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MM. CHAPLEAU ET FRKCIIETTE AU BANQUET VERMOND

3 novembre 1883.

La Patrie et le Star ont donné un compte rendu du banquet Vermond, la première dans son numéro du 23, le second dans son numéro du 22 octobre.

La Minerve, organe bien avéré de l'honorable M. Chapleau, n'a pas réclamé contre le langage que ces deux

feuilles prêtent à son chef. Nous avons donc le droit de prendre comme fait acquis à l'histoire que le secrétaire d'Etat a réellement prononcé les paroles qu'on va lire.

Commençons par la Patrie. L'organe du F.'.Beaugrand dit que M. Chapleau, président du banquet, en proposant la santé de M. Vermond, a fait une de ses plus brillantes harangues :

" Il dit qu'il était heureux de s'associer au témoignage d'estime offert par les citoyens de Montréal à l'un des hommes distingués de la députation française ; il se proclama fier d'être son ami, comme il avait été fier d'être celui de l'un des plus grands hommes d'Etat et l'un des plus glorieux enfants de la France, le héros de la défense nationale, Léon Gambetta. Pour lui les grands patriotes, qu'ils s'appellent Gambetta ou Charette, qu'ils soient héros à Tours ou à Patay, sont toujours des héros, et comme des fils de la France, les Canadiens-français doivent être fiers de les acclamer.

" Je sais, a dit M. Chapleau, qu'on m'accuse d'hérésie dans certaine coterie, mais si je porte à mon cou la croix de commandeur de la légion d'honneur que m'a donnée la République Française, je porte aussi sur ma poitrine la croix de Saint-Grégoire le Grand que le St-Père a bienvoulu me faire tenir. Avec l'approbation de Borne, j'ai bien le droit de ne pas m'occuper des excommunications d'une certaine coterie."

Voilà le langage incroyable que la Patrie fait tenir à M. Chapleau, et, encore une fois, la Minerve n'a pas réclamé.

L'organe des loges ajoute :

" Des acclamations enthousiastes ont accueilli ces belles paroles de M. Chapleau qui a su s'élever ainsi au-dessus des mesquines considérations d'une politique de préjugés et de fanatisme."

ou recueil d'études 263

Le témoignage de la Patrie est corroboré par celui du Star. Le journal anglais dit :

" L'honorable M. Chapleau présidait. . . .

" Le président proposa alors la santé de l'hôte de la soirée. Et dans le cours de ses remarques, il prit occasion de taire l'éloge de Gambetta, de Jules Ferry et autres ministres républicains qu'il représenta comme des hommes les plus remarquables, faisant le plus grand honneur à la race française. Il approuva aussi, en termes généraux, ce qui a été fait sous la république et sur le tout fit un discours si radical qu'il causa la plus grande surprise parmi les conservateurs présents."

Et la Mim rve n'a pas rectifié les dires du Star !

Il e3t donc prouvé que M. Chapleau a fait publiquement l'éloge de Léon Gambetta, de ce sectaire au cœur haineux qui a lancé le cri sauvage : " Le cléricalisme, voilà l'ennemi." Il a fait publiquement l'éloge, aux applaudissements de cent de nos compatriotes, de l'homme en qui l'esprit maçonnique s'était en quelque sorte incarné, de l'homme qui a plus fait que tout autre pour pousser la France dans la voie de persécution et de guerre contre l'Eglise où elle s'est engagée.

Gambetta s'est signalé uniquement comme sectaire, comme persécuteur ; c'est à son farouche fanatisme antichrétien qu'il doit la triste célébrité dont son nom est entouré.

Comment qualifier assez sévèrement la conduite de M. Chapleau qui ose acclamer cet homme ?

M. Laurier fit un jour l'éloge de Gambetta. La presse conservatrice l'accabla de reproches amers et exploita habilement ses paroles contre le parti libéral. Voici maintenant que l'un des chefs du parti conservateur tombe

dans la même faute, et ces mêmes organes n'ont pas le moindre blâme à lui infliger !

