UN OPPORTUNISTE
29 septembre 1883.
M. Chapleau a souvent des mots malheureux. Il prend rarement la parole sans dire quelque chose de compromettant pour lui-même et son école. Ses écrits, surtout, sont pendables. M. Dansereau ne devrait jamais lui permettre de prendre la plume en main, car il se la fourre dans l'œil à tout coup.
Dans ses " explications " sur la coalition, M. Dansereau
re une lettre de M. Chapleau pour prouver que le
:d Homme n'a jamais été favorable à l'abolition du
datif. Cette épître porte la date du 18 octobre
1881. On y lit l'étonnante phrase que voici :
N'ous ne différons, les chefs libéraux et moi, que sur une couple de points : l'orgauisation de l'instruction publique et le Conseil législatif; et encore sur ces points seraient-ils prêts à attendre pour le premier, et à accepter une réduction de dépenses pour l'autre."
D'abord, que vont penser de cet aveu ceux qui s'imaginent qu'il existe un abîme entre le parti conservateur et le parti libéral ? Que vont penser ceux qui croient que le parti libéral sC de fortes tendances vers la démagogie, tandis que le parti conservateur réagit contre ce courant et cherche à couserver le peu de pouvoir qui reste à la couronne et à 6es représentants? Que vont penser ceux qui ont appris à regarder le parti libéral comme partisan plus ou inoins déclaré du suffr universel? M. Chapleau, chef du parti oDnservateur, affirme que sur ces questions fondamentales, qui regar-
dent la forme même du gouvernement, il est d'accord avec les libéraux !
Puis, combien de fois la vieille Minerve ne nous a-t-elle pas dit, en temps d'élection, que les libéraux sont hostiles à la religion, qu'ils veulent détruire l'influence du prêtre, le renfermer dans la sacristie et l'empêcher d'exercer son influence salutaire sur les affaires publiques ! Elle ne le dira plus, car son seigneur et maître vient nous déclarer que sur tout ces points il est d'accord avec les libéraux !
Mais le mot vraiment malheureux, c'est le mot attendre. M. Chapleau nous dit que les libéraux seraient prêts à à aitendre pour le premier point, c'est-à-dire pour l'organisation de l'instruction publique. Ou ce mot attendre ne veut rien dire, ou il signifie que les libéraux n'auraient qu'à patienter pour obtenir ce qu'ils veulent en matière d'éducation.
Or, ce n'est un secret pour personne, les chefs libéraux, comme plusieurs soi-disant conservateurs, veulent la sécularisation de l'enseignement, la laïcisation complète de notre système scolaire, l'instruction obligatoire.
Et M. Chapleau leur dit de ne point briser les vitres^ mais d' attendre. C'est-à-dire que ce fier conservateur, ce grand catholique, qui exhibe sa croix de Commandeur de Saint- Grégoire, ne repousse nullement les idées échevelées des chefs libéraux en matière d'éducation, il leur dit seulement d'ATTENDRE !
C'est que M. Chapleau est un opportuniste, tout comme le défunt F.-. Gambetta. Il veut bien que le pays s'en aille au radicalisme, seulement il ne faut pas marcher plus vite que les événements, il faut savoir attendre !
ou recueil d'études 255