A PROPOS DE GRIEFS CONTRE LE CERCLE CATHOLIQUE
19 janvier 1884.
L' Electeur, en réponse à un correspondant du Courrier </u Canada, s'est hasardé à formuler des griefs contre le Cercle catholique. Nous l'avons dit la semaine dernière, notre confrère ne peut plus faire un pas sans mettre les pieds dans les plats. Vous allez voir jusqu'à quel point cela est vrai. Voici le premier grief de Y Electeur contre le Cercle :
Vous dites que vous n'avez jamais pris part à la politique ? Pourquoi alors faisiez-vous répandre dans nos campagnes l'opuscule de Mgr Ségur sur le libéralisme catholique ': Voua vouliez tromper la bonne foi des gens en leur faisant croire que cette erreur existait ici, que ce libéralisme était le même que nous professons.
" Les évêques et surtout Mgr l'Archevêque écrivaient des mandements pour dire qu'il n'y avait pas de libéralisme condamné et vous autres, hypocritement, vous faisiez colporter cet opuscule par votre latiniste, M. Langlais."
Voilà ce que dit l'Electeur dans son numéro du 14 janvier courant. Or voici la vérité. Le Cercle a répandu cet opuscule de Mgr de Ségur sur le libéralisme catholique
AVEC LA HAUTE APPROBATION DE TOUT l'ÉPISCOPAT, Mgr
l'Archevêque y compris ! !
En effet, Sa Grandeur Mgr Taschereau écrivait au président du Cercle, en date du 10 avril 1877 :
" Les ouvrages de Mgr de Ségur ont un cachet particulier d'exactitude qui les rend très précieux. C'est pourquoi je donne de grand cœur mon i/ti ptimatur au petit livre intitulé : Hommage aux jeunes catholiques libéraux, qu'il est question de réimprimer à Québec. Dans un nombre assez restreint de pages, Mgr de Ségur y dépeint les traits caractéristiques du libéralisme catholique, les dangers qu'il offre, et les moyens à prendre pour s'en préserver ou s'en corriger. La lecture de ce petit volume peut donc être très utile, surtout dans le moment actuel où il est si souvent question de cette erreur."
Dans une lettre en date du 31 mars 1877, Mgr Laflèche approuve le projet de publier, à un " grand nombre d'exemplaires " l'opuscule en question et il " en recommande beaucoup la lecture aux fidèles confiés à ses soins." Mgr Langevin, par une lettre du 2 avril 1877, déclare que " c'est avec le plus grand bonheur qu'il verrait se répandre dans son diocèse un opuscule par Mgr de Ségur intitulé : Hommage aux jeunes catholiques libéraux" Par lettre du 29 mars 1877, Mgr de Montréal " approuve beaucoup le dessein de faire réimprimer le petit ouvrage de Mgr de Ségur." Le 6 avril 1877, Mgr Antoine Racine
ou recueil d'études 289
écrit : " Vu et approuvé pour le diocëse de Sherbrooke." Le 28 mars 1877, Mgr Duhamel, évêque d'Ottawa, écrit à M. Vincelette : " Hâtez-vous de faire réimprimer l'excellent opuscule de M -r de Ségur. Distribuez-en des milliers d'exemplaires. Que nos jeunes gens et tous ceux qui peuvent lire, s'empressent d'étudier ce petit livre." Enfin, dans une lettre datée du 27 mars 1877, Mgr Moreau, évêque de Saint-Hyacinthe, écrit : " Je bénis Dieu de la pensée que vous avez eue de faire imprimer (l'opuscule de Mgr de Ségur) à un très grand nombre d'exemplaires, afin de le répandre partout."
Voilà, monsieur Pacaud ! Le Cercle, dans cette circonstance, n'a agi qu'avec l'approbation formelle et chaleureuse de tout l'épiscopat ! Vous atteignez donc tous nos évêques au lieu du Cercle !
Quand donc, monsieur Pacaud, nos évêques ont-ils écrit des mandements pour dire qu'il n'y avait pas ici de libéralisme condamné ? De tels mandements n'existent que dans votre imagination malade. Et pourquoi séparezvous M** l'Archevêque d'avec ses suffragants par ce surtout que rien ne justifie ?
