DE LA " VÈKITÊ " VII
Je ne sais pourquoi, malgré les conseils de la prudence humaine, je me rendis sans trop de résistance à l'avis du Père Laçasse. L'amour-propre et la vanité n'ont pas dû être étrangers à ma détermination : il est si naturel à l'homme d'aimer à se mettre en évidence î Le motif surnaturel, j'en ai bien peur, ne fut pas le motif dominant chez moi. Toutefois je puis me rendre ce témoignage : je pris, dès lors, la ferme résolution de faire du journalisme en conformité des lois de l'honnêteté naturelle et des préceptes de l'Eglise.
Je commençai mon entreprise selon le conseil du Père Laçasse, et au mois de juillet 1881 le premier numéro de la Vérité parut.
Tout d'abord, les choses allaient assez bien. Il m'arriva un certain nombre d'abonnements payés d'avance. Je faisais imprimer la Vérité aux ateliers de Y Evénement, ce qui me coûtait quelque peu cher, il est vrai, mais je n'avais pas à m'occuper de la partie matérielle du journal. Au bout de trois mois, cependant, les ressources commençaient déjà à manquer, et je voyais arriver l'époque où je ne pourrais plus solder régulièrement les factures de mon imprimeur ; moment de terrible augoisse dont je me souviens encore, car ce jour-là la situation de la Vérité me fit verser des larmes amères.
Il fallait trouver une autre combinaison qui me permît de réduire les dépenses.
Un ami commun me mit en relations avec MM. L. Drouin & Frère, libraires, de Saint-Roch, qui se charmt de l'administration de la Vérité.
L'œuvre périclitante s'installa dans un très petit local dont MM. Drouin & Frère pouvaient disposer, une manière de hangar en arrière de leur magasin. J'achetai, avec le peu de fonds qui me restaient, le caractère néces-