ACCOLADE SCANDALEUSE
27 octobre 1883.
Oui, elle est scandaleuse au suprême degré, l'accolade que certains Canadiens-français haut placés dans la société ont donnée à Vermond, député radical à la chambre française et franc-maçon avéré. Nous le savons bien, nous allons soulever une nouvelle tempête d'imprécations contre nous, mais peu importe : nous avons un devoir à remplir, nous le remplirons.
Donc nous le répétons : c'est un scandale et une honte de voir des Canadiens-français catholiques fraterniser ainsi avec un ennemi juré de l'Eglise, avec un homme qui fait ce qu'il peut pour déchristianiser la France et qui contribue, dans la mesure de ses forces, à abreuver notre sainte Mère d'amertume et de douleur.
Nous avons déjà vu les journaux, tant bleus que rouges, s' unir pour faire l'éloge de ce triste personnage. C'est le Quotidien, c'est V Evénement, c'est la Patrie, c'est le Monde, c'est la Minerve qui oublieut un instant leurs querelles pour saluer ensemble cet illustre représentant de la tyrannie et de la persécution maçonniques.
Non seulement les feuilles de différentes nuances politique se sont entendues un instant pour célébrer les louanlu député radical de Seine-et-Oise, mais, à Montréal, des citoyen-, tant libéraux que soi-disant conservateurs, se sont donné la main pour fêter cet émissaire des loges.
Samedi dernier, on a offert un banquet à ce M. Vermond. Laissons la parole à la Patrie :
" Mettant de coté toutes les querelle-; p ►litiqaea du passé, des hommes émiuents, conservateurs et libéraux,
s'étaient donné la main pour fêter ce fils de la France qui est l'un des membres les plus distingués du parti républicain français.
" L'honorable M. Chapleau occupait le fauteuil de la présidence, ayant à sa droite M. A. Vermond, M. Fréchette et M. Schowb, président de la société française de Montréal ; à la gauche du président on voyait l'honorable M. Lacoste, 1 M. C.-O. Perrault, M. le Dr Picault et M. G.-I. Barthe."
Qu'on retienne bien ce fait :
M. Chapleau, commandeur de l'ordre de Saint-Grégoire, a présidé ce banquet scandaleux !
Parmi les souscripteurs, on voit encore les noms de MM. Bergeron, député fédéral, Beaugrand, directeur de la Patrie, Chapman, de la Patrie, Oscar Dunn, du bureau de l'Instruction publique, A. Gélinas, de la Minerve, Lassalle, du Monde, Provencher, de la Minerve, Honoré Mercier, chef de l'opposition, à Québec, F.-G. Marchand, député local, C.-J. Coursol, député fédéral, etc., etc.
En tout, plus d'une centaine, dit la Patrie.
Avec notre confrère du Journal des Trois-Rivières, nous demandons quels services ce M. Vermond a pu rendre au pays pour mériter tant d'enthousiasme ? Evidemment, il n'en a rendu aucun. Il n'est pas en position d'en rendre. S'il attirait ici quelques immigrants français, ce serait un affreux malheur pour la province, même en supposant que ces immigrants fussent de grands capitalistes; car recrutés dans le milieu radical et maçonnique où se meut ce M. Vermond, ils ne sauraient être qu'un élément de discorde et de faiblesse, au point de vue politique et social, comme au point de vue religieux.
