‹ MélangesChapitre 72 sur 269 · XV. BOINVILLIERS. — MANUEL DES ÉTUDIANTS. 20a · texte numérisé non relu

XV. BOINVILLIERS. — MANUEL DES ÉTUDIANTS. 20a

duisant sous une forme nouvelle, en évitant les défauts justement reprochés à Tauteur, en y observant surtout un ordre plus méthodique, etc. »

M. Boinvilliers a fait sans doute un travail utile aux jeunes gens qui étudient la langue latine, et ils s'instruiront dans son livre du bon usage de cette- langue, en même temps qu'ils y puiseront la connaissance d'un nombre considérable de tours variés, de locutions diverses, un discernement juste de la valeur et de la propriété des termes. Mais on doit regretter pourtant qu*il n'ait pas suivi un meilleur guide que celui qu^il a adopté. Son auteur, par exemple, ne paraît pas s'être toujours fait des idées très-justes sur ce qu'on appelle élégance , en fait de style et d'expression.

En effet il donne souvent pour des tours élégants l'emploi de certains mots qui modifient essentiellement la pensée, et qu'il serait peu convenable d'adopter dans les cas où les modifications qu'ils expriment ne sont pas indiquées par la suite des idées. Par exemple, « l'adverbe quidem^ nous dit-il, est fort élégant : 1** après un substantif propre ; V après le pronom quiy quXj quod; 3* etc. » Cependant le mot quidem, exprimant une idée de restriction, d'exception ou d'exclusion, ne peut s'employer légitimement que dans les phrases où l'ensemble de la pensée comporte ou appelle l'expression d'une pareille nuance d'idées, et partout ailleurs, non-seulement il ne serait pas élé" gant, mais il serait même fort déplacé. « Le substantif abstrait, nous dit-on ailleurs, est d'un emploi plus élégant que le substantif concret; c'est pourquoi Cicéron a dit : Adolescentia vohip" tatesprope intuens inagis lœtattir ; sed delectatur etiam senectus proctil cas spcctans (au lieu de adolescentes et senes). Les jeunes gens se réjouissent davantage en voyant les plaisirs de près ; mais les vieillards goûtent aussi quelque joie en les considérant de loin. » Tout ceci manque d'exactitude : on a traduit adoles-centia et senectits i^nr jewies gens et vieillards, uniquement pour faire coïncider la phrase française avec une prétendue règle d'élégance qui n'est nullement fondée; il fallait dire en français

la jeunesse et la vieillesse, comme cela est dans le latin, parce que dans Tune et dans l'autre langue le subtantif abstrait exprime une idée plus générale que le substantif concret. Qu'on lise tout le traité de Cicéron de SenecUUe^ on y verra cent fois les mots senes et adolescentes employés aussi bien que senectus et adolescentia ; et il serait ridicule de dire que cet éloquent écrivain a péché contre l'éloquence toutes les fois qu'il n'a pas employé ceux-ci au lieu de ceux-là. L'une ou l'autre expression peut être indifférente dans certains cas; mais je crois qu'en général, la nuance qui les dislingue est celle que je viens d'indiquer.

J'ai cru devoir insister un peu sur cet abus du mot élégance, qu'on peut observer dans presque tous les livres qui traitent de Tart d'écrire en latin, parce qu'il a l'inconvénient de faire perdre de vue la véritable acception des mots, et de donner de fausses directions par rapport à l'emploi qu'il convient d'en faire. Il n'est même pas rare de trouver, dans les compositions latines des hommes les plus habiles et les plus familiarisés avec cette langue, des traces de l'influence qu'exercent encore sur leur esprit, sans qu'ils s'en doutent, les notions peu exactes et les fausses règles sur Télégance dont ils ont eu les oreilles rebattues dans leur jeunesse. On pourrait même attribuer en partie à cette cause le vide d'idées souvent reproché, avec quelque raison, aux harangues de nos orateurs latins modernes.

Au reste, je ne prétends point par ces observations déprécier le travail de M. Boinvilliers et détruire l'idée que j'ai donnée du mérite et do l'utilité de son livre; seulement j'avertis les jeunes élèves, et même les jeunes maîtres qui en feront usage, que, toutes les fois qu'ils verront dans cet ouvrage, et dans les autres livres de ce genre, que telle expression ou tel tour s'emploie avec fjotU, acre élégance, acec f/rdce, et autres formules si'ml)lal)les, ils feront bien de ne pas adopter cette doctrine sans examen, et de s'appliquer à démêler la valeur propre du mot, la force piuticulière du tour qu'on

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