26 janvier 1884.
Dans son numéro du 19, l'Electeur revient à la charge contre le Cercle catholique. Cette fois, c'est un article travaillé, avec citations latines, citations de Mgr Conroy, citations du petit catéchisme ; ce dernier trait, surtout, démontre clairement que nous n'avons pas affaire à la rédaction ordinaire du journal. Mais malgré ses savantes citations et ses gros mots, l'auteur de ce dernier effort n'est pas plus heureux que M. Pacaud. Tout sou article peut se réduire à ce syllogisme :
Ceux qui se révoltent contre l'autorité sont condamnables.
Or le Cercle catholique est en révolte contre l'autorité.
Donc, le Cercle catholique est condamnable.
Vive le syllogisme ! C'est la pierre de touche des raisonnements humains. C'est en les soumettant à l'épreuve du syllogisme qu'on en fait ressortir la force ou la faiblesse.
Or, nous regrettons — pour l'écrivain de Y Electeur — de constater que son écrit si travaillé, si bien peigné, ne peut en aucune façon supporter cette épreuve.
En effet, cet adversaire du Cercle s'acharne à prouver sa majeure, que tout le monde concède, et il néglige sa mineure qui est précisément le point contesté.
Nous n'avons pas besion des citations de Y Electeur pour savoir que Jésus-Christ gouverne son Eglise par le Pape et les évêques, qu'il faut obéir aux pasteurs de l'Eglise. Tous les catholiques admettent cette doctrine, et pour notre part nous avons la prétention de la mettre mieux en pratique que l'école de Y Electeur qui n'a pas voulu accepter l'enseignement des évêques et du Pape sur le libéralisme.
Mais ce que nous avons besoin de savoir, par exemple, c'est quand et comment le Cercle catholique a refusé d'obéir à l'Ordinaire. C'est ce que YElecttur ne dit point, c'est ce qu'il ne pourra jamais dire ; sa mineure n'est point susceptible de preuve ; ergo mit tota thesis. Donc toute sa thèse s'écroule.
Que Y Electeur vienne donc dire, une bonne fois pour toutes : Tel jour, l'Ordinaire a ordonné au Cercle de faire
telle chose et le Cercle ne l'a pas faite ; ou tel autre jour, l'Ordinaire a défendu au Cercle de faire telle chose et le Cercle l'a faite. Qu'il prouve ensuite ses dires, et sa preuve sera complète. Mais jusqu'ici il n'a dit que des niaiseries et des mensonges. Quand, par exemple, il reproche au Cercle d'avoir fait distribuer l'opuscule de M de >égur, il commet une sottise sans nom, car, comme nous le lui avons prouvé, dans cette circonstance, le Cercle a agi avec l'approbation expresse, formelle, chaleureuse de tous les évoques.
Quand il demande au Cercle d'expulser MM. Landry et Tardivel parce qu'ils se seraient plaints de l'Archevêque au Saint-Siège, il tient un langage qui sent le schisme, car c'est nier aux catholiques le droit sacré de communiquer librement avec Rome.
Quand il reproche au Cercle d'avoir félicité M. Landry de sa décoration pontificale, il atteint, non pas le Cercle, mais lîome.
Voilà tous les griefs que Y Electeur a. pu formuler contre le Cercle en y travaillant très fort, en y mettant toute la bonne volonté possible et en se faisant aider par toutes les bonnes âmes charitable* de la ville. Or aucun de ces griefs ne peut soutenir la discussion. Donc la guerre que Y Electeur fait au Cercle est vexatoire, injuste, dictée par la haine et nullement par l'amour de Dieu.
Citons maintenant Y Electeur, afin que Ton puisse se rendre bien compte de ses procédés malhonnêtes.
" On nous fait, parmi ces saintes âmes, dit-il, un crime de dénoncer ce repaire de faux «i.'-vôts et de conspirateurs
contre l'autorité diocésaine. Notre conduite n'est dictée par aucun autre motif que le désir sincère que nous avons de voir ces pharisiens mis à leur place et les évêques garder la direction de l'Eglise.