1 — Aujourd'hui, sir Alexandre Lacoste et président de la Cour d'appel.
ou recueil d'études 257
Nous ne devons donc rien à cette homme, loin de là ; et cependant un certain nombre de Canadiens le fêtent et l'acclament. A quel titre ? A son titre de Français, nous répondra-t-on. Mais est-ce que ce député radical représente la vraie France, pour nous, catholiques ? Xon, mille fois non. A nos yeux, il représente la pire ennemie de notre ancienne mère patrie que nous aimons tant, il représente la Révolution. Il n'a rien de commun avec la France catholique, la France croyante, la France de Jacques Cartier et de Champlain, la France des missionnaires héroïques qui ont planté la Croix sur le3 rives du Saint-Laurent ; il n'a rien de commun avec la France chrétienne de nos jours, la France qui souffre et qui prie, la France qui lutte contre la tyrannie maçonnique, la France qui se dévoue au salut des âmes, la France qui donne des millions au Pape, qui soutient les missions, les bonnes œuvres du monde entier, notre France à nous, enfin. Oh non ! ce M. Vermond, député radical de Seine-et-Oise, n'a rien de commun avec notre France. Il voudrait la détruire, il la poursuit sans cesse d'une haine de sectaire, il est son ennemi implacable. Et nous, amis de la vraie France, de la France catholique, de la France persécutuée et croyante, nous fêtons et acclamons son ennemi, son bourreau ! Honte ! honte à nous !
Et nous nous vantons de notre catholicisme, de notre amour pour l'Eglise, de notre soumission aux autorités religieuses !
Mais l'apôtre saint Jean nous déclare qu'il ne faut pas dire salut à ces ennemis de Jésus-Christ l. Et nous, nous leur rendons tous les honneurs imaginables !
] — Omnis qui recedit, et non permanet in doctrinam Christi, Deuni non habet...Si 'i!il- renitad vos, et hanc doctrinam non aftert,
nolite recipere eum in doinutn, nec aoe ei dixeritû Il Epitre
Jean. 9-10.
Et qu'on le remarque bien : parmi les convives, on trouve des représentants de toutes les classes de notre société, de tous les partis politiques. Ce ne sont pas quelques radicaux qui acclament un frère, une poignée d'exaltés sans prestige et sans influence dans le pays. Ce sont des hommes bien posés dans la société, ce sont les sommités de nos classes dirigeantes qui se fourvoient ainsi, au grand scandale de tout le peuple. Car nous aimons à le dire ici : le peuple est meilleur que les hommes politiques qui le dirigent. Notre peuple est encore bon, il est encore imprégné de catholicisme ; mais les scandaleux exemples que lui donnent sans cesse ses chefs politiques ne peuvent manquer d'émousser rapidement sa foi.
Dans ce malheureux banquet, nous avons une preuve irrécusable des progrès effrayants que fait parmi nous le libéralisme européen, le vrai libéralisme, non pas mitigé, mais impie. Nous en sommes convaincu, il y a une dizaine d'années, on n'aurait pas osé fêter publiquement un homme comme M. Vermond. Un petit cercle de radicaux à Montréal l'aurait peut-être fait, mais on aurait entendu, de la part des journaux, un toile général. On se serait scandalisé, au moins en apparence.
Aujourd'hui, à trois où quatre exceptions près, la presse est unanime à applaudir à ces manifestations libérales, ou garde le silence.
Et les journalistes qui osent élever la voix pour protester, se verront accablés d'injures par leurs confrères.
M. Vermond a eu donc raison, jusqu'à un certain point, de dire à ce banquet, en parlant de la presse qui a eu le courage de le faire connaître pour ce qu'il est :
" Je tâcherai, Messieurs, de me montrer digne de ces sympathies spontanées que j'ai trouvées chez tous ici
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sans distinction de partis et parmi mes confrères de la presse française et anglaise du Canada, sauf les organes d'une coterie, toujours intolérante et calomniatrice, qui semble n'avoir d'autre mot d'ordre que la division des forces nationales et la dislocation de la patrie.
" J'ai pu souffrir comme Français de voir -notre belle langue employée, estropiée à jeter la boue à la face de la France d'aujourd'hui, que ceux mêmes qui la haïssent le plus sont forcés d'estimer et de respecter.
" Quant à leurs injures, je les ai déjà oubliées, et j'ai pris de suite le parti de les traiter comme vous les traitez vous-mêmes, par le plus absolu dédain.
