à cette sage prévoyance, qui devait être en lui le produit du soin qu'il avait pris de cultiver sa raison, et de se garantir de toutes les passions violentes qui pouvaient ou obscurcir les lumières de son esprit, ou dégrader son

(1) C*e8t, à ce qu'il me semble, Timpression que fait généralement la lecture des ouvrages de Platon ; j*avoue, au moins, que je ne crois pas ce jugement trop sévère. Le Phédon^ en particulier, malgré Tadmiration qu'ont témoignée de trèsgrands esprits pour cet ouvrage, m'a paru si rempli d'absurdités, que j'auraii craint de mettre sous les yeux de la jeunesse cet assemblage de raisonnements tous plus vicieux les uns que les autres. C'est ce qui m'a déterminé à n'en donner que la partie historique, qui, véritablement, est un modèle de sipapUcité éila foia touchante et sublime.

cœur. N'aurait-ce pas été un moyen plus sûr de faire sentir à ses concitoyens l'utilité incontestable et les précieux avanLaffes de cetta sagesse qu'il leur recommandHil sans cesse, et d'6tcr à ses ennemis une arme dont ils ne surent que trop se prévaloir pour le perdre? Que s'il se flatta d'acquérir par là plus de crédit sur des esprits légers

. et superstitieux, et de leur faire prendre une plus haute idée do

'. lui-nifime on se donnant pour un homme spécialement favorisé do la divinité , il faudrait le plaindre d'avoir, dans cette seule circonstance, laissé égarer son jugement au point de s'imaginer que le mensonge pût jamais servir d'appui ou d'auxiliaire à la vérité.

Mais plus on réfléchit sur la vie entière de Socrate, sur son amour profond pour la vertu , sur cette grandeur d'ïUne accompagnée de tant de simplicité ; quand on songe combien il lui en coûtait peu pour dédaigner ce que la plupart des hommes recherchent avec tant d'ardeur, les richesses, les plaisirs, les honneurs; combien Bon mépris pour la vie mftmo fut exempt de faste et d'ostentation, on ne peut s'empèrher de rejeter bien loin l'idée qu'un homme du ce caractère eût pu concevoir le dessein de tromper ses coDtom-

[, porains par une espèce de charlatanisme trop indigue de lui.

C'est donc sur le peu do progrès qu'avaient fait les lumières, au

' temps de Socrate, qu'il faut rejeter les erreurs qu'on peut lui reprocher; c'est A cette multitude d'opinions absurdes et extravagantes, qui déshonoraient la physique de ce temps-là , qu'il faut attribuer le dédain qu'il montra pour les sciences naturelles ; c'est à cette maladie de la superstition, endémique chez toutes les nations, qu'il faut attribuer l'opinion fausse qui égara cet esprit, d'ailleurs si sage et si pénétrant, sur la cause de la sagesse même qui présidait à presque toutes ses déterminations. En un mot, la perfection chez les hommes n'est jamais qu'une qualité relative, dont le degré dépend toujours du plus ou moins do véritables lumières qui existent parmi eux; et telles furent les rares qualités dont Socrate avait été doué par la nature, tel fut le soin qu'il mit aies cultiver et h les perfectionner, que Ton peut dire, à ce qu'il me semble, avec vérité, que s'il n'atteignit pas h la perfection absolue, c'est qu'il n'est pas donné à la nature humaine d'y atteindre , ni même d'en concevoir l'idée.

J'ai cru devoir m'arrèter un moment sur les erreurs qu'on peut légitimement reprocher à Socrate, pour montrer qu'il fallait moins on accuser Socrate lui-mCme, que l'époque oii ce philosophe a vécu. Je ne discuterai point les calomnies d'un autre genre dont quelques cyniques effrontés ont essayé de noircir sa vie, et qui ont

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été répétées par des écrivains plus modernes qa^bn peut accuser au moins d*une légèreté et d'une inconséquence bien condamnables» Socrate a été suffisamment justifié de ces calomnies par le témoignage des plus vertueux et des plus estimables de ses contemporains (Platon et Xénophon), et par le silence du plus acharné et du plus impudent de ses ennemis, le satyrique Aristophane. Je n'ajouterai plus que quelques mots sur cette nouvelle édition de V Apologie de Socrate, et sur les commentaires et la traduction que j'ai cru devoir y joindre.