Les vrais conservateurs, les conservateurs catholiques, qui mettent l'amour de l'Eglise au-dessus de l'esprit de parti, n'ouvriront-ils pas enfin les yeux à la lumière ? Ne comprendront-ils pas enfin qu'il leur est impossible de suivre plus longtemps un homme qui affiche d'aussi fausses doctrines, des idées aussi perverses?

M. Chapleau met Gambetta, le persécuteur de l'Eglise, et Charette, le vaillant soldat du Pape, sur un pied d'égalité ! C'est du libéralisme tout pur, c'est reconnaître à l'erreur des droits égaux à ceux de la vérité.

Et que dire de l'abus scandaleux que M. Chapleau fait de la décoration que le Saint-Père lui a donnée? Pour nous, c'est ce qu'il y a de plus odieux dans ce détestable discours.

Cet homme ne respecte plus rien, ni le Pape qui l'a honoré d'une manière éclatante, ni l'institution qui lui a obtenu cet honneur. Car, ne l'oublions pas, c'est à la demande de l'Université Laval qu'il a été décoré par le Saint-Père. Il pousse l'audace jusqu'à invoquer cet honneur pour appuyer ses extravagances les plus échevelées ; il se met à l'abri de sa Croix de Commandeur de Saint- Grégoire pour acclamer le Néron moderne. Il parle de l'approbation du Pape, comme si le Pape, en le décorant, il y a deux ans, avait approuvé d'avance toutes les inepties, toutes les erreurs qu'il pourrait débiter dans la suite !

Si M. Chapleau ne se respecte pas lui-même, s'il ne respecte pas ses compatriotes, ses coreligionnaires, qu'il respecte au moins sa croix, qu'il respecte au moins le Pape !

M. Fréchette (Louis-Honoré) ne pouvait pas se laisser dépasser par M. Chapleau, son confrère en libéralisme. Le collaborateur (à coups de ciseaux) d'Elie Berthet a placé son mot au banquet Vermond. Il a récité des vers. Cette pièce est intitulée : Les Excommuniés. C'est dédié à M. A'ermond qui est franc-maçon. Le titre, on en conviendra, est fort bien choisi. Il s'agit de cinq malheureux Canadiens qui, aveuglés par un faux patriotisme apr

on du pays à l'Angleterre, ont encouru l'excommunication.

Etant morts dans ce triste état, ils ont été enterrés dans un champ, " sans prêtres et sans croix, " comme dit le poète lui-même.

•is doute, il n'appartient qu'à Dieu de juger ces hommes en dernier ressort. On peut même espérer qu'ils trouveront grâce et miséricorde au jour du jugement. Mais ce n'est pas une raison de les élever au rang de véritables héros. Or, c'est ce que fait M. Fréchette. Il dit :

Donc ces cinq paysans n'eurent pour sépulture in tertre où l'animal vient chercher sa pâture.

Ils le méritaient, soit ! Mais on dira partout irent bel et bien cinq héros après tout !

Je respecte l'arrêt qui les frappa, sans doute ; . lorsque le hasard nie met sur cette route, • demander à Dieu sipai tort en cela,

Je découvre mon front devant ces tombes-là ?

Il nous semble que le poète aurait pu trouver des héros canadiens sans aller les chercher parmi les excoramir Xous ne voulons pas accuser les intentions de M. E chette — il a peut-être agi par plutôt que par

malice — mais franchement, ces vers sont de nature à causer beaucoup de mal, en faisant comprendre aux popu-

lations que les foudres de l'Eglise sont chose de peu d'importance, après tout.

Comme on peut le voir, ce banquet Vermond a été une malheureuse affaire d'un bout à l'autre. Ça été une véritable glorification du libéralisme, du radicalisme, de l'impiété, de l'enfouissement civil.

Ce festin marquera une date néfaste dans notre histoire.

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