A PROPOS DE RENAN
1er septembre 1883.
L' Electeur, qui a passé sous le contrôle de MM. Charles Langelier et Ernest Pacaud, vient de nous donner une nouvelle preuve de l'esprit détestable qui l'anime.
Le malheureux Renan, qui a vomi de si horribles blasphèmes contre notre divin Sauveur, a fait dernièrement un discours devant des lycéens en France, à l'occasion d'une distribution de prix. Le croirait-on? Y Electeur reproduit les " principaux passages " de ce discours qu'il appelle une " allocution pleine de grâce, d'esprit et d'honnêteté."
Ce discours est assez bien tourné, car le bon Dieu avait doué Renan de beaux talents dont il a effroyablement abusé. Mais ceux qui connaissent cet auteur impie, sa haine froide et profonde contre la divinité du Sauveur, peuvent s'imaginer ce que doit être Y honnêteté de cette harangue qui respire un déisme vague et nébuleux, un rationalisme orgueilleux, un naturalisme ramollissant. De grandes phrases creuses pleines de dangers pour la jeunesse, voilà le discours de Renan que Y Electeur admire et reproduit !
8 septembre 1883.
Après Y Electeur, le Chronicle. Ce dernier journal, qui a la prétention d'être chrétien, consacre un long article à l'éloge du blasphémateur Renan. Il reproduit des extraits du discours que Y Electeur avait déjà publié en partie, accompagnant cette reproduction de compliments très flatteurs à l'adresse " de l'éminent auteur de la vie de Jésus."
Quelle tristesse que de voir deux journaux, dont tous les lecteurs sont chrétiens, rivaliser de zèle pour glorifier l'un des écrivains les plus impies que les temps modernes aient produit, un homme qui a nié, non pas tel ou tel dogme de la religion, mais la divinité même de Notre- Seigneur Jésus-Christ !
Signe des temps ! Peu à peu les fausses doctrines, l'indifférence, l'incrédulité, le matérialisme, se glissent parmi nous au moyen d'une presse dirigée par des hommes sans principes, sans convictions religieuses.
Un pays dont la presse ne craint pas de faire l'éloge de Renan, le misérable insulteur de Jésus-Christ, est un pays malade, n'en doutons pas.
ou recueil d'études 283
Sous ce titre qui respire la délicatesse et le bon ton ; " Pauvre fou, va ! ", on lit clans Y Electeur de samedi :
U. Tardivel est tout à fait scandalisé de ce que nous avons publié des fragments d'un discours prononcé dernièrement à une distribution de prix par M. Ernest Renan. Comme de raison, il crie au scandale et fait retentir de ses pieuses lamentations les échos des montagnes de Lorette !
" Cet article que la Vérité trouve si repréhensible, nous l'avons emprunté intégralement d'un journal légitimiste, le Moniteur Universel de Paris. Les appréciations qu'il contenait ne sont pas de nous, mais bien d'un écrivain légitimiste, tout comme M. Tardivel.
" Le piège était pourtant bien grossier, néanmoins M. Tardivel est tombé dedans comme un aveugle.
•• Nous dénouçons l'écrivain du Moniteur aux foudres de \&Vérité. Baissons-nous : M. Tardivel va tirer."
Il n'y avait pas l'ombre d'un piège. Les appréciations du discours de Renan étaient données comme de la rédaction de V Electeur, et vu que nous ne sommes pas censé savoir que M. Pacaud cultive le plagiat, nous l'avons tenu pour l'auteur de ces remarques saugrenues.
Du reste, il est bon de constater que M. Tacaud ne profite pas de cette occasion pour répudier cet éloge du blasphémateur Renan ; il en prend donc toute la responsabilité ; et cet abominable discours a été publié avec le consentement de la rédaction de Y Electeur, qui n'en rougit pas, qui n'en demande pas pardon à ses lecteurs.
Quant au rédacteur du Moniteur Universel, si réellement il est l'auteur de l'article en question, il a beau être légitimiste, il n'en reste pas moins un fier libéral, tout comme M. Pacaud.
29 septembre 1883.
La Minerve pousse le cynisme bien plus loin que YElecteur. Non contente de reproduire le discours malsain que le blasphémateur Renan a prononcé au lycée Louis-le-Grand, elle veut absolument que nous trouvions qu'elle a bien fait. Nous lisons dans le numéro de la Minerve du 18 du courant l'incroyable entrefilet que voici :
" U Union des Cantons de l'Est paraît scandalisée du discours de Renan dont nous avons publié des extraits récemment. Notre confrère paraît s'en être rapporté exclusivement aux dires du Journal des Trois- Rivières et de certaine petite feuille venimeuse publiée à Québec. Nous lui apprendrons que nous avons trouvé ce discours, qui contient de bonnes choses, dans Y Univers. Nous lui rappelerons aussi que le Renan d'aujourd'hui n'est pas exactement celui d'autrefois. L' Union ferait mieux de laisser à la gente (sic /) des Tardivel ces procédés pharisaïques."