" Gnîce à Dieu, du reste, cette coterie, ici comme ailleurs, n'est qu'une église sans fidèles, un état-major sans troupes ; et je ne pense pas que dans ce pays où le vieux sens normand et le vieil esprit gaulois sont restés si vivaces, ces gens-là puissent jamais recruter beaucoup d'enrôlements.
" Vous me pardonnerez, Messieurs, cette courte incursion sur votre domaine politique. J'aurais mieux fait de vous dire tout de suite que personne eu France n'ignore le peu de place que tient dans l'opinion publique ici, le minuscule parti dont je viens de beaucoup trop parler."
Nous l'admettons, avec douleur : les journaux qui ont le courage de se montrer catholiques en face de la francmaçonnerie envahissante sont peu nombreux. Il y a un avachissement général parmi les journalistes et les hommes publics : nous le voyons aussi bien que M. Vermond : lui, franc-maçon, s'en réjouit, nous, catholiques, nous nous en affligeons.
Mais ce qui nous console, c'est que les masses du peuple canadien sont encore avec nous. Nous le savons. Nous savons aussi que la masse du clergé appuie les journaux qui luttent contre le libéralisme et la franc-maçonnerie. Le peuple et le clergé sont encore catholiques. Il y a donc
espoir de guérison. Ceux qui s'agitent, ceux qui écrivent, ceux qui parlent, ceux qui arrivent à la surface, ceux qui font les lois, ceux qui forment l'opinion, ont, en général, sucé le poison moderne. Et comme ils sont à la tête de la nation, ils la gâteront, et bientôt, si une forte réaction contre le mal ne se déclare tout de suite dans les classes dirigeantes. Voilà pourquoi, tout en espérant, les catholiques de la province de Québec s'alarment, voilà pourquoi ils pleurent, tandis que les ennemis de l'Eglise sont dans la jubilation.
Mais après tout, nous dira-t-on peut-être,. ce M. Vermond n'est pas l'être dangereux que vous croyez ; ce doit être quelque brave industriel français, pas trop dévot, sans doute, mais nullement animé de haine contre l'Eglise, nullement imbu de faux principes.
Plût au ciel qu'il en fût ainsi ! Malheureusement, ce M. Vermond est un ennemi, non pas négatif, mais 'positif. Non seulement il ne fait pas le bien, mais il est actif pour le mal.
D'abord, nous avons déjà prouvé, en nous appuyant sur M. Claudio Jannet, que cet homme est un francmaçon avoué. C'était déjà assez pour mettre les catholiques de la province de Québec en garde contre lui. Mais voici plus. La Patrie, qui trouve que le temps est venu de jeter bas les masques, ne craint pas, à l'occasion de ce banquet, de publier le programme que M. Vermond a soumis à ses électeurs de Seine-et-Oise, en 1881, programme qui lui a valu son élection à une majorité de près de 3,000 voix sur son concurrent, républicain, comme lui, mais plus modéré. Nous extrayons quelques passages de ce programme, tel que nous le trouvons dans la Patrie, afin que l'on sache bien quelles idées et quels principes les
ou recueil d'études 26t
banqueteure de Montréal ont acclamés eu la personne de M. Vermond :
" Le reste de mon programme est celui de nos comités, celui des candidats <le l'union républicaine.
" Instruction obligatoire au premier degré, laïque et gratuite à tous les degrés et au concours.
Service obligatoire et égal pour tous, sans exception
"ir les séminaristes ni pour d'autres ; service réduit à
trois ans ; suppression du volontariat ; loi sur l'Etat des
officiers.
Droit de réunion et d'association, avec distinction pour
les congrégations.
■■ J'ajoute que, partisan déterminé de la séparation de V Etat, je voterai tout ce qui pourra rendre -ible, prochaine et sans danger, cette mesure libératrice."
Voilà les doctrines que des catholique» de Montréal viennent d'acclamer !
X*est-ce pas qu'il y a de quoi s'alarmer ?