‹ MélangesChapitre 233 sur 269 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Il y a si longtemps que Tétude de la langue grecque est négligée ou môme tout à fait abandonnée dans les écoles publiques en France, que la disette d'ouvrages grecs , propres à être mis entre les mains des étudiants, n'est pas un des moindres obstacles que rencontrent les instituteurs qui entreprennent d'ouvrir à leurs jeunes élèves cette mine si féconde en richesses littéraires.

La plupart des petits traités dlsocrate, de Plutarque, de Lucien, etc., qui avaient été imprimés autrefois pour les collèges de l'Université de Paris, fourmillent de fautes de toute espèce, surtout dans les réimpressions qui en ont été faites depuis environ trente ans, et il est absolument impossible d'en faire usage. D'ailleurs, le texte n'y est accompagné d'aucunes notes , même sur les passages les plus difficiles ou les plus altérés ; en sorte qu'il doit être très-rare qu'un commençant ne soit pas rebuté par la difficulté, ou même par l'impossibilité d'entendre des ouvrages si horriblement mutilés.

. D'un autre côté, on a publié, à différentes époques, des éditions des fables de Phèdre et de quelques dialogues de Lucien , où les secours de toute espèce , explication des parties grammaticales du discours, version interlinéaire, soit latine, soit française, etc., sont tellement multipliés , qu'il ne reste plus rien à faire à l'élève ; et c'est, suivant moi, un inconvénient presque aussi nuisible à ses progrès, et môme une cause propre à les arrêter tout à fait.

Je crois qu'on ne saurait trop s'élever contre cette espèce de commentaires ou d'annotations dans lesquelles on s'est attaché à développer, dans le plus grand détail, ce qu'on appelle les parties grammaticales du discours, c'est-à-dire, à faire sur chaque verbe, nom, ou adjectif qui se rencontre dans le texte, une note qui apprenne à quel temps, à quel cas, est ce verbe ou ce nom ; car il

arrive de deux choses l'une : oii vous esposej: à propos < mol la théorie complMc de l'cspècn ù liiqticlle il appartient, el alor» votre comiDcntairo devient un traité complet do grammaire, dont la Ict^turo est ostrèmcment pénible et rebutante, parée qu'il n'y a aucun nrdre, aucune liaison entre lodiOérentes purlies.en un mot aucune Riélbnde; ou, vous vous bornes & dire simplcmcutco qu'est chaque mot en lui-tnfime ; et alors le lecteur, ni? saisissant point l'analogie que peut avoir ce mot avec tel ou tel autre do mCme 0»p6ce. no se fait d'idée générale sur aucune, et n'apprend véritablement rien ; il est donc très-naturel qn'il abandonne tout i fait une étude auxsi stérile que Tiistidieuse.

Quant aux versions interlinéaires, elles ne pourraient être utile* qu'à de trè.«-jounes enfants dirigés par un mallro habile et ijuî aurai! bien compris la méthode de Duniarsaî:*, dont les écrit» oui donné nnc sorte de vof^ue à eo genre de versions. Malheureusement, on voit trop clairement que reux qui en ont fait imprimer depui« Duman^ais, n'avaient ni entendu , ni peut-4trc lu les ouvrages de cdt illustre grammairien ; aussi leurs travaux peuvent-ils fitre regardés comme tout & fait inutile.*; du moin», je ne connais rieu en ce genre qui puisse véritablement servir A l'instruclîoo do la jeunesse.

Le perfectionnement des méthodes d'enseignement dans les langues dépend cssentlelkimcntde l'analyse plus ou moins parfaite qu'on fera des moyens divers qu'elles emploient il l't'ipression de la pensée. Mais, quelque succès qu'on obtienne dans ce genre de recherches, il faudra toujours que celui qui veut parvenir à entendre passablement quelque langue que ce soit, commence par apprendre soigneusement, etpar connaître parfaitement ce qu'on peut appeler les rudiments de cette langue ; c'est-à-dire, les différentes inflexions que prennent les verbes par la conjugaison, et les noms par la déclinaison , s'il y a lieu ; les formes diverses et générales qui aident à distinguer les adverbes dos adjectifs, etc. Rien ne peu! dispenser de cette première étude, et tout genre de secours qai tendrait à affranchir les commençants de ce travail nécessaire et indispensable , serait, par là même , extrêmement nuisible à leurs progrès.

Dans quel esprit doivent donc être composés les Commentaires qu'on met entre les mains des jeunes gdns qui étudient les langues grecque et latine ? Ils doivent rendre compte des idiotismes ou locutions singulières propres à ces tangues; expliquer les signiflcalions les plus détournées, les plus métaphoriques, des mots dont l'emploi est moins commun ; faire voir , autant que cela est possibloi com-

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