XIV AVERTISSEMENT
viens point après six ans exhumer et reprendre en sous-œuvre cette polémique dont tous les détails sont oubliés et méritent de Tètre. » Il a pourtant profité de certains détails de cette polémique ; il a supprimé complètement les développements ontologiques inspirés de Spinoza et de Schelling (i), dans la réimpression (2) qu*il a donnée en 1866 de la préface de 1826, réimpression qui est une édition vraiment nouvelle, revue et refondue, quoiqu'il n*en avertisse pas le lecteur (3j.
Thurot n*a jamais pris une part directe ni indirecte à la politique. Le présent recueil n*est pourtant pas dépourvu d'intérêt même à cet égard. L'amitié étroite qui l'unissait à Goray le porta à s'intéresser à la cause de l'émancipation des Grecs, et Ton trouvera quelques renseignements curieux sur les circonstances qui l'ont préparée (4). Ge que Thurot a écrit sur la politique intérieure est un témoignage intéressant des sentinients que les événements qui se sont succédé de la Révolution à 1831 inspiraient à un patriote de 1789. Thurot resta, jusqu'à la fin de sa vie, attaché aux principes de la liberté et du gouvernement républicain. La transmission héréditaire du pouvoir politique lui parut toujours quelque chose d'absurde (5). Il ne cessa de protester contre ceux qui confondaient la République et le régime de la Terreur (6). En 1799 et 1801, il faisait l'éloge des armées sans parler du général (7). Il faisait partie, entre 1797 et 1802, d'une société composée des hommes que Napoléon avait particulièrement en vue. quand il parlait des idéologues (8).
(1) Ce système fut caractérisé, à juste titre, comme un système de panthéisme. Cousin, pour se laver de ce reproche, publia en 1828, dans la Biographie Michaud, un article sur Xénophane, où il attaque le panthéisme sans parler du système de la préface de 1826. En outre, sous son inspiration, Damiron, qui publia en 1828 son Essai sur Vhistoire de la philosophie au \ix^ siècle, effaça, dans Tarticle Cousin, tous les traits caractéristiques qui rappellent Spinoza et Schilling, défendit ce système contre Taccusation de panthéisme et reproduisit le long passage de Tarticle sur Xënophan^.
(2) Fragments philosophiques pour servir à Vhistoire de la philosophie, cin- 'quième édition. Philosophie contemporaine.
(3) On trouvera les passages les plus caractéristiques page 660.
(4) Voir pages 67 et suiv., 87 et suiv., 139, 246, 346. Voir encore pages 639-
(5) Pages 568 et suiv., et 632.
(6) Pages 574-575, 650. 11 est fait allusion à la Terreur, pages 141, 275, 580 (note 1), 615. Daunou la juge de même (p. 5).
(7) Pages 575, 59.
(8) Voir, page 662, l'extrait de la notice de Daunou sur Laromiguière.
AVERTISSEMENT. xv
Nommé en 1811 professeur suppléant à la Faculté des lettres, il paya, comme du bout des lèvres, un tribut d'hommages au fondateur de rUniversité impériale (i). En 1814, il flétrit Thomme dont « Taveugle et féroce ambition » avait amené « le plus épouvantable désastre dont il soit fait mention dans les annales d'aucun peuple (2)». La Restauration ne pouvait donner à Tami de Cabanis et de Tracy plus de satisfaction que le régime impérial (3). La Révolution de 1830 inspira à l'admirateur de Lafayette des espérances qui furent bientôt déçues (4).
En somme, dans tous les écrits que nous réimprimons, on reconnaîtra un esprit éminemment sage, teiîipéré, équitable, convaincu, comme la plupart des hommes de la noble génération à laquelle Thurot appartenait, qu'il faut rechercher la vérité non seulement pour elle-même, mais pour sa liaison intime avec l'amélioration de la condition humaine, que <( l'unique emploi de la raison doit être de découvrir et de reconnaître la vérité et que la vérité n est précieuse qu'en ce qu'elle contribue essentiellement à rendre les hommes meilleurs et plus heureux (5). »
Ce recueil se compose de trois parties. On a placé d'abord la rutUce que Daunou a publiée, en 1833, sur la Vie et les Ouvrages de M. François Thurot, Cette notice est une des meilleures d'un homme qui, «dans ses jugements littéraires les plus bienveillants, n'apporta jamais de complaisance », et qui « sut relever le prix du moindre de ses éloges en les retenant toujours dans la limite de ce qu'il croyait la vérité (6) ». Il a composé la partie biographique avec les renseiments que lui a fournis la veuve Thurot; car il avait lui-même peu connu Thurot personnellement. Il a parlé de ses opinions et de ses ouvrages avec une sympathie très-vive pour toutes ses idées. Enfln il a traité le sujet avec cette clarté, cette propriété scrupuleuse d'expression, qui étaient des qualités recherchées et estimées par les hommes de ce temps qui pratiquaient les écrits de Condillac et les Synonymes de l'abbé Girard.
Les articles publiés par Thurot dans difl'érents recueils forment
(1) Page 141.
(2) Page 494.
(3) Voir page 618 (note 1); voir eDcore^ page 508, une allusion à la congrégation.
(4) Page 641 et suiv. Voir Daunou, page 43.
(5) Page 464.
(6) Sainte-Beuve, Portraits contemporains, Daunou (IV, 265, éd. de 1879).