J'ai suivi, pour le texte de Platon, l'édition de quatre des Dialogues de ce philosophe [Euthyphron, V Apologie de Socrate, le Criton et le Phédon), donnée à Leipzick, en 1783, par le savant Fischer. Cette édition est remplie de discussions sur les plus légères différences qui peuvent se rencontrer entre un manuscrit ou un autre, entre les éditions les plus connues, etc., et contient de plus toutes les variantes du grand nombre de manuscrits ou d'imprimés, que l'éditeur avait eu occasion de consulter. On peut dire qu'il y a même du luxe en ce genre ; et j'étais d'autant plus autorisé à supprimer tous ces détails minutieux, que je n'avais point la prétention de donner une édition critique, mais simplement un livre classique, ainsi que je l'ai dit au commencement de cette préface. Aussi ai-je conservé toutes celles des notes de Fischer qui tendaient à éclaircir le texte de quelque manière que ce fût, et on verra qu'à cet égard je dois infiniment an travail de ce savant et illustre professeur, puisque je n'ai fait le plus souvent que traduire ses remarques, et que j'ai assez rarement eu occasion de le combattre ou de le réfuter. Pour le texte de V Apologie de Socrate par Xénophon, j'ai sui\i M. Weiske, l'un des derniers éditeurs des ouvrages de cet écrivain. J'ai ajouté au texte de Platon les Scholies recueillies de divers manuscrits par le célèbre Ruhnken, et publiées à Leide, en 4800, après la mort de ce savant. J'ai cru que ce serait un moyen de préparer les jeunes gens à la lecture et à l'étude des scholiastes grecs, dans les écrits desquels on trouve des remarques curieuses, soit sur la grammaire, soit sur les antiquités, et des fragments précieux d'ouvrages qui ne sont pas parvenus jusqu'à nous ; quoiqu'à dire le vrai on y rencontre aussi souvent des observations oiseuses et futiles, parce que la plupart de ces écrivains n'étaient que des compilateurs sans esprit et sans jugement. D'un autre côté, comme leur style est, en général, assez facile, à l'exception d'un certain nombre d'expressions ou de locutions techniques, auxquelles on s'habitue promptemeni, il m'a semblé que

88i APPENDICE.

cos scholies, Hinsi qu'un cerlaîD nombre de citations de quel<{uei autours grecs que j'ai laissées sans Iraduction dans les notes, offriraient aux maîtres un nouveau moyen d'exercer rintelligcnce et de piquor la curiosité des joiines étudiants.

Peut-Atrc trouvcra-t-on quoj'ai eu tort d(> joindre nno traduction rrançaîae à un rnivra^c destiné à Herrir aux études de la jeunesse, ot que c'est la dispenser du travail et de l'application, »i nécessaires pour acquérir une solide instrucliun. Mais, d'abord, js ne présume pas qu« ce livre soit le seul qu'on mette entre les mains des élèves, dans le cours d'une année scolaire : je ne le donne que comme pouvant servir de texte aux lectures de chaque jour, pendant un certain temps ; et, si l'on exige d'eux qu'ils rendent bien exactement compte de tons les détails de grammaire et de syntasfi, auxquels l'explication peut donner lieu, de manière à montrer qu'ils saisissent bien nettement la construction de la phrase, ainsi que la valeur et Ea propriété de chaque expression, on trouvera qu'ils auront encore suffisamment de quoi travailler. D'ailleurs on peut les exercer à traduire seuls quelque autre auteur plus facile on quelques morceaux choisis qu'on leur dictera pour les accoutumer à écriro facilement et correctement le grec.

Je ne dissimule point quo j'ai mis & cette traduction tout le soin dont je suis capable, parce qu'il me semble que cette attention sur soi-même est un devoir de tout homme qui entreprend An donner quelque chose au public ; mais ceux qui sont un peu famîharisés avec la langue grecque savent combien c'est une tâche difllcile que de traduire les grands écrivains de cette langue, et surtout Platon et Xénophon, qui, chacun dans leur genre, peuvent être regardés comme les plus éloquents. Cette multitude de conjonctions ou d'expressions conjonctives, dont abonde leur idiome et qu'ils savent employer avec tant d'art et de variété, fait de leur style un tissu partout si égal et si serré, qu'il est difficile d'y saisir le plus léger défaut de liaison, en sorte que la première et la dernière phrase du plus long discours, paraissent n'être que le développement d'une seule et même pensée. J'ai donc tlché de reproduire, autant que le permettait le génie particulier de notre langue l'impression qui résulte de cet enchaînement admirable des phrases et des périodes dans les écrits de Platon: car je suis trës-persuadé qu'un traducteur ne doit pas se borner à rendre seulement les pensées et les images de l'écrivain qu'il traduit ; je croîs qu'il doit s'attacher à traduire, en quelque, sorte, le style même de son auteur, autant du moins que cela est possible, eu égard h. la diffé-

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