" Or, en retirant son patronage au Cercle catholique, nous considérons que Mgr l'Archevêque a fait un grand pas dans cette voie. Il s'est aperçu — trop tard peut-être — de l'étrange abus que l'on avait fait de son patronage. Cette démarche de sa part n'est-elle pas la condamnation formelle de cette institution ? N'est-elle pas la preuve éclatante qu'il la trouve rebelle et dangereuse ? "
Non, scribe de Y Electeur, la démarche de Mgr l'Archevêque n'est pas la condamnation formelle, ou même implicite du Cercle, et vous le savez mieux que tout autre, puisque vous poussez Sa Grandeur à aller plus loin. Vous dites que vous voulez voir ces pharisiens " mis à leur place ; " donc ce n'est pas encore fait. Vous dites que l'Ordinaire a fait " un grand pas dans cette voie " ; donc il n'a pas atteint le but que vous désirez : la condamnation formelle du Cercle. Donc le Cercle, d'après votre propre aveu, n'est pas encore condamné, puisque vous cherchez à le faire condamner en travailant à forcer la main de l'Ordinaire par vos dénonciations violentes, haineuses, hypocrites et mensongères.
La démarche de Mgr l'Archevêque signifie tout simplement que Sa Grandeur cesse de patronner le Cercle, rien de plus. Nous mettons les scribes de Y Electeur au défi de trouver un seul théologien qui veuille exprimer, par écrit, l'opinion que le retrait du patronage de Mgr l'Archevêque équivaut à une condamnation formelle du Cercle comme une institution rebelle et dangereuse.
L' Electeur, qui se donne des airs d'organe de l'Archevêché, qui prêche la soumission et la déférence à l'autorité à ceux qui sont cent fois plus soumis et plus respectueux
ou recueil d'études 293
que ses rédacteurs et ses souffleurs, se permet d'attaquer
insolemment M. le curé de Saint-Roch l. Il dit :
" Le trouvez vous, ce bon exemple, dans la conduite de M. le curé de Saint-Roch qui persiste à former partie de cette association malgré que Mgr l'Archevêque ait refusé de recevoir ses membres au jour de Tau, malgré qu'il lui ait retiré son patronage ? Trouvez-vous dans la conduite de ce prêtre un bon exemple pour ses paroissiens auxquels il prêche la soumission et le respect à leur curèl Pour notre part nous trouvons que la conduite de M. le curé Gos3elin est inconvenante, pour ne pas nous servir d'une expression plus forte et plus vraie."
N'est-il pas souverainement indigne de voir des lâches s'embusquer dana un journal comme Y Electeur pour vilipender un prêtre éminemment respectable, qui n'a en aucune façon désobéi à son évêque ? M. le curé de Saint- Roch n'a pas besoin que nous le défendions : ses vertus, son zèle, son dévouement sont assez connus. Il reste membre du Cercle parce que son Ordinaire ne lui a pas ordonné d'en sortir. Que son évêque lui enjoigne de se retirer de cette institution, et nous sommes certain qu'il obéira sur-le-champ. Mais nous le connaissons a9sez pour croire qu'il ne se rendra pas aux sommations des poltrons qui se cachent derrière M. Pacaud pour lui lancer de la boue.
Ecoutons encore VElecteur poser son ultimatum à l'autorit
" Certes, nous n'avons pas la prétention de conduire nos évêques. Nous nous contentons d'écouter modestement leurs enseignements ; BOUB leur demandons de chasser
DU TEMPLE TOUS NOS TRAFIQUANTS DE RELIGION, TOUS NOS DÉNICHEURS d'hÉRKSII
1 M. l'abbé F. X. Oosselin, aujourd'hui curé do Notre-Dame de
Lévis.
Et si les évêques refusent de chasser du temple tous ceux qui ne pensent pas comme MM. Pacaud, Langelier et Cie, qu'est-ce que Y Electeur se propose de faire ?