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XIV. PLANCHE. - DICTIONNAIRE GREC

beautés. Jo dirai plus, Térudilion même, quoiqu'elle fût moins généralement recherchée et répandue qu'elle ne l'avait été dans le siècle précédent, n'était certainement point alors dans un état de décadence, puisque Huet lui-même, Ménage, et beaucoup d'autres érudits de ce temps-là devaient précisément aux travaux de ceux qui les avaient devancés dans la même carrière, l'avantage d'avoir porté une lumière plus abondante dans les matières de critique et d'antiquité dont ils s'occupèrent.

Quant à l'objection de J.-J. Rousseau, c'est faute d'avoir compris la pensée de ce philosophe qu'on s'en autorise pour rejeter les améliorations que des hommes judicieux et réellement instruits pourraient introduire dans les procédés de l'enseignement ; car il est bien évident que cet éloquent écrivain n'a jamais prétendu s'élever que contre ces méthodes soidisant faciles, qui, ne s'adressant qu'à la mémoire, sans cultiver le jugement ou la raison, ne sont propres qu'à faire des discoureurs présomptueux, incapables de tirer aucun service réel de leur prétendu savoir.

M. Planche a pris pour base de son travail le grand ouvrage intitulé : Trésor de la langue grecque ^ fruit des travaux de toute la vie de cet Henri Etienne qui parut, au milieu des érudits du xvi* siècle, comme l'Hercule de l'érudition grecque et latine, qui avait lu et collationné sur les meilleurs manuscrits et sur les meilleures éditions de son temps tous les grands écrivains de ces deux langues, et qui lui-même en donna (du moins des auteurs grecs) des éditions plus correctes qtic toutes celles qu'on avait avant lui; en sorte que les plus habiles critiques des âges postérieurs n'ont pas cru pouvoir se dispenser de les consulter avec le plus grand soin pour donner plus de perfection aux éditions nouvelles qu'ils ont entrepris de publier. Assurément M. Planche ne pouvait pas suivre un meilleur guide; mais nous regrettons qu'il n'ait pas cherché à tirer parti, surtout pour la partie étymologique et grammaticale, des nombreuses et précieuses observations que l'on doit aux travaux d'un grand nombre d'habiles belle-

nistes, qui, dans tout lo siècle qui vient de finir, et jusqu'à nos jours, se sont distingués, en Allemagne, en Hollande, en Angleterre et en France, par la justesse et la sagacité des vues qu'ils ont portées dans la critique et Tinterprétation des auteurs grecs. Il parait n'avoir eu connaissance de Texcellent 'lexique grec-allemand de M. Schneider (1) que lorsque son travail était déjà assez avancé, et c'est encore une circonstance malheureuse, parce qu'il aurait pu y puiser un grand nombre d'exemples des locutions les plus importantes k faire ifemarquer, et beaucoup de citations exactes et précises, au lieu que toutes celles qu'il rapporte, telles qu'il les a trouvées dans le dictionnaire de Henri Etienne, qui n'indiquait que le nom de l'écrivain d'où il les tirait, sont le plus souvent impossibles à retrouver; ce qui est un inconvénient réel.

On ne saurait trop recommander à ceux qui écrivent sur quelque point de critique, de grammaire ou d'érudition cette exactitude de détail dans les citations, à laquelle les savants des différents pays de l'Europe se montrent depuis longtemps trèsfidèles. Ce procédé, en offrant aux lecteurs la facilité de vérifier par eux-mêmes les passages allégués, devient pour les moins exercés une source abondante d'instruction, et met les plus habiles à portée de redresser les erreurs qui ont pu échapper à l'auteur. Or, ce résultat ne peut avoir pour hii rien de pénible et d'affligeant, s'il a un amour sincère de la vérité et un vrai zMe pour la science.

L'ouvrage de M. Planche, tel qu'il est, mérite beaucoup d'éloges, et doit être d'une extrême utilité pour tous ceux qui entreprendront d'apprendre cette belle langue grecque ; il aura sans doute plus d'une édition, pour peu que les études reprennent parmi nous l'éclat et l'activité auxquels elles sembhmt être appelées par les nouvelles institutions. Nous déclai'erons donc ici, avec franchise, ce que nous aurions désiré de trouver

(1) Oïl trouvera siirre Lpxl([ue une notice fort intéressante dans le Hêpertoire de littérature ancienne tic M. Schrell, libraire à Paris; ouvrage aussi curieux qu^instnictif, et qui fait honneur aux talents et aux connaissances de son auteur.

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