partie du P. du Baudory Il répand à pleines mains les fleurs
de l'éloquence, les beautés du style et les grâces de la diction. » Il est à craindre cependant, malgré la prévention favorable de ces messieurs, qu'on ne leur sache pas beaucoup de gré de la peine qu'il se sont donnée pour exhumer ces misérables productions, que le public s'obstinera probablement à regarder comme non avenues, et avec beaucoup de raison, à notre avis.
Peut-être la réimpression du livre intitulé : Musœ Rhetorices (1) ne fera-t-elle pas beaucoup plus fortune. L'éditeur en a pensé autrement, comme on peut bien croire ; il s'est imaginé qu'un recueil de vers latins, composés autrefois par des écoliers de rhétorique, sur des sujets dont leurs professeurs leur donnaient toutes les idées principales et que ces professeurs corrigeaient ensuite avec plus ou moins de soin, pourrait offrir aux jeunes gens qui étudient aujourd'hui la poésie latine autant d'intérêt que d'utilité. Il faut espérer que les hommes éclairés qui dirigent maintenant l'éducation publique, en considérant combien est déjà court le temps que les jeunes gens peuvent consacrer à l'étude des grands modèles de la latinité, conseilleront à leurs élèves d'étudier l'art des vers latins dans Virgile, dans Ovide, Horace, et même dans Lucain, Stace et Claudien, plutôt que dans le recueil dont nous parlons, qu'ils les inviteront à apprendre le secret de la prose latine dans les admirables ouvrages de Cicéron, de Tite-Live, de Quintilien, etc.,
(1) Musas rhetovices, seu Carminum lihros quinque a ^electis olini rhetorices aliimîiis elnhoratos lypis denuo mdudavit et recognovit J. A. Amar, e prjepositis biUiotheCiV Mnzurineœ, etc.; un vol. in-12 (1809). Varisiis, ap. Au(j. Uelalain, n'a Malhurinetisitim, n» 5.
Xiy. MUSifi RHETORICES. 199
plutôt que dans le recueil des harangues latines des PP. de la Société de Jésus, dont le mètne éditeur nous menace encore.
£n effet, un livre ne peut être recommandable que par le mérite du style, ou par celui des idées et des pensées qu'il renferme. Or, on sait assez, sans que nous le disions, ce que peut être le style de Técolier de rhétorique qui réussit le mieux à faire des vers latins. Ce n^est la plupart du temps qu'un ceuton d'expressions prises çà et là dans les poètes qu'il a lus ou appris par cœur, et qu'il applique le moins mal qu'il peut au sujet qu'on lui propose de traiter. Or, veut-on savoir ce que sont ces sujets dans le recueil dont nous parlons? Des lictions absurdes, bizarres, ou horriblement dégoûtantes. C'est f origine du jeu de balloii, du jeu cToie, celle du manchony de la cadenette, du nœud d*épée et du nœud d'épatde. Dans la première pièce, par exemple, l'ongiiie du volant, on suppose qu'un des amours appelés y^/ar, mais né d'un père mortel, et mortel luimême, s'est glissé parmi les nymphes de Diane pour en blesser quelqu'une de ses traits; il est découvert, on l'arrête, on lui donne des coups de poing, des soufflets^ on lui pince le nez, on lui arrache les cheveux (1) ; les nymphes se font un jeu de se le renvoyer les unes aux autres, tant et si bien que le pauvre enfant meurt sur la place, et n'a plus (je ne sais trop comment) que la peau et les os (â). Alors une des nymphes imagine de planter sur un morceau de liège les plumes qu'on a arrachées de ses ailes, et fabrique ainsi un volant. Il manque pourtant encore des raquettes, et les nymphes n'imaginent rien de mieux que de couper en lanières la peau du petit garçon et de la tordre en manière de corde à boyau (3).
La pièce suivante, intitulée V Origine de la Paume, contient
(1) ...Humeros pan tuDdit vindice pugno.
Pars malas tundit ; trahit altéra nasum ; Altéra dilaniat crines...
(2) ... Jam pellis et ussa supersuDt,
Prœtereaque nihil...
(3) Reticulo deeraot nervi quos dextera solers
Ârtificis medio solet intertexere ligno; Prœbuit hune usum pellis dissecta puell), Torta^ue ceu uervus,.,
d.es détails encore plus dégoûtants. Oreste, après avoir égorgé sa mère, met le cadavre dans un sàc pour le traîner à la rivière, et le sac est métamorphosé eu balle de paunÀe (1). Oreste est d^abord effrayé de ce prodige, mais Pylade parvient à dissiper son effroi, et fait avec lui plusieurs parties de paume, ce qui lui rend insensiblement la tranquillité que ses remords lui avaient ôtée. Ce jeu s'est appelé en latin pila^ parce que Clytemnestre, en tombant sous les coups d'Oreste, que secondait son ami Pylade, s'était écriée. Heu! Pylade, Pylade {i).ic passe sous silence une foule de détails atroces et révoltants dont cette belle composition est enrichie. Ailleurs on invite les poètes rhétoriciens à chanter la sainte colère du prophète blisée qui fait dévorer par un ours quarante-deux petits enfants mal élevés, qui l'avaient appelé chauve, etc., etc. De bonne foi, est-ce sur de pareilles idées, sur de pareils tableaux qu'il convient d'arrêter l'imagination des jeunes gens, et ne voilà-t-il pas un beau moyen do leur former, comme on dit, l'esprit et le cœur? Il faut que la magie des mots latins, que le charme des dactyles et des spondées aient terriblement fasciné l'esprit de l'éditeur, pour qu'il no pût envisager sans douleur la perte de chefs-d'œuvre comme ceux dont nous venons de donner une idée, et qu'il appelle pourtant dos sujets d'une littérature élégante (3).
jNe craignons pas de le dire, les libraires qui se livrent avec tant d'ardeur et d'activité à ces réimpressions, sont ou fort
(1) At simul efflarit sub nato vindice mater
Inftilicem aniniam atqiio ununi sunt oiniiia vulnus. Tristes reliiquias consuto iiivolvfiro sacco Meiubraque ferro parât vicinum a»! tluinen Orestos, Kluat ut puris materntim dcdociis undis : Cuin subito exoritur tetruin ac niirabile monstruin ; Membra ClytemnestrîP, qua durior altéra conjux Non fuit, in duri paulatiin abiero figurain Cilomcris iusuti villoso in loj^inino laniv.