Nous ne dirons rien des injures que la Minerve nous adresse ; elles nous honorent grandement.
Mais nous devons signaler et flétrir la perfidie dont cette vieille païenne fait preuve en insinuant malicieusement que P Univers a reproduit le discours de Renan avec éloge ou tout au moins à titre de renseignement. Elle qui accuse les autres d'être " plus catholiques que le Pape," elle voudrait faire croire qu'elle est aussi catholique que 1' Univers. Voilà pourquoi elle donne à entendre que le grand journal catholique se trouve dans la même position qu'elle vis-à-vis de Renan.
Il y a plusieurs manières de mentir. La plus détestable est de mentir en supprimant des faits essentiels. Car le mensonge ainsi insinué est plus difficile à réfuter que le mensonge proféré ouvertement.
ou recueil d'études 285
L' Univers, il est vrai, a reproduit ce discours de Renan, mais pour le flétrir, comme nos lecteurs ont pu le voir par l'extrait que nous avons donné la semaine dernière de l'article de M. Auguste Roussel. Voilà pourquoi la rve ment en disant, sans explication : " Nous avons trouvé ce discours dans 1' Univers.,'
Et nous voudrions bien voir les " bonnes choses " que la Minerve prétend exister dans ce discours !
Et en quoi, nous vous le demandons, le Renan d'aujourd'hui dirlere-t-il du Renan d'autrefois ? C'est toujours le même horrible blasphémateur, le même ennemi implacable de la divinité de Xotre-Seigneur Jésus-Christ. Ses paroles respirent toujours la haine satanique de l' Homme-Dieu.
Et la Minerve, ce grand journal catholique, reproduit ses discours avec complaisance et n'est pas loiu d'admirer l'homme lui-même !
BRADLAUGII
20 octobre 1883.
Dans une récente conférence, M" Capel, prélat anglais qui voyage de ce temps-ci aux Etats-Unis, a dit que l'Anglais est naturellement croyant. Rien de plus vrai. Le peuple anglais a bien des défauts, sans doute, mais il a conservé, à travers trois siècles de schisme et d'hérésie, un fonds de foi catholique qui fait encore sa force et sa irloire. Probablement, l'Anglais ne voudrait pas admettre que ses excellentes qualités sont un reste de sa bonne, vieille éducation catholique, mais le fait n'en est pas moins vrai. L'Angleterre a gardé un peu de l'antique
Foi, malgré la Réforme. C'est ainsi que, contrairement à beaucoup d'autres peuples chez lesquels les k' idées modernes " ont pris leur plein développement, la nation anglaise croit et veut que l'on croie en Dieu. Elle reconnaît officiellement, comme nation, l'existence d'un Dieu Créateur et Maître de toutes choses. A l'heure qu'il est, presque tous les peuples de la terre, s'ils ne nient pas, par leurs lois et leur politique, l'existence du Tout-Puissant, se conduisent et se gouvernent sans tenir aucun compte de la Providence : pratiquement ils sont athées.
Le spectacle que nous ofire l'Angleterre depuis quelques mois forme un contraste remarquable avec ce qui se passe en d'autres pays. Tandis qu'ailleurs l'Etat fait une guerre insensée et criminelle à Dieu et à son divin Fils, en Angleterre, le parlement pourchasse de son sein un athée notoire, le fameux Bradlaugh. Quoi qu'en dise le Chronicle, de Québec, journal non point protestant, mais impie, l'attitude qu'a prise le parlement anglais à l'égard de ce triste blasphémateur, est digne d'admiration et rachète beaucoup de fautes. Il est possible que ceux qui s'opposent à l'admission de Bradlaugh n'agissent pas tous par des motifs également bons ; mais le fait brutal est là : la majorité de la Chambre des communes anglaise a jusqu'ici refusé de permettre à Bradlaugh de prendre son siège, pour la raison que cet homme est notoirement athée. C'est proclamer hautement qu'il faut croire en Dieu pour pouvoir être législateur eu Angleterre.
Nous croyons qu'ils sont rares les pays où l'on songerait à priver un élu du peuple de ses droits politiques pour une semblable raison. Ici on déclare inéligible un homme qui a acheté un vote, mais on permettrait certainement à n'importe quel impie de contribuer à la confection de nos
ou recueil d'études
lois. Pourtant, nier l'existence de Dieu est un crime social infiniment plus grand que d'acheter un électeur ! Bien que la majorité du parlement anglais ait jusqu'ici -:é à Bradlaugh, il est possible que ce sinistre individu Unisse par prendre son siège. Car en Angleterre, comme ailleurs, les idées dites modernes, l'action dissolvante des sociétés secrètes aidant, font de très rapides progrès. Les vieilles croyances, privées de la sève vivifiante qui vient de Rome, s'émoussent, disparaissent de plus en plus. Les eaux de l'incrédulité montent sans cesse. Et le jour viendra, il faut le craindre, où l'athéisme triomphera en Angleterre au nom du " progrès moderne."