Melanges
Au mois d'avril 1898, à l'occasion du 25e anniversaire de mon entrée dans le journalisme, je disais : " J'écrirai peut-être un jour l'histoire de la Venté." Cette histoire, peu intéressante, sans doute, la voici. En la mettant en tête de ce troisième volume des Mélanges, je ne fais que me rendre à la demande pressante qui m'a été faite de tenir ma quasi-promesse.
Je fondai la Vérité en juillet 1881. J'avais à peine 30 ans, et huit ans d'expérience comme journaliste. Du Courrier de Saint- Hyacinthe, où j'étais entré en avril 1873, j'étais passé, au mois de septembre de la même année, à la rédaction de la Minerve, de gallicane mémoire. Dix mois plus tard, je devins l'un des rédacteurs du Canadien, de Québec, poste que je quittai, très librement, au mois de mai 1881.
Mon .séjour de sept ans au Canadien n'avait pas été sans profit. J'étais rompu au métier, ou mieux peut-être, à la profession du journalisme. Je connaissais assez bien les hommes et les choses de la politique. Des polémiques retentissantes m'avaient fait connaître du public. J'avais appris à apprécier de plus eiî plus les solides principes philosophiques puisés au collège de Saint-Hyacinthe. Et grâce à mon regretté ami, J.-O. Fontaine, j'avais quelque peu amélioré mon style. Toutefois, en prenant congé de M. Tarte, je ne songeais pas à fonder un autre journal. Le journalisme m'avait donné à peine de quoi vivre.
VI HISTOIRE BOMMAIEE
L'emploi de traducteur, à Ottawa, que j'avais rempli pendant les trois dernières sessions, m'avait permis de mettre de côté, en faisant des prodiges d'économie, la modique somme de trois cents piastres.
Sans doute, j'avais fait des rêves. Si j'étais riche, me disais-je parfois, je fonderais un grand journal, un journal nullement semblable aux autres, un journal indépendant, qui changerait bientôt la face du pays. Mais le capital ! Et les difficultés financières inhérentes au journalisme dont j'avais constaté l'existence chronique partout où j'étais passé ! En y songeant, je chassais ces rêves comme une tentation.
Je me proposais de faire une série de livres classiques. J'avais même eu des pourparlers, à ce sujet, avec un libraire de Québec.
Dieu me voulait-Il ailleurs ? J'incline à le croire, et j'ai toujours pensé qu'il s'est servi de mon excellent ami, le R. P. Laçasse, O. M. L, pour me faire connaître la voie que je devais suivre.
Au moment où je quittais le Canadien, le Père Laçasse arrivait de je ne sais plus quelle mission lointaine. Apprenant que j'étais libre, il me dit : — Vous allez fonder un journal, pas grand, modeste, hebdomadaire, foncièrement catholique, militant, indépendant des hommes et des partis politiques.
— Mais, mon Père, je n'ai pas de capitaux. J'ai à peine de quoi vivre pendant quelques mois.
— N'importe. Commencez par un pèlerinage à Sainte- Anne, et lancez votre journal. Je vous donnerai ma collaboration et vous trouverai des abonnés.
J'ouvre ici une parenthèse pour dire que si le bon Père n'a pu tenir longtemps sa promesse, c'est que des causes indépendantes de sa volonté l'en out empêché.