(2) Et quoniain expirans clainavorat illa geniondo
Uni! Pyla(h\ Pylade! pila noininc dicta latiuo est.
(3) Jamdudum dolehamus, dit-il dans l'Avis nu lecteur, quod périssent muita poiUioris litteratuvx argumenta, (jUip pvoponi solehaiit adolescnitihus in Ludoviceo institutis gymnasio.
XÏV. LE P. JOUVENGY. 201
malavisés ou fort mal conseillés; ils pourraient assurément faire un meilleur emploi de leur travail et do leurs fonds. A quoi bon, par exemple, nous redonner le petit livre du P. Jouvency, intitulé : Ratio discendi et docendi (Manière d'apprendre et d'enseigner)? N'avons-nous pas sur cette matière le traité du sage et respectable RoUin, incomparablement plus étendu, plus instructif, mieux écrit et mieux pensé que le livre du P. Jouvency? A quoi bon donner une nouvelle édition des Délices de la langue latine^ ouvrage qui contient presque autant d'erreurs que de mots, et dont le style est aussi barbare que les idées en sont absurdes (1) ? Que prétend-on faire avec tous ces livres de Jésuites qu'on se propose de tirer de la poudre des bibliothèques pour en inonder nos lycées et nos pensionnats? Sans doute les Jésuites ont obtenu autrefois des succès réels dans l'instruction de la jeunesse, mais on n'ignore pas que pour cet objet ils valaient beaucoup mieux que leurs livres; à l'époque même où ils étaient les plus florissants, les ouvrages publiés par les savants de Port- Royal étaient de beaucoup supérieurs à ceux de leurs adversaires, et depuis lors notre littérature s'est enrichie d'une foule de traités sur toutes les parties de l'instruction, sur toutes les branches des connaissances humaines, qui peuvent nous dispenser de recourir à ces sources qui ne sont ni très-abondantes, ni très-pures. Pour ce qui regarde l'étude des langues grecque et latine en particulier, nous pourrions tirer de grands avantages de la connaissance des livres publiés depuis trente ou quarante ans chez ceux de nos voisins qui cultivent cette partie de la littérature avec le plus de succès, et c'est, à ce qu'il me semble, vers ce but que doivent se diriger les travaux et les efforts de ceux qui aspirent parmi nous à rendre de véritables services à l'instruction publique.
(1) Voici les deux premières règles du § l"'' : « Il y a, dit l'auteur, des cas plus élégants que d'autres^ ce sont : i^ l'accusatif, qui est meilleur que Cablatify où il y a espace de lieu et de temps; 2° le substantif du superlatif est mieux détre au génitif qu'au cas superlatif. » Un livre est jugé sans retour lorsque, dès la première page, on y trouve de telles inepties. .
joignaient une sagacité pou commune à la plus vaste éruditiôn. On peut donc conclure de là que, si Ton doit accueillir avec bienveillance et môme avec une sorte de reconnaissance le zèle de ceux qui, dans la disette où nous sommes d'ouvrages utiles ou nécessaires au progrès des bonnes études, reproduisent avec plus de correction les livres qui sont comme le dépôt de la doctrine de l'ancienne Université de Paris, ces efforts, dont le but etTintenlion sont d'ailleurs très-louables, ne doivent pourtant être encouragés qu'avec quelque restriction. Il est à désirer surtout que ceux qui travaillent à ranimer et à propager parmi nous l'étude et le goût de la littérature ancienne ne soient pas tout à fait étrangers à ce qui s'est fait et se fait chaque jour dans cette partie chez les autres nations de l'Europe, où ce genre de connaissances est cultivé depuis longtemps avec le plus d'ardeur et de succès.
Le Manuel des Etudiants, ou Code de préceptes pour écrire avec élégance et pureté en latin, suivi d'un Abrégé des antiquités romaines pour faciliter r intelligence des auteurs; par J.-E.-F. Boinvilliers, associé correspondant de l'Institut de France, des académies de Paris, de Rouen, de Lyon, etc. Ouvrage classique, k Tusagc des élèves dos cours d'humanités, et faisant suite à toutes les grammaires latines.
Les réflexions que nous venons de faire sur la grammaire grecque de M. Furgault s'appliquent aussi à ce nouvel ouvrage, dont le fonds est pris d'un petit traité publié autrefois par un membre l'Université de Paris (M. Mercier), sous le titre de Manuel des graimnairiens, (iO que dit M. Boinvilliers luimême de cet ouvrage, que nous n'avons point lu, prouve qu'il serait possible et même utile, comme on l'a dit précédemment, de puiser désormais l'érudition à des sources plus pures et plus riches : « A la confusion des préceptes, à l'incohérence des matières, dit le nouvel éditeur, se joignait une incorrection de style qui choquait les personnes do goût, et pour cotte raison
principale on avait abandonné cet ouvrage J'ai pense,
ajoute M. Boinvilliers, qu'il fallait le faire revivre en le repro-