XIV. PLANCHE. — DICTIONNAIRE GREC. lUo
dans ce nouveau dictionnaire ; non pas sans doute pour reprocher à Fauteur des omissions ou des erreurs presque inévitables dans la première édition d'un travail aussi étendu, mais plutôt pour lui prouver l'intérêt que ce travail nous inspire, et lui faire connaître quels seraient, suivant nous, les moyens de lui donner plus de perfection, et par conséquent plus d'utilité. D'abord, indépendamment de l'exactitude des citations qui s'y fait regretter, il nous semble que la partie étymologique n'y a pas été traitée avec tout le soin qu'on pouvait y mettre, surtout dans tout ce qui regarde la classe nombreuse de mots invariables, tels que les adverbes, les prépositions, les conjonct'ons. Ensuite, l'auteur aurait pu, dans beaucoup de mots, s'attacher à déterminer avec plus de soin la signification la plus générale et la plus étendue, ce qui lui aurait fourni le moyen de faire mieux sentir l'analogie qui existe presque toujours entre le sens propre et primitif des mots, et leurs divers sens figurés. D'un autre côté, il aurait peut-être été possible, dans plusieurs endroits, d'énoncer quelques principes simples et féconds de syntaxe, qui, par l'immensité des apphcations qu'ils peuvent recevoir, auraient singulièrement servi à répandre la lumière sur un grand nombre de locutions plus ou moins obscures ou difficiles, à l'aide de quelques renvois aux endroits où ces principes auraient été exposés. Enfin, on remarque entre les diverses parties de ce lexique une sorte de disparate qu'il sera facile et avantageux de faire disparaître dans une édition subséquente.
Les articles d'une partie de la lettre Sigma sont traités avec une exactitude de détail, une abondance et un choix d'exemples qu'on n'avait point observés jusque-là, et, au contraire, on remarque un peu moins do soins et de profondeur de doctrine dans les dernières lettres, qu'il n'y en a dans tout le reste du dictionnaire. Nous savons que l'auteur de cette partie de la lettre Si(/7nn, dont nous venons de parler, est M. Chardon La Rochette, qui s'était chargé de revoir la totalité de l'ouvrage : les soins d'un homme aussi profondément versé dans la litté-
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rature grecque, et que Ton peut justement placer parmi les hellénistes les plus distingués de TEurope, sont une garantie suffisante de la correction et de l'exactitude qui sont si nécessaires dans les livres de ce genre. Nous nous empressons d^autant plus volontiers de rendre justice au travail de ce savant, que nous sommes assurés que, si M. Planche s'est refusé cette satisfaction, c'est parce que la modestie de son collaborateur lui en avait imposé le devoir (1).
Ajoutons à ces observations sur un utile et intéressant ouvrage destiné aux études de la jeunesse, quelques réflexions sur d'autres livres qui paraissent avoir la même destination , mais qui n'exigent pas un examen aussi étendu, ni une attention aussi sérieuse, puisque ce ne sont que dos réimpressions d'ouvrages depuis longtemps ensevelis dans Toubli, et qui peutêtre ne méritaient pas d*en être tirés.
En effet ce sont d'étranges modèles à offrir à la jeunesse que les discours latins et les plaidoyers français d'un P. du Baudory (2), qui dans une harangue solennelle, où il entreprend de faire connaître les avantages dont les provinces sont redevables à Paris, et réciproquement tout ce que Paris doit aux provinces, fait entrer en ligne de compte, sous ce dernier article, les chapons du Mans, les pruneaux do Tours, les vins de Bourgogne et de Bordeaux, etc., qui, pour donner à ses auditeurs une juste idée de la variété des esprits et de la supériorité des talents qu'on trouve réunis dans la capitale de la France, s'exprime à peu près ainsi : « Voulez-vous des esprits doux et polis, phitôt coulant à la manière d'un fleuve qu'étincelant à la manière de la foudre ; plus propres à cueillir des fleurs qu'à arracher des ronces, représentant autant par leur trempe naturelle que par la situation des lieux tout Tagrément et la ferti-
(1) On lira, avec autant do plaisir que (l'utilité, «l'excellentcs remarques sur Touvrage dont nous venons de parler, dans le Journal de VEmph^ (n» du 20 juin 1809). Elles sont d'un savant très-versé dans ces matières.
(2) Œuvres diverses du P. du Baudory, nouvelle édition, revue, corrigée et augmentée ; un vol. in-12 (1809). A Paris, chez Aug. Delalain, rue des Mathurins, n'